‹ Elémens de littératureChapitre 10 sur 32 · IQO TU¥QI»*LB · texte numérisé non relu

IQO TU¥QI»*LB

collective. JLe nous est encore Téserve ans personnes en dignité ou en fonctions sérieuses. Le vous est devenu d'un usage commun et indispensable entre les personnes -qui, n'étant pas familières Tune avec l'autre, veulent se traiter décemment.

« Le tutoiement, dit Fontenelle ( Vie de Pierre Corneille ) , ne choque pas les bonnes ^moeurs , il ne choque que la politesse et la vraie galanterie ; il faut que la familiarité qu'on a avec ce qu'on .aime soit toujours res-, pectueuse, mais aussi il est quelquefois permis au respect d'être un peu familier. On se tu-* toyait anciennement dans le tragique même , • aussi bien que dans le comique, et cet usage ne finit que dans Y Horace de Corneille, où Curiace et Camille le pratiquent encore. Naturellement Te comique a dû pousser cela un peu plus loin ; à cet égard , le tutoiement U'expire que dans le Menteur. »

Je ne suis pas tout-à-fait de l'avis de Fontenelle. Le tutoiement , d'égal à égal et dans une situation tranquille , est sans doute une familiarité ; mais , soit 'dans le tragique , «soit dans le comique , cette familiarité sera toujours décente , non seulement 'du frère à la spmr, de l'ami à 1 ami , mais encore de l'amant

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à ht maîtresse , lorsque l'innocence , la simplicité , la franchise des mœurs l'autorisera, comme dans le langage des villageois, des peuples agrestes ou sauvages , ou même peu civilisés , et doik les mœurs sont âpres et austères. Alzire et Zamore se tutoient, et il n'y a rien d'indécent. Cest peut-être la même raison , ou plutôt un sentiment exquis de la vérité des mœurs , qui a engagé Corneille à donner cette nuance de familiarité au langage de Curiace et de Camille.

En général , toutes les fois que la familiarité douce n'aura l'air que de l'innocence et de l'ingénuité , le tutoiement sera permis. Il l'est de même dans tous. les monvemens d'une tendresse vive. f ou d'une passion violente. •

OROSMA.JTE A ZAÏRE.

Quel caprice étonnant que je ne conçois pas ! Vous m'aimez ? et pourquoi tous forcez-vous, cruelle, À déchirer le cœur d'un amant si fidèle ?

Je mtTxmuaittais mal; oui, dans m an désespoir, J'avais cru su* moi-même avoir plus de pouvoir. Va, mon cœur est bien loiu d'un pouvoir si funeste. Zaïre, que jamais la vengeance céleste Ne donne à ton amant, enchaîné sous ta loi , La forée d'oublier l'amour qu'à a pour toi <

T02 T«IOIEMERT.

Qui ?"moi ! que sur mon trône une autre Fût placés f . Non , je n'en eus jamais la fatale pensée :

Pardonne à mon courroux , à mes sens interdits, Ces dédains affectés et si bien démentis :

C'est le seul déplaisir que jamais dans ta lie. Le ciel aura voulu que ta tendraese essuie.

Je t'aimerai foujours.... Mais d'où vient que ton cœur, Eu partageant mes feux , différait mpn bonheur ? Parie ; était-ce un caprice ? est-ce crainte d'un maître , D'un soudan, qui pour toi veut renoncer à l'être? Serait-ce un artifice ? Épargne-toi ce soin : L'art n'est pas fait pour toi , tu n'en as pas besoin : Qu'il ne souille jamais le saint nœud qui nous lie. L'art le plus innocent tient de la perfidie > Je n'en connus jamais , et mes sens déchirés , Pleins d'un amour si mù..». '

* V6us me désespérez.

Tous m'êtes cher, sans doute, et ma tendresse extrême ''Est le comble des maux pour ce cœur qui tous aime.

oaosMi.ni.

O eiel ! expliquez-vous. Quoi ! toujours me troubler !

Cet exemple fait voir bien sensiblement par quels mouvemens de l'âme on peut passer avec bienséance du vous au ta et du ta au vous ; mais ce qui est naturel et décent dans le caractère d'Orosmane ne le serait pas dam

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celui de Zaïre i parce qu'il n'est que tendre et qu'il n'est point passionné. Tant que la passion d'Hermione est contrainte, elle dit vous en parlant à Pyrrhus :

Bu vieux père d'Hector la valeur abattue Aux pieds de sa famille expirante à sa vue , Tandis que dans son sein votre bras enfoncé Cherche un reste de sang que l'âge avait glacé ; ' Dans des ruisseaux de sang Troie ardente plongée ; De vôtre propre main Folixène égorgée, Aux yeux de tous ces Grecs, indignés contre vous; Que peut-on refuser à ces généreux coups ?

Mais dès que son indignation , son amour , ' sa douleur éclatent , Hermione s'oublie :. le -tutoiement est placé. '

Je ne t'ai point aimé , cruel ! qu'ai-je donc fait ? J'ai dédaigné pour toi les vœux de tous nos princes ; Je t'ai cherché moi-même au fond de tes provinces ; J'y suis encor malgré tes infidélités,

Et malgré tous ces Grecs, honteux de mes bontés

Mais , seigneur , s'il le faut , si 1® ciel en colère Réserve à d'autres yeux la gloire de vous plaire, etc.

Une singularité remarquable dans l'usage du tutoiement, c'est qu'il est moins permis dans le comique que dans le tragique ;. et la raison en est que le' sérieux de celui-ci écarte davantage l'idée d'une liberté indécente. Pour

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que deux amans se tutoient dans une scène comique , il faut qu'ils soient d'une condition où les bienséances nettoient pas connues , ou que leur innocence et leur candeur soit si marquée , qu'elle donne son caractère à leur familiarité.

. Une autre bizarrerie de l'usage est de per- - mettre le tutoiement t du moins en poésie, dans l'extrême -opposé à la familiarité : c'est ainsi qu'en parlant à Dieu et aux rois on les tutoie , soit à l'imitation des anciens , soit parce que le respect qu'ils impriment est trop au-dessus du soupçon, et que le caractère en est trop marqué pour ne^as dispenser d'une vaine formule.

Grand Dieu, te» jugemens sont rempli» d'équité. Crand roi , cesse de vaincre , ou je cesse d'écrire, "

Les deux caractères extrêmes du tutoiement se font sentir dans ees deux éptoes de Voltaire :

Phi lis , qu'est devenu le temps , etc.

Tu m'appelles à toi , vaste /et puissant génie , etc.

Dans l'une, il est l'excès de la familiarité ; dans l'autre , l'excès du respect et le langage de l'apothéose.

TUTOJBMlkT. to5

A propos de l'usage qui, dans notre langue, ▼eut qu'où mette le pluriel à la place du sin-' • gulier, je demande pourquoi , dans un écrit qui est l'ouvrage d'un seul homme , l'auteur , en parlant de lui-même, se croit obligé de dire nous ? Ce n'est 'certainement pas pour donner à ce qu'il avance une sorte d'autorité qui ait plus de volume et de poids ; c'est au contraire une formule à laquelle on attache .une idée de modestie. Majs sur quoi porte cette idée ? Nous croyons , nous ne pensons pqs, nous avons prouvé, etc. ; est-ce dire autre .chose que Je crois , je ne pense pas , fui prouvé ? Il est vraisemblable que cet usage «'est. introduit par des ouvrages de soeiété , où le travail était commun et' l'opinion collective , et que dans la suite , pour donner à leur style plus de gravité , quelques écrivains ont suivi cet exemple. Mais lorsqu*un homme en sè-nommant propose ses idées comme venant de lui , la formule de nous est au moins inutile ; et la preuve que , dans l'usage et dans l'opinion , le personnel au singulier n'est pas un trak de vanité , e'eat qu'en parlant ou en opinant , jamais orateur ni sacré ni profane ne s'est «ru obligé de dire nous.

1©6 WHI.T.É.

Ce n'est pas rendre l'idée $ unité arec assez de justesse et de précision que de la définir une qualité qui fait qu'un ouvrage est partout égal et soutenu.

Un ouvrage d'un ton décent et convenable, d'un style analogue au sujet, qu'aucune négligence ne* dépare, et qui d'un bout à l'autre se ressemble à lui-même , comme celui de La Bruyère , est un ouvrage égal et soutenu -, et il n'y à point à* unité. ,

Mais lorsqu'en écrivant on se ^propose un but général , un objet unique , tout doit se diriger et tendre vers ce but : voilà Y unité de dessein, C'est ainsi que, dans Y Essai sur t entendement humain de Locke, tout se réunit à ce point , Y origine de nos idées.

Le caractère du sujet , lé caractère dont s'est revêtu l'écrivain , si c'est lui qui parle , le caractère qu'il a donné à ses personnages , s'il en introduit et s'il leur cède la parole ,

décident le caractère du langage , et celui-ci doit se soutenir et se ressembler à lui-même : c'est ce qu'on appelle unité de ton et de style.

Voyez ANALOGIE.

Dans la poésie épique et dramatique on a prescrit d'autres unités ': savoir , dans l'une et dans rautre, Y unité d'action, l'unité ^iotérêt^ l'unité de temps , et de plus, dans le dramatique , Vunité de lieu. #

Sur Vunité d'action , la difficulté consistait à savoir comment la même action peut être une sans être simple, oucomposée sans être double ou multiple ; mais en se rappelant la définition que j'ai donnée de l'action , soit épique , soit dramatique, on. jugera au premier coup d'oeil quels sont les incidens , les épisodes qui peuvent y entrer sans que l'action cesse d'être une.

m L'action 9 ai-je dit, est le combat des Causes qui tendent ensemble à produire l'événement, et des obstacles qui s'y opposent. Une bataille est une y quoique cent mille hommes d'un coté et cent mille hommes de l'autre en balancent l'événement et se disputent la victoire : voilà limage de l'action. Tout ce qui , du côté des causes ou du côté des obstacles, peut natu-

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rellement concourir à l'un des deu* efforts, peut donc faire partie de l'un des deux âgehs; eU'événetnen* n'étant qu'a*, ks agens bnt beau se multiplier; s'ils tendent tons , on sen& contraire, au mèrae point, l'action est u*ie\ en sorte que, pour avoir une idé0 juste et précise de V unité d'action , il faut prendre l'inverse de la .définition de Dacier, fct dire, non pas que toutes les actions épisodiques d'un poème doivent être des indépendances de l'action principale , mais au contraire que l'action principale d'un poëmc doit être une - dépendance , un résultat de toutes les actions particulières qu'on y emploie comme incidens qu épisodes.

Il n'en est pas moins vrai que , tout le reste égal , plus une action est simple , plus elle est belle , et voilà pourquoi Horace recommande l'un et l'autre , simplex et unurrt. Mais si l'on est obligé de simplifier l'action le. plus quit est possible , ce n'est pas pour la réduire à V unité; c'est pour éviter la confusion , et surtout pour donner d'autant plus d'aisance , de développement et de force à un plus petit nombre de ressorts» Dans une foule, rieri ne se distingue et rien ne se dessine ; de même dans une multitude de personnages et d'inci-

dens, aucun n'a le temps et l'espace de se développer , aucun , n'est saillant * arrondi , détaché , comme il devrait Fétre*

Homère est celui de tous les poètes qui a le mieux dessiné ses caractères, qui les a marqués le plus distinctement , le plus fortement prononcés : encore le nombre de* ses héros fait-il foule dans l'Iliade; etla mémoire, rebutée du travail de les retenir , se réduit à un petit riombre des plus frappans et laisse échapper tout le reste. Le Tasse , en imitant Homère > a simplifié son tableau ; chacun y tient une place distincte : Arsûde , Clorinde, Hérminîe, Godefroi, Soliman, Renaud, Tancrède , Argan , sont présens à tous les esprits.

L'épopée donne à l'action un champ plus vaste que la tragédie ; et c'est leur étendue qui décide du nombre d'incidens que l'une et l'autre peut contenir. Un épisode détaché de l'action historique suffit à l'action épique ; un» incident de l'action épique suffit à l'action dramatique. Ce n'est pas que Faction épique ne Soit Une , ce n'est pas que Faction historique né soit une encore : dès qu'une cause produit un effet , c'est une action , et cette action est une ; mais là Cause et l'effet peuvent 4tre simples ou- composés , ou plus composés

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