‹ Elémens de littérature (volume 4)Chapitre 7 sur 26 · ARMIDE · texte numérisé non relu

ARMIDE

Arrête , a rréte , affreuse Haine. '

£st~ce là mettre l'allégorie à la place de la passion? NuU^ent. Je suppose qu'au' lieu du tableau que je viens de rappeler, on vît sur le théâtre Armide endormie , et TAraouf et la Haine personnifiés se disputant son cœur.; ee combat parement allégorique serait froid.

Mais la fiction da Quinault ne pc«ndri«ii sut la nature : la passion qui possède Armide est exprimée dans sa yérité toute sîxopje ; et le poète ne fait que lui opposée , au moyen de Vallégorie , la passion qu'Armide n'a pa«.

Plus' on réfléchit sur la beauté de eeite fable ^ plus on y trouve de génie et de gout^ !Le moyen de la rendre gK^tesquâ et ridicule se-* rait de faice ticaiUer Aimde paj? la^BEiîae et par les démoBfi.

A regard de la vraii^embl^nee , la> Haiiie est un personnage réalisé pas le systève dé la mythologie , comme TEnne , la Veageance , le Désespoir, etc. Daas le système de la féerie , c'est un démon , c'est l'un des esprits infernaux aibrquels le magicien commande. Le système une fois reçu ,. oe personnage a donc sa vraisemblance , comme celui d'Armide et comme celui de Pluton.

Mais a l'hypothèse d'un spectacle où les personnages parlent qiioiqu'en chantant , n'est-elle pas beaucoup trop T«isine de notre nature , pour être enaployiâe iiaaiSf .un dcaœa dont l€fi> acteur» sont des dieus ? »-

C'est au contvâire pa«ee que la langue de ee. spectacle s'«loigne de noire, nature , qv^eile cpi^vflen^ mîewt à desi êtres snEwaturelfc wl fa-

ïnàevm. Les dienx et les bëros, tekqne'lefc poètes et les peintres nous ont acaoutiunés^ à les conce^G^, ne sent antire ehose que de». hoDimeft peiffsc^nné» : lar km^^iie musîcals* est donc coirain* ieva langue natciffelle; et YoUà ce qui donne à Vopéna français une ir-érité relative qwe X opéra italien n'auiMb j^ mais : car rimaginatîoB^ déjà exaltée pair 1« mërveillenx de là ïsiMA- ou de la magie , attribue aisément on aotenl fyMièeuat ou^ m»gî^ue aux pereonnages de Fnn ou de l'attâ[3&. sjBtème ; au lie» que â Tacâon théâtral», tkf» n»' présente qfie k vérâté histoxique , et q|[ie: des hommes tbkquej-en vois et que j.*en e»* tend» tous les jours , e^est alors que j-ai de la peine à me pecsuader qo^ils pariaient «t> qkantant* Ainsi , ài l'égard, de 1» nraisemblance ,. L'h^othèse du. nsweiileuss s^aeodm^ mode wiUefeli» mîeux<de ce langage nnisicsalv que la usérité historique.

On noui^ oppose' enfin l'exemple de» lia** lien» ,. lesquels >' ayant d3abenf adopté pouv YopénxfVe s^rstème du nMrveillèux , Tont quitté ponrlaitr^^gédie; '

La Téiité simple^ est que b» premiers éssaù»

du «pèetade lyrique ea Italie fuvent ftiits» atvat dépens- éc6 ducs der Blopeoce, de Màintoue

j^% OPÉRA.

et de Ferrare; qne leur inagnilScence n'y épargna rien; qu'alors le merveilleux, qui exige de grands frais ^ put paraître sur leur tbéâtre ; et que dans la suite les villes dltalie , obligées de faire elles-mêmes les d^enses de leur spectacle , allèrent à répargne , et donnèrent par économie la préférence à la tragédie dénuée de merveilleux.

Or je soutiens qu'au lieu de Tembellir , ils ont gâté la tragédie, non seulement par les sacrifices que leurs poètes ont été obligés de faire à leurs musiciens , mais parce qu'il est impossible à la musique de compenser le tort qu'elle fait à la vérité , à la rapidité , à la cha- . leur de l'expression. Pour s'en convaincre, on n'a qu'à voir si un opérn italien a causé jamais cette émotion continue , ce saisis&ement. gradué, cette alternative pressante d'espérance et de crainte , de terreur et de compassion , ce trouble enfin qui nous agite du commencement jusqu'à la fin de Mérope ou d'Ipbigénie. Non seulement cela n'est pas, mais cela' n'est pas possible , parce que la mQduladon altérée du récitatif, quel qu'il soit , ne peut jamais avoir le naturel , la véhémence , et l'énergie du langage passionné : aussi voit-on qu'en Italie V opéra n'est point écouté ; que

dans des loges on ne pense à rien moins qu'à ce qui se passe sur le théâtre , et que l'attention n'y est ramenée que lorsqu'une ritournelle brillante annonce Pair postiche qui termine-la scène et qui en refroidit l'intérêt.

Pourquoi avons-nous donc aussi adopté un spectacle où la vérité de Texpression est sans cesse altérée par l'accent musical? Le poète n'est-il pas soumis à la même contrainte ? les gradations , les nuances , les développemens , ne lui sont-ils pas également interdits ? n'cst-il pas de même obligé d'esquisser plutôt que de peindre, et d'indiquer les mouvemens de rame plutôt que de les exprimer? ne s'impose- t-.il pas encore d'autres gènes que le poète italien ne connaît pas? Oui, sans doute : mais le spectateur en est dédommagé par des plaisirs d'un autre genre; et c'est en quoi le système français est plus conséquent que le système italien.

L'expression musicale , nous dit-on,, ne convient qu'aux situations violentes et' aux mouvemens passionnés. Mais les passions violentes sont -elles les seules donf l'accent s'élève au-dessus de la^simple déclamation ?

et toutes les fois que l'âme est en mouvement, soit que ce mouvement ait plus ou moins de

violence et de rapidité ^ ne donne-t-îl pas lieu à une expression plus vive et plus marquée que le langage tranquille et froid ? C'est là surtout ce qui distingue l'air d'avec le simple récitatif, et ce qui le rend susceptible d*iuie infinité de nuances : c*est aussi , comme je l'ai dit, ce qi^i, d<vas le système du merveil*leux , rendra V opéra susceptible d'une variété inépuisable dans les caractères du chant.

H me reste à examiner quel est 1& style qui convient au poëme lyrique; et je n'hésile point à dire que, pour le simple récitatif, Qnioault est le modèle de l'élégance , de la grâce , de la facilité , quelquefois même de la splendeur et de la majesté que la scène demande.

Le moyen, par exemple, de ne pas déclamer avec de doux accens ces vers deV opéra d'Isis ? C*est Hiérax qui se plaint d'Io.

Depuis qu'une uymphe inconstante A trahi mon amour et m'a manqué de foi , Ces lieux, jadis si beaux, n'ontplus çien qm* m'enchante Ce que j's^ime a changé ; tout a changé pour moi, ' L'inconstante n'a plus l'6mpress«ment extrême De cet amour naissant qui répondait au mien : Son changement parait en dépit d'elle-même ;

Je ne le connais que trop bien.

Sa bouche quelquefois dit encor qu'elle m'aime ; JMais son pceur ni ses yaux ne n^en disent plus ri^....

Ce fdt dans ces yallons ; où , par mille détours , Inachus prend plaisir à prolonger son cours ,

Ce fut snr son charmant rivage Que sa fille volage

Me promit de m*aimer toujours.

he zéphyr fut témoin , Tonde fut attentive , Qnsmd la nymphe jura de ne changer jamais ; llaÎB le sépb^ léger et Tonde fugitive Oat efifin empofté les sermenfl qu'elle a faits.

Et en parlant de la nymphe e)le-mème , écoutez co'mme 568 paroles semblent solliciter une déclamation touchante!

Vous juriez autrefois que cette onde rebelle Se ferait vers sa source une route nouvelle , Plutôt qu*on ne verrait votre cœur dégagé :

Voyez couler ces flots dans cette vaste plaine : C'est le même penchant qui toi^ours Ie« entraîne ; Leur cours ne change point , et vous avez changé.

Non , jû wua aàn#

QmUé Jj P M ^ eur extvène !

Inconstant*! M^>ei «bui ^'on doit dire qu'A» jutte ?

C'est à tovt que vous m'accusez :

Vous are» vu toujours vos rivaux méprisés.

g6 , OPERA.

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