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Ow appelle voyelle nasale celle dont le son retentit dans le nez ; elle est forméç par un ' son pur que la voix fait d'abord entendre , comme le son de Va , de Ve , de l-o , fetc. , lequel, intercepté par forgane de la parole, va expirer dans les narines et devietit le son harmonique de la voix qui l'a précédé. Ce son fugitif, ce~ ressentiment est exprimé da^l l'écriture par les deux consonnes qui dé»igQ^t les deux manières" d'intercepter le km de la voix pour le rendre nasal ^ c'est-à-dire que , si le soi» doit être intercepté par la même application de -la langue au palais
NASALE. 36l
qu* exige l'articulation de Yn , Yn est le signe de la nasale; et si le son est intercepté par Tiinion des deux lèvres , comme pour Tarlis.
culation de Ym , c'est par Y m qu'oii le désigne. On voit des exemples de Tun et de Fautre dans les mots cannen et musam , on y voit aussi que le signe du son nasal est précédé par le signe de la voyelle pure qui le modifie , ïet ce signe distingue chacune des nasales ^ an, en y on , u/i y etc. Dans notre langue , la nasale in , qui sans doute nous a paru trop grêle a cédé sa place à la nasale en ; et au lieu de destin , nous prononçons desten. Kou^ avons substitué de même , et pour )a même raison, en prononçant le latin, la nasale om à la nqsale um ; ainsi , pour dorninum , nous disons tiominom. . ■
Les nasales françaises diffèrent des nasales ' grecques et latines , que les Italiens ont prises , en- ce que le son de celles-ci est coupé net par l'articulation de Vn ou de Ym , au lieu que nous laissons retentir le son.
des nôtres jusqu'à ce qu'il expire ; et l'articulation qui le termine est presque insensible à roreille. Ceux qui nous en font un reproche supposent que le son nasal ^st un vilain SOU'-, et en effet ce son est désagréable à
' 36a NASALE.
Toreilie , lorsqu'il n*a pas ifti timbre pur : sur quoi Ton 'peut faire une observation assez singulière : c'est qu*un homme à qui Ton reproche de parler ou de chanter du nez feit précisément tout le contraire , je veux dite qu'il a dans le nez quelque difficulté habituelle ou accidentelle qui s'oppose au passage du son nasal ^ et qui le rend pénible et dur. Le son na^al , de sa nature , ressemble au retentissement du métal ; et quand Forgane est bien disposé , ce timbre de la voix ne la rend que plus harmonieuse. 'Mais alors on confond ce retentissement pur de la yoix avec la voix même : il ne fait qu uh son avec elle; au lieu que , s'il est pénible , obscur, et en un mot déplaisant à l'oreille y on aperçoit ce vice , qui n'est pas dans la voix , mais dans r.brgane auxiliaire; et pour en désigner la cause, on appelle qÛ2. parler du nez, chanter du nez. Mais autant le son de la nasale est déplaisant lorsqu'il est altéré par quelque vice de l'organe , autant il est agréable lorsqu'il est pur ) et Ton verra dans V article HAimoNis^ qu'il contribua sensiblement à rendre ilne langue sonore , et que la nôtre lui doit, en partie, l'avantage d'être moins monotone, plus , mâle et plus majestueuse que celle des Italiens.
A regard d«s consonnes nasales m, n , il me semble qu'on n'a pas assez distingué les dejix sons qu'elles- font entendre : Tun , qui précède Tartiffulation , et qui retentit dans le . nez ; l'autre , qui accompagne l'articulation ^ et qui est le son pur de la voyelle. Que la lan-? gue appliquée au palais , ou que les lèvres jointes ensemble interceptent le son y et qu'il s' échappe par le nez ; vous entendez le son nasal f le bruit confus oudeT/ïon del'/w; et ce bruit diffère de celui qui précède l'articulation de r/, en ce que celi^i-ci s'échappe par la bouche et ne passe point par le nez.
^ais ,que la langue se détache du palais , ou . que les lèvres sfi séparent , le nrême sofiiB^ qui passait par le nez sort par la bouche y ^ devient le son pi*r de la voyelle articulée.
Ainsi le son nasal n'est pas le son produit pgr Tarticul^tion , mais le son occasionné par Ig position de la langue ou des lèvres pous articuler Vm ou \n ; et M. l'abbé dp Dangea^ s'est trompé Iqrsqu'il a dit que Vm n'était qvi'un b qui passait par le ne?.. Qu'on intcr-^ cepte absolument le son du nez, et qu'qn articule l^ ^cux syllabes ma et ba , on entendra les deux consonnes très-distinctes l'une de rautre. La cause en est que rappUcation
dés deux lèvres n'est pas la même : pour le 6, la lèvre inférieure prend son appui au-dessous de l'inférieure ; et pour Vm , tes deux lèvreç , d*un mouvement égal, ne font que s'unir et se détacher. Vm et ¥n , à la fin d un mot , ne modifient point la voyelle, précédente ; mais après avoir intercepté le son nasal y elles donnent une articulation £aible , qui est celle de Ve muet. {Examen-^ , deum-e.)
Il y a trois mille ans qu*Homère a, défini mieux que personne la noblesse politique , son objet y ses titres , sa fin , lorsque dans V Iliade (liv. xii) Sarpédon dit à Glaucus :
« Ami , pourquoi sommes-nous révérés comme des dieux dans la Lycie? pourquoi possédonsnOus les plus fertiles terres , et recevons-iious les premiers honne^irs dans les festins ? C'est pour braver les plus grands périls et pour occuper au champ de Mars les premières places ; c'est pour faire dire a nos soldats : de tels princes sont dignes de commander à la Lycie. »
Cest d'après cette idée d'élévation dans les
sentimens, et d'après les habitudes qu'elle suppose , que s'est formée Fidée de noblesse dads le langage. Des âmes sans cesse nourries de gloire et de yertu doivent natvr eilentent avoir une façon de s'exprimer analogue à Tëlëration de l^urs {)ensées. Les objets yils et populaires ne leur sont pas assez familiers , poijùr que les termes qui les représentent soient de la langue qu'ils ont apprise. On ces objets ne leur viennent pas dans IVsprit , ou si quelques circonstances leur en présemènt Fidée , et les obligent à Fexprimer , le mot propre qui les désigne est censé leur être inconnu , et c'est par un mot de leur langue habituelle qu'ils y suppléent. Voilà le caraotère primitif du lan- ^ge et du siY^enohîes, On sent bien qu'il A •Àh varier dans ses degrés et dans ses nuasoeSy «elon les temps , les lieux , les mœurs et les usages ; qu'il a dû même recevoir et rejeter '4our à tour les mêmes idées et leurs signes f>ropres , selon que la ;q^me chose a été avilie ou ennoblie par l'opinion ; mais c'est Jtoujours le même rapport de convenance des mœurs avec le Jangiage .qui a décidé de la •noblesse on dé la bassesse de Fé^pression.
Quelle est donc la marque inBsiiUtble pour 'savoir si , dans les antiens , un tour , une
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image , une comparaison , un mot , est nobie ou ne Test pas ?
Il n'y a guère d'autre règle de critique , à leur égard , que leur exemple et leur témoignage.
Il en est à peu près des étrangers comme des anciens : c'est aux Anglais , dit-on, qu'il faut demander ce qui est trivial et bas , et ce qui est noble dans leur langue : Fo^noion et les moeurs en décident ; et c*est surtout en £Giit de langage qu'on peut dire :
Quanà tout le inonde a tort , toat le monde a raisoû.
Il n*en est pas moins vrai qu'il y a dans la nature une infinité d'objets d'un caractère si marqué ou de grandeur ou de bassesse , que l'expression propre en est essentiellement nobie ou basse chez toutes les nations cultivées , et qui ne peuvent être avilis ou relevés que par une sorte, d'alliance que Téxpr^ssion métaphorique fait contracter à l'idée , ou par Fespèce de diversion que le mot vague ou détourné fait à l'imagination.
A notre égsird et dans notre langue , le seul moyen de se former luie idée juste du langage noble , c'est , quant ftu familier, de fréquenter
1« monde cultivé et poli , et qjaant au style plus élevé, de se nourrir de la lecture des écrivains ■ qui ont excellé dans l'éloquence et dans la lla^te poésie.
Du temps de Montaigne etd'Amyot, les Français n'avaient pas encore l'idée du style UQibk' Comparez ces vers de Racine ,
Mais quelque noble orgueil quMnspire un sang si beau. Le ciime dHme mère est un pesant fardeau.
avec ceux-ci d'Aihyot ;
Qui sent son père oii sa mère coupable De quelque tort ou faute reprochable , Cela de cœur bas et lâche le rend , Combien qu'il Teût de sa nature grand.
et' ces vers d'un vieux poète appelé la GrangCj
Ceux vraiment sont heureux Qui a^ont pas le moyeu d*étre fort malheureux , £t dont la qualité , pour être humble et commune , "Ne peut pas illustrer la rigueur de fortune.
avec ceux que Racine a mis dans la bouche d*Agamemno]i ,
Heureux qui, satisfait de son humble fortune. Libre du joug saperbe on je suis attaché , Vit dans l'état obscur où les dieux l'oiit caché !
i6% NOBLESSE. ■ \ ,
Ce n'a été que depuis Malherbe \ fitlzac et Corneille ; que la di£f<^ence du style noble ' et du familier populaire s'est £ait sentir; mais de leur temps ménie le style nobie était trop guindé et ne se rapprochait pas assez du familier décent , qui lui donne du naturel.
Corneille sentait bien la nécessité d'être simple dans les dioses simples; mais alors il descendait trop bas , comme il s'élevait quelquefois trop haut quand il voulait étrésublime. Racine a mieux connu les limites du style héroïque et du familier noble ; et par la facilité des passages qu'il a su se ménager de l'un à l'autre , par le mélsmge 'harmonieux qu'il a fait de ces deux nuances, il a fixé pour jamais l'idée de l'élégance et de la noblesse du style. Fqyez famw-ier.
C*est le plus grand service que le goût ait jamais pu rendre au génie \ car tant qu'une langue est vivante , /eX que l'idée de décence et de noblesse dans l'expression est variable d'un siècle à l'autre , il n'y a plus de beauté durable ; tout périt successivement. Voyez , dans l'espace d'un demr-siècle , combien le style de la tragédie avait changé ; et comparez aux vers de VAndrqrna^ué de Racine
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ces vers de VAnd/^maque de Jean Hendon «ft 1598.
O trois et quatre fois pVu» que très-fortunée Celle qui au pays sa misère a bornée , Sur la tombe ennemie ayant souffert la mort , Et qui n'a comme bou» été lottie au s«rt , Pour entrer peu après , captive , dans k coiAhe I>'uu superbe vainqueur et seigneur trop farouche , Et lequel pour un autre , étant saoulé de nous , Serve , nous a baillée à \m esclave époux !
Que manque -t- il à cela pour être touchant ? une expression élégante et noble. C'est encore pis ,' si Ton compare à VHermione de Racine la Didiame de Heudon. Celle-ci , en apprenant hi mort d» Pyrrkus , a'écrie :
Ah ! je sens que c'est fait ; je sais morte , autant vaut , Hélas ! je n'en puis plus > le pauvre cœur me faut.
Dans ce temps-là , voici comment on annonçait à une reine lift mort tragique ôk son fils :
Votre fils s'est jeté du haut d'une fenêtre , La tête contre bas. Envoyez-le quérir.
Hélas ! Madame , il est en danger de mourir.
Aujourd'hui Ton rirait aux éclats , si sur la scène on entendait pareille chose , et ce qui
3'jé NOBLESSE.
serait si ridicule pour nous était touchant pour nos aïeux r tant il est vrai que, dans une langue vivante , rien n*est assuré de pkire et de réussir d'un siècle à Tautre , qu'autant <^e les idées de bienséance et de no^ blesse ont jété fîkées par des écrits dignes d'en êfS^e les modèles. Aujoui'd'hui même , pour être naturel avec noblesse , il faut un goût délicat et sûr.
Il aura donc pour moi combaita par pitié ?
dit Aménaïde en parlant de Tancrède ; cela est noble.
Il ne s'est dbnc pour moi battu que par pitié ?
eût été du style confî'que.
FIN DU TOIIE GIlïQTTlàME.
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