CHAPITRE PREMIER
De la source immédiate de la souveraineté.
L'autorité souveraine résulte immédia- s'appellent souverains; mais il est clair que,
tement des conventions mêmes qui for- dans ce cas, la souveraineté n'est plus qu'un
ment la société civile. dépôt,qu'une haute magistrature; elle n'est
Dans l'état primitif de l'homme, les possédée qu'en vertu d'une délégation, qui noms de souverains et de sujets sont in- donne à ceux qui l'acceptent le droit de reconnus à la nature; elle nous a faits sim- chercher et d'exprimer la volonté générale, plement hommes, tous égaux, tous éga- Ainsi, lorsqu'on donne à ces souverains lement libres et indépendans les uns des le titre de vicaires ou lieutenans de Dieu, autres ; elle a voulu que tous ceux en cela ne veut pas dire qu'ils tiennent imqui elle a mis les mêmes facultés aient médiatement leur autorité de Dieu ; cela aussi les mêmes droits. Il est doncincon- signifie simplement qu'au moyen du poutestable que, dans cet état primitif et de voir qu'ils ont en main et que les peuples nature, aucun homme individuellement leur ont conféré, ils entretiennent, conn'a, par lui-même, un droit originaire de formément aux vues de Dieu, l'ordre et la commander aux autres ou de s'ériger en paix dans les sociétés civiles, et procurent souverain : d'où il suit qu'on ne saurait, ainsi le bonheur des hommes, sans crime, priver l'homme, malgré lui, Il faut donc tenir pour certain, 1° que de celte liberté et de cette indépendance, la convention expresse ou tacite qui forme
Mais, s'il en est ainsi, et s'il y a pour* et compose la société civile, est la source
tant, parmi les hommes réunis en société, immédiate de la souveraineté ; car c'est
une autorité souveraine, d'où peut-elle dans le sein du corps politique que vien-
Î>rovenir, si ce n'est des conventions que nent se réunir tous les élémens de cette
es hommes ont faites entre eux à ce sujet? souveraineté que les particuliers avaient
Car chaque homme a naturellement ledroit en eux-mêmes ; et 2° que c'est de ce corps
de se diriger lui-même; et l'on peut dire que la souveraineté découle, lorsqu'elle est
qu'il a. en lui, des semences de souverain transmise aux chefs que la société juge à
neté. L'association politique qui les re- propos de se choisir, cueille parle libre accord de tous ses mem- Mais si nous disons que le principe de
bres, devient alors possesseur de ce droit la souveraineté réside essentiellement dans
de diriger leurs actions, dans tout ce qui le corps politique ou la nation, il n'en
a rapport au bien commun, et par consé- faudrait pas conclure que chacun de ses
quent de commander et de se faire obéir : membres peut exercer par lui-même cette
en cela consiste la souveraineté. souveraineté; car il n'y aurait que des
Si le corps politique en masse conserve gouvernails et point de gouvernés. Cela
ce pouvoir et veut l'exercer par lui-même, signifie seulement que ceux qui en sont
il est et reste souverain. dépositaires , la tiennent de l'association po-
Si le corps politique en confie l'exercice litique et non d'eux-mêmes .ou d'une au-
à un ou plusieurs chefs, ceux-là seuls torité étrangère.