TEMPÉRÉ
. GSNJKK dëloqaence qui tient le milieu entre lie sublime et le simple. Oa peut voir , dans V article sublihe, que Cicéron, en. définissant le genre tempéré , ne lui accorde que la^aciUté, V égalité et quelques légera ornemens. Ailleurs pourtant il reconnaît que c*est à loi que sont permises toutes les parures du style. Datur etiam venia concinnati sententiarum , etargutiy certique, et circumscripti verborum ambitus conceduntur : de industriaque , non ex insidiis , sed aperïe acpalam elabomtur^ ut verba verbis^ quasi dimensa et paria respondeant ^ ut crebro conferanturpugnantia, comparenturque contraria , et ut pariter exprema terminentur eumdemque referont in cadendo sonum, (Orat.)
Comment accorder ici avec kii-méme ce jg;rand maître de l'éloquence, me demandez- TOUS ? Le voici. Il a permis à Téloquence tempérée ou médiocre de se parer lorsqu'elle
TEMPRRÉ. 335
-ri'aturait'pour objet que le soin de plaire, oomme dans Jes écoles des sophistes et dans les harangues publiques des rhéteurs , faites pour amuser un peuple ; mais à cette même éloquence , il a prescrit d'iêtre modeste et réservée dans sa parure lorsqu'elle se montre au barreau , et cette distinction il F^prirae à la fin du passage que je viens de cîter : Qûœ, in veritate causarum , et rarius muUo facimus, et cette occultius, Isocrate ,- dans Féloge d'Athènes , a recherché curieusement , ditnl , tous ces ornemens du langag^^ parce qu'il écrivait non pour plaider detiant les juges , mais pour flatter et délecter Toreille des Athéniens . Non enim ad judiciorum certamen , sed ad voluptatem auHum scripseràt, (Orat.) C*est', selon moi , une marque de mépris que Cicéron donne à cette éloquence odieuse des sophistes, que de lui laisser avec tant d'indulgence le luxe de Téloçution et le soin xîurieux de plaire. N'a-t-il pas observé hii-même qu'en éloquence , comme dans^tous les grands objets de la nature , le beati et l'utile doivent se réunir, et que les ornemens de l'édifice oratoire doivent contribuer à sa solidité?
Colutnnœ et templa et porticus sustinent; tamen habent non plus utilitatis quam di-
336 TEMpi£&i.
gnitatis, . . hoc in omnibus item partibus orationis eveniiy ut utilitatem ctcprope necessitatem suavitas quœdam etlepos conseqtiatMir.
. (DeOrat.)
PTa-t-il pas observé que , dans le style comme dans les mets , rassaisonnement qui d'abord pique le plus le goût^ le lasse presque aussitôt et rémonsse , et qu'il n'y a , pour Tesprit , que les alimens simples dont il ne se lasse jamais ? Difficile enim âictu est quœ^ nam causa sit, cur ea quœ maxime sensus nostros impelluntvoluptate ^ et specie prima ac^errime commovent, ab iis celerrime fastidio quodam et satietate abalienemur. Et après avoir prouvé , par l'expérience de tous nos sens , que la satiété suit de près les railfinemens du plabir , Si omnibus in rébus voluptatibus maàcimis fastidium finitimum est , n'a-t-il pas reconnu qu'il en était de même en éloquence ? In qua velex oratorihus possumus judicare concinnam , distinciam, omatam , festivam , sine intermissionne , sine reprehensione , sine varietate , quamvis claris sk coloribus picta vel'poesis vel ont" tioy non posse in delectatione esse diuturnam. Ënfin^^ n'a-t-il pas établi , comme un pri ncipe général , que , dans un discours , les
TESFFEEÉ. 53^
ornemens doivent, être semés légèrement et par intervalles , jamais accuçûtulés ni également répandus ? Utporro cùrlspersa sit ( ora^ tio) quasi verborum sentet^Uarumque floHy bus y îdnon débet esse fusu^ œquabilkerper y^omnem orationem^ sed ita distinctum ^ ut sint quasi in ornatu disposi^ quœdam insi- 0nit^ et kimina.
Mais dans un^sujet frivole et dénué dlnté-
rét et d*utilité, faut-il laisser à niKce fonds
aride, et ne pas le couvrir d^ fleurs ?lMa«t
d'abord éviter un sujet doiit l'indigence et la
, séchei'essïe ont besoin d'être sans cesse ornées;
ne jamais se réduire au iitile métier de beau
parieur; avoir au moins l'intention d'instruire
lorsqu'on cherche à plaire, et dans les choses
où la raison et la vérité ne demandent qu'à
se montrer dans leur simplicité naïve , sç -
contenter d'un style naturel et décent. In
proprîis verbis illa laus oratoris, ut abjecta -
atque obsoleta fugiat ^ lectis atque illus-^
tribus uiatur. Ainsi le simple se mêlera au
tempéré^ comine il s'allie même au sublime ^.
isans détonner avec l'un ni avec Tautre , mais
avec cette facilité d'ondulation , si je l'ose.
dire,^ qui doit régner dans tous les genres
d'éloquence^ et sans la4uelle le haut style est
TOMI YII. ^Q
i5f TEl»P*1»i.
toîde, gaîndé, moBotoii*, tl le stfi^ ieM^ n*eslt qu'va p»pilk>tiliii^ à» conlearft , toul«a \iveB €l saas imsncea, dont YéékÀf l«tigtt« lès yeux.
dans le genre tempéfé même, peut prodtitrft de gruatàê eilfet». 'Je ne âk piM ^tie le geBfe sublime ne s*y mêle aussi quelquefois ; nais-' ce sont des accide»» W^s^ et il tne semble q^HolHii s*e»t o»b&é, lorsqu'à propos de VAabilcté à orner et à êmheMir h discoM^ , il rappefie ce que #t Cicët^endu slMcien. Rik liHus , qui avait dédaigné, comme Soc^vat», d'employer TéloqueU^e patliétiquie pour sa di^ fense, €e n'étais pas <ks omemens de f âo^ quence tempérée , mais de la force, de la ck»lëuir de k haute éloquence de Crassiis , ^11 s'agissait dans cette cause. Cest le genre sublime dans toute sa yiguear et dans Imrte sa Yëhémence , que Cicéron aurait TOula qWen eût» employé pour sauver riânooenee e« la vertu même. Quum iilo nemo néque imtegrhr esset in cmUiêe neque ianctior^,^ qmod si tune y Craêse , dixisse^, . . et si tUnpm P. J^ tilioy Tton phik)sopkorum more^ sed tu& U* cuisset dt'cere^ quampts sceiemiiiUi-^issêni, ^icutijuerurtt, pestifori cipes sapplicioque
TE'MPBJLE. 33cj^'
digni, ïànten omnem éomm iotporiuniiaiem ecs imtirnù mentiims aveUisses vi oratianù piœ. (DeOiat.)
M «9 dans br degré de chaleur et de force hiiiéneiar à Fëloqiiciice à^ Crassas, k clarté , les dévcloppeHwns , rafaeDodanee , Téclat de% peiMceft «t àes, parotes, joint aux el^avmes de l'iMHmonie y peuvent encore étonner et iraiiHr. Et renavipiex qm'en pariant dr oelni qui prcv» 4nit )ea plus grands éStf^y Cicéron ne lui attribue rien qui s* élève au-dessus de Tëloquence tempérée* In que igitur hàmines exhorrescunt? quem stupefacti dicentem intuentur? in quo exclamant? quem deum^ , lU ita dicam , inter homines putant ? qui distincte , qui explicate , qui a/fundanter, qui illuminate et rébus et verbis dicunt, et in ipsa oratione quasi quemdam numerum , versumque conficiunt : id e^t quod dico , ornate. (DeOrat., 1. 3.)
Mais tout cela suppose un fonds solide et riche, un sujet sérieux, utile, intéressant; et si, sur des questions yaines , sur des objets futiles , on s'efforce d'être ingénieux et éloquent, on sera brillant tant qu'on voudra, on n'éblouira qu'un moment, et à cette cnluininure rhétorienne , dont nos écoles et nos
340 TKMPli&É.
académies ont fait vanité si long- temps , j'appliquerai ce que Cicéron disait des tableaux modernes , comparés aux anciens .^^ Quanto colorum pulckritudine et -varieiate floridiora sunt in picturis novis pleraque ' quam in veténbus ; quœ tamen , eUamsi primo aspectu nos cœpentnt , diutius non \ defectant; quum iidem nos in euitiquîs tabu- \ Us ilh ipso honido ohsoletoque teneamur? \ (De Orat, L 3U) f^oyez sihpl^ etsuMjMS.
VIH DU TOKX SEFOritMX.
tiO