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.et la magnificence de l'expression , le même orateur regarde la brièveté comme im vice ; mais il appelle de vains sons, des paroles vides de sens : Sonitus inanis, -nullâ subjecta sententiâ,
La peine qu'on se donne pour enrichir des' sujets stériles , pour agrandir de petits objets , . est au moins inutile , souvent importune. •
Chapelain , qu'on a voulu donner pour un homme de goût en fait de poésie, et qui n'avait pas même l'idée de la grâce et de la beauté poétique, emploie à décrire les charmes et la parure d'Â-gnès Sorel , quarante vers dans le goût de ceux-ci :
. t On voit, hors des dcnx bouts de ses deux courtes manches. Sortir à découvert deux mains longues et blanches , Dont les doigts inégaux , mais tout ronds et menus , Imitent l'embonpoint des bras loq|;s et charnus.
L'art de peindra , en poésie , est l'art de toucher avec esprit ; et V abondance consiste alors.à faire beaucoup avec peu , c'est-à-dire , à donner à l'imagination, par quelques traits jetés légèrement , de quoi , s'exercer ellemême.
Voyez , dans trois vers de Virgile , comme Vénus est peinte en chasseresse, l'arc sur.
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r^^paule , les cheveux ëpars , la jambe nue j,ufiqu'au genou , et un simple nœud rdevamt les plis de sa robe flottante :
Tfamque humeris, de more, habilem suspenderat arcum Venatrix , dederatque cornant fUffiutdere veatis , ffuda genut nodoqUe sinus collecta fluentes.
Cependant , lorsque la poésie est du genre de ces petits tableaux qui veulent être vus de près, et que le mérite essentiel en est dans les détails , comme dan& les métamorphoses d'Ovide et dans les sonnets de Pétrarque , l'abondance du style peut s'y répandre. Il en est de même dans l'épopée , quand jLe sujet et Faction principale n'attachent pas assez pour exclure l'amusement d'une description détaillée : ainsi , dans son poëme héroï-comique , r Arioste s'est permis une peinture de la beauté d'Alcine , que le Tasse et Virgile n'ont pas osé , ou n'ont pas daigné faire de la beauté d'Armide et de Didon. ,
Une sage abondance a lieu , non-seulement dans la poésie descriptive , mais dans l'expression des sentimens où^l'âme se répand , dans les réflexions où elle se repose. Virgile et Racine, son rival, en offrent mille exemples.
Cest une précieuse abondance que celle.
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qui y réunie avec la précision , dont on la croirait ennemie , rassemble dans le plus petit espace tous les traits d*un riche tableau, comme dans ces vers d'Horace , qu*on ne traduira jamais :
Quà pinus ingetis alhaque populus Dmbram hospitalem consociare amant Rantis , et obliqua laborat Lorntphafugax irepidare rwo *.
Un nouveau cdiarme de V abondance , c'est l'air de négligence et de facilité dans celui qui prodigue les richesses du style avec celles de la pensée. Cette rare facilité , si j'ose m'exprimer ainsi , règne dans le style de La Fontaine et dans celui d'Ovide ; mais Vabondance de La Fontaine est celle de la nature dans sa beauté simple , naïve , et variée à l'infini ; elle est d'autant j^lus merveilleuse, qu'elle nait de sujets que l'on croirait stériles , et qu'elle en naît sans l'effort du travail : celle d'Ovide, sans être plus pénible, tient de l'art, et va jusqu'au luxe. Des différentes faces sous lesquelles Ovide présente une pensée , ou des
« * Cest là que le haut pia et le blanc peuplier , mariant leurs rameaux , aiment à réunir leur ombre hospitalière; c'est là qu'une onde fugitive roule avec peine ses flots tremblans dans les repli^ijfe soi^ lit tortueux.
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nuances variées qu'il démêle dans un sentiment , chacune plairait ; si elle était seule ; mais la foule en est fatigante; et à côté de la richesse on aperçoit enfin l'épuisement.
La poésie allemande surabonde en détails dans les peintures physiques; la poésie italienne, dans l'analyse des seAtimens, donne souvent dans le même excès.
La passion donne lieu à Yabondance du style dans les momens où l'âme se détend et se soulage par des plaintes.
Les faibles déplaisirs s^amasent à parler. ^
Mais lor&que le cœur est saisi de douleur , enflé d'orgueil ou de colèi^^e, la précision et i'énergie en sont l'expression naturelle. Il arrive cependant quelquefois que l'abondance contribueà l'énergie, commedans ces vers de Didon :
Sed mihi vel tellus optent prihs imd dekiscat , f^elpater omnipotens adigat me fulmine ad umhras , Pailei^tes umbras £rebi, noctemque profundam , AfUe, Pudor, ^uam te violo^ aiU tua jura resoif o * ,
* Qae sous mes pas la terre entr*oayre ses abtmes , et qae d*an coup de foudre le tout-puissant mattre de« dieux me précipite au séjour des ombres , des pâles ombres de l'Érèbe , et dans la profondeur de l'ét^oelle nuit, 6 Pudeur, avant que je t*oubliei, et que je viole tes lois.
Oa voit là une femme qui sent sa faiblesse , et qui , tâchant de s'affermir par un nouveau ferment , le fait le plus inviolable et le plus effrayant qu'il lui est possible : ainsi, cet|^ redondance de style ,
Patientes umbras Erebl , noclentqueprofundam ,
est Texpression très - naturelle de la crainte qu'elle a de manquer à sa foi.
U en est de même , toutes les fois que la passion s'accroit à mesure qu'elle s'exhale : comme dans les imprécations de Didon , et de Camille dans les Horaces; comme dans les protestations que fait Achille , au neuvième livre de rniiade, d^ ne jamais se laisser fléchir. ^ Quand le çaractèi^ de celui qui parle est . austère et grave , l'expression doit être pleine , forte, et précise. Fernand Cortez, à son retour Aa Mexique, rebuté par les ministres de Philippe II , et n'ayant pu approcher de lui , se ]>résente sur son passage et lui dit : Je m*ap^ pelle Fernand Cortez : /ai conquis plus de tenues à Fotre Majesté qu'Elle n*en a hérité de l'empereur Charles^ Quint son père ; et je meurs de faim. Voilà de l'éloquence.
Merville, évêque de Chartres, en demandant au feu roi quelqu'argent pour les pauvret