DE LART DE POSER LE VERNIS
Cet art consiste dans l’application de certaine^ substances liquides, sur des surfaces solides auxquelles elles adhèrent fortement lorsque l’humidité est dissipée, et sur lesquelles elles forment une légère couverture qui les protège de l’action de l’air et de l’humidité. On emploie aussi les vernis pour ornement , de sorte que l’objet de cet art est analogue à celui du doreur. Les substances employées sont les résines , les gommes , et les gommes résines. Comme elles sont solubles dans différens liquides, le nom du vernis vient alors de son solvant, qui est l’alcool ou une huile, soit volatile, soit fixe. Des exemples de ces différens vernis en démontreront assez les principes et la pratique de l’art. Mais il peut être nécessaire de faire mention des matières solides que l’on emploie ordinairement pour cet objet. Parmi ces substances, les plus communes sont la laque , le mastic , le copal , la térébenthine l’ambre, l’asphalte, et le caoutchouc ; l’anime, l’elemi, la sandaraque , le gamboge et le sang dragon, sont communément employés pour augmenter la qualité des vernis composés.
V ernis à V esprit de vin. — Ce vernis possède l’avantage d’une préparation et d’une application faciles ; de sécher rapidement et d’être dépourvu de toute odeur désagréable : mais il est sujet à se gercer, à s’écailler et à être altéré par la friction. Dans la préparation de ce vernis , on doit ajouter la résine en petites portions à l’alcool, et ne jamais faire de nouvelle addition , que la dissolution préalable ne soit complète. On doit se rappeler aussi que différentes résines s’assistent mutuellement dans leurs solutions , car il s’en dissout une plus grande proportion lorsqu’elles sont mêlées dans la même quantité d’alcool que lorsqu’on les fait dissoudre sé-
parement. L’alcool employé doit être parfaitement pur, et souvent de la plus grande force , comme dans la solution du copal. Il est également important que la plus grande surface de résine possible soit exposée à l’action de l’alcool; pour cet effet, on trouve quelquefois nécessaire d’y mêler une quantité de verre grossièrement pilé, pour empêcher l’adhérence en masse par l’application de la chaleur.
Vernis de mastic. — Dans la préparation de ce vernis, on recommande les proportions suivantes. A six onces de mastic pur et fondu , que l’on a réduit en poudre fine dans un mortier de verre , on ajoute quatre onces de verre grossièrement pilé, et on met le tout dans un matras contenant deux pintes d’alcool : on bouche légèrement et on remue occasionnellement pendant trois jours , qu’on laisse le tout digérer dans un endroit chaud. On fait fondre ensuite dans une coupe placée dans de l’eau à 90° centigr. , trois onces de térébenthine pure de Venise, que l’on verse dans la solution alcoolique échauffée. On fait digérer le tout dans de l’eau à 90° pendant deux heures et on remue souvent avec une tige de verre. Après une semaine de repos dans un endroit échauffé, on passe le liquide dans un filtre de coton, et on le conserve dans des bouteilles pour l’usage.
Vernis de copal. — On peut préparer un bon vernis applicable sur différentes substances, en pulvérisant trois onces de copal, que l’on a préalablement fait fondre à la chaleur; trois onces de mastic, six onces de sandaraque et deux onces de verre pulvérisé. On introduit ces substances dans deux pintes d’alcool , et on fait digérer le tout comme dans la préparation du vernis au mastic; on ajoute à la fin deux onces et demie d’essence de térébenthine.
V ernis à V huile essentielle. — En raison du prix élevé des huiles essentielles , on emploie ordinairement de l’huile de térébenthine dans la préparation de ce vernis. Ces sortes de vernis ont plus de dureté et sont moins sujets à se gercer, que ceux que l’on prépare à l’alcool. Le vernis suivant s’emploie dans les peintures à l’huile.
4qO ÉLÉMENS DE CHIMIE PRATIQUE
On fait fondre 12 onces de mastic pur, que Ton mêle avec cinq onces de verre pulvérisé et qu’on introduit dans un vase contenant deux pintes d’essence de térébenthine. Pour en accélérer la dissolution, an ajoute une demi-once de camphre en petits fragmens , et à intervalles. Lorsque la solution du mastic est complète, on ajoute une once et demie de térébenthine au liquide, à chaud, et on fait le mélange jusqu’à ce que les substances soient bien incorporées. Le vernis au copal que l’on applique fort heureusement sur le bois et le carton, se prépare de la manière suivante : on introduit vingt onces d’huile de térébenthine dans un matras, que l’on fait plonger dans l’eau bouillante; on ajoute par petites portions, au fur et à mesure que la solution se fait, du copal pulvérisé, mais que l’on a préalablement fait fondre à une légère chaleur. Le liquide, d’abord trouble, devient transparent en peu de jours, et on le passe alors dans un filtre de coton. En employant ce vernis qui est très-épais, il est’nécessaire d’y ajouter un peu d’huile de térébenthine à chaud.
Vernis gras. — Ce vernis a plus de ténacité que celui à l’essence de térébenthine, et lorsqu’il est exposé à la chaleur, il acquiert un degré de dureté considérable; mais il est ordinairement long à sécher, et très-coloré. On prépare en général les vernis gras de la manière suivante ; on mêle quatre onces de copal liquéfié et réduit en poudre , avec dix onces d’huile siccative de lin, et pareille quantité d’huile de térébenthine; on met le tout dans un matras et on applique une douce chaleur jusqu’à ce que le copal soit dissous ; après quelques jours de repos, on passe la solution dans un filtre de coton. Ce vernis est à-peu-près incolore, et sèche à la température ordinaire. On prépare un autre vernis , qui est plus coloré, mais qui devient dur et qui possède de bonnes qualités lorsqu’on le fait sécher avec soin, en faisant fondre, dans un pot de fer et à une chaleur modérée, 16 onces de copal choisi, auquel on ajoute trois onces d’huile siccative de lin, lors delà liquéfaction. Cette addition doit se faire lorsque la solution est bouillante, el doit être parfaitement agitée:
on l’ôte du feu et on y ajoute à chaud, une pinte d’huile de térébenthine. On passe le tout dans un linge et on le conserve dans des bouteilles. Ce vernis gagne beaucoup avec le teins.
On applique un vernis sur des métaux , non seulement pour les préserver de l’action de l’air , mais pour contribuer à en augmenter la couleur. Le cuivre et l’étain sont les métaux sur lesquels on applique le plus communément ce vernis, et la surface du premier en devient quelquefois assez brillante , pour ressembler à l’or. On emploie ordinairement le composé suivant , pour couvrir les métaux ; on fait infuser une once de safran des Indes et un seixième d’once de sang dragon, dans une pinte d’alcool rectifié, aune température modérée. On passe le liquide jaune ainsi obtenu dans une toile et on y mêle trois onces de laque en graine. Après plusieurs jours de digestion , pendant lesquels on remue souvent, on décante le liquide clair pour s’en servir. Lorsqu’on applique ce liquide sur le cuivre, on doit d’abord chauffer le métal ainsi que le liquide. Les pièces très-petites se plongent dans le bain , mais on passe sur les plus grandes une brosse qui en est humide. La composition suivante s’applique sur l’étain. On fait infuser, dans une pinte d’alcool, une once de safran des Indes et un quart d’once de sang dragon; on passe le liquide dans une toile et on y ajoute trois onces de laque en graine. Lorsque la solution est complète, on passe de nouveau le liquide dans un linge et on le conserve pour
l’usage.