BIS&AX
Le mal de mes rivaux n'égale poiut ma peine:
La douce illusion d'une espérance vaine He les fait point tomber du faîte du bonheur : . Aucun d'eux , comme moi , n'a perdu votre cœur. .
On voit encore un exemple plus sensible de Taisance et du naturel du dialogue lyrique ^ dans la scène de Cadmus :
Je vais partir, belle Hermione.'
Mais un modèle parfait dans ce genre esl la scène du cinquième acte d'Armide.
Tous m'allez ^tter ! etc.
D'une vaine terreur pouvez-vous être atteinte, ^ Vous qui faites trembler le ténébreux s<^our ?
Vous m'apprenez à connaître l'amour ; L'amour m'apprend à connaître U crainte.
Tous brûliez pour la gloire avant que de m'aimpr ; Vous la cherchiez partout d'une ardeur sans égale : La gloire est une rivale Qui doit toujours m'aUrmer.
RKITAUD.
Qne j'étais insensé de croire Qu'an vain laurier , donné par la victoire , De tous les biens fût le plus précieux !
Tout récbt dont briU»4a gloire ,
Vaut-il un regard de vos yeux !
C'est en étudiant Tart dans ces modèles , qu'on sentira , ce que je ne puis définir , le tour élégant et facile , la précision , Faisance , le naturel , la clarté d*un st jle arrondi , cadencé , métodieiix , tel enfin qu'il semble que le poète ait lui-même écrit en chantant. Mais ce n'est pas seulement dans les choses tendres et voluptueuses que son vers est doux et harmonieux ; il sait réunir , quan^ il le faut , l'élégance avec l'énergie , et même avec la sublimité. Prenons pour exemple le début de Pluton dans Vopéra de Proscrpine :
Les eCforts d'un géant qu*on croyait accablé Ont fait encor frémir le ciel , la terre, et l'onde. Mon empire s'en est troublé; ^
Jusipi'au centre du monde Mon trôné en a tremblé.
L'affreux Tvphée , avec sa vaine rage , Trébuche en£n dans des gouffres sans fonds.
L'éclat du jour ne s'ouvre aucun passage Pour pénétrer les royaumes profonds Qui me sont échus en partage.
98 o^éaa.
Le Ciel ne craindra plus qut ses fiers ennemie Se relèvent jamais de leur chute mortelle ; Et du monde , ébranlé par leur fureur rebelle , Les fondemens sont affermis.
Il était iihpôissîble , je crois , d'imaginer un plus di^e intérêt pour amener Pluton sur la terre,* et de l'exprimer en de pluâ beaux vers.
Si l'amour est la passion fayorite de Quiifault , ce n'est pas k seule qu'il ait exprimée en vers lyriques, c'est-è-dire en vers pleins d'Ame et de mouyemetit. £coute2 Gérés àa désespoir après a^otr perdu sa fille, et, 1a flamoie à la main, embrasant les bkhssous :
J'ai fait le bien de tous. Ma fille est innocente , £t pour toucher les dieux mes vœux sont impuissans : J'entendrai sans pib'é les cris des innocens. ^ Que tout te ressente De la foKtir que je sens.
Écoutée Médwe dmâ Vopéra de Persée.
Pallas , la bafbai« Palla»
Fut jalouse de mes appas , Et me rendit affreuse autant que j'étais belle ; Mais Texcès étonnant de la difformité
Dont me punit sa cruauté
Fera oonnattre , en dépit d*etle ,
Quel f ttt Texcès de ma beauté.
Jt ne puis trop montrer sa vengeance cruelle.
OPIÊRA. 99
^a tête e^tfi^re encor d'avoir pour ornement
Des serpens dont le sifitemcnt
Excite une frayeur mortelle.
/• porte IVpouvante et la mort ea tous lieux ; . Tout sf change en rocher à mon aspect horrible. Les traits <^ue Jupitezt launce du haut des cieux
Ti'oat rien de si terrible
Qu*un regard de mes yeux.
Les plus grands dieux du ciel , delà terre et de Fonde , Du soin de se venger se reposent sur moi.
Si je perds la douceur d'être Tamour du monde» Tai le plaisir nouveau d'en devenir Teffroi.
Boîleau ayait-il lu ces yers , lorsqu'on so inoquiûit d'un geate dans lequel il s* efforça inodlement lui-même de réusâr, il disait des opéras de Qninault :
Et jusqu'à Je nfous hais , tout s'y dit tendrement ?
Ayait-U li; le einquième acte à'Atys ^
Quoi ! Sangaride est morte ! Atys est son bourreau ! Quell e vengeance , ô dieux f quel supplice nouveau ! Quelles horreurs sont comparablet
Aux horreurs que jesena!
Dieux cruels , dienj( impi^oy^le« ^
N'êtes- vous toutrpuissans , Que poUr faire des misérables !
Quelle force ! qnèik havmonie ! quelle in** cvoyable facilité! Personne n'a cBoisé les vers et arrondi la. période poétique arec tant d*in--
*00 OFEBA.
telligence et de goût ; et celui qui sera insensible à ce mérite , ou n'aura point d*oreilIe , ou n'aura pas la première idée de la difficulté de Fart de bien écrire en vers.
Dans les vers lyriques destinés au récitatif libre et simple , on doit éviter le double excès d'un style ou trop diffus ou trop concis ; et c'est ce que Foreille de Quinault a senti avec une extrême justesse. Les vers dont le style est diffus sont lents , pénibles à chanter , et d'une expression monotone ; les vers d'un style coupé par des i-epos fréquens obligent le musicien à briser de même son style. Cela est réservé au tumulte des passions , et par conséquent au récitatif obligé : car alors la chaîne des idées est rompue , et à chaque instant il s'élève dans l'âme un mouvemerit subit et nouveau.
Pour cette partie de la scène où règne une passion tumultueuse et violente, comme dans les rôles d'Armide, de Cérès , de Médée , et , surtout dans celui d'Atys, Métastase est encore un modèle supérieur à Quinault luimême. Mais dans le simple récitatif, le style de Métastase me semble trop concis, et moins susceptible de belles modulations , que le style aombreux et développé de Quinault.
OPÉKA. loi
A regard des peintures , un grand tableau dont les traits sont distincts et se succèdent rapidement , exige ., comme la passion , un style concis et articulé. Par exemple , dans les beaux vers du début des Elërnens , voyez comme chaque image est détachée par un silence : c'est dans ces silences de la Voix que rharmonie Ta se faire . entendre.
Les temps sont arrivés : cessez , triste chaos. Paraissez , élémens. Dieux, allez leur prescrire
Le mouyemeiit et le repos.
Tenez-les reufermés ohacai^ dans sou empire.
Coulez , ondes , coulez. Tolez , rapides feux. Toile azuré des airs , embrassez la nature.
Terre , enfante des frnfts , coifrre* toi de verdtirc. baissez , mortels , pour obéir aux dieux.
Si au contraire les sentimens ou les images ^ que Ton' peint sont destinés à former un air d'un dessin continu et simple , Tunîté de couleur et de ton est essentielle au sujet même ; et c'est le rague de l'expression qui facilitera le chant. Dans le Démophoon de Métastase , Timante , qui frémit de se trouver le frère de son fils , n'exprime sa pitié pour le malheur de cet enfant qu'en termes vagues : le poète laisse au musicien à dire ce qu'il ne dit pas.
Misera pargoletto , Il tfw destin non sai.
102 OFÉa4.
A^h ! noaglidile. mui QueVera il genUor.
Corné in un ponto , o dîo / Tmtto oangie d*aspéttç / ' * ' Fof./fffte. Hn^iç diletfoi, F'oi siet^ il mio terror.
C'est à Tace^Qt de la,, natuce'. à faij» enl«9dre quel 6ist cepèy*, quel ^tceleuftmï maiboibreux. /'qy^gAia, qH4N<r , msoii^A.vuB*
Il n*est pas exactement vrai que Têxpression musicale soit réservée , comme on Ta dit , au langage des passions. Cest. là sans doute son triomphe ; mais ce n'est pas dfens -la nature le seul objet, que l'harmonie et la mélodi(^spie^t eu état de panure , ttani^ner , d'embellir.
« Si vous choisissez , nous ditrOn,, deux compositeurs à' opéra ; que vou^ douniez;. à l'un à exprimer le désespoir d'A^dromaqjoe lorsqu'on arrache Astyana^ du tombeau oh sa, Çiété l'avait caché, ou les, adieux d'Iphigéni^ qui va se soumettre au qputeau. d« Calchas , ou bieii les. fujreurs dç sa mère, éperduje a«» moment de cet affreux sacrifice , çt ç^s^, \ov^ disiez à l'autre : faites-mpi une tempêta, iia tremblement de terre,, un chœur d'Aq^iiona , un débordement du Nil , une descente de Mars , une conjuration magique , un sabba|
OPÉRA, lOj
infemal : n'est-ce pas. dure à celui-ci, je vous clioisiâ pour faire peur ou* plaisir aus enfant ^ et. à l'autre , je ¥ous choisis, pouK être rad- QÛration des na|ions et des siècles ?»
Mais à. quoi bon ce partage exdUsif de Varl d'imiter par des accens. , par des accorda , et par des noiTàbces ? Le mâme cotapositevr à qui Ton, doaaerait à exprimer le désiespoie d'Andrpmaque , se oroirait-il déshonoré si on lui donnait aussi à exprimer les gémiase^* mens de Tombre d'Hector qui se feraient entendre du fond de son tombeau ? Celui qui aurait exprimé les adieux diphigénie ou le désespoir de sa mètc rougirait- il d'exprimer aussi I^ descente de]>ia«ie par une symphonie auguste ? Celui qui aurait à exprimer la doukur d'Idom^née , ob}%é dTimmoler son fils , dédai^neMit-il d'imi4!i?r la tempête de Tarantscène ? La chiite du Nil serait- elle un objet moins magnifique à peindre aux yeux et' k l'oreille , que le triomphe de Sésostris ? et sans être un peupte d^enfàns , ne ponrratt-on pas être ému de la beauté de ces peintures ?
Un. chœur infernal peut aussi n'être pas 1//1 bruit de sabbat: les Grecs ne l'appelaient px» ainsi, sur le théâtre d'Eschyle ; il n'y resn sfimblA pa« daTâatage dans V opéra de Ca«tor. ,
et <|xianl à l'exécution , il est possible et facile encore d'y faire observer plus de décence.
. La musique a , de sa nature , un caractère d'analogie et des moyens d'imitation pour tout ce qui affecte l'oreille . Quant aux objets des autres sens , elle n'a rien qui leur ressemble ; mais au lieu de l'objet même , elle peint le caractère de la sensation qu'il nous cause : par exemple , dans ces ve^ de Renaud ,
Plus j'observe ces lieux , et plus je les admire.
Ce fleuve conle lentement , '
Il s^éloigne à. regret d'un séjour si charmant. Les plus aimables fleurs et le plus doux zépbire
Parfument l'air qu'on y respire.
la musique ne peut exprimer ni le parfum ni réclat des fleurs ; mais elle peint l'état de Yolupté où l'âme , qui reçoit ces doaces impressions , languit amollie et comme enchantée.
Dans ces vers de Castor et Pollux ,
Tristes apprêts , pâles ftambeaux , Jour plus afTrtux que les ténèbres !
la musique ne pouvait jamais rendre l'eflfet des. lampes sépulcrales , mais elle a exprime
opiéha. io5
hi douleur profonde qu'imprime au cœur dé Thélaïre la vue du tombeau de Castor. Telle est , d'un sens à l'autre , l'analogie que la musique observe et saisit , lorsqu'elle veut réveiller , par l'organe de l'oreille , la réminiscence des impressions faites sur tel: ou tel autre sens : c'est donc aussi cette analogie que la poésie doit rechercher dan? les tableaux qu^elIe lui donne à peindre.
Quant aux affections et aux mouvemens de l'âme , la musique ne les exprime qu'en imitant l'accent naturel. L'art du musicien est de donner à la mélodie de& inflexions qui répon-* dent à celles du langage ; et l'art du poète est de donner au musicien des tours et des mou-* vemens susceptibles de ces inflexions variées', d'où résulté la beauté du chant.
Un poème peut donc être ou n'être paa Ijrrique, soit par le fonds du sujet, soit pat les détails et le style.
Tout c& qui n'est qu'esprit et raison est inaccessible pour la musique : elle Veut de \k poéâe toute pure , des images , des sentimens. Tout' ce qui mgédes diseussions , des développemens , de» gradations^ , n'est pas fait pour elfe. Taut-il donc mutiler le dialogue , brusquer les passages, précipiter les situa-
i09 OPÉBA.
^onçy accumuler les mcîdeus, sanBli^rm 9Vec Tautre , ôter s^ux détails, et à ren^emble d'uu poëme eet air d^aisauce et de y enté d'où dépend rUlusiou théâtrale , et ue préscBltv sur la.^cèue que le squelette 4e TactiQii ? €'est Vexoès QÙ Ton dounue , et qu'où peitt éTÎter en prenant uu suM analogue au genre lyrique, où tout soit simpla, qlaif et rapide , en actio^ et en sentiment. i
\J opéra italien a des morceaux du eacactère le plus tendre ; il en a aussi du plus passionné : c'est sa partie vraim^it lyrique» Du milieu de ces seènesy dont le récit noté n'a jamais ai la ^éliqatesse., ni la chaleur, ni la grâce de U simple deolamdtion , parce qui» Les inflexions dç la parole sont inappréciaibles , que dans aucune langue on ne peut les écri^ , H. que ^ chanteur le plus bal^ile ne peul jamais les ifiro passer dapsses modula»tions ; dumiltei» de ces scènes , dis-je , sortAUt par iaterValte <^ moi^vemem^ de sensibilité , auxquels la ipuai([ue doj^ne une expression plus animée e% plus touchant^ que l'expression mième de la^ uati4re ; et 1^ premier» mérite en est a» poète qi4 a ^ vendre oes mor^eaui^ auscepstiblve de toi^te réuergin deraecent musicaK iVoy^s danq l'JpJu^énie dt4|pos0lo-i{«eo«»., imitée dis Aa«-
cine, combien ces paroles de Ctytéïtinestrc* sont dociles à recevoir l'accent de la douleur «t4u reproche :
Pf^Mn4isv€nare^^Uaitma4'^'p Consorte e pqdre , Ida sensa amore , S^nsapietà.
Si» sh L'amor si perverti ; Eneltuocuore Entra colfastb La. crudeUa,
Dans VAndromaque du mette fi^te , lorsqu'entre deux enfans qii*on présenta à tJIysse , réduit au même chôît que !^hôcàs , il ne sait lequel est son fils Télémaque , ni lequel est le fils d'Hector ; les paroles de Léontine dans la bouche d'A.ndromaque sont, il faut l'avouer, <!'tme mère bi^tt plus sensible , et ànt (^[Uelque diose de bien plus animé dans lltaHefT qti«^ dfttts le frtoçai* î
Guardapur. O quéUà, o jAéslà E tua proie , e sangue mio.
Tuwdsai',maUsbhénh f NeaU,perfido, Udirb.
Chidi voile volpèrpadte?
Fi arretraU / ah , 4f'di tàêèhH
Sentû dir : tu mi tei madré ; Ne colui me genero.
Dans r Olympiade de Métastase , lorsque Mégaclès cède sa maîtresse à son ami et la laisse évanouie de dotdeur^ quoi de plus favorable au pathétique du chant que ces paroles :
Se cerca , se dice :
L'amico dov*è P.
Vamico infeUce, Rispondi , mon.
Ah no : si gran duolo Non dar leper me; Rispondi ma solo :
Piangendo parti.
Che abisso dipene !
Lasciare il suo hene I ' Lasciar loper sempre f * Lasciar lo cosi.
Dans le Démophon du même poète , imité dlnès de Castro ; cpmbien les adieux des deux époux sont plus touchans , dans ce dialogue de Timante et de Dircé , que dans la scène de Phèdre et d'Inès I
TIMjLirTS.
La destra jti thiedo, Mio dolog sostegno p