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DE L’ACIDE GALLIQUE

Cet acide s’obtient de la noix de galle , excroissance qui se produit sur une espèce de chêne d’où il dérive son nom. Le même acide existe aussi dans l’écorce et le bois d’autres végétaux.

Préparation. — A une quantité de noix de galles grossièrement pillées, on ajoute 6 parties d’eau pure; on laisse macérer l’infusion pendant deux semaines à la température de 70° à 8o°; après l’avoir filtrée, on l’expose à l’air à une évaporation lente. Il se forme une pellicule gélatineuse à la surface , et des flocons muqueux se précipitent. La solution aura perdu son goût astringent pour en acquérir un d’acidité. A la fin de deux ou trois mois , il se sera formé, sur les côtés du vase, une croûte brune, couverte de cristaux brillans de couleur jaune grisâtre. On en trouve également sous la pellicule épaisse que recouvre le liquide; on enlève celui-ci, et on ajoute de l’alcool au précipité formé des cristaux et de cette pellicule. Par l’assistance de la chaleur, l’alcool dissout l’acide cristallisé , sans toucher au mucilage ; après l’évaporation , on obtient l’acide gallique en petits cristaux brillans de couleur jaune grisâtre.

On peut obtenir cet acide plus facilement par la méthode indiquée par M. Deyeux. La noix de galle étant réduite en poudre, on introduit celle-ci dans un matras; par le moyen d’une chaleur lente et appliquée avec précaution, il se sublime une quantité de lames brillantes et cristallines, qui sont de l’acide gallique. Mais dans ce procédé , la chaleur doit être très-modérée et retirée avant qu’il se dégage une huile qui redissout à l’instant tous les cristaux formés.

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La méthode de préparer cet acide, proposée par M. H. Davy, consiste à faire bouillir du carbonate de barite avec une solution de noix de galles. Le liquide prend une couleur d’un bleu verdâtre, et par l’addition de l’acide sulfurique faible, devient jaune; le sulfate de barite se dépose, et après avoir filtré la liqueur, si la terre de barite a été parfaitement saturée , on obtient une solution d’acide gallique pur.

Un quatrième procédé consiste à faire sécher les cristaux obtenus d’abord , et de les sublimer da*ns un vase de verre. On obtient ainsi des cristaux purs d’acide gallique, tandis que le tannin, avec lequel ils se trouvent toujours unis, reste.

Propriétés. — Cet acide pur cristallise en octahèdres transparens, ou en lames brillantes; le goût en est piquant, et lorsqu’on le chauffe, l’odeur est un peu aromatique, mais désagréable ; il n’est pas altéré par son exposition à l’air ; il est soluble dans 12 parties d’eau froide et dans les deux tiers de son poids d’eau bouillante; avec une chaleur modérée, il s’élève en vapeur ; mais à chaque sublimation , il est en partie décomposé; il se convertit en acide carbonique, en hydrogène carburé et en eau, produits qui indiquent suffisamment sa composition. Il est décomposé par l’acide sulfurique concentré , qui en dépose du charbon.

Les parties constituantes de l’acide gallique sont l’oxigène, le carbone et l’hydrogène. Le carbone y domine plus que dans aucun autre acide végétal; ses composés se nomment gallates.

On fait particulièrement usage de ce réactif pour découvrir les substances métalliques qui se trouvent combinées dans les solutions d’autres corps. Ses effets sur les oxides métalliques sont très-nombreux par la différence de couleur des précipités qu’il forme. Les changcmens sur les oxides sont d’autant plus grands, que ces oxides ont de facilité à dégager leur oxigène.

SECTION XXVIII

DE l’acide HYDROCYANIQUE OU PRUSSIQUE.

L’acide hydrocyanique est un des plus importans de la chimie moderne. On a supposé que les anciens connaissaient le bleu de Prusse , mais il paraît que les belles couleurs qu’on admire dans les ruines d’Herculanum sont composées du bleu d’outre-mer et de l’azur de Cobalt.

Le bleu de Prusse fut découvert par accident , au commencement du 18e siècle. Le manufacturier Diesbach , de Berlin, voulant précipiter une décoction de cochenille, d’alun et de sulfate de fer , par un alkali , il emprunta à Dippel une quantité de potasse qui avait servi à préparer l’huile animale , qui est connue sous son nom; mais , au lieu d’un précipité rouge qu’il en espérait, il en obtint un d’un très-beau bleu. Considérant les substances qu’il avait mises en contact les unes avec les autres , il trouva qu’il pouvait obtenir le précipité bleu à volonté : cette couleur , dont on fit ensuite un très-grand commerce , prit le nom de bleu de Prusse , du nom du pays où elle fut découverte.

Préparation. — On prépare 8 hectogrammes d’alkali , par le moyen de la déflagration de quantités égales de nitrate de potasse et de tartre ; on ajoute 4 hectogrammes de sang bien sec , et on calcine le mélange dans un creuset , au rouge , jusqu’à ce que les matières acquièrent une consistance pâteuse, et qu’il ne se dégage plus de vapeur; on projette cette matière dans 4 fois son poids d’eau , on fait bouillir légèrement , on décante et on lave de nouveau. Les solutions réunies , on évapore jusqu’à réduction d’un tiers. Cette liqueur a été appelée eau alhaline phlo'gistiquée.

On prépare ensuite une solution de deux hectogr. de sulfate de fer et de 8 hectogr. d’alun, dans 6 kilogrammes d’eau bouillante, et on fait le mélange avec la solution alkaline; il s’en suit une grande effervescence ; le liquide devient gris ,

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tirant plus ou moins au bleu , et il se forme un précipité Je la même couleur. Ce précipité étant séparé , on enfonce la couleur par 1 acide hydrochlorique ; on le lave à grande eau , et on le seche. Te4 était le procédé employé dans la préparation de cette couleur remarquable , avant que sa nature et sa constitution ne fussent bien connues (i).

La découverte de ses parties constituantes occupa tour-àtour les chimistes les plus célèbres. Macques , Bergman et Scheele l’étudièrent particulièrement. Ce furent les décou-

(i) Toutes ces données sur la préparation du bleu de Prusse ne sont que des copies d’autres données insérées dans les anciens ouvrages , sans que les auteurs paraissent s’être donné la peine de les vérifier. Je me suis convaincu que le procédé suivi dans les fabriques de Paris est comme suit. On projette dans un creuset de fonte une quantité donnée de matières animales, dont moitié sang de bœuf desséché et moitié cornes; on ajoute 3o p. o/o de potasse de Dantzick , et on brasse ce mélange jusqu’à fusion complète des matières, le creuset étant toujours rouge. Lorsque les flammes sont entièrement passées , et que les matières sont pâteuses, on les projette, au moyen d’une cuiller, dans 8 parties d’eau à 8o° centigr. On met quelque bois enflammé sous la chaudière, et bientôt on verse cette lessive dans un instrument nommé bastringue, où le charbon dépose; on décante le liquide clair, au moyen des robinets du bastringue , et on le porte dans une plus petite chaudière, où on le fait chauffer un peu. On enlève cette deuxième chaudière à la main, et on en verse le contenu dans un petit tonneau. Pendant la calcination, et au-dessus du creuset, est une troisième petite chaudière contenant une partie de sulfate de fer et 4 de sulfate d’alumine et de potasse (alun) dissoutes dans de l’eau; on fait le mélange dans le petit tonneau , et bientôt la fécule , qui doit devenir bleue après 24 jours de lavage, se dépose.

Pour cette opération, il faut constamment deux hommes, plus un troisième pour apprêter les matières.

Il est nécessaire d’ajouter quelques grammes d’oxide noir de fer dans le creuset, pendant la calcination des matières animales; les lessives sont toujours plus riches , moyennant cette précaution. Je donnerai dans une autre note la raison de ce changement.

( Note du Traducteur. )

APPLIQUÉE AUX ARTS ET AUX MANUFACTURES. lZ'J

vertes de ce dernier qui menèrent à une méthode pour en séparer la matière colorante.

On fait bouillir ensemble deux parties de bleu de Prusse en poudre, et un d’oxide rouge de mercure, dans six parties d’eau; la liqueur devient d’un jaune grisâtre; on filtre et on lave à l’eau bouillante. Le liquide est une solution de mercure combiné à la matière colorante , qui a un goût métallique, et qui ne précipite ni par les acides , ni par les alkalis : on le filtre à chaud ; quand il est froid , on ajoute soixante-deux grammes de tournures de fer , et vingt-sept grammes d’acide sulfurique ; on remue pendant quelques minutes , et le liquide devient noir par suite de la réduction du mercure; il perd alors son goût métallique , et produit une odeur particulière à la matière colorante. On décante dans une cornue , à laquelle est adapté un récipient , et on distille à une légère chaleur , jusqu’à ce que le quart du liquide soit passé. La liqueur qui est passée dans le récipient est ordinairement mélée à une portion d’acide sulfurique , que l’on peut séparer en distillant une seconde fois, avec l’addition d’une petite quantité de chaux. L’acide hydrocyanique se trouve alors pur.

M. Gay-Lussac a proposé le procédé suivant : On prépare l’hydrocyanate de mercure en faisant bouillir l’oxide rouge de mercure avec du bleu de Prusse , et par l’évaporation , on obtient le sel cristallisé ; on l’introduit dans une cornue tabulée , avec une partie d’acide hydrochlorique ; mais moins qu’il n’en faudrait pour la décomposition complète du sel métallique. On adapte , au col de la cornue , Un tube d’un demi pouce de diamètre , et de deux pieds de long , dont on remplit un tiers de fragmens de marbre , et le reste de chlorure de calcium sec. Le marbre servant à retenir une partie d’acide hydrochlorique qui se dégage, et le chlorure de calcium à retenir l’eau ; on fait plonger le tube dans un petit récipient entouré d’un mélange frigorifique , et on applique une chaleur modérée à la cornue ; l’acide vient se condenser sur le marbre , dont il se sépare pour passer dans le récipient par la chaleur. Ann. de Chim. 95.145.

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propriétés. — L’acide hydrocyanique est un liquide transparent et incolore , ayant l’odeur de fleurs de pécher ou d’amandes amères. Le goût en est d’abord sucré , mais bientôt il devient acre et brûlant. Il n’affecte pas les couleurs bleues végétales ; il a une grande disposition à prendre la forme gazeuse , et se dissipe bientôt à l’air ; il entre en ébullition à la température de 26.67 ? et se congèle à — 15°. Soumis à une haute température, il se décompose, et l’action de la lumière le convertit en acide carbonique , en ammoniaque et en gaz hydrogène carburé. Il se combine difficilement avec les alkalis et les terres, qui sont facilement décomposés par l’action de l’acide carbonique. La faible portion de celui-ci , qui existe dans l’air atmosphérique , agit meme sur l’acide prussique. Mais on compose très-facilement des sels triples avec cet acide; les bases alkalines et métalliques forment des combinaisons plus permanentes que les prussiates alkalins simples.

Les parties constituantes de l’acide hydrocyanique sont le carbone , l’azote et l’hydrogène.

Acide hydrocyaneux . — On suppose qu’il existe, avec une plus petite proportion d’oxigène dans sa composition ; mais on pourrait croire aussi qu’il est formé d’une portion additionnelle de soufre, et des parties constituantes de l’acide hydrocyanique. L’acide qui se combine avec une base double , et qui forme des prussiates triples , est aussi supposé être différent de l’acide hydrocyanique ; d’après les dernières recherches faites sur ce sujet, cet acide serait un composé d’oxide de fer et d’acide hydrocyanique.

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