DU MERCURE ET DE SES COMPOSÉS
Le mercure, appelé argent vif, de son état toujours liquide à la température ordinaire , paraît avoir été connu dans les
(i) L’alliage qui constitue la monnaie d’argent de France est un composé de 9 parties d’argent et d’une de cuivre.
appliquée aux arts et AUX MANUFACTURES. 24 ï premiers âges du monde. Il existe sous quatre états différens dans la nature : à l’état natif , en amalgame avec d’autres métaux , et très-souvent avec l’argent ; à l’état de sulfure ou de cinabre , vermillon natif , et à l’état de chlorure. Quand la mine de mercure est alliée avec d’autres métaux, on la dissout dans de l’acide nitrique ; l’or qui s’y trouve combiné se précipite; le bismuth se précipite ensuite par l’addition de l’eau, et l’argent par l’hydrochlorate de soude (sel ordinaire en solution). Le chlorure de mercure le précipite aussi ; mais comme il est plus soluble dans l’eau que celui d’argent, , on l’en sépare aisément. Si la mine est un cinabre, on la fait bouillir, avec 8 ou 10 fois son poids, d’un mélange de 3 parties d’acide nitrique et d’une d’acide hydrochlorique (eau régale), le métal se dissout et le soufre se précipite.
On peut croire que le mercure est impur iorsque son lustre diminue ou lorsque les globules qu’on forme ne s’unissent pas facilement. On peut obtenir du mercure pur en frottant deux parties de cinabre et une de tournure de fer, et en distillant la masse dans une cornue de fer dont le cul est enveloppé de linges mouillés : il se forme dans la cornue un sulfure de fer, tandis que le mercure s’élève en vapeurs et se condense dans l’eau : on le sèche et on le fait passer dans une peau. En cet état , il est blanc et très-brillant , d’une pesanteur spécifique de i3.56, n’ayant ni goût ni odeur. Il est liquide jusqu’à la température de — 40 centigr. À l’état solide, il a quelque malléabilité; il entre en ébullition à 348.88 centigrades, et se convertit en vapeurs invisibles et élastiques. Exposé à l’air, le mercure se ternit à sa surface, il s’y forme une poudre noire. Ce procédé est augmenté par la chaleur et l’agitation; c’est un oxide autrefois connu sous le nom d ’éthiops perse , contenant 4 P- 100 d’oxigène. Cet oxigène se dégage par une forte chaleur; mais lorsqu’on expose cet oxide à une chaleur modérée, il se forme un oxide rouge qui contient le double d’oxigène : la trop forte chaleur le convertit en oxide noir. Le précipité rouge a un goût désa-
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gréable ; il agit fortement sur les matières animales, corrode la peau , et peut être considéré comme un poison.
Le phosphore se combine avec le mercure ; le composé est solide, noir, et se coupe avec un couteau. Exposé à l’air, il exhale l’odeur du phosphore. Le mercure se combine aussi avec le soufre ; une partie du métal et deux de soufre triturés dans un mortier, forment une poudre noire qu’on nommait autrefois éthiops minéral. Lorsque ce composé est chauffé à vase ouvert, le soufre s’enflamme et se convertit en partie en gaz acide sulfureux, tandis que le mercure étant en plus grande proportion prend l’apparence d’une poudre violette , qui , étant sublimée , produit le cinabre artificiel , ou sulfure rouge de mercure ; on le réduit en poudre pour constituer le vermillon des peintres. Il est composé de i5 de soufre et de 85 de mercure.
Sulfate de mercure. — On obtient différens sulfates suivant la température où la combinaison se fait, et la quantité d’acide employé. L’acide sulfurique ne produit aucun effet sur le mercure à froid; mais 3 parties d’acide et i de mercure, exposés à la chaleur dans un matras, dégagent de l’acide sulfureux avec effervescence. Lorsque le mercure est changé en une masse blanche, et que le procédé est arrêté, tandis qu’il reste du liquide, celui-ci est acre et corrosif, rougissant les couleurs végétales , et la masse est un sur-sulfate de mercure. Ce sel , lavé avec une partie d’eau insuffisante pour la solution complète, et ce lavage continué jusqu’à ce qu’elles ne changent plus les couleurs bleues végétales, se trouve être un sel blanc sans acidité et moins âcre et corrosif que la masse saline dont on l’a obtenu. Il est considéré comme un sulfate neutre ; il cristallise en lames ou en petits prismes aiguillés , solubles dans 5oo parties d’eau froide et dans moitié de son poids d’eau à ioo°. Les alkalis purs et l’eau de chaux en précipitent une poudre grise ; l’addition de l’acide sulfurique le rend plus soluble, et le réduit en sur-sulfate. Si on expose plus long-tems à la chaleur parties égales d’acide et de
métal , on obtient un composé salin , dont la portion d’oxigène du métal est plus grande , résultant de la décomposition d’une plus grande quantité d’acide. Ce sel cristallise en petits prismes; il contient un excès d’acide, et il est déliquescent à l’air. Si on verse de l’eau bouillante sur ce sel à plusieurs reprises, il se convertit en une poudre jaune, connue sous le nom de turbith minéral. C’est un sur-sulfate de mercure, soluble dans 600 parties d’eau bouillante ; mais un autre sulfate , qui contient un excès d’acide, reste dans la solution, et est par conséquent plus soluble dans l’eau. Il paraît donc qu’on peut former trois sulfates de mercure; le neutre, le sur-sulfate, qui est plus soluble que le premier, et qui est précipité parles alkalis en couleur orangée, et le troisième, contenant en excès de base, d’ime couleur jaune, et formant un précipité gris avec les alkalis. Si on ajoute de l’ammoniaque à une solution neutre de mercure, on obtient un précipité gris, qui, exposé au soleil, se réduit en partie à l’état métallique, et en partie en forme de poudre grise. Cette dernière est un sel triple, qui est soluble dans l’ammoniaque, et produit des cristaux brillans par l’évaporation.
Nitrate de mercure . — Quand on verse de l’acide nitrique sur du mercure , il s’effectue une décomposition rapide , avec dégagement de gaz nitreux; lorsque la solution est faite à froid, il se produit un liquide qui tache en brun les matières végétales et animales, produisant des cristaux transparens composés de deux pyramides tétraèdres. Ces formes différent cependant suivant la nature de sa solution et la manière dont l’évaporation est faite; on considère celui-ci comme un nitrate neutre. Il paraît qu’il y a trois nitEates; le premier, préparé comme il vient d’ètre dit; le second ou sur-nitrate s’obtient en dissolvant le premier dans de l’eau contenant de l’acide nitrique, ou en ajoutant de l’acide nitrique aux autres nitrates; et le troisième qui est le sous -nitrate , avec excès de base, existe dans la solution précipitée par l’eau; on l’obtient en exposant les autres nitrates à la chaleur, qui en dégage une partie de leur acide; on obtenait ainsi autrefois le tur-
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bith nitreux'. Ces diflérens nitrates ont des propriétés communes; mais ils ont des caractères distinctifs, principalement dans leurs décompositions. Le nitrate , placé sur des charbons ardens, détonne faiblement avec une flamme blanche; le sous-nitrate détonne plus faiblement encore , et le sur-nitrate fond , se gonfle et exale des vapeurs rouges sans presque aucune détonation. Le nitrate neutre , chauffé dans un creuset, sans aucune matière combustible, se décompose, dégage du gaz nitreux, devient jaune orangé et enfin rouge foncé; c’est ce qu’on appelait autrefois , précipité, rouge, qui n’est que l’oxide rouge. Les cristaux de nitrate de mercure , exposés à l’air, en absorbent l’oxigène, et changent leur couleur en jaune : c’est un sous-nitrate qui s’est ainsi formé. Les nitrates de mercure sont décomposés par les alkalis, mais les effets sont différens , suivant l’état de la combinaison et la nature de l’oxide qui forme le composé.
Mercure fulminant. — Cette poudre fulminante, obtenue d’abord par M. Loward, s’obtient par le procédé suivant. On fait dissoudre i partie de mercure dans i'i d’acide nitrique; la solution étant versée sur 16 parties d’alcool, on applique une légère chaleur jusqu’à effervescence; il se dégage beaucoup de fumées blanches , et la poudre se précipite graduellement. Recueilli sur un filtre, lavé à l’eau pure et séché, on l’abrite du frottement extérieur en le gardant dans une fiole bouchée avec du papier. Pour prévenir la réaction de l’acide nitrique il est essentiel que la poudre soit lavée aussitôt qu’elle se trouve formée. Il paraît aussi qu’il est nécessaire de faire usage d’un vase, tel qu’un grand matras, dont les bords fassent retomber les gouttes d’éther, qui se forment dans l’eau mère. La poudre en est plus blanche et plus active dans ses effets (i).
(i) Les meilleures proportions pour faire la poudre fulminante sont I de mercure, 9 d’acide nitrique concentré à 4o°, et 12 d’alcool à 36 du pèse-liqueur de Beaumé. On ajoute l’alcool aussitôt qu’on a obtenu
Lorsqu’on la frappe avec un marteau, il se produit une explosion violente; le marteau se trouve recouvert d’une
la solution vei'te du mercure , et on laisse agir le mélange à froid. Bientôt il se produit une réaction violente, avec un dégagement de fumées blanches très-lourdes , qui contiennent du mercure en suspension , et dont il faut se garantir. Le précipité que l’on obtient est toujours un tiers plus pesant que le mercure employé. On fait, l’opération dans un grand matras à long cou, dont la capacité soit de 3o à 40 fois plus grande que le mélange qu’on y introduit. La poudre qu’on obtient ainsi est grise , mêlée de points brillans , détonnant facilement , et très-employée à fabriquer la poudre d’amorce des fusils de chasse , qui est un composé de poudre fulminante et de cire. On en fait de gros grains , dont on en place un seul sur la lumière du fusil ; le piston qui le frappe produit l’explosion, et communique le feu à la charge intérieure. Cette manière d’amorcer le fusil empêche les accidens de la lumière ordinaire , et de faire ce qu’on appelle long feu. Il est extrêmement rare de manquer le gibier, à moins qu’on ne tire tout- à-fait à côté. Cette poudre se vend i5 francs l’once, chez l’arquebusier Lepage. L’emploi de l’acide et l’alcool très-concentrés, dans la fabrication de la poudre fulminante, est une condition sine quâ non.
Lorsqu’on veut se procurer du mercure fulminant en petite quantité, d’un gramme, par exemple, la difficulté de peser exactement le mercure se trouve levée en se servant d’un petit instrument, représenté figure 12 , planche 4. Il consiste en un tube de 8 à 9 pouces de long, dont la capillarité est d’un quart de ligne à-peu-près. On souffle à l’une des extrémités un petit entonnoir, et on courbe l’autre extrémité à 90 degrés , de manière que la petite branche effilée soit au niveau de la boule. La lampe à l’émailleur, que l’on doit savoir manier, est d’un usage indispensable dans toutes les préparations d’instrumens de verre.
L’instrument étant disposé de la sorte , on pèse exactement un gramme de mercure; on le verse dans la boule A, et on marque l’espace BC qu’il occupera dans le tube , que l’on divisera indéfiniment.
L’inclinaison du tube, faisant passer le, mercure de C en D, permettra d’en faire écouler des parties infiniment petites', par la partie effilée, et d’obtenir ainsi les quantités désirées. La boule ne sert exactement que pour introduire le métal.
Soit maintenant un tube quelconque , à pied , que l’on graduera à
couche de mercure métallique. Il faut avoir le soin de n’opérer que sur de très -petites quantités. Le degré de chaleur nécessaire pour son explosion est de 186.66 centigr. Lorsqu’on emploie cette poudre à charger un fusil, d’une balle ordinaire, le fusil éclate toujours. La décomposition de cette poudre donne pour produits du gaz acide carbonique et de l’azote. L’acide sulfurique produit son explosion immédiate; il se forme un oxalate de mercure par l’acide nitrique , plus du gaz nitreux éthérisé. L’acide hydrochlorique la décompose en produisant un hydrochlorate neutre et un sous-hydrochlorate.
Chlorure de mercure ( muriate ). — Deux parties de mercure étant mises en ébullition avec une et demie d’acide sulfurique dans un matras, sur un bain de sable, et poussées à siccité, et ensuite mises en contact avec 4 parties de sel ordinaire sec, et sublimés dans un vase de verre, produisent un muriate de mercure qui se fovme en une masse blanche sémi-transparente, composée de petits cristaux prismatiques. Ce sel est très-acre et caustique ; sa pesanteur spécifique est de 5 . 1 3 ; il est soluble dans 20 parties d’eau froide, dont on peut l’extraire en forme de cubes, de rhomboïdes ou de prismes tétraèdres à côtés inégaux, terminés par des sommets dièdres. Il est inaltérable à l’air, et peut s’e sublimer sans changement. Il est soluble dans les acides, et s’extrait de leurs solutions sans altération. Les alkalis et les terres en précipitent une poudre jaune orangéo; les carbonates d’alkalis fixes produisent constamment un précipité jaune et l’ammoniaque forme un sel triple. Le muriate de mercure , (sublimé corrosif ) est un poison dangereux pris intérieurement \
l’alcool à 36°, d’un des côtés, et à l’acide nitrique à 4o° de l’autre, conditions indispensables pour obtenir le mercure fulminant ; on pourra dans ce second tube mesurer les deux liquides, proportionnellement au mercure pesé , et opérer comme il est dit ci-dessus.
( Note du Traducteur . )
appliqué à l’extérieur, il corrode la peau, et s’emploie pour détruire les chairs baveuses. Ses parties constituantes sont 82 d’oxide et 18 d’acide; ou de ioo de mercure, et de 36 de chlore.
Sous-muriate de mercure. — Quand on triture ensemble 3 parties de mercure et 4 de sublimé corrosif, le premier disparaît. En introduisant ce mélange dans un matras , et en le sublimant , il se dépose à la partie supérieure du vase une matière blanche qui, étant séparée et sublimée de nouveau, est un sous-muriate de mercure (ou mercure doux J; on le réduit en poudre et on le lave à l’eau bouillante. Il est d’ordinaire en une masse blanche, et quelquefois cristallisé; il est presque insipide , et dépourvu de qualités vénéneuses ; sa pesanteur spécifique est de 7 . 1 7 ; il est peu soluble dans l’eau , il noircit à la lumière; il est phosphorescent dans l’obscurité, et requiert une plus grande chaleur pour le sublimer, que le sublimé corrosif. Le mercure doux se convertit en sublimé corrosif par l’acide nitrique ou le chlore ( acide oximuriatique). Ce sel était connu des alchimistes; il est d’un grand usage en médecine, et contient 87 parties d’oxide de mercure ou moitié du poids du chlore qui existe dans le sublimé corrosif. Il se forme un sel triple par l’addition de l’ammoniaque à la solution de sublimé corrosif, qui constitue une poudre blanche, insoluble dans l’eau et désignée par les alchimistes sous le nom de sel d’Alembroth ou de sagesse.
L’oxide de mercure forme des sels avec presque tous les acides. L’acétate de mercure avec excès d’acide, se prépare en dissolvant dans l’acide acétique, le précipité formé par les alkalis dans le nitrate de ce métal , ou en mêlant ensemble les solutions d’acétate de potasse et de nitrate de mercure. L’acétate est en cristaux lamelleux, d’un goût âcre et à peine soluble dans l’eau.
Alliages. — Les alliages de mercure, nommés amalgames , sont nombreux. Il se combine avec la plupart des métaux et leur communique une consistance molle. Il s’unit avec l’or et l’argent, pour les séparer de leurs mines, et dans les
procédés de l’art du doreur. Le zinc forme un amalgame qu’on applique aux cylindres des machines électriques pour en augmenter la force ; allie à l’étain , le mercure constitue les feuilles qu’on applique aux glaces pour former les miroirs.
SECTION IX