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DE L’ACIDE CARBONIQUE

. C’est un des acides les plus importans , tant sous les rapports de sa nature que sous celui des découvertes importantes qu’il a contribué à faire faire à la chimie moderne. Les anciens le regardaient comme une vapeur pestilentielle par rapport à ses effets nuisibles. Le docteur Haies le nomma air fixe, parce qu’il entrait dans la composition des corps solides; et le docteur Black, dans ses expériences sur la chaux vive, la magnésie et les alkalis, prouva que c’est une substance particulière et différente de l’air ordinaire ; et que ces corps étant combinés avec lui , perdent leur causticité et en deviennent plus doux. Ses propriétés acides furent découvertes par Keir et Bergman qui l’appelèrent acide aérien ; il reçut aussi d’autres noms , comme acide méphitique , acide calcaire , provenant de ses effets délétères ou des substances qui le produisaient. La nature et la composition en furent finalement reconnues par Lavoisier , qui le pomma acide carbonique , suivant la nomenclature des philosophes français , par rapport à sa base , le carbone.

Préparation. — Lorsqu’on introduit un charbon incandescent dans du gaz oxigène , il y brûle rapidement ; et quand la combustion est achevée, l’air du vase est complètement changé. Le nouveau produit étant agité avec un peu d’eau, il s’y combine et acquiert des propriétés acides; c’est l’acide carbonique ; mais on peut l’obtenir en grande quantité en versant sur des morceaux de marbre blanc, de l’acide sulfurique faible ; il se produit une grande effervescence avec dégagement de gaz , que l’on peut recueillir , comme à l’ordinaire , dans des vases, au-dessus de l’eau. La nature de ce procédé est facile à comprendre ; le marbre étant un composé d’acide

carbonique et de chaux, et l’acide sulfurique ayant plus d’affinité pour la chaux que n’en a l’acide carbonique , le dégage à l’état de gaz.

Propriétés. — A l’état de gaz , l’acide carbonique possède les propriétés physiques de l’air ; il est impossible de le respirer , et il éteint les corps en combustion. Il a un goût particulier et une odeur assez agréable ; un litre de ce gaz , à la température de i5.56 centigrades, pèse 1.9741 grammes lorsque le baromètre est à 0,76; il rougit la teinture de tournesol.

L’eau , à la température de 5° , en absorbe son volume , mais par une pression artificielle, elle en absorbe une plus grande quantité ; c’est par ce moyen qu’on prépare les eaux aérées , qui en acquièrent un goût acidulé. Tout le gaz en est chassé par l’ébullition , de même que lorsqu’on abaisse la température au point de congélation.

Cet acide est composé de près de 18 parties de carbone et de 82 d’oxigène. Ses composés avec les alkalis , quelques terres , et les oxides métalliques , s’appellent carbonates.

Exp. I. — Que l’on remplisse une éprouvette de ce gaz , et qu’on y introduise une bougie allumée ; au moment du contact , il y aura extinction de la lumière. On peut répéter différentes fois la même expérience sur le même gaz.

Exp. II — Après avoir rempli une éprouvette , si on l’enlève de la cuve pneumatique , et qu’on la tienne dans une position renversée, on trouvera, en l’examinant avec la bougie, que le gaz s’en est dégagé, et aura été remplacé par l’air atmosphérique.

Exp. III. — Si on place une bougie allumée dans un vase , et qu’on y verse lè gaz carbonique contenu dans l’éprouvette , bientôt la lumière s’éteindra comme si on y avait versé de l’eau ; ce qui prouve sa pesanteur.

Ce gaz se trouve en grande abondance dans la nature ; il se forme par la combustion et la respiration ; pendant la fermentation des matières végétales; et, étant plus pesant que l’air ordinaire, se rassemble au fond des puits et des cavernes ;

APPLIQUÉE AUX ARTS ET AUX MANUFACTURES. Il5

de là, vient que de petits animaux, lorsqu’ils entrent dans ces lieux, sont asphyxiés. Une caverne d’Italie est connue depuis long-temps pour être fatale aux chiens , ce qui lui a fait donner le nom de grotte des chiens, tandisque l’homme, respirant dans une couche plus élevée , n’éprouve aucun de ses effets délétères. Il arrive des accidens fréquens aux personnes qui descendent dans des cuves où la fermentation est établie , ou dans des fosses qui ont été bouchées pendant long-tems. Une seule aspiration de ce gaz semble produire l’asphyxie ; de semblables accidens arrivent aux individus qui respirent les fumées de charbon dans des lieux abrités du contact de l’air extérieur. En pareil cas , lorsque la vie n’est pas entièrement éteinte , la méthode la plus sure qui est pratiquée dans les régions polaires , où le grand usage de charlion est souvent suivi de cet effet , est de verser une quantité d’eau froide sur la tête et le reste du corps.

SECTION X

D F. L’A C I D E FLDORIQUE.

Il -est ainsi nommé parce qu’on l’extrait du fluor , production minérale très-connue dans certains districts de l’Angleterre , et. employée comme fondant des mines. Sa propriété remarquable d’attaquer le verre , lorsqu’on le décompose par l’acide sulfurique, fut observée vers le milieu du 17e siècle; et , après plusieurs tentatives d’autres chimistes , la composition du fluor fut enfin déterminée, par les expériences de Scheele , pour être de la chaux et un acide particulier qu’il nomma acide fluorique.

Préparation. — Le fluor ou fluate de chaux, est réduit en poudre fine; on l’introduit dans une cornue d’argent ou de plomb avec deux fois son poids d’acide sulfurique concentré ; on adapte un récipient de même métal, que l’on refroidit par un mélange de glace et de neige; on applique une chaleur convenable , et l’acide se dégage et passe dans le récipient dans la forme liquide.

Il6 ÉLÉMENS DE CHIMIE PRATIQUE

Propriétés. — Il est transparent et incolore a — 17.78. Il reste liquide à + i5.56, mais à l’air il dégage beaucoup de fumées suffocantes et se dissipe. Il est dans l’impossibilité d’être respiré, et il éteint les corps en combustion. Versé dans de l’eau, il se développe une grande chaleur avec sifflement; il corrode la peau, fait line blessure pénible, et rougit les couleurs bleues végétales.

Un de ses caractères les plus singuliers est d’attaquer le verre. Lorsqu’on distille le gaz dans des vases de verre , l’acide se combine avec la terre siliceuse du verre , et prend la forme d’un fluide élastique , qu’on nomme gaz acide fluorique silicé, dont un litre pèse 4 * 642.3 grammes. Lorsqu’on le met en contact avec de l’eau , il dépose une substance blanche gélatineuse qui est l’hydrate de silice , composé d’eau et de silice , et l’eau en devient acide. Les composés salins de l'acide fluorique se nomment fluates.

Comme les composés du chlore avec les substances qui n’ont pas de propriétés acides , sont nommés chlorates , suivant la même analogie, les composés du fluor sont appelés fluorates. Les composés de l’acide fluorique avec les alkalis et les terres, connus par le nom de fluates dans la première vue de leur composition , doivent être considérés suivant la nouvelle doctrine , comme composés de fluor et d’une base métallique de ces terres ou alkalis ; c’est ce qu’on remarquera par la suite dans l’histoire chimique de ces corps.

SECTION XI

DE L’ACIDE CHLORIQUE.

L’acide clilorique se prépare en dissolvant le sur-hydrochlorate de Barite dans l’eau, en y ajoutant de l’acide sulfurique affaibli, par parties, jusqu’à ce qu’il cesse d’y produire un précipité. Si on n’ajoute pas un excès d’acide sulfurique , l’acide chlorique est obtenu en solution dans l’eau.

Propriétés. — Sa solution aqueuse est incolore ; elle est

privée d’odeur, et on peut la concentrer par une chaleur modérée ; elle prend alors la consistance de l’huile. Quand on élève la température , l’acide est en partie volatilisé , sans subir de changement, et en partie décomposé en chlore, plus de l’oxigène , qui sont ses parties constituantes : ioo parties sont composées de 47 de chlore et de 53 d’oxigène; ses composés salins sont nommés chlorates. M. Bertholet l’appelle acide hyper-oximuriatique.

SECTION XII

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