QUATRIÈME GENRE
MURIATES SUR-OXIGENES,
Caractères génériques de ces sels ,
Qu’entend-on par muriate sur-oxigéné ?
On appelle ainsi les combinaisons de l’acide muriatique sur - oxigéné avec les différentes bases saliflables.
Ces sels sont tous solubles dans l’eau; plu-* sieurs le sont aussi dans l’alcohol.
Ils dégagent du gaz oxigène par la chaleur , et se convertissent en muriates simples.
Traités avec les corps combustibles , ils détonent par une faible chaleur , ou par une
légère percussion , et souvent meme spontanément.
Les acides sulfurique , nitrique et muriatique les décomposent à Faide d’une faible chaleur.
Tous les muriates sur-oxigénés sont le produit de Fart : on les prépare en faisant passer un courant d’acide oxi- muriatique dans des bases salifiables tenues en solution dans de l’eau distillée.
i°. Muriate sur-oæigéné de Potasse .
Comment prépare-t-on le muriate sur-oxigéné de potasse ?
Ce sel s’obtient en faisant passer de l’acide oxi - muriatique , dégagé par l’appareil de Woulfy à travers une solution calcaire, composée d’une partie de carbonate de potasse contre six d’eau distillée.
Dans cette opération le gaz acide muriatique oxigéné est en partie décomposé , dès l’instant et à mesure de son contact avec le carbonate de potasse. La portion d’acide non décomposé devient sur-oxigénée paiT’accumulation de l’oxigène qu’il reçoit, et forme avec la potasse un muriate sur-oxigéné , tandis que l’autre partie , à Fétat d’acide muriatique
simple, s unit avec une autre quantité de potasse, pour former un muriate de potasse ordinaire.
La différence de solubilité de ces deux sels, dans 1 eau froide , fournit un moyen de les séparer l’un de l’autre. A cet effet, on fait évaporer à une chaleur douce , et dans l’obscurite , la dissolution filtrée. Le muriate sur-oxigéné , beaucoup moins dissoluble , se dépose par refroidissement sous forme de petites lames brillantes qu’on sépare du liquide à l’aide de la décantation , et qu’on fait sécher epsuite sur du papier brouillard : l’eau-mère retient le muriate de potasse simple , qu’on peut faire cristalliser par les moyens ordinaires.
L’examen des phénomènes qui accompagnent la formation du muriate sur-oxigéné , dont la découverte est due à M. Berthollet, a fait poser en principe à cet illustre chimiste , que l’acide muriatique simple doit être considéré comme un radical susceptible de se combiner avec des proportions très variablés d’oxigène , et de former successivement l’acide muriatique oxigéné et le sur-oxigéné.
Quels sont les caractères du muriate sur-oxigéné de potasse ?
Ce sel cristallise en lames hexaèdres ou rhomboïdales ; sa saveur est fraîche , piquantes
et analogue à celle du nitre ; à l’air 5 il attire légèrement l’humidité, s y décompose et passe à l’état de muriate simple ; ce qui fait qu’on est obligé de le conserver dans des vases abrités , et en réposition dans un lieu obscur ; à une chaleur modérée , il donne , à la distillation , du gaz oxigène extrêmement pur.
Jeté sur les charbons ardens , il fuse vivement , en répandant une flamme très brillante,
Broyé dans un mortier de marbre, avec un pilon de bois , ou sur un porphyre , il pétille O un grand nombre d’étincelles.
Il détone avec violence par la percussion et par le contact de plusieurs substances combustibles. Trois parties de ce sel et une de soufre , triturées dans un mortier , s’enflamment spontanément avec un grand bruit.
Plusieurs acides décomposent ce sel , et en dégagent de l’oxigène avec ou sans explosion. Un mélange de sel et de soufre , qu’on projette dans de facide sulfurique, produit une grande inflammation sans détonation. On a employé très utilement, depuis quelque temps , pour faire des allumettes , un mélange de ce muriate et de soufre , délayé avec un peu d’eau gommée , de manière à former une sorte de pâte molle, dont on enduit l’extrémité de ces
N O U y E AU X ELEMENS
allumettes , qui s'enflamment lorsqu’on les trempe dans de l’acide sulfurique concentré.
Quelques personnes ont essayé de fabriquer de la poudre de guerre avec ce sel • mais son action trop violente a causé des accidens épouvantables.
Cent parties d’oxi-muriate de potasse sont composées de 67 parties de munate de potasse et de 55 d’oxigène.
Ce sel est employé avec succès dans les J a boratoires pour extraire du gaz oxigène très pui . Cent grains en fournissent jusqu’à soixantequinze pouces cubes. En médecine on l’a recommandé dans certains cas comme un puissant tonique anti-vénérien. Sa solution aqueuse paraît remplacer utilement dans les arts celle de l’acide oxi-muriatique dans le blanchiment du fil de lin , du chanvre et du coton, etc.