II. Or en roche
L’or en roclie est soumis à un procédé d’exploitation aussi simple tpic le précédent; on bocarde le minerai, on le lave sur des tables ou dans des sébiles à main, et lorsqu’il est suffisamment débarrassé de sa gangue, on le fond et on l’affine comme les autres espèces d or.
23 1. § III. Sulfures aurifères.
Ces sulfures sont ceux d’arsenic , de fer, de zinc, de cuivre, de plomb et d’argent. Ils sont beaucoup plus communs que les minerais précédens, mais ils sont bien moins riches: il y en a dans lesquels la proportion d’or ne s’élève pas à deux cents millièmes, et qui cependant sont exploités avec avantage.
L’exploitation des sulfures aurifères, bien moins lacile que celle de l’or en roclie ou en paillettes , s’exécute de deux manières différentes, ou par fusion, ou par amalgamation.
i°. Procédé de fusion. O11 commence par griller les sulfures aurifères, pour en séparer le soufre et 1 arsenic et pour biulei une partie des autres métaux oxidables; on les fond ensuite pour rassembler l’or dans une masse métallique moins considérable et 011 grille de nouveau les malles qui en proviennent. Alors on les fond avec une suffisante quantité de plomb, et on obtient du plomb d'œuvre aurifère que 1 011 soumet a la coupellation. Les minerais d’or très riches ne sont point grillés préalablement, on les fond de suite avec du plomb. (/ on la coupellation de l’argent.)
20. Procédé d’amalgamation. Ce procédé est plus économique que le précédent et conduit à des résultats bien plus exacts. Lorsque le minerai est très pauvre, on le sommet au grillage avant de l’amalgamer; lorsqu’il est très riche, au contraire , que l’or natif y est disséminé en morceaux visibles dans
ÉLJÊMENS
une gangue quarzeuse, on supprime l’opération du grillage et on le broie directement avec le mercure. L’amalgamation se pratique de même que pour l’argent, si ce n’est que l’on n’ajoute ni sel marin , ni pyrite , ni chaux ; on opère aussi comme à Freyberg. Alors on prend 100 parties environ de minerai d’or réduit en poudre, on le met dans des tonneaux traversés par un axe horizontal qui tourne au moyen d’une roue mue par l’eau; on y aj oute 5o parties de mercure , 3o d’eau et 6 pour cent de plaques de fer, de la grandeur et de la forme de dames à jouer. On fait tourner ce mélange pendant seize à dix-liuit heures. Voici alors ce qui se passe : les différens sulfures se divisent dans l’eau et y restent suspendus , tandis que l’or se précipite à l’état d’une poudre très fine et s’unit au mercure. On retire l'amalgame des tonneaux , on le lave et on l’exprime fortement pour en séparer l’excès de mercure ; on retire ensuite le mercure de l’amalgame par la distillation.
sijjinage. L’or provenant de l’affinage par le plomb contient presque toujours de l’argent, du cuivre, du fer et de l’étain ; celui obtenu par l’amalgamation ne contient que de l’argent. Pour séparer le cuivre , le fer et l’étain du premier , on est obligé de le soumettre à une opération que l’on appelle poussée , et qui consiste à le fondre avec du nitre, qui oxide ces trois métaux. Mais pour le séparer de l’argent, on a recours à une autre opération qu’on nomme départ. Elle s’exécute dans les fabriques à l’aide de deux procédés.
Mais pour que le départ s’opère exactement, la quantité d’argent contenue dans l’alliage doit être assez grande pour que le métal attaqué devienne très poreux et soit entièrement pénétré par l’acide; car autrement l’or retiendrait une partie de l’argent. Cette quantité d’argent nécessaire est de 3 parties contre une d’or. Lorsqu’on s’est assuré, par un essai préliminaire, que l’alliage ne la contient pas, il faut la compléter. en y ajoutant de l’argent par la fusion dans un creuset,
DE MINERALOGIE.
et couler l’alliage en grenaille. On nomme inquartation , i’opération qui consiste à ajouter ainsi à l’or la proportion d’argent nécessaire pour qu’elle forme les trois quarts de la masse.
On divise la grenaille (sécliée d’avance) dans des pots de grès disposés sur un bain de sable, et on la traite à chaud, par une égale quantité d’acide nitrique à 25° ; on fait bouillir cet acide pendant environ une demi-heure; on décante la liqueur , et on la remplace par de l’acide à 3o à 32° , que l’on fait bouillir comme le précédent. Ensuite , après avoir décanté de nouveau, on lave l’or et on le traite, pendant huit heures , par le double de son poids d’acide sulfurique très concentré et bouillant. Cet acide dissout la petite quantité d’argent qui avait échappé à l’action de l’acide nitrique. L’or, lavé de nouveau, est parfaitement pur ; il est sous forme de poussière ou de petites masses d’un brun jaunâtre. On le réunit dans des creusets où on le fait fondre, en y ajoutant un peu de nitre ; c’est ce qu’on appelle or de départ.
Le nitrate et le sulfate d’argent provenant de cette opération sont décomposés par des lames de cuivre. On verse le nitrate dans des baquets de bois; on y plonge plusieurs lames de cuivre, pour précipiter l’argent ; au bout de quelques jours on décante la liqueur , on la fait bouillir dans une chaudière de cuivre, pour achever de précipiter l’argent qui restait encore en dissolution; on concentre la liqueur jusqu’à 4°° : on laisse refroidir; on décante le nitrate de cuivre, dont on retire l’acide nitrique par la distillation : 011 lave la poussière d’argent restée dans la chaudière, on la réunit avec l’argent précipité au fond des baquets, et on fond le tout avec un peu de nitre et de borax ; on coule ensuite en lingot.
Quant au sulfate qui est très acide, on le met dans une chaudière de plomb, et l’on chauffe ; sans cela, la décompo-
248 ÉLÉMEIS’S
sition complète ne pourrait avoir lieu qu’au bout d’un temps considérable.
Mais l’argent ainsi obtenu contient toujours du cuivre ; il faut le purifier par la coupellation ou tenir compte du cuivre , lorsqu’on a dessein de l’amener à un des titres voulus par la loi.
M. Lesage ayant prouvé que Y or de départ retenait un peu d’argent, il était également à présumer que Y argent de départ retenait aussi une petite proportion d’or; c’est ce qu’a fait voir M. Dizé , qui a donné un procédé très exact pour traiter Y or de départ. Ce procédé, employé maintenant en grand, consiste dans l’emploi de l’acide sulfurique concentré. L’opération se fait à chaud , dans des vases en platine disposés de manière qu’ils communiquent d’abord avec des bâches horizontales, puis avec une haute cheminée. Ces bâches contiennent de l’eau, ou mieux de l’hydrate de chaux destiné à absorber le gaz sulfureux qui se forme ; si quelques parcelles échappent à l’absorption , elles se rendent par la cheminée à une grande hauteur dans l’atmosphère. INI ais comme, outre l’acide sulfureux, il se dégage aussi de l’acide sulfurique , il faut faire précéder ces bâches par des récipiens en plomb qui condensent ce dernier acide. Du reste, le sulfate acide d’argent est traité comme dans l’ancien procédé , ainsi que l’or qui s’est précipité dans les vases de platine pendant tout le cours de la dissolution. Quant au sulfate de cuivre , comme il a plusieurs usages dans les arts, on le fait cristalliser et on le livre ainsi au commerce.
232. La quantité d’or qui entre annuellement dans le commerce peut être évaluée à environ 88,100 marcs, ou 44° quintaux et demi, dont la valeur absolue est de y j»000?000 cnvl~ ion. L’Europe n’est presque pour rien dans ces produits, comme on le voit dans le tableau suivant :
France
Espagne
Piémont
Hartz
Suède
f Salzburg
ïi8
Autriche. < Hongrie
(. Transylvanie. . . .
Sibérie
Afrique
Asie méridionale , au moins. .
Mexique
Nouvelle-Grenade
Pérou
Chili
Buenos-Ayres
Brésil
Total 88,004 ou 44° 9 ■ î-
233. Usages de l’or. L’or est employé à mille objets divers dans l'économie domestique et industrielle; l’orfèvrerie, la joaillerie, la broderie, la dorure sur bois, métaux et porcelaine en consomment des quantités considérables. C’est l’un des signes représentatifs de la richesse des peuples. Les arts chimiques le réclament aussi, et il fournit aux manufactures de porcelaine la belle couleur connue sous le nom clc pourpre de cassais (mélange en proportions variables d’oxide d’étain et d or, à l’état métallique selon les uns, à l’état d’oxide suivant d’autres). Enfin, son oxide et son chlorure sont administrés comme anti-syphilitiques.
La monnaie cl’or est faite, en France, avec un alliage formé de 1 partie de cuivre et de g parties d’or. Les vases, les ornemeus et en général tous les ustensiles d’or sont aussi formés
ÉLÉMENS
d’or et de cuivre. Les uns sont composes de 0,80 de cuivre et de 9,20 d’or, les autres de i ,60 de cuivre et de 8,4o d’or , enfin, il en est qui sont de 2,5o de cuivre et de 7,5o d’or. Les différentes proportions dans lesquelles on allie l’or au cuivre constituent ce qu’on appelle les titres de l’or , et elles sont fixées par la loi. On dit de ces alliages qu’ils sont à un titre d’autant plus élevé qu’ils contiennent plus d’or : ainsi, un lingot d’or qui, sur 1000 parties, contient 920 d’or, est aû titre de t^5°0. On voit d’après cela que la monnaie d’or est au titre de et que les ouvrages d’orfèvrerie sont tantôt, au titie de J££s, tantôt à celui de dL% , et tantôt enfin à celui de -r&°5. Mais il est une remarque à faire, c’est que, comme 1 or naturel contient toujours une petite quantité d’argent qu on ne pourrait en séparer avec avantage, il s’ensuit que cet aigent fait nécessairement partie des monnaies, ainsi que de tous les ouvrages en or; mais cette quantité d'argent est considérée par la loi comme du cuivre et elle n’en tient aucun compte.
4e FAMILLE. MERCURE.
234. Les minerais de cette famille sont faciles à reconnaître, à cause de leur facile réduction, soit qu’on les traite immédiatement par la chaleur, soit qu’on les traite par l’intermède du fer. Traités par l’acide nitrique bouillant, ils s y dissolvent en produisant d’abondantes vapeurs rutilantes ; la solution ne précipite ni par l’acide hydrochlorique ni par 1 acide sulfurique ; elle donne par l’action d’une lame de cuivre, une poudre grise qui se volatilise très facilement , qui s amalgame avec le cuivre et l’argent, qui se réunit en globules métalliques, si elle est assez, abondante.
On peut encore faire usage du procédé suivant, puni îccon naître les minerais de mercure à 1 état sec, et loisqu on ne peut agir que sur des quantités très faibles. Ce piocédé cou
siste à humecter la matière et à la frotter sur une lame de cuivre bien décapée ; il s’y forme alors une tache blanche ou qui devient telle par le frottement, que la chaleur fait disparaître, et qui se distingue par là de celle formée par l’argent qui persiste au feu.
Nous en reconnaissons trois espèces.
Irc ESPÈCE. MERCURE NATIF.
(Vulgairement vif-argent.)
235. Caractères essentiels. Ce métal, qui est toujours liquide à une température au-dessus du 3ae degré — o du thermomètre de Réaumur, et du 4oe — o du thermomètre centigrade , oflre d’ailleurs , dans la nature , les caractères du mercure obtenu pour le besoin des arts; nous ne les détaillerons donc pas. Nous dirons seulement, qu’exposé à un froid artificiel de o° o centigr., il se solidifie et peut être aplati sous le marteau , en rendant un son sourd, analogue à celui du plomb. Dans cet état, il cristallise en octaèdre, offre une cassure grenue, et fait éprouver, lorsqu’on le touche, une sensation douloureuse que l’on ne peut mieux comparer qu’à celle que produit une brûlure. Pallas, Delisle et autres voyageurs ont vu le mercure se congeler par l'effet du froid naturel de la Sibérie , entre les 55e et degrés de latitude.
La pesanteur spécifique du mercure coulant est de i3,5 à i4,t ; mais par la congélation, il augmente de densité dans le rapport de 9 à 10, puisqu’alors il pèse jusqu’à 1093 livres le pied cube, au lieu de 950 livres qu’il pèse lorsqu’il est liquide. Il oflie donc un phénomène entièrement opposé à celui que nous présente l’eau dans son passage à l’état solide.
Composition . Corps simple de la Chimie. Son signe chimique = IIg. Tel qu’on le trouve dans la nature, il est tantôt pur et tantôt amalgamé à un peu d’argent.
ÉLÉMENS
236. Gisement. Le mercure natif se trouve, sous forme de petits globules, dans la plupart des mines mercurielles, souvent disséminés à la surface des roches qui lui servent de gangue , et quelquefois logés dans l’intérieur. Le plus ordinairement, les gouttelettes , par suite de secousses , viennent à se détacher, coulent à travers les fentes des rochers jusqu’à ce qu’elles aient rencontré des cavités, et là y forment des dépôts plus ou moins considérables que l’on a soin de recueillir de temps à autre. Parmi les diverses substances qui servent de gangue aumercure natif, la plus commune paraît se rapporter à l’espèce de roche que M. lîaiiy a nommée schiste biluminif'ere. Il y accompagne souvent le mercure sulfuré et quelquefois le fer sulfuré, le plomb sulfuré, l’antimoine sulfuré et plusieurs autres mines. Les mines d’Europe les plus riches en cette espèce sont celles d’Idria dans le Fri oui , d’Almaden en Espagne, et de Mochelandsberg , dans le duché de Deux-Ponts. On en rencontre aussi dans diverses contrées du Mexique. On en a observé dans la colline sur laquelle est bâtie la ville de Montpellier. Il ne forme nulle part l’objet d’exploitation particulière. Celui que l’on recueille dans les mines mercurielles est ordinairement passé à travers une peau de chamois , avant d’être livré au commerce.
2.37. Purification . Le mercure, en raison de la propriété qu’il possède de dissoudre un grand nombre de métaux , n’est presque jamais pur dans le commerce ; très souvent aussi on le falsifie avec du plomb, du bismuth et surtout avec de l’étain : cependant il est facile de reconnaître cette sophistication ; car, dans cet état, il a toujours une couleur terne et au lieu de se diviser en globules sphériques très mobiles, lorsqu’on le fait glisser sur un plan uni, il s’aplatit et forme une espèce de filet métallique, ce qui a fait dire qu’il faisait la queue. Dans les laboratoires, on est donc obligé de le purifier ; on profite, pour cela, de son extrême volatilité.
A cet effet , on en introduit une certaine quantité' dans une cornue de grès , de fonte ou même de verre, à laquelle on adapte une allonge et un récipient convenable , en partie rempli d’eau froide. Afin de mieux conduire les vapeurs mercurielles, et en perdre le moins possible , on adapte au col de la cornue un nouet de linge qui vient se'rendre dans l’eaudu récipient. On distille à une chaleur modérée (le mercure bout à 35o° cent.). Afin de ne point être incommodé par les vapeurs qui se répandent toujours dans l’atmosphère, on doit faire l’opération dans un lieu vaste et aéré. Quoique distillé avec beaucoup de soin , il retient cependant (lorsqu’il était falsifié) quelque partie des métaux qui lui étaient unis , et spécialement un peu de bismuth, dont il est très difficile de le séparer.
238. Usages. Les usages du mercure sont très multipliés. Il sert à l’exploitation des mines d’or et d’argent d’Amérique , son amalgame avec ces deux métaux est employé pour dorer et argenter , et celui qu’il forme avec l’étain est appliqué sur les glaces pour les mettre au tain et leur donner la propriété de réfléchir les objets. Il fournit à la Physique ses deux instrumens les plus précieux, le baromètre et le thermomètre; à la Chimie, un nombre infini de composés, etùlaMédecine, des préparations énergiques et presque toujours vénéneuses. Il donne à la Pharmacie ses deux chlorures appelés vulgairement sublimé doux et corrosif, son deutoxide ou précipité rouge , ses deux sulfures Yéthiops minéral et le cinabre, un sous-dcutosuliate ou lurbilh minéral, plusieurs autres sels; enfin, il fait la base des pommades citrine, mercurielles, de l’emplâtre de \ igo et de quelques autres médicamens. Un fait assez singulier, c est que chauffé avec de l’eau, il fait acquérir à celle-ci des propriétés vermifuges très prononcées , quoique les réactifs ne puissent y indiquer sa présence.
ÉLÉMENS
2e ESPÈCE. MERCURE SULFURE.
(Vulgairement cinabre (*). )
239. Caractères physiques. C’est une substance solide, non métalloïde, d’une couleur rouge pur dans l’état de pureté, et brune par l’effet des mélanges; donnant une poussière plus ou moins rouge. Elle est très fragile et s’électrise résineusement par le frottement , quand elle est isolée ; sa cassure est conclioïde.
Sa pesanteur spécifique est de 6,9 à 10,21.
Caractères chimiques. Chauffé au chalumeau , le cinabre v brûle avec une flamme bleue , et se réduit entièrement en vapeurs qui , reçues sur une lame de cuivre , y déposent un enduit argentin ; ces vapeurs sont toujours accompagnées d’une odeur d’acide sulfureux très prononcée ; il en est de même quand on le projette sur les charbons ardens.
Composition. Un atonie de mercure et 2 atomes de soufre
= HgSC
Caractères cristallographiques . Sa forme primitive est un rhomboïde aigu de 7t°3o', suivantM. Haiiy, et non un prisme hexaèdre, comme quelques auteurs le pensent. Il se trouve rarement cristallisé dans la nature. Scs cristaux , ordinairement fort petits et à cassure lamelleuse, sont des combinaisons de rhomboèdres et de prismes hexaèdres réguliers. Souvent leurs faces sont courbes. Généralement ils tapissent des cavités sous forme druzique. Les plus beaux cristaux viennent de Chine et d’Almaclen, en Espagne; les premiers sont surtout remarquables par leur volume et la pureté de leurs
(*) Tin? <1u grec xiwaCap, qui signifiait la meme cliose, et que certains auteurs font dériver (le xivâÉftt , mauvaise odeur , .ï cause de celle qui se dégageait, disent-ils, quand on extrayait ce métal. (Haüy.)
DE MINÉRALOGIE. a55
faces. Klaproth a trouve' qu’ils contenaient près de 85 pour cent de mercure.
Variétés de structure. Les variétés de structure du mercure sulfuré sont assez abondantes ; on distingue principalement :
Le mercure sulfuré laminaire , mamelonné , granulaire ,
fibreux , à fibres divergentes, compacte ,
pulvérulent , vulgairement vermillon natif
Les deux sous-espèces suivantes sont très remarquables , l’une par son abondance , et l’autre par son aspect particulier.
xre sous-espèce. Mercure sulfuré bituminifère , mercure hépatique. Ce minerai , qui n’est autre chose qu’un schiste bitumineux empâté de mercure sulfuré, est d’un rouge sombre hépatique ; il est tantôt compacte, et tantôt composé de feuillets qui sont ou droits ou contournés. Souvent il présente des parties qui , isolées , ont l’apparence de madrépores, ou qui se séparent par croûtes testacées semblables à des coquilles. Souvent encore il offre des empreintes de poissons dont les écailles sont conservées, etdes débris de plantes de la famille des fougères et des lycopodiace'es, dont la matière est quelquefois transformée en bouille. Il peut donner parfois une grande quantité de bitume par la distillation. Klaproth, à qui nous en devons une analyse, y a trouvé 81 de mercure et i3 de soufre, plus, du charbon, de la silice, de l’alumine, du fer oxidé, du cuivre et de l’eau pour aller jusqu’à ioo. Cette sous-espèce se trouve abondamment à Idria dans le Frioul, dans le Duché de deux-Ponts et dans le Palatinal.
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2e sous-espèce. Mercure sulfuré ferrifère. TI se trouve soü4 la forme de petits cristaux d’un gris de fer e'clatant , qui de-*viennent attirables à l’aimant , quand on les expose à la simple flamme d’une bougie, à Mosclielandsberg , dans le Palatinat. C’est à M. Lucas que l’on en doit la connaissance.
240. Caractères d’élimination. Le mercure sulfure peut être confondu avec Y argent antimonié sulfuré (argent rouge), Y arsenic sulfuré rouge (re'algar) , le cobalt arseniaté (fleurs de cobalt), et le plomb chromatè (plomb rouge ). O11 le distingue du premier, en ce que celui-ci ne tache pas, comme lui, le papier en rouge et 11e se volatilise pas au chalumeau; du second, en ce que celui-ci donne une poussière jaune par trituration, et répand une odeur d’ail sur les charbons; du troisième, en ce que celui-ci répand également une odeur d’ail au feu, et que sa couleur est le rouge de lilas, celle du
mercure sulfuré étant d’un rouge vif ; enfin, du quatrième,
parce que la poussière de ce dernier est d’une couleur aurore , et qu’il se réduit au chalumeau sans s’y volatiliser.
241. Gisement. Le mercure sulfuré, qui est le seul des minerais de mercure qui forme des mines à lui seul, est rare dans les terrains primitifs et de transition ; il appartient exclusivement, dans toutes les parties du monde, aux terrains secondaires. Les roches qui le renferment en plus grande abondance sont le grès houiller proprement dit, le gros quarzeux , les schistes bitumineux et les argiles endurcies qui sont subordonnées au calcaire qui recouvre la première de ces roches. Presque toujours dans ces derniers gisemens le mercure sulfuré est accompagné de débris de corps organisés , tels que des empreintes de poissons , des coquilles fossiles, des bois silicifiés et des petits amas de houille ou d’anthracite. Le minerai se trouve dans ces diverses roches sous forme damas, de veines et de filons , en plus ou moins grande abondance , et ces roches forment elles-mêmes souvent des bancs ou des couches
multipliées d’une très grande épaisseur. Les associations les plus fréquentes du cinabre dans scs mines sont avec le plomb sulfuié, le zinc sulliué, le 1er sulluré, le fer oxide , le cuivre pyvi— teux, etc. 11 est presque toujours accompagné de mercure natif, et plus rarement de mercure muriaté et argentai.
Les mines de mercure en exploitation sont peu nombreuses. Les plus renommées sont celles d’Idria en Frioul dans le comté de Goritz, d’Almaden en Espagne (ce sont les plus anciennement connues, puisque Pline en parle sous le nom de mines de Sisapone ), et du Palatinat, sur la rive gauche du Rhin. La Hongrie, la Transylvanie, la Bohême et plusieurs autres parties de l’Allemagne possèdent aussi quelques exploitations, mais leur produit est très faible. 11 n’y en a pas ou du moins très peu dans l’Amérique méridionale, malgré les nombreux indices de mines qu’on y connaît; on ne pourrait citer tout au plus que les mines de Guanca-Velica, au Pérou, et celles de Cuenca (partie méridionale du royaume de Quito), qui soient en activité ; ce qu’il y a de certain du moins, c’est que toute cette belle partie du monde est encore tributaire de l’Europe pour la grande quantité de mercure nécessaire à l’amalgamation. Legrand dépôt de mercure sulfuré de Guanca- A elica appartient, suivant M. de Humboldt, à des roches puissantes de quarz qui sont parallèles au grès rouge et placées sur la limite des porphyres de transition et du calcaire alpin ; celui de Cuenca appartient au grès rouge. La Chine paraît, au contraire, renfermer beaucoup d’exploitations, mais on n’a aucuns renseignemens certains sur leurs produits et leurs positions. La France n’en offre que de faibles indices, tels qu’à Ménildot, département delà Manche, à Allemont et à Pelançon , département de l’Isère. Quant à l’Italie, la Sardaigne, la Suède, la Sibérie, etc. , on n’y connaît également que très peu de mines de mercure.
242. Préparation. Le mercure sulfuré fourni par les diverses Tome I.
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exploitations dont nous venons de parler est employé en totalité à l’extraction de son métal , comme nous le verrons plus bas (247)» et tout Ie cinabre du commerce est fait de toutes pièces , par la raison que les arts ne trouvent le cinabre naturel ni assez pur ni assez beau ; il est probable cependant qu’on parviendrait à lui donner ces deux qualités en le sublimant avec soin. Quoiqu’il en soit, la fabrication du cinabre artificiel se fait en grand en Hollande et à Idria, de la manière suivante. On fait fondre une partie de soufre dans une chaudière en fonte, puis on presse au-dessus une peau de chamois qui contient 4 parties de mercure : le métal tombe en pluie fine à la surface du soufre et s’y mêle plus intimement par cemoyen ; on agite avec soin, en prenant garde que le mélange ne s’enflamme, et enfin on recouvre la chaudière d’un chapiteau dans lequel on reçoit la combinaison, que l’on chauffe de manière à la sublimer.
243. Usages. Le cinabre artificiel est employé en peinture, et offre une des couleurs les plus belles et les plus solides ; on le connaît sous le nom de vermillon. La Chine est en possession depuis long-temps de fournir le vermillon le plus estimé; on commence à en faire de très beau en France. En Médecine, le cinabre sert à préparer des fumigations , et on le fait entrer dans la poudre tempérante de Stald. Le cinabre était connu des anciens, et chez les Romains , il portait le nom de minium, où l’un de ses usages était de servir à frotter le corps des triomphateurs.
3e ESrÈCE. MERCURE CHLORURE.
( Protochlorure de mercure, muriale ou hjdrochlorate de
mercure, et vulgairement, mercure corné, calomel, sublimé
doux , etc. )
244. Caractères essentiels. Cette substance , d’un gris de perle dans l’état de pureté, a un éclat diamantaire ; fragile, est facile à gratter avec le couteau ; se volatilise entièrement au feu et blanchit une lame de cuivre humectée. Sa poudre jaunit dans l’eau de chaux.
Sa pesanteur spécifique est de 7,17?
Ce minéral , qui se présente tantôt en petits cristaux pyramides, tantôt en concrétions distinctes, grenues à grains fins, a pour forme primitive un prisme à bases carrées.
Comjjosition. Un atome de mercure et 2 atomes de chlore = HgCli3.
245. Caractères d’élimination. Il se distingue de l’argent chlorui'é qui lui ressemble beaucoup, par sa fragilité et son entièi’e volatilité.
246- Gisement. Cette espèce, fort rare, tapisse les cavités d’une gangue ferrugineuse qui se trouve dans les mines de mercure sulfuré.
C’est principalement à Moschelandsberg dans le Palatinat , et à Alinaden en Espagne , qu’on la rencontre avec le plus d’abondance , et le plus ordinairement sous forme de concrétions mamelonnées.
Traitement métallurgique des minerais de mercure.
247. En raison de l’abondance du mercure sulfuré et de la rareté des autres minerais de mercure, c’est toujours le premier que l’on traite pour en obtenir le métal ; mais le cinabre exploité contient ordinairement une quantité plus ou moins grande de mercure natif. Quoi qu’il en soit, il faut qu’il ren-
ÉLÉMENS
ferme au moins 0,006 de mercure , en poids absolu, pour qu’il puisse être traité avec avantage. Du reste , le traitement métallurgique est assez simple et varie suivant les localités.
A Almaden en Espagne , on suit le procédé suivant , qui consiste en une simple distillation opérée très en grand, mais d’une manière imparfaite. Le fourneau dont on sert est carré, et sa sole, qui est en briques , est criblée de trous destinés à livrer passage à la flamme du foyer qui est au-dessous. A la partie supérieure et latérale du fourneau, sont pratiquées des ouvertures , à chacune desquelles est adaptée une suite de conduits en terre , appelés aludels , qui sont placés sur une terrasse , et qui vont se rendre dans une grande chambre qui sert à la fois de condensateur et de récipient. La terrasse est inclinée des deux côtés vers son milieu , de manière à former une rigole dont l’objet est de recueillir et verser dans la chambre le mercure que les jointures des aludels , lutés simplement en terre , laisseraient échapper. Après avoir bocardé et quelquefois lavé le minerai , on le pétrit avec de l’argile pour en former de petites masses que l’on dispose sur la sole du fourneau, et l’on élève la température. Au moyen du courant d’air établi par le feu dans tout l’intérieur de l’appareil , le soufre se brûle et passe à l’état d’acide sulfureux qui se dégage, tandis que le mercure se volatilise et se rend, à l’aide des conduits où il se condense en partie , dans la chambre dont nous avons parlé , et d’où on le retire pour le verser dans de grandes bouteilles en fer , fermées par un bouchon à vis de même métal.
Aldria, dans leFrioul, on suit le même procédé, seulement la mine que l’on traite est un peu différente ; c’est la première sous-espèce du mercure sulfuré que nous avons décrite sous le nom de mercure sulfuré bituminifere. Mais il 11’en est pas de même de celui qui est pratiqué dans les mines du Palatinal ou de l’ancien duché de Deux-Ponts. Là , après avoir trié et
tocarde le minerai, 011 le mêle avec son poids de cliaux éteinte et on l’introduit dans des cornues de fonte, de tôle ou même de grès, au col desquelles on adapte des re'cipiens en terre contenant de l’eau. Ces cornues sont disposées sur deux rangées, en hauteur, dans un fourneau de galère (80) que l’on chauffe avec du bois ou de la houille. La réaction entre les principes du mélange ne tarde pas à s’opérer, et tandis que la chaux se porte sur le soufre et forme du sulfure de calcium et du sulfate de chaux , tous deux fixes et solides , le mercure, qui a repris l’état métallique, se volatilise et vient se condenser dans les re'cipiens.
Il paraît que les procédés suivis en Chine et au Japon pour l’extraction du mercure , ont assez de rapports avec ceux que nous venons de détailler, puisqu’on chauffe également le cinabre dans des appareils fermés. Il paraît aussi qu’ils se servent d’une peau pour purifier le mercure natif.
248. La quantité de mercure préparée annuellement pour les besoins du commerce est d’environ 3o,ooo quintaux, qui forment une valeur de 9 millions de francs. Ce sont les mines d’Idria et d’Almaden qui en fournissent la plus grande partie, ainsi que le fait voir le tableau suivant :
Almaden 20,000 quintaux.
Idria 6,000
Hongrie, Transylvanie, etc. . 700
Duché de Deux-Ponts 600
Pérou 3,ooo
Les mines de la Chine et du Japon sont très productives.
Ve FAMILLE. PALLADIUM.