MORALITÉ
Quelle est la fin que la poésis a0 propose ? ■ n font l'avouer ; le plaisir. S'il est vicieux , il la déshonore 5 s'il est vertueux , il l'ennoblit ; s'il est pur , sans autre utilité que d'adoucir de temps en temps le» amertumes de la vie , de semer les fleurs de l'illu- «ion siff lis épines de la yérlté , c'est encore vn bien précieux. Horace distingue \ dans la
agS MOHALITK.
poésie , rAgrément sans utilité, et l'utilité sans agrénreiit ! Ynn des deux peut se passer de Fatttre , je TaToue ; mais cela n'est pas réci^ ptoque, et le poème didactique même a besoin de plaire, pour instruire avec phis (battrait. Mais qu'à. Faspect des merveilles de la natm^e, pl^în de reconnaissance et d'amour , -le génie ans ailes de iamme se rapproche de la Di* viifité par le désir d'être le bienfaiteur dti monde r qu'ami passionné des hommes H consacre ses veilles à 1» noble ambition de les rendre meilieurs et plus heureux; que daiïs l'âme héroïque du poète l'enthousiasme de la vertu se mêle à celui de la gloire ; c'est alors ^e' la pbësie est digne de e^ttta origine céleste qu'elle s'est donnée autrefois.
Ainsi toute poésie un peu sérieuse doit avoir son objet dMtUité , son but moral : et ^ la yérité de sentiment ou de réflexion qui en ré&ttlf% Ninpiression salutaire de crainte , de pttië , d'admiration , de mëpcis , da haine ou d'amour qu'elle fiât sur Tâttie , est oe qu'on* appuie momUté.
Quelquefois ki nwraUts se présente direcr^ tement, oomme dansnnpdëmeenpréeeptifli;?
maitf le plus souvent on la laine âPdMuire , et l'effet n'^n 4»t que ph» infii^bie loreqnf
le mérite de Tavolr saisie trompe et console la Tamté cpie k précepte aurait blessée : c'est Tartifice de Fapolog^ , e*e»t, plus en gprané, Ci^ui de k tragédie et de Ti^popée.
Je ferai Toir , en piarlanl de la tragédûr , conment elle est une leçoD de asoeUTS.
Dans r^iopéc ^ la maraUté n'est pas tam»
jawn aussi sensible ni aussi généraloment re-* eonnue.
Le Boasu Tent que or potec , po«r être iBoral , sait composé cenune l'apokgnr^ « fiomèife , «^it , a feit la fable et le èe»* iHS de ses poèmes sans penver à ees prûijSfls ( Achidle et Ulysse ) , et ensuite il leur • fût rhonneur de donnée leurs noms anskére^ qu'il avait feintfr » . ornière serait, je cro» ^ bien surpris d'entendre corn ment on lui fait composer ses poëmes. Aristote ne le serA pas moins du sens qu'on donne à ses leçonsw « La fiible , dit ce pktlosôphe , est la ^on^ position des cboseB ». « Or deux choses composent la fable , dit te Bassu , la vérité qui lui sert de ftmdefnveiit , et la fietion.qui déguise la vérité et qui lui donne lafpwnede la feble. Aristote n'a janoais pensé à ce déguisement. Il ne veut pas que la fablo enveloppa la vérité , il yeut qu'elle Timite. Ce n'est
SOO MORALITE.
donc pas dans rallégorie , mais dans rimi- . tation qu'il en fait consister l'essence. Le propre de rallégorie est que Fesprit y cherche un autre sens que celui qu'elle présente. Or , dans la querelle d'Achille et d'Agamemnon , le sens littéral et simple nous satisfait aussi pleinement que. dans la guerre civile entre César et Pompée. Le sens moral de VOdyssée n'est pas plus mystérieux : il est direct, immédiat , aussi naturel enfin que' dans un exemple tiré de l'histoire ; et l'absence d'Ulysse , prise, à la lettre , a toute sa moralité, La peine inutile que le Bossu s*est donnée pour ap-^ pliquer son principe à l'Enéide aurait dû l'en dissuader. Qui jamais , avant lui , s'était avisé de voir dans l'action de ce poëme « l'avantage d'un gouvernement doux et modéré sur une conduite dure , sévère et qui n'inspire que la crainte » ? Voilà où conduit l'esprit de système. On s'aperçoit que l'on s'égare , mais on ne veut pas reculer,
Ce n'est pas, comme l'a entendu l'abbé Terrasson , la colère d'Achille en elle-même , mais la colère à' hoïixWo fatale aux Grecs :^ qui fait le sujet de l'Uiade. Si par elle une armée triomphante passe tout à coup de la gloire de vaincre à la honte de fuir, et de la plus
MORALITÉ. Soi
brillante Drospérité à la plus affreuse déso- . lation y Taction est gpande et pathétique.
Le Tasse prétend qu'Homère a voulu démontrer dans Hector que c'est une chose très - louable que de défendre sa patrie ; et dans Achille, que la vengeance est digne d'une ' grande âme. Le quali opinioni es^endoper se probabili , non verissimili , per Vartificio dHomero divenfiero probabilissime , e provaUssime , e similissime al vero, Homère , je crois , n'a pensé à rien de tput cela : car 1° il n'a jamais été douteux qi^'h fut beau de servir sa patrie ; et a® ^ n»à, jamais été utile de persuader qu'il fût grand de se venger soi-même.
Il est encore moins raisonnable de prétendre que l'Iliade soit l'éloge d'Achille : c'est vouloir que le Paradis perdu soit l'éloge de Satan. Un panégyriste peint les hommes comme ils doivent être; Homère les peint comme ils étaient. Achille et la plupart de ses héros ont plus de vices que de vertus ; et 1 Iliade est plutôt la satire que l'apologie de la Grèce. x
Je ne sais pas pourquoi Ton cherche dans riliacle une autre moralité que celle qui se présente naturellement ^ celle que le poète
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annonce en débutant , et qn'il met eiwoFtt dans la plainte d' Aekille à sa mère , aprè& la mort de son ami Patrocle. « Ah ! périssent dans rixfiiTers les contentions etlesquereilMÎ puissent - elles étifc bannies du séjour des koRiqies . et de eelui des ^enx , avec ta colère , qni renverse de son assiette l'komme le phis sage et le phts modéré , et qm , plus douce que le'miel , s'enfle et s'augmente dans le e«ur comme k fbmée ! Je viens d*en hite wae cruelle expérience , par ce funeste emportement ou m*a précipité Finjustice d*Aganemnon. »
On voit ici bien clairement que la passion , pour avoir sa moralité , doit être funeste à celui qui s'y livre. Cest un principe qu'Homère seul a connu parmi les poètes anciens , et s'il Ta n^ligé i l'égard d'Agamemnon , il l'a observé à l'égard d'Acbiile.
La moralité de la Henriade est la même , en un point , que celle de la Pkarsale ; mais «lie embrasse de plus grandes vues. A reffrot des guerres civiles , que l'un et l'autre poème apprennent à détester, se joint, dans l'exemple de la ligne , là juste horreur du fonatisme et de la superstition , ces deux tisons de la discorde , ces deux fléaux de l'humanité.
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Dans qnelques-uaes Vie nos tragédies , la ïHoraUtê estexprimée à la fin de Faction : celle de Sémiramis est imposante.
' Par ce terrible exemple, apprenez tout du moins Que les crimes cachés ont les dieux pour témoins. Plus le coupable est grand , plus grand est le supplice. Roi^ , tremblez sur ie tr5iM , «t crugnez leur justice.
Les comédiens se permettent de supprimer ces beaux vers. Un parterre éclairé les aurait avertis qu'ils n'ont pas plus ce droit-là que celui de changer la prose de Molière et d'y substituer la leur.