SUBLIME
Cm qu'on appelle le style sublime appar-* tient aux grands objets , à l'essor le plus élevé des sentimens et des idées. Que l'expression réponde èi la hauteur de la pensée , elle en a la sublimité. Supposez donc aux pensées un kaut degré d'élévation : si l'expression est
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juste , le ^le est suhUme ; si le mol le plu» simple est aussi le plus clair etle plus s^iaible, le sublime se^ a dayis la siwplicilé ; si le tarme figiiré embrasse mieux l'idée et la préseiBite plus vivement , le sublime sera dans rûoaa^.
« Toat était Dieu, excepté Dieu m^e » (^os^ suet ) : voilà le sublime dans Xe siipple. « ]L'»niyers allait s*enfonçfint d4n$ l^ tâ»k^es de ridolâti^e » ( idem ) : ;voilà lie ^ubUme 4ai»s le %ir/é.
« II. n'y a point de /^^ sublime , A dit un P^Oj&ophe de nos joints , c'eç^ la chpse qui floit ii'tttre. £t comiiient le $tyle ppnrrait-îi étr^ sublime ^n^ eUe , ou pins qu'Hle ? »
£n>effet ^ d^ ^ai^d^ moljs et de petites Âd^ ne font jamais qijie d^ Vfso^BiWt^ • .1a force de l'expression s'évanouit , si la pensée est trop > faible ou trop légère pour y donner prise . \
Ventus ut amittit /vir»s , a*M*robùre densœ Occurrant sUcat, spatlo dif/usus inani. . Lucret.
I^ ce sublime consfa^ et sov^ten^., q^i pent r^er daivs }>^ poëinetco^nme 4ai»s un piorcetu d'éloi)uence , on a voulu , efx ,^9santije Quelques passages de Lon^n , ^iiOinguer wa s^bUme instantané , qui ixa|^ > dit-
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on y comme uii éclair; on prétend même que c'est là le caractère du vrai sublime , et que la rapidité lui est si naturelle , qu'un mot de ' plus Tanéantirait. On eïi cite quelques exemples , que l'on ne cesse de répéter, camuse lé moi de Médée , le qu'il mourût da vieil Ho> race , la réponse de P.orus , en roi , le blas^ phème d'Ajax , \tfiat lux de la Genèse : en* core n'est-on pas d'accord sur l'importante question, si tel ou tel de ces traits est subUme ? Laissons-là ces disputes de mots.
Tout ce quijporte une idée au, plus kaut degré possible d'étendue et d'élévation, toutce qui se saisit de notre àme et l'affecte si vi~ / vement que sa sensibilité , réutiie en un point, laisse toutes ses' facultés comme interdities et suspehdues ; tout cela, dis-je, soit qu'il opère successivement ou subitement, est sublime . dans les ehoses , et le seul mérite du ^tyle est de ne pas les affaiblir , de n^ pas nuire à Ye&eï qu'elles produirikient seules , si les âmes se communiquaient sans l'entremise de la parole.
Homines ad deos nulla re propius acce- . dunt quam salutem hominibus dando, (Cic.) ' Hyapeu de pensées plus simplement exprimées , et certainement il y en a peu d'aussi su-
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hllmes que celles-là , et celle-ci , qui en est le développement, est sublime encore r « U est au ppiiToir du plus tII , comme du plus leroce des animaux , d*ôter la vie ; il n'appartient qu'aux dieux et aux rois de l'accorder. » Cette maxime d' Aristote : a Pour n*ayoir pas besoin de société, il faut être un dieu ou une brute » , est encore sublime dans la pensée , quoique très-simple dans l'expression.
Dans le Macbeth de Shakespeare , on annonce à Macduff que son château a été pris , et que. Macbeth a fait massacrer sa fenune et ses enfans. MacdufT tombe dans une douleur morue ; son ami veut le consoler , il ne l'écoute point , et méditant sur le moyen de se venger do. Macbeth , il ne dit que ces mois tertihles; Il n'a point den/ans !
Dans Sophocle , OËdipe , à qui Ton amène les enfans. qu'il a eus de sa mère^ leur tend les bras et leur dit : Approchez ; embrassez
votre Il n'achève pas , et le sublime est
dans la réticence.
En général , comme le sublime est com-
. munément une perception rapide , lumineuse
et profonde , un résultat soudainement saisi
de sentimens ou de pensées , il est plus dans
ce qu'il fait entendre que dans ce qu'il ex-
StiBLIMK, ill
prime : c'est «pielquefois le vague et rimmensité <ie la pensée ou de l'image qui enr fait la force' et la sublimité. Telle est cette, peinture de Fétat du pécheur après sa mort, n'ayant que. son péché entre son Dieu et lui, et se trouvant de toutes parts environné de l'éternité ( L« Rue J ; telle est. cette expression, de Bossuet , déjà citée, pour peindre le régime de l'idolâtrie : Tout était Dieu , excepté Dieu même; tel est Verravit sine voce dolor , et le nec se Roma ferens de la Pharsale ; tel est Vutinam tinte- ^ rem! d'Andromaque , et cette réponse , encore plus belle , de la Mérope de Maffei :
O Cariso , non avrian gia maigU dei Cio commendato ad una madré.
Dans un voyage de Pinto ; je me souvieàs d'avoir lu oe récit terrible d'un naufrage :
« A.U milieu d'une nuit orageuse , nous aperçûmes, dit-il, à la lueur des éclairs , un autre vaisseau , qui , comme nous, luttait contre la tempête ; tout à coup , dans l'obscurité , nous entendîmes un cri épouvantable , et puis nous n'entendîmes plus rien que le bruit des vents et des flots. i>
Quelquefois même le sublime se passe de paroles j la seule action peut l'exprinier : le
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silefice Àlots tes&etâhlt au voile ^oi , dazf s le tMean de Thimârite , cdfitraitle vîtàge ^AgamËmnoti ; ou et» feuillefs déchirés par la itiuse de Tfaistoire , dans le fâmeitx tableau de Chantilly. C'est par le silcnèe qne , dans les èilfers , Ajax répond à Ulysse , et IKdon à Etiée , et c'est rexpréssîoh là plus sublime de l'indij^llation et du itiéjjrïs. Cclâprotite que le sublime ii'est pas daiis les mots : Texpues- ^îon y peut nuire sans doiite , mais elle n'y ajoute jamais. On diia que plus elle est setrée, plus /elle est fVappanf^ ; j'en cotivîefis, et l'on en doit concltt^e que la préclsidn est du style sublimé , comme du style énergique et pathétique en général ; mais la précision n'exclut pas les gradations , les développemens , qhi font eux-mêmc'S quelqtiefois le subUme.
Lorsque les idées présentent le plus haut d^ré concevable d'étendile et d'élévation , et que Tcipression les soutient , ce n'est pins un ttiot qui est sublime , c'est une suite de pensées , coihme daft3 cet exemple : « ïont ce qtie nous voyons dn itiôttdè n^est qu'un trait imperceptible dans fample sein de la nature ; nulle idée n'approche de l'étendue de ses espaces ; nous avons beau enfler nos conceptions, tiotts n'^iifôntoiis (Jue des atotties au prît
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de la réalité des ckoses ; c'est un cefcte infini dont le centre est partout et la circonférence nulle part. » ( Pascal. )
On cite comme sublime , et avec raison, le qu'il fàourût du vieil Horace, mais on ne fkit ^ pas réflexion que ces mots doivent leur force à ce qui les précède : la scène où ils sont placés est comine une pjramide dont ils couronnent ' le sommet. On vietit annoncer au vieil Horace que , de ses trois fils^ deux sont morts et l'autre a pris la fuite ; son premier mouvement est de ne pas croire que son fils ait eu cette lâcheté.
Non, aoil , cela n'et»! point; oft tous trompe , Julie. > Rome n'est point sujette , on mon fils est sans vie. Je connais mieux mon sang , il sait mieux son devoir.
On l'assure que, se voyant seul, il s'est échappé du combat; alors à la confiance trolûpée suécède rindigtiation :
Et nos soldats trahis neFont pas achevé l
Camille, présente à ce récit, donne des larmes à ses frères.
BQRJiCfe.
Tout beau , ne les pleurez pas tous :
Deux jouissent d'un sort dont leur père est jaloux.
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Que dts-plos nobles fleurs leur tombe soit couverte ; La gloire de la mort m'a payé de leur perte.
Pleures Tautre ; pleurez Tirréparable affront Que sa fuite bonteuse imprime à notre firont ; Pleurez le ^sbonneur de toute notre race »
Et Topprobre éternel qu'il laisse au nom, d*Horace.
Que vonliez^TOUs qu'il £tt contre trois ?
; ■ORi.CB.
Qu'il mourût.
Ce qui est sublime dans cette scène , ce n'est pas seulement cette réponse , c'est toute la scène, c'est la gradation des sentimens du vieil Horace , et le déyelop(>«nent de ce grand caractère , dont le qu*il mourût vl est qu'un dernier éclat.
On voit par cet exemple ce qui distingue les deux genres du sublime , ou plutôt ce qui les réunit en un seul.
On attache communément l'idée du sublime à la grandeur physique des objets , et quelquefois elle y contribue; mais ce n'est que par accident et en yertu de nouveaux rapports ou d'un caractère singulier et frappant que l'imagination ou Iç sentiment ieur imprime ; leur
SUBLfMÏ. 1^1 ,
point de vue habitael n'a rien d'étonnant ni pbul* rame ni pour riniagination;.Ia familiarité des prodiges mêmes de la nature les a tous avilis y et dans une description qui réunirait toas les grands phénomènes du ciel et'de *la terre , il serait très-possible qu'il n'y eût pas un mol de sublime. -^"-^ \
, Ce qui , du côté de Texpression ^ est le plus favorable au sublime^ c'est l'énergie et la pré^ cision ; ce qui lui répugne le^lus, c^est l'abondance et l'ostentation de paroles*
En éloquence , on a distingué le sublime ^ le simple et le tempéré , ou , comme disaient . les.Grecs,>l'â;^an^^/, le grêle t%\t médiocre. Dans l'un , se déploient toutes les pompes de l'éloquence ; dans l'autre , c'est le langage nu de la raison et du sentiment; dans le troisième, une beauté noblç et modeste^ une parure ménagé^ et décente. Au premier «appartient la grandeur des pensées,, la majesté de Teipression , la véhémence , la fécondité, la richesse, la gravité^ les grands mouvemens pathétiques ; tantôt avec une austérité triste, une âpreté sauvage et dédaigneuse de toute espèce d'élégance; tantôt avec un. soin industrieux d« polir, d'arrondir les formes du discours. Ncan et grandiloqui ^ Mt Ua dicam ^fuenint^ cwn
3sft SfTBLZMK. >
i^nipUt et seHtentiàmm gre^itaee et maféstuie vérbçritm, T^ehemetUes , varw, €opà>s£^ Tgnt^ pe^f i ad perntovenàés et convefttTtdos einimos ihs&HcU etpamd : qaod ip^m.aUi aspera, t^sti^ horrifia ôratione,rteqtteptrfecta, nequé £Qnclmet ^ aUi lce\fi et imtrucm et ter/ni-' nata. (Cic. Orat.)
Le secon4î&'aH(iohe an é&ntMite à 1» finesse, à la jttfitesse d'ane etpi^ession châtiée et s»bfi}e, cyîi t«s mots pressent ïs peii^ et la reâ<fieKt avec clarté : satisfait de tout édaif cir, il n'amplifie et n'agrandit rien; et dans ce geitre, les un* déguisent YtuT ad,reS9e mvLs tin air cTîgiiorance et de grossièreté ; tes rfatres, pour cacher k'UT indigence , afTecferft un air d'enjoûn^Rt et se fanent de qôierques fleurs. £i contrcL tenues , aôuti , omnitt dqàentes , et dihteidiom , noa 'ampliofa ^fàctentes , sub- ' Hit qnndam^et pretsct oratiàne Umati ; in eodemquG geftere alii càiiidi, sed iriipoUd, ^et consulta radium similes et imperètvrum ; alii in eàdem jejûtiitaVe concirtniores , idest faced ^fiofentês etlam^ et levicer omaii, Ilrfd. Le troisiètiie< ft*a ftî la force et Télévat ion M premier, ni la su'btîRtë du second ; i! participe de l'un et de l'autre . et d'un cours uni et soafena , il coule sans rien avoit qui le dis-