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DU GAZ OXIGÈNE

Le mot oxigène est composé de deux mots grecs qui signifient j'engendre acide. Suivant la nouvelle nomenclature adoptée par les chimistes français , la base de l’oxigène est considérée comme principe acidifiant , c’est-à-dire , que la base de l’oxigène entrant en combinaison avec diverses substances , forme un acide , comme l’acide sulfurique avec le soufre , l’acide carbonique avec le carbone. Le gaz oxigène est un des élémens les plus importans de la chimie. Il fut découvert en 1774 par Priestley, et fut appelé, suivant la théorie de ce temps , air déphlogistiqué. Il reçut successivement les noms d 'air empiré , air vital, air respirable.

Préparation. — Ou peut obtenir l’oxigène en exposant à une chaleur rouge le plomb rouge ou l'oxide rouge de mercure , et recueillant le gaz dans des vases pleins d’eau renversés dans la machine pneumatique. En exposant le nitre à une chaleur rouge, dans une cornue de grès ou de verre lutté , on obtient également le gaz oxigène, de même qu’en introduisant de l’oxide noir de manganèse réduit en poudre, dans ujie cornue de verre, y ajoutant son poids d’acide sulfurique, et chauffant modérément ; mais on l’obtient encore plus facilement en introduisant ce même oxide dans une cornue de fer , et en exposant celle-ci à une chaleur rouge. On peut recueillir le gaz au-dessus de l’eau, en ajustant un tube de fer à la cornue.

De la nature du procédé. — L’oxide noir de manganèse est un composé de métal et d’oxigène. Lorsque ce composé est soumis à une haute température , la force de l’affinité entre

l’oxigène et le manganèse est détruite , et le calorique se combine avec l’oxigène ; il se forme alors un nouveau composé , et l’oxigène apparaît sous la forme d’un fluide élastique. La nature du procédé est la même, lorsque le plomb rouge ou l’oxide rouge de mercure sont employés. Le manganèse se combine avec l’oxigène en deux proportions ; mais l’acide sulfurique ne peut se combiner qu’avec l’oxide de manganèse dans sa moindre proportion , et l’autre portion d’oxigène est conséquemment séparée lorsqu’on ajoute une assez grande quantité de manganèse ; comme dans sa nouvelle combinaison , l’acide devient solide , le calorique qui le retenait à l’état liquide , se combine avec l’oxigène séparé , et il en résulte du gaz oxigène. Cette expérience fournit un exemple de l’affinité double. Lorsqu’on obtient le gaz oxigène du nitre , l’acide nitrique a été décomposé , et son oxigène paraît dans un état séparé ; mais il se développe en même tems d’autres fluides élastiques , de sorte que l’oxigène que l’on prépare par ce procédé, est moins pur que lorsqu’on l’obtient du manganèse ou de quelqu’autre substance.

Propriété. — Ce gaz ressemble k, l’air atmosphérique et à d’autres fluides élastiques quand à ses propriétés mécaniques. Il est invisible , sans couleur et sûsceptible d’une expansion et d’une compression infinies ; il n’a ni goût ni odeur ; il est 740 fois plus léger que son volume d’eau, et 1638.648 centimètres cubes à la température de i5.56 centigr. lorsque le baromètre est à 0.760, pesant 1 .202 centigrammes. Aucune quantité perceptible de ce gaz ne se combine avec l’eau. Brûlés dans l’oxigène, les corps combustibles se réduisent avec plus de rapidité et d’éclat que dans l’air ordinaire. Ce gaz , respiré dans une portion déterminée , prolonge la vie des animaux , et n’est pas moins nécessaire à la germination des grains.

Exp. I. — Qu’on remplisse de gaz oxigène une bouteille à large col , et qu’on y introduise une bougie allumée ou un morceau de bois enflammé , il brûlera avec beaucoup d’éclat jusqu’à ce que tout l’oxigène soit consumé; si on éteint la

appliquée aux arts et aux manufactures. 65 bougie et qu’on la plonge de nouveau , tandis que la mèche présente quelques parties en ignition, elle se rallumera avec une petite explosion.

Exp. IL — Qu’on attache un morceau de charbon à un fil de cuivre , qu’on fasse rougir le bout du charbon , et qu’on l’introduise dans la bouteille remplie de gaz , le fil brûlera et projetera des étincelles brillantes.

Exp. III. — Que l’on fonde un peu de souffre dans un vase de cuivre , et que l’on continue la chaleur jusqu’à ce qu’il soit enflammé; si on l’introduit alors dans la bouteille à gaz , il se fera une combustion très-rapide, accompagnée d’une trèsgrande effusion de lumières blanches.

Exp. IV. — Que l’on mette un petit morceau de phosphore dans un pareil vase de cuivre , qu’on y mette le feu au moyen d’un fil de fer rouge, et qu’on l’introduise dans la bouteille à gaz , la combustion sera très-rapide , et la lumière trop forte pour que l’œil puisse la supporter.

Exp. V. — Qu’on roule du petit fil de fer sur une tige de vçrre , et l’ayant détaché , qu’on le suspende , dans sa forme spirale , à un bouchon , et qu’on attache à l’autre extrémité un morceau d’amadou auquel on mettra le feu au moment de le plonger dans la bouteille à gaz ; le fil de fer brûlera avec éclat et projetera des étincelles jusqu’à ce que tout soit consumé, ou qu’il n’y ait plus de gaz. Dans cette expérience , il arrive souvent que les globules de fer qui sont lancés au fond du vase de verre, le brisent ; mais on peut prévenir cet accident en mettant un peu de sable au fond du vase. Lorsque le fil est très-mince , les globules sont lancés latéralement , et produisent les mêmes effets sur les côtés du vase ; la meilleure précaution à prendre contre cet accident, est d’employer du fil de fer plus gros.

Exp. VI. — Que l’on dispose une grande bouteille ayant une ouverture bouchée à l’émeri , posée dans la machine pneumatique , et qu’on la remplisse de gaz oxigène; et, ayant suspendu une petite coupe de cuivre à l’extrémité d’un fil de fer attaché au bouchon, qu’on y mette un peu de soufre, et

qu’on l’enflamme comme dans l’expérience précédente, ensuite qu’on l’introduise dans la bouteille; la combustion sera des plus vives jusqu’à ce que le soufre et l’oxigène soient consumés. Pendant l’expérience , l’eau s’élèvera dans l’intérieur de la bouteille , et lorsque l’air sera refroidi , elle s’élèvera encore davantage , ce qui démontre que le gaz retenu a disparu ou a pris une forme différente.

Ces expériences prouvent la propriété remarquable qu’a l’oxigène d’oc.casioner une combustion beaucoup plus brillante que l’air atmosphérique. Ceci provient de sa grande affinité pour les corps combustibles. La dernière expérience montre qu’il a changé de nature, et la même chose aurait paru dans les autres expériences, si elles avaient été conduites de même , excepté dans la combustion du charbon ; car le produit obtenu , qui est de l’acide carbonique , est à-peu-près du même volume que le gaz oxigène qui a servi à le constituer. Le soufre et le phosphore, qui éprouvent une combustion dans l’oxigène, sont convertis en acides sous les formes liquides , et le fer passe à l’état d’oxide dans sa nouvelle combinaison.

Le gaz oxigène forme une des parties constituantes de l’air atmosphérique : la combustion et la respiration dépendent entièrement de la proportion de ce gaz.

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