‹ Élémens de chimie théorique et pratiqueChapitre 3 sur 56 · DE LA SECONDE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA SECONDE ÉDITION

ou vu âge dont je donne aujourdhui une seconde édition manquait au commerce depuis plusieurs années» Je me se» rais occupé beaucoup plus tôt de sa réimpression , si des considérations particulières, dix années de séjour aux armées, et h obligation que je me suis imposée de l’augmenter des découvertes les plus importantes , et d’en faire disparaître les incorrections qui s étaient glissées dans sa première rédaction , ne m’avaient forcé d’ajourner indéfiniment mes travaux. Mais enfin , rendu depuis quelque temps à une vie paisible et sédentaire, et mettant à profit les loisirs que me laissent les devoirs de mon emploi , je me suis livré sans relâche à la rédaction de ces Elémens, qui, quoique fort imparfaits, eurent , à l’époque

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oii ils parurent, un succès plus complet que je n’avais lieu de l’espérer.

La marche que j’ai suivie dans cette nouvelle édition est conforme à celle que j’avais adoptée anciennement. Je me suis particulièrement attaché à faire entier dans le cadre fort restreint d’un ouvrage par demandes et par réponses, tous les faits qui ont essentiellement rapport aux simples élémens de la chimie, considérée spécialement sous le point de vue de Fart pharmaceutique , et rien n’a été négligé pour qu’il renfermât , avec des détails suffisans , le tableau complet de cette science, et l’exposition claire et méthodique des découvertes les plus utiles , ainsi que celle des propriétés signalées récemment dans une foule de substances fréquemment usitées, mais pourtant imparfaitement connues il y a quelques années.

Cependant j'ai omis avec intention d’exposer plusieurs théories encore incertaines, ou nouvellement établies, pour l’explication des phénomènes qui se rattachent à des faits d une • conception trop

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élevée pour les commençans, ou qui comportent des développemens étrangers à la science du pharmacien , parceque je suis persuadé que toute innovation non sanctionnée ne peut être que préjudiciable aux progrès de Part, lorsque sur-tout elles sont basées sur des hypothèses hasardées que l’expérience n’a pas consacrées, et que leur admission n’a pas reçu le suffrage unanime des législateurs de la chimie moderne. Quoi qu’il en soit, et malgré ces considérations, j’ai adopté,parmi les théories nouvellement introduites , celles qui m’ont paru fondées sur des bases positives, sur des faits non équivoques , en me prescrivant toutefois une grande circonspection dans l’exposition de celles qui ne peuvent être pour les pharmaciens que l’objet de recherches purement scientifiques.

En composant cet ouvrage, je me suis proposé de choisir et de coordonner tous les faits qui ont rapport aux simples élément de la chimie, de manière à en former un corps de doctrine qui, en évitant aux jeunes commençans de fastidieuses

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et pénibles recherches dans les nombreux écrits qu’on a publiés sur la chimie depuis une vingtaine d’années, leur offrît les moyens d'acquérir des notions exactes sur les préceptes d'une science qui reçoit dans les cours publics, entrepris pour l’instruction , des développement qui , quoiqu’extrêmement lumineux, ne sont pas toujours à la portée des jeunes étudians , sur - tout de ceux en pharmacie auxquels ce livre est particulièrement destiné. Mais, pour arriver à ce résultat, j’ai dû consulter plutôt mon zèle que mes propres forces , et faire abjuration d’une gloire à laquelle je déclare être loin de prétendre comme d’atteindre 5 mon unique but a été d'aplanir de grandes difficultés aux jeunes initiés dans Fart, en leur présentant, sans appareils scientifiques, sans luxe littéraire, et sans aucune ambiguité, Fexposition claire et concise des phénomènes qu'il leur importe le plus spécialement de connaître, et qu’un pharmacien qui révère son art, et qui en apprécie la dignité, 11e peut ignorer sans encourir

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le plus parfait mépris. Puisse le fruit de mes veilles, en stimulant l’application des jeunes pharmacologistes , éloigner d'eux toutes idées mercantiles tendantes à ravaler Fart, et leur faire comprendre que la préparation manuelle d’une formule savamment combinée , l’habileté dans les détails d’une officine , le maintien , la gravité extérieure , les discours étudiés, etc., ne sont pas les attributs distinctifs de leur profession! Mais, incontestablement, le profond savoir , des études constantes et régulières , des connaissances approfondies dans les sciences naturelles, dans la physique, la chimie, et spécialement dans cette dernière, sans le secours de laquelle un pharmacien, quelque recommandable qu’il puisse être d’ailleurs , ne peut exercer que comme un vil manipulateur, un empyrique grossier.

Ces considérations, déjà si importantes, reçoivent un nouvel intérêt , un nouveau degré d’évidence, si Ton fait attention que c’est par des connaissances supérieures que les pharmaciens peuvent forcer les

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détracteurs de leur art à porter à ceux qui le cultivent avec distinction , qui y ont sacrifié leur temps et leur fortune , l'estime, la considération, les titres, les honneurs et les prérogatives qu'on leur refuse souvent, et d'autant plus injustement, qu’il est péremptoirement démontré qu'un pharmacien chimiste doit posséder la plupart des sciences et des arts, et meme etre familiarisé avec plusieurs qui, par leur étendue et leur importance, doivent elever au-dessus du commun des hommes le pharmacien laborieux et instruit qui en a fait l'objet de ses méditations et de ses veilles. « Le vrai pharmacien , » dit M. Virctr , est l'homme estimable et » instruit qui tient son rang dans la so- » ciété 5 il est celui que l’on consulte le » plus souvent, je ne parle point pour la » santé seulement , mais pour toutes les » opérations de la vie ordinaire. Lui seul » peut répandre de vraies lumières sur la » salubrité publique. S’il y a un vin fre- » la lé, une eau malsaine, un air méphy- » tique, un aliment dangereux, à qui peut-

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D on mieux s’adresser qu’au pharmacien » chimiste pour y remédier? Un minéral » contient-il des substances métalliques » ou des sels qu’on puisse exploiter? telle » plante est-elle utile pour aliment, pour » teinture , pour médicament , pour les » arts? comment extraire de tel fruit ou de » telle racine, du sucre ou une fécule nour- » rissante ? comment neutraliser tel poison, » analyser telle liqueur ? qui se connaît » mieux dans les arts ou la technologie )) que le pharmacien? » Mais, il faut en convenir, parmi les motifs de déconsidération ou sont tombés les hommes estimables qui cultivent et enseignent la pharmacie, on peut en signaler plusieurs qui appartiennent aux pharmaciens mêmes $ par exemple , n’est-il pas souverainement ridicule de confier les soins d’une officine à des femmes, et de les admettre dans un temple ou leurs manipulations sont des outrages à l’art? Non, l’officine du pharmacien ne peut être instituée en un boudoir 5 et les femmes , par - tout ailleurs d un si grand attrait, d’un commerce si

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PREFACE, séduisant, l'apanage des grâces et de la candeur , ne peuvent raisonnablement présider ici , puisqu il est notoire que leur éducation dirigée vers un autre but, leur excessive légèreté, et, dxsons-le, l’inconstance inhérente à leur caractère, les rendent inhabiles à la culture des sciences physiques, dont les conditions essentielles sont une application persévérante, et des études longues et soutenues.

Quoi de plus inconvenant encore que cette ancienne et détestable habitude que conservent un grand nombre de pharmaciens , de qualifier les jeunes élèves par 3 épithète injurieuse de garçon , et de con« fondre avec la multitude des artisans d'une profession vulgaire celui qu’une éducation libérale, jointe à une instruction supérieure, doivent élever en considération.

« L opinion publique , dit avec raison » M. le chevalier Cadet de Gassicourt ,

* a déjà attaché au mot pharmacien l'idée » d'une profession libérale utile et noble,

» qui suppose des connaissances au-dessus » de la routine mercantile. Pour bien des

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» gens, le pharmacien est à l’apothicaire » ce que le mécanicien est au machiniste, » Un pharmacien n’a point de boutique , » mais il ouvre au public son officine . » Les formules magistrales ne sont plus » des ordonnances exécutées par des gar - » ons apothicaires , mais des prescrip - » fro/w préparées par des élèves en phar- » macie . » Cependant le ridicule est à son comble , lorsqu’on voit que des maîtres en pharmacie, même de la capitale , au centre des arts et de la civilisation, exigent impérativement que leurs élèves soient perpétuellement affublés , et portent comme un ornement glorieux un sale tabli er de coutil presque toujours imprégné de corps gras , et de diverses drogues d une odeur et d'un aspect insupportables.

Peut-on encore trouver rien de plus choquant et de plus révoltant que cet usage blâmable qu’ont plusieurs pharmaciens d’assujétir leurs élèves à frapper à coups redoublés, avec un pilon, sur une substance introduite dans un mortier de métal, assez ordinairement placé à l’en-

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droit le plus apparent de l’officine , et dont les sons aigres et désagréables se propagent à des distances éloignées, de manière qu'exposés aux émanations des parties fines qui s’élèvent par l’effet de la percussion , la lace et les cheveux incessamment poudreux , font du pharmacien ou de l’élève, que les affaires de l’officine mettent en relation de santé avec des personnes de distinction , un être de dérision, de dégoût, et même de mépris, très digne d’être confondu avec l’ouvrier de la profession la plus commune, lorsque sur-tout il porte 1 oubli des convenances jusqu’à pratiquer ce grossier travail en chemise?

Le charlatanisme est une autre source de déconsidération pour la pharmacie.

Celui-ci annonce une eau souveraine pour enlever les rides de la peau, et entretenir sa fraîcheur 5 celui-là est possesseur d’un spécifique qui jouit de la précieuse propriété de délivrer la triste humanité de tous les maux qui l’accablent , et qui mènent à une vie éternelle 5 cet autre com- ' pose des pastilles qui donnent de la frai-

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clieur à la Louche, et qui font exhaler de celle qui est fétide tous les parfums de l’Arabie; un autre prépare du chocolat français sans cacao, et en établit le dépôt chez une modiste, un parfumeur , etc. ; celui-ci , saltimbanque par excellence et archétype , ose assurer que plusieurs années de recherches et de profondes méditations lui ont fait trouver le secret de composer une moutarde sans pareille , qu’il débite sous un nom pompeux et magnifique ; enfin tous les ressorts du charlatanisme le plus odieux sont mis en pratique par des individus qui , lassés de croupir dans une honteuse ignorance , se jouent impunément de la crédulité publique , en dégradant un des arts le plus utile à la société»

Je viens d’esquisser rapidement quelques-unes des erreurs et des préjugés qui contribuent le plus à déprécier la pharmacie. Mes motifs, en signalant ces aberrations , ont évidemment pour but de les faire abjurer par le petit nombre de ceux qui s’y livrent sans réserve, et je m’es-

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limerai heureux si cette peinture naïve peut les rappeler à des sentimens pdus nobles ; mais si les écarts de quelques hommes font péricliter l’art, il est consolant aussi de penser que les travaux de la très grande majorité de ceux qui s’y sont voues 1 ont illustré, non seulement par des études honorables , des découvet tes utiles, mais encore par les services éminens qu ils ont rendus aux sciences et aux arts. Parmi les savans célèbres vivans qui ont été ou qui sont pharmaciens, nous citerons chez l’étranger les noms de Klaproth , JVestrumb , Trommsdorjf , Gren , Geliler, Heimstaedt , Rose , F ahr in , etc. ; et en France , nous nommerons avec orgueil F auquelin , Parmentier , Dey eux , membres de l’Institut; Vanhelmont, F Aubert, Boudlon-la- Grange , Laugier, Cadet de Gassicourt, Fi ray , Cureaucleau , Boullay , Dizé , Planche, Rouelle , Figuier, F o gel. Pelletier, Baudet , JJ erosne , Robiquet, Clusel , Destouches , Mo relot, que les sciences pleurent encore, ' et une foule d’autres qu’il serait superflu

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d'énumérer , qui ont , par leurs travaux , reculé les bornes des sciences naturelles et physiques.

Je n ai fait aucun changement remarquable dans l’ordre que j’avais suivi pour la première édition de cet ouvrage , parceque l’expérience m’a appris que la méthode analytique qui conduit du connu à l’inconnu, est celle qui est la plus propre à développer les idées des jeunes gens , et à propager en eux une instruction solide; mais j’ai donné plus d’expansion à l’ouvrage, en traitant d’un grand nombre de matières fort usitées , que je n’avais pas décrites anciennement; en sorte que tous les produits chimiques susceptibles de présenter quelque intérêt, et qui sont du ressort du pharmacien, se trouvent exposés avec tous les détails que comporte le sujet.

Cette édition est ornée de plusieurs planches, ou sont gravés avec beaucoup de soin les difïérens appareils nécessaires pour l’obtention des composés chimiques que les pharmaciens préparent habituel-

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lement. L’explication succincte qui est en regard suffit pour faire connaître toutes les parties des figures.

Les définitions que je donne dans cet ouvrage ne m’appartiennent pas en totalité ; j’en ai rapporté plusieurs qui ont été adoptées ou établies par divers auteurs célébrés, sans me permettre aucuns changemens , parceque je suis fermement convaincu qu’il n’y a qu’une seule manière exacte pour les bien rendre. « Une défi- » nition, a dit un estimable auteur, est » une espèce d’axiome ou de vérité dé- » montrée, exprimée par un certain nom- » bre de mots, dont l’arrangement doit » rester invariable : semblable à ces for- » mules- algébriques qui , depuis leur in- » vention , ont été réproduites dans tous » les traités de mathématiques, sans avoir » rien perdu de leur forme primitive. »

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