DE LA SOUVERAINETE
De ce qui précède il est facile de con- fondemens de Tordre moral et social ; lui
dure que la souveraineté est la réunion de seul est donc le véritable souverain, tous les pouvoirs sociaux ; c'est la toute- Mais, en dotant les hommes de la raison
puissance humaine; ou, en d'autres ter- etdu sentiment du juste, Dieu leur a donné
mes, c'est le droit exclusif de commander la puissance nécessaire pour établir les
dans la société civile, afin d'en atteindre le moyens conservateurs de leurs droits na-
but, qui est le salut de l'état et le bonheur turels; et c'est cette puissance qui se
commun de ses membres. nomme souveraineté parmi les hommes.
Le souverain est la personne publique II y a donc deux souverainetés : l'une,
à laquelle est confié Y exercice de ce droit, divine 9 qui n'appartient qu'à Dieu, et dont
Mais il existe une autre souveraineté; laloi naturelle exprime la volonté; l'autre,
c'est celle de Dieu. humaine, qui réside dans les sociétés po-
Avant toute convention, il y a, entre les li tiques, et dont la volonté se manifeste
hommes, des droits et des devoirs ; il y a par les lois qu'elles déduisent delà loi na-
bien et mal, vice et vertu. Ces droits et turelle, afin de déterminer ce qui doit
ces devoirs sont tracés par la loi naturelle, maintenir l'ordre moral et social établi par
ouvrage de Dieu même, loi reconnue par Dieu même. f
tous les hommes, proclamée par tous les La définition que nous avons donnée de
sages, comme le type nécessaire de toutes la souveraineté humaine montre assez ce
les institutions humaines; loi qu'on ne peut qui la constitue ; recherchons maintenant
changer ou modifier, sans changer en même quelle est sa source immédiate, et nous
temps la destination morale de l'homme, verrons ensuite si elle est aliénable et si
Dieu seul a donc véritablement jeté les elle peut être divisée.
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