‹ Elémens de littératureChapitre 2 sur 32 · tome via. i · texte numérisé non relu

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tons , relativement aux sujets que l'on traite et aux personnages qu'on fait parler. Et non seulement dans les divers genres et sur des sujets différens , mais dans le même genre et dans le même ouvrage , le style doit prendre , sans détonner , différentes modulations.

Tristia ntoestum

VuUum <verba décent; iratum , ylena minarum / Ludentem, lascwa ; severum , séria die tu.

Horat. '

Ces règles de convenance ne se bornent pas aux sujets qaf l'on traite , elles s'étendent jusqu'aux personnes qu'on a dessein d'intéresser ou de persuader en écrivant , et c'est dans ces rapports que les bienséances du style sont ce que l'jrt d'écrire a de plus difficile et de plus essentiel : Caput artis decere. ( Cic. )

Dans le même sens, le langage delà société a son bon ton et son mauvais ton. Le naturel dans la politesse, la délicatesse dans la louange, la finesse dans la raillerie , la légèreté dans le badinage , la noblesse et la grâce dans la galanterie , une liberté mesurée et décente dans le langage et les manières, et par-dessus tout , une attention imperceptible de distribuer à cUaçun ce qui lui est dû de distinctions et

d'égards : c'est la , par tout pays , ce que Ton peut appeler le bon ton. Le mauvais ton est tout le contraire ; et jusque là le bon ton n'est autre chose que le bon goût mis en pratique. S'il est donc vrai qu'il y ait un bon • goût reconnu par toutes les nations cultivées , il semblerait que, pour s'assurer d'avoir le bon ton , il suffirait d'acquérir le bon goût. Mais malheureusement il n'en est pas ainsi , et il y a des temps où le bon ton n'a presque rien de commun avec le bon goût.

Les bienséances , qui sont les premières règles du bon goût , ne sont pas toujours celles du bon ton. Il y a des indécences dont la tournure est du meilleur ton dans le monde, comme il y a des politesses du ton le plus provincial.

Le bon ton , dans ce qui s'appelle la bonne compagnie, est un système de convenances qu'elle s'est fait à elle-même et qui lui est particulier. Il interdit en général une familiarité déplacée , et par conséquent tous les mots , tous les tours de phrase qui supposent , dan celui qui parle , la négligence des égards qu'il doit à la société. Rien n'est plus juste que cette loi , lorsqu'elle n'est pas trop sévère ; mais quelquefois elle est minutieuse et se ressent de

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la petitesse et de la, vanité de l'esprit qui Ta

faite. D'un autre coté , il consiste "dans une aisance noble ) qui in arque , dans celui qui parle , un usage fréquent du monde , et cette' aisance a ses degrés de réserve , de modestie ,

de liberté ? de familiarité , qui distinguent , par des nuances , le bon ton de l'inférieur , du supérieur et de l'égal. Je me contenterai d'en indiquer quelques exemples.

Lorsqu'un inférieur parle à un homme qualifié , ce n'est point par son nom , c'est par sa qualité que l'usage veut qu'il l'appelle , et au contraire , lorsque les gens de qualité parlent entre eux , c'est rarement par leur qualité qu'ils s'appellent , c'est par leur nom : ils trouveraient trop d'affectation à se renvoyer mutuellement leurs titres.

Dans le style même de la tragédie , rien de plus en usage que de dire en parlant aux personnages les plus élevés : votre père y votre fils, votre sœur , votre mère , et dans le monde , rien n'est de plu* jnauvais ton. Si tous parlez d'une mère à sa fille , ou d'un fils à son père , ou d'un frère à sa sœur , le bon ton veut que vous disiez : monsieur un tel , madame une telle , comme s'ils ne leur jetaient rien. K

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