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DE L’ARGENT ET DE SES COMPOSÉS

La beauté et le brillant de Y argent ont toujours été des objets de recherche parmi les hommes; et quoique ce métal ne soit pas aussi universellement répandu que beaucoup d’autres , néanmoins on le trouve natif en cinq différons états : à l’état métallique; en alliage avec d’autres métaux, particulièrement l’antimoine, à l’état de sulfure, d’oxide sulfuré, de

chlorure et de carbonate. L’argent natif, qui est caractérisé par sa ductilité et sa pesanteur, est ordinairement allié à l’or ou au cuivre. L’analyse de sa mine est variée suivant la nature de sa combinaison. L’argent natif, après avoir été concassé, est lavé, frotté et fortement trituré avec du mercure. On presse l’amalgame pour en séparer l’excès de mercure; on distille et on chauffe dans un creuset pour en volatiliser le mercure. Quand il est combiné avec l’antimoine et le soufre, on en grille fortement la mine, pour séparer ces substances. Le sulfure d’oxide se traite de même, et l’argent restant est ensuite fondu avec un flux alkalin ; mais, pour obtenir l’argent pur, on le fait passer à la coupelle; procédé déjà décrit ci-dessus.

Propriétés. — L’argent, qui est d’une belle couleur blanche, est très-brillant; sa pesanteur spécifique est de 10.4 et de io.5, .quelquefois 11, lorsqu’il est battu. Sa dureté tient le milieu entre l’or et le fer. Son élasticité est considérable, et il est très-sonore; il est aussi très-ductile et malléable. 64. 75 millimètres peuvent produire un fil de 123.29 mètres de long (c’est-à-dire qu’un grain peut produire un fil de 4°° pieds de long). Sa ténacité est aussi considérable.

L’argent fond au rouge blanc à une température de 220 Wedgewood. La surface du bain est si brillante, qu’elle paraît produire des étincelles; en augmentant la chaleur, l’argent s’élève en vapeurs, et par le refroidissement après la fusion , il offre une structure cristalline. L’argent est inaltérable à l’air, quoiqu’il soit facilement terni par les vapeurs sulfureuses, qui forment un sulfure à sa surface. Après avoir été exposé long-tems à une forte chaleur à vase ouvert, il se convertit en oxide. On obtient plus facilement cette conversion par la chaleur d’un verre ardent, l’électricité ou le galvanisme. L’oxide est gris et composé de 7 ou 8 d’oxigène sur 100. L’affinité de l’oxigène pour ce métal est si faible, que l’oxide est décomposé par la chaleur ou même la lumière. L’argent se combine avec le phosphore et avec le soufre. Quand on fond de l’argent et du soufre, le mélange acquiert

uné couleur violette foncée; il est plus fusible que le 'métal, cassant, cristallisé, ayant le brillant métallique , et capable d’être coupé avec un canif. Il s’effectue une combinaison semblable lorsqu’on expose l’argent aux vapeurs sulfureuses, car la tache noire qu’on remarque sur les cuillers d’argent, lorsqu’on les met en contact avec des œufs bouillis, n’est qu’une couche de sulfure produite par le gaz hydrogène qui se dégage de cette substance. L’argent forme des sels avec presque tous les acides, et des alliages avec la plupart des métaux.

Sulfate d'argent. — Lorsqu’on fait bouillir l’acide sulfurique sur des grenailles d’argent, dans la proportion de 3 à i , il se produit une effervescence avec dégagement de gaz acide sulfureux , et il se forme en même-tems une poudre blanche entièrement soluble dans l’eau, acidulée d’acide sulfurique. Avec un excès d’acide on obtient une solution incolore , âcre et très -caustique ; il se forme des cristaux aiguillés ou en prismes très-fins par l’évaporation. Ce sel n’est pas trèssoluble dans l’eau , fuse à la chaleur, noircit et se décompose. La lumière produit une décomposition semblable, ainsi que le phosphore et le soufre à froid , et le charbon à une chaleur rouge. Les alkalis le décomposent de même, et le précipité est susceptible d’être redissous dans l’ammoniaque.

Sulfite d'argent. — L’acide sulfureux s’unit facilement avec l’oxide d’argent; ce composé forme de petits grains brillans, de couleur perlée. L’acide sulfureux précipite le nitrate d’argent en poudre blanche, qui est aussi un sulfite. On obtient également ce sel en ajoutant une solution de sulfite d’ammoniaque à une de nitrate d’argent. En ajoutant ce sulfite en excès, le précipité se redissout et forme un sel triple qui se couvre d’une pellicule d’argent par l’action solaire : le liquide restant contient seulement du sulfate d’ammoniaque , l’oxigène de l’argent s’étant uni à l’acide sulfureux pour former de l’acide sulfurique.

Nitrate d’argent. — L’acide nitrique produit une action violente sur l’argent, et en dissout plus de la moitié de son poids avec un dégagement de gaz nitreux. La solution est presque

incolore , très-pesante e* caustique : elle communique une tache rouge , qui devient noire , à la peau. Très-étendu d’eau , ce sel est astringent et amer. En évaporant jusqu’à pellicule , on obtient des cristaux carrés, et quelquefois triangulaires ou hexaèdres. Ce sel n’est point déliquescent à l’air, mais il noircit au soleil, et l’argent se réduit. Chauffé dans un creuset , il est privé de son eau de cristallisation et devient grisbrun par refroidissement ; on le coule en cet état dans des moules cylindriques (i), et on le verse ainsi dans le commerce sous le nom de pierre infernale . Le nitrate d’argent fortement chauffé se décompose ; il se dégage du gaz nitreux , de l’oxigène et de l’azote , tandis que le métal se réduit. Le charbon produit le même effet. Un cristal de ce nitrate , placé sur un charbon rouge , produit une détonation brillante , et l’argent se trouve adhérent à la surface du charbon. Le phosphore et le soufre réduisent aussi le métal. La soie qu’on a préalablement trempée dans une solution aqueuse de nitrate d’argent, exposée ensuite à l’action du gaz hydrogène, il se forme une couche d’argent métallique à sa surface, et un bâton de phosphore, tenu dans la même solution, se couvre d’argent métallique qui se trouve privé de son oxigènè. Le nitrate d’argent est précipité , par l’acide sulfurique pur, en un sulfate blanc. L’acide hydrochlorique produit un précipité laiteux qui est un muriafe d’argent. Les alkalis le décomposent aussi.

Argent fulminant. — On prépare ce composé en précipitant le nitrate pur, par l’eau de chaux, séchant le précipité et ajoutant de F ammoniaque caustique pure, qui produit un

(i) Il est assez singulier que , pour obtenir la vente de la pierre infernale, la couleur soit absolument nécessaire. Il est à ma connaissance que celle qu’on tire de Paris , est toujours colorée par l’addition d’une certaine quantité de nitrate de cuivre évapore à siccité. Je l’ai vu fabriquer ainsi dans les pharmacies de Paris , où l’on m’apprit qu’on l’avait refusé fauté de n’etre pas assez foncée. ( Note du Traducteur. )

APPLIQUÉE AUX ARTS ET AUX MANUFACTURES. a3q

effet semblable à celui de la chaux qu’on éteint , après dix ou douze heures. Si on abandonne la solution , il paraît à la surface une pellicule qui se redissout par l’addition d’ammoniaque. Cette pellicule ne paraîtrait pas, si on avait ajouté assez d’ammoniaque. Le liquide étant séparé, on trouve un précipité noir, qui est l’argent fulminant; on le divise- pour le faire sécher, afin d’éviter les accidens: car il détonne au plus léger frottement, même étant humide. On ne doit recouvrir la fiole qui le contient que d’un peu de papier. Le plus nécessaire dans cette opération est d’employer les parties constituantes très-pures. Comme la plupart des substances métalliques ont plus d’affinité pour l’oxigène que l’argent , celui-ci se trouve généralement précipité de ses solutions à l’état métallique , par eux.

Arbre de Diane. — Dans la précipitation du nitrate d’argent par le mercure , l’argent se réduit à l’état métallique en forme arborescente. Si une partie d’argent dissoute dans l’acide nitrique faible , et à laquelle on ajoute 20 parties d’eau pure, se trouve mise en contact avec 2 parties de mercure, l’argent, au bout de 40 jours, se trouve précipité, et l’arbre formé. On l’obtient encore en faisant, à froid, une amalgame de 4 parties de feuilles d’argent et 2 de mercure ; on le dissout dans l’acide nitrique. La solution doit être allongée de 32 parties d’eau pour une de métal. En introduisant quelques atomes de cet amalgame dans une partie du liquide, l’arborescence se produit immédiatement. Dans cette expérience, l’oxide d’argent, étant privé de son oxigène par le mercure, se précipite à l’état métallique. L’argent est également précipité de cette manière par le cuivre.

Chlorure d'argent. — L’acide hydrochlorique ne produit aucune action sur l’argent ; mais si on ajoute de cet acide au nitrate d’argent, il se forme un précipité; on l’appelle argent corné. Il est insoluble dans l’eau. C’est cet effet qui rend le nitrate d argent un réactif très-délicat , pour déceler la présence de l’acide hydrochlorique, ou de ses composés, dans les eaux minérales. Le chlorure d’argent n’est dissous par au-

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cuu des acides ni des aîkalis purs ; mais il est décomposé par les carbonates alkalins et dissous par l’ammoniaque. Lorsque cette solution est exposée à l’air, il se forme une pellicule irisée à la surface , qui augmente toujours d'épaisseur et finit par prendre une couleur noire. L’oxide d’argent se combine avec la plupart des autres acides, et les composés sont généralement insolubles. L’acétate d’argent, qu’on prépare en dissolvant l’oxide dans l’acide acétique, est un sel très-soluble et d’un goût métallique très-âcre. L’oxide d’argent est soluble dans l’ammoniaque ; mais quand on expose la solution à la lumière , elle est décomposée ; il se dégage du gaz azote, partie constituante de l’ammoniaque, tandis que l’hydrogène, autre élément, s’unit avec l’oxigène de l’oxide, et le métal se réduit. L’oxide d’argent se combine aussi avec plusieurs terres, et forme avec elles des masses vitreuses, qui communiquent les couleurs jaune, olive, verte et brune aux émaux et aux verres.

Alliages. — L’argent fornfie des alliages avec la plupart des métaux , et devient tantôt cassant, fusible ou dur ; avecde cuivre, qui est un des métaux les plus utiles, l’argent devient plus dur et la couleur n’en est pas diminuée , à moins que la proportion de cuivre ne soit considérable. Cet alliage est, par cette raison, toujours employé dans la fabrication des ustensiles, des bijoux et dans celle de la monnaie. La monnaie d’argent d’Angleterre est composée de 1 1 parties d’argent et d’une de cuivre (i).

SECTION VIII

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