DU PLATINE ET DE SES COMPOSES
Le mot de platine , dérivé de l’espagnol, signifie petit argent; Lewis et Scheffer l’ont séparé les premiers de l’argent; il fut examiné après par Murgraf, Macquer et Beaumé, de 1749 à 1758.
Le platine fut trouvé d’abord dans les mines d’or de l’Amérique méridionale; celles de Santa-Fé,et du district de Choco, dans le Pérou. On crut que le Nouveau-Monde seul en produisait, mais M. Vauquelin en trouva dans les mines d’argent du Guadalcanal en Espagne. On le trouve en petits grains et en écailles grises ou blanches , mêlées de particules d’or, de mercure, et d’un sable ferrugineux.
Pour la préparation du platine pur, on dissout les grains dans l’acide hydro-chloro - nitrique par l’application d’une chaleur modérée. Il se dépose une matière noire qui est insoluble. A la solution décantée, on en ajoute une de sel ammoniaque, qui précipite une poudre jaune orangé. Ce précipité, lavé, séché et soumis à une chaleur rouge dans un
üuB ÉLÉateWS DE CHIMIE PRATIQUE
creuset de porcelaine, constitue le platine pur en poudre; on répète le procédé pour le purifier davantage; et, comme il a la propriété de se rouler, si on ramasse les grains dans une feuille du meme métal, qu’on les chauffe au rouge, on en fera une masse en les battant avec précaution.
Propriétés. — Ce métal est blanc, mais moins brillant que l’or ou l’argent; il est inodore, insipide et moins dur que le fer; sa pesanteur spécifique est de 21 . 4. Précipité de sa solution , et battu, il augmente jusqu’à 21. 5. Sa ténacité est trèsgrande, ainsi que sa ductilité et sa malléabilité. Il est inaltérable à l’air. Chauffé à blanc, on peut le rouler en le battant comme le fer; mais il est entièrement infusible. Au chalumeau (1) à gaz oxigène, on en a fondu quelques grains; mais,
(1) On doit à M. Barruel , préparateur du cours de chimie de M. Vauquelin , la disposition d’un chalumeau aussi ingénieux que facile à exécuter, au moyen duquel on fond, dans quelques secondes, l’acier, le fer forgé, le platine, etc.
Dans une vessie garnie d’un robinet , on introduit une partie d’oxigène et deux d’hydrogène ; on tourne le robinet , et on visse l’appareil à bec, qui se compose d’une boîte en cuivre garnie intérieurement de 3oo disques de toile métallique très-line , fortement comprimés et soudés sur les bords de la boîte ; celle-ci reçoit un tube de thermomètre de 4 pouces de long sur un quart de ligne de diamètre ; à l’extrémité de ce tube est cimenté le chalumeau, consistant en un cylindre de cuivre un peu courbé, et dont le bout est ;garni d’un ajutage en platine, percé d’un trou extrêmement fin.
On pose la vessie ainsi préparée dans une boîte carrée dont un des côtés est percé, de manière à laisser passer la totalité, du chalumeau. On pose sur la vessie une planche carrée , susceptible de s’introduire dans la boîte, et fixée aux 4 coins par des tiges qui tiennent au corps de la boite, de manière à ce que le jeu de la planche s’établisse facilement, sans lui permettre de se jeter sur les côtés; enfin on charge cette planche d’un poids de 2 5 kilogrammes. (Voir la fig. i3 , pl. IV.)
Au moment de l’essai à faire, on approche une lumière de l’ouverture du chalumeau , et on tourne le robinet pour soumettre la substance au dard enflammé. La fusion se complète instantanément. L’ex-
avec un courant des gaz oxigène et hydrogène , la fusion est plus complète.
Oxides. — Ce métal parait sc combiner avec deux portions d’oxigène. L’oxide noir contient près de 5 pour cent d’oxigène; on l’obtient en ajoutant une solution neutre d’hydrochlorate de mercure à une solution d’hydrochlorate de platine, dans l’eau bouillante. On obtient un précipité qu’on lave et qu’on soumet à une chaleur suffisante pour en extraire le mercure; il reste une poudre noire. L’oxide gris est supposé contenir trois fois cette quantité d’oxigène; il se combine avec les acides et forme des sels.
Phosphure. — Le platine se combine avec le phosphore ; on obtient deux composés différens, dont l’un des deux contient le double du phosphore contenu dans l’autre : aveq le soufre , il se forme trois composés distincts.
Sulfate de platine. — Si on fait passer du gaz hydrogène sulfuré dans une solution de muriate de platine, on obtient un précipité brun, qu’on lave et qu’on dissout dans l’acide sulfurique. Le sulfate de platine à un goût acide et métallique; il est déliquescent à l’air et très-soluble dans l’eau; il forme des sels triples avec la potasse et la soude; il ne se
périence terminée, on se bâte de fermer le robinet et d’enlever le poids qui occasionne la pression. On entend alors une légère détonation qui se fait dans le tube de verre , où la flamme est rentrée , dès que le dégagement du gaz est arrêté. Cet instrument ne présente aucun danger dans son emploi, et il faut ajouter que, dans sa perfection, il est digne en tout point de son modeste auteur. Je pense qu’il doit être juste d’ajouter ici la preuve que ce systên^e appartient à un Français. A la suite du Traité du Feu, par Erhmann , vol. in-8°, imprimé à Strasbourg en 1787, on lit, page 348, ces expressions remarquables de M. Lavoisier : « M. le président de Saron m’a fait « part d’une autre idée très-ingénieuse , pour opérer sur les corps qui « ne peuvent être mis en contact avec le charbon ; elle consiste à « faire concourir ensemble d<eux chalumeaux, dont l’un fournit Y air « vital , et l’autre, Y air inflammable. >• ( hôte du Traducteur . )
produit aucun précipité avec l’hydrochlorate d’ammoniaque ; lorsque la solution n’est pas évaporée à siccité , on obtient un muriate de platine et d’ammoniaque. Il se produit un composé semblable , en ajoutant une solution d’hydrochlorate de barite ou d’alumine à celle de sulfate de platine. Ces deux sels triples sont insolubles dans l’eau; le premier est sous la forme d’un précipité brun , et le second , en masse gélatineuse.
Hydrochlorate de platine. — Le platine dissous dans l’eau régale forme une solution rougeâtre ou brune, «acre ou caustique, corrodant les matières animales et tachant la peau en brun. La solution concentrée dépose des cristaux réguliers qui sont peu solubles dans l’eau. Cette solution est jaune. Fortement chauffé, ce sel se décompose par le dégagement de son acide. Il est en partie soluble dans l’.acide hydrochlorique bouillant, mais insoluble dans les acides sulfurique, nitrique et phosphorique. On forme des sels triples en précipitant par la potasse et la soude. Le premier cristallise en octaèdres d’une couleur jaune; l’autre cristallise aussi, il est soluble dans l’eau et l’alcool.
Platine fulminant. — Si l’on précipite l’hydrochlorate de platine et d’ammoniaque par la potasse, on obtient une poudre fulminante qu’on croit formée d’oxide de platine et d’ammoniaque. Soumise à une chaleur subite , elle décrépite ; mais quand la chaleur est appliquée graduellement, il se produit une explosion violente. On peut aussi obtenir cette poudre en précipitant l’hydrochlorate de platine par l’hydrogène sulfuré; on dissout le précipité dans l’acide sulfurique, et on précipite le sulfate par l’ammoniaque. Ce dernier étant lavé et bouilli dans une solution de potasse, on le lave et il constitue la poudre fulminante. Elle requiert une température de 204 -44 centigr. , pour la détonation, et ne produit d’explosion ni par la friction ni par la percussion. Elle est composée d’oxide de platine, d’un huitième d’ammoniaque et d’une pareille quantité d’eau.
Alliages. — Le platine se combine avec beaucoup de métaux. «Son alliage avec l’arsenic est cassant et très-fusible; on
APPLIQUÉE AUX ARTS ET AUX MANUFACTURES. ü3l
a tiré avantage de cette dernière propriété pour en former des instrumens. Par la chaleur et le battage, l’arsenic se dégage, et le platine purifié devient infusible, tout en retenant sa ductilité. L’alliage de l’antimoine est très- cassant. On éprouve beaucoup de difficultés à l’allier avec le mercure. Le composé de zinc et de platine est fusible, cassant et dur; mais le plus fusible de tous les alliages est celui de l’étain, à proportions égales ; il est dur et cassant. Le platine se combine avec le plomb ; mais sa nature réfractaire a empêché de se servir de la coupellation pour sa purification. L’alliage du platine et du fer se trouve à l’état natif, et on a obtenu un alliage artificiel de platine et de fonte de fer, qui avait de la ductilité. Le cuivre acquiert beaucoup de dureté dans son alliage , et le platine perd sa couleur blanche. La combinaison de l’or et du platine veut un degré de chaleur considérable.
La densité , l’infusibilité et la nature indestructible du platine , sont des propriétés qui en font un des métaux les plus précieux. Sa rareté n’a pas permis de l’employer à d’autres usages qu’à ceux de la chimie. On en fait des évaporatoires dans les fabriques d’acides , dont le prix s’élève jusqu’à 22,000 fr.
SECTION III