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DU CHLORE

La découverte de l’acide oximuriatique est détaillée dans les ouvrages de l’illustre Schecle, en 1774* R l’appela acide muriatique déphlogistiqué , parce qu’il supposait que c’était de l’acide muriatique privé de son phlogistique. Dix ans après , cet acide fut particulièrement examiné par &. Bertholet, et suivant ses théories , il fut considéré comme de l’acide muria-

tique combiné avec de l’oxigène; el de là, il fut nommé acide oximuria tique. Les chimistes fiançais, MM. Gay-Lussac et Thénard, vers l’année 1809, émirent l’opinion que cet acide 11e contient pas d’oxigène dans sa c-omposition ; le même fait fut confirmé par M. Davy , et , en 1 8 1 1 , il conclut , d’après le résultat de nombreuses expériences , que c’était une substance simple , qu’il nomma chlore à cause de sa couleur verdâtre.

La nature et la constitution de l’acide oximuriatique sont encore des sujets de discussion ; mais quelque soit l’opinion que l’on adopte , la manière de l’obtenir doit nécessairement être la même.

Préparation. — On fait un mélange de trois parties de sel ordinaire, un d’oxide noir de manganèse en poudre fine, et deux d’acide sulfurique étendu de moitié de son poids d’eau; on l’introduit dans une cornue, et on applique une légère chaleur ; le chlore se développe bientôt à l’état de gaz , et peut être recueilli dans des éprouvettes. On peut l’obtenir également par l’oxide noir de manganèse et l’acide muriatique liquide.

On comprendra facilement la nature de ce procédé, suivant les principes de la vieille doctrine , en se rappelant que l’acide muriatique est un composé d’une base inconnue avec l’oxigène , et que lorsqu’elle est séparée du sel ordinaire par l’affinité de l’acide sulfurique pour la soude , elle s’unit avec une autre portion d’oxigène provenant de l’oxide noir, et paraît sous la forme gazeuse. Par le deuxième procédé employé ci-dessus , l’acide muriatique se combine avec une partie de l’oxigène du manganèse, et se trouve dégagé à l’état de gaz.

Mais, considérant le chlore comme une substance simple, le procédé s’explique ainsi : l’acide muriatique est considéré comme un composé d’hydrogène et de sa base, et le chlore comme la substance acidifiable; dans l’expérience ci-dessus, l’hydrogène de Pacide se combine avec l’oxigène du métal, et forme de l’eau , tandis que le chlore est mis en liberté.

Propriétés . — Le chlore possède les propriétés physiques

de l’air ordinaire; sa couleur est d’un jaune verdâtre et son odeur est extrêmement désagréable ; il est impropre à la respiration : le poids d’un litre de chlore , à la température et à la pression moyennes , passe 3 . 2088 grammes. A la température de 16.67 centigr. , l’eau absorbe deux fois son volume de ce gaz, et acquiert un goût astringent, une odeur malfaisante, et une couleur jaune verdâtre.

Le froid ou la chaleur ne décomposent pas ce gaz; mais sa Solution aqueuse gèle à la température de — 40°.

Le chlore se combine avec l’oxigène, et ce composé a des propriétés acides. Quand on introduit le phosphore dans ce gaz , il s’enflamme spontanément; le soufre fondu et sublimé dans le chlore n’y brûle pas , mais se convertit en un liquide rouge et volatil. Si on y introduit une bougie allumée, la flamme devient d’un rouge sombre, et rendra une fumée noire très-épaisse ; les substances métalliques , dans un état très-divisé, y prennent feu, et brûlent spontanément à la température ordinaire de l’air.

Les composés du chlore et des substances métalliques sont appelés chlorates.

La propriété la plus importante du chlore est de détruire les couleurs végétales; cette propriété le rend d’un usage important dans le blanchiment : en abrégeant les procédés, il a donné un degré de certitude à cet art, dont il semblait peu susceptible avant cette heureuse application.

Des oxides. — Le chlore se combine avec l’oxigène en différentes proportions. Un de ces composés s’obtient en introduisant une quantité de chlorate de potasse dans une petite cornue; on y ajoute une quantité suffisante d’acide muriatique étendu de son volume d’eau, capable de couvrir le chlorate : au moyen d’une légère chaleur, le gaz se développe , et on peut le recueillir sur le mercure. Il fut découvert en 1811 par M. Davy: sa couleur est d’un vert jaunâtre très-foncé. Son odeur est analogue à celle du sucre brûlé; il est impropre à la respiration; il est absorbé par l’eau, qui en prend de huit à dix fois son volume, et devient d’une

APPLIQUÉE AUX ARTS ET AUX MANUFACTURES. 6g

couleur jaune orangée. Un litre d’oxide de chlore pèse 3.oo66 grammes. Ses parties constituantes sont de 82 de chlore et de 18 d’oxigène.

Cet oxide fait explosion à une chaleur très-modérée; ses élémens se séparent avec beaucoup de violence et avec dégagement de lumière. Le phosphore y prend feu, et produit sa décomposition avec explosion ; il détruit aussi les couleurs végétales , mais il communique une teinte rouge aux couleurs bleues avant de les détruire.

On obtient un autre oxide de chlore et où l’oxigène se trouve en plus grande quantité, en mêlant une très-petite quantité de chlorate de potasse (il ne faudrait pas excéder 40 à 5o grains) réduit en poudre, avec de l’acide sulfurique concentré, jusqu’à ce que le tout forme une masse solide. On l’introduit dans un tube de verre qu’on plonge dans de l’eau bouillante , avec le soin de le tenir constamment à la même température. On recueille le gaz, comme d’ordinaire, sur le mercure; il est plus foncé que celui qu’on obtient par l’acide hydrochlorique. L’eau en absorbe à-peu-près la même quantité , et prend une couleur jaune foncée. Ce gaz détruit les couleurs bleues végétales, sans les faire passer au rouge; il détonne lorsqu’on élève la température à celle de l’eau bouillante; le phosphore y produit une explosion suivie d’une combustion très-vive; enfin 100 parties de ce gaz sont formées de 53 de chlore et de 47 d’oxigène.

L’oxigène peut encore se combiner avec le chlore dans de plus grandes proportions, et les composés possèdent des propriétés acides.

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