ESPÈCE. ARGENT ROUGE
( Argent sulfuré rouge, argent antimonié sulfuré, Haüy ; sulfure d’ antimoine et d’argent, Beudant.)
260. Caractères physiques . Ce minéral, d’un aspect généralement lithoïde, offre quelquefois à sa surface un éclat métalloïde ou diamantaire ; la coideur de sa surface est le rouge vif ou le gris métallique tirant sur celui du fer ; celle de sa poussière est rouge, mais elle prend une teinte sombre par la trituration ; il est translucide quand il offre une couleur rouge , et opaque quand il possède le brillant métallique. Sa texture est vitreuse , sa cassure conclioïde ; il est fragile et facile à racler avec le couteau; isolé, il devient électro-négatif par le frottement.
Sa pesanteur spécifique est de 5,6.
Caractères chimiques . Il est réductible à la flamme d’une bougie. Au chalumeau, il répand des vapeurs considérables
ÉLÉMENS
d’antimoine, décrépite , noircit, donne une flamme bleue, et laisse, en dernier résultat, un bouton d’argent. Il se dissout en partie dans l’acide nitrique; sa dissolution acide laisse précipiter de l’argent métallique sur une lame de cuivre; la portion non dissoute forme avec l’acide hydrochlorique une liqueur qui précipite en blanc par l’eau (oxiclxlorure d’antimoine).
Composition. Formé, suivant Berzélius, de x atome de trioxide d’antimoine, de 2 atonies de tri-sulfure d’antimoine et
de 6 atomes de bi-sulfure d’argent = *Sb -f- 2SbS3-j- 6AgS2. Suivant M. Bonsdoi’f, il serait formé de 2 atomes de tri-sulfure d’antimoine, et de 3 atomes de bi-sulfure d’argent — 2SbS3 -}- 3AgS\ La plupart des minéralogistes adoptent cette dernière formule de composition. Renferme presque toujours un peu d’arsenic.
Caractères cristallographiques . Sa forme primitive est le rhomboèdre obtus, dont l’angle au sommet est de ioq^S'; ce rhomboèdre est peu éloigné de celui du calcaire, aussi ses formes dominantes se rapprochent-elles beaucoup de celles de ce dernier. Ses formes dominantes sont: le prisme hexagonal; le même terminé par un pointement à trois faces; le même tronqué sur scs arêtes ; le même terminé par un rhomboèdre très obtus ; le même enfin terminé par un pointement à six faces , qui est le dodécaèdre triangulaire scalène. O11 y observe en outre trois dodécaèdres triangulaires scalènes et des dodécaèdres triangulaires isocèles.
Scs variétés de structure se réduisent au trois suivantes:
Argent rouge bolryoïde, ou en grappes, granuliforme , compacte.
Mais, il est presque toujours cristallisé , quoique cependant ses cristaux aient rarement une forme bien régulière et des faces exactement planes.
26 1 . Caractères d'élimination. Ou peut le confondre avec le réalgar, le mercure sulfuré, l'argent sulfuré, le fer oligiste et le cuivre gris. Mais le premier (réalgar) donne une poussière jaune par la trituration et a une densité plus faible dans le rapport de 3 à 5 ; le second a une densité plus grande au moins d’un sixième , et se volatilise entièrement au chalumeau ; le troisième (argent sulfuré) est malléable et facile à couper avec le couteau ; le quatrième ( fer oligiste ) agit sur le barreau aimanté, 11e se laisse point racler facilement au couteau , et donne une poussière d’un rouge bien moins prononcé ; enfin le cinquième ou le cuivre gris donne une poussière noirâtre, ne se laisse point racler au couteau, et présente des formes qui sont des modifications du tétraèdre.
262. Gisement. Cette espèce 11e forme ni dépôts ni filons ^ elle est trop rare ; mais elle se trouve dans tous les filons d’argent, et fréquemment associée à plusieurs substances métalliques , telles que l’arsenic , le cobalt , le cuivre gris , le fer sulfuré et le fer spathique. Les matières terreuses qui l’accompagnent sont le quarz , la chaux carbonatée , la chaux fluatée, la baryte sulfatée, etc. Les mines qui en contiennent le plus sont celles de Freyberg ( Saxe ) , de Joacliimsthal (Bohème) , d’Andreasberg ( Hartz), de Scliemnitz (Hongrie), de Sainte-Marie-aux-Mines ( V osges ) , etc.
APPEXDICE.
263. Nous rangeons ici , à la suite de l’argent rouge, le minéral appelé par quelques minéralogistes mine d'argent vitreuse, aigre ou fragile j argent noir y sprod glaserz de W orner* argent sulfuré noir, argent antimonié sulfuré noir, Haiiy ; argent rouge aigre , Brongniart.
Ce minéral , qui présente tous les caractères de l’argent rouge ordinaire , à l’exception de sa poussière qui est noire , offre une composition chimique trop mal connue pour qu’on
ÉLÉMENS
puisse en faire une espèce distincte. Il renferme une assez forte proportion d’arsenic , aussi donne-t-il une odeur d’ail très prononce'e au chalumeau. M. Beudant le regarde comme un sulfure double d’arsenic et d’argent, dans lequel l’arsenic a remplacé totalement l’antimoine. La plupart des autres minéralogistes le considèrent comme un mélange d’argentrouge et d’arsenic, ou plutôt de sulfure d’arsenic, dans des proportions encore inconnues; nous nous rangerons de cetavis,en attendant que de nouvelles recherches viennent éclairer ce sujet, et faire connaître d’une manière précise la composition de ce corps.
Quoi qu’il en soit, il se présente en masse, en grains, et cristallisé en prismes hexaèdres simples, ou terminés par des sommets pyramidaux, en lentilles et en tables à quatre faces diversement tronquées. On le trouve toujours dans le voisinage de l’argent rouge et de l’argent sulfuré.
Il ne faut pas confondre cette variété , appelée souvent argent noir, avec l’argent noir des minéralogistes étrangers , qu’ils appellent silbersclnvarz, et dont ils ont fait une espèce particulière. Cette prétendue espèce provient, comme l’a très bien fait voir M. Ilaiiy, tantôt de l’altération de l’argent sulfuré, tantôt de celle de l’argent muriaté (chloruré) , ou même de l’argent natif. L’argent , dans cet état, forme des masses noirâtres, ayant un aspect terreux , et qui , soumises à l’action du feu, olfrent l’argent sous l’aspect qui lui est propre.
5e ESPÈCE. ARGENT ARSENIE.
( Argent arsenical.)
0.64. Caractères essentiels. Cette espèce est en petits nids compactes ou en masses un peu réniformes, qui se laissent séparer par croûtes, qui offrent une cassure testacée, un éclat vif, une couleur de blanc d’argent, mais qui se ternit à l’air. Elle est fragile. Traitée au chalumeau, elle répand des vapeurs
alliacées , et laisse tin bouton d’argent. Chauffée avec l’acide nitrique, elle donne imme'diatement un précipité rouge (arseniate d’argent) ou une solution qui précipité en blanc par l’acide hydrochlorique ou un hydrochlorate.
Sa pesanteur spécifique est de 8 , 1 1 . On l’indique cristallise'c en prismes et en pyramides hexaèdres.
Composition. Elle n’est pas encore déterminée sous le rapport des proportions; M. Beudant donne dubitativement la formule AgAs2. Elle est d’ailleurs presque toujours mélangée de fer et d’argent antimonial. M. Haiiy la place en forme d’appendice à la suite de V argent antimonial, sous le nom d 'argent antimonial ferro-arsenifere, et la considère, ainsi que plusieurs autres minéralogistes , comme de l’argent antimonial associé à de l’arsenic et à du fer. Peut-être est-ce une combinaison binaire d’arseniure de fer, et d’un double aiseniure d’antimoine et d’argent. Userait à désirer qu’on soumît cette espèce à une analyse exacte et précise.
265. Gisement. Ce minéral est très rare ; on ne l’a encore trouvé qu’accidentellement à Andreasberg (Hartz) , dans les filons qui traversent le grauwacke, ayant pour gangue une chaux carbonatée lamellaire blanchâtre , et pour associations la galène et l’argent antimonial.
6e ESPÈCE. ARGENT ANTIMONIAL.
266. Caractères physiques. Sa couleur est le blanc d’argent ; son éclat est métallique ; il est tendre , aisément frangible : son tissu est lamelleux.
Sa pesanteur spécifique est de 9, 44-
Caractères chimiques. Au chalumeau , il répand l’odeur d’antimoine, et se fond. L’acide nitrique le dissout en laissant un résidu d’oxide d’antimoine.
Comjjosilion. Alliage d’antimoine et d’argent = AgaSb.
Caractères cristallographiques. Ses cristaux , qui sont rares
ÉLÉMENS
et presque toujours imparfaits, sont des prismes tétraèdres ou hexaèdres, dont les côtés sont striés longitudinalement; ils semblent indiquer, suivant Haiiy, que sa forme primitive est un rhomboïde obtus.
Il se présente le plus souvent en grains ou en petites masses irrégulières à cassure lamellaire.
267. Caractères d'élimination. On le distingue , i°. de Y argent natif, en ce que celui-ci est ductile, non lamelleux, et se dissout entièrement dans l’acide nitrique ; 20. du cobalt arsenical, en ce que celui-ci a une structure granulaire, et qu’exposé au chalumeau il devient attirable , et colore en bleu le verre de borax ; 3°. du fer arsenical , en ce que ce dernier a un tissu à grains serrés , et étincelle sous le briquet, en répandant une odeur d’ail.
268. Gisement. Cette espèce , assez rare , ne se trouve que dans les mines d’argent qui traversent les terrains primitifs , ayant pour gangue la chaux carbonatée ; elle est presque toujours accompagnée d’argent arsénié. Les localités que l’on cite pour en contenir sont : Andreasberg (Hartz) , Wittichen et Wolfacli ( Furstemberg ) , Allemont (Isère), Cassala près Guadalcanal (Espagne), etc.
269. Annotations. L’argent antimonial est susceptible de s’altérer à l’air, et très souvent il offre à sa surface une teinte de jaunâtre ou de jaune rougeâtre ; très souvent encore il prend une couleur noirâtre : cette coloration n’est que superficielle, car il suflit de le gratter pour faire reparaître sa couleur naturelle , qui est le blanc argentin. Il varie aussi singulièrement dans sa composition ; la proportion d’argent va de 76 pour 100 à 78 et à 84- Cette dernière variété, qu’on trouve principalement à Wolfach , est le silbcrspiesglanz de Werncr, dont la formule chimique est Ag3Sb , suivant M. Berzéhus.
7® ESPÈCE. ARGENT AURURE.
( Argent natif aurifère , Ilaiiy ; or argentifère , Brongniart; électrum , Klaproth. )
270. Caractères essentiels. Cet alliage se présente en petites lamelles ou en petites masses d’un blanc jaunâtre , doue'es de l’éclat métallique , tendres et malléables.
Sa pesanteur spécifique excède 10,6.
Composition. Alliage d’or et d’argent, dont la formule = AgAu*.
271. Gisement. Il accompagne toujours les mines d’argent. Sa gangue est un quarz grossier avec zinc sulfuré , plomb sulfuré et baryte sulfatée. Il est très rare ; on le trouve à Kongs-’ berg en Norwège et à Sclilangenberg en Sibérie.
8e ESPÈCE. AMALGAME B ARGENT.
( Amalgame natif cY argent , de l’Isle ; mercure argentai , Haiiy, Brongniart.)
272. Caractères essentiels. Substance d’un blanc d’argent, d’un éclat métallique ; très tendre , frangible ; à cassure conclioïde ; communiquant au cuivre une couleur argentée à l’aide du frottement; donnant du mercure par la distillation , et laissant sur le cliarbon un globule d’argent.
Sa pesanteur spécifique est de 1 4,12.
Ses variétés de forme sont peu nombreuses ; elles se présentent rarement avec des arêtes vives , mais souvent recouvertes en partie de mercure métallique ; elles offrent l’octaèdre , l’ octaèdre tronqué et le dodécaèdre rhomboïdal simple ou modifié par des facettes sur ses arêtes. Suivant M. Cordier , sa forme primitive est le dodécaèdre rliomboidal.
Scs variétés de structure, plus abondantes que les précé- Tome ï. 18
274 ÉLÉMENS
dentes, se réduisent aux suivantes:
Amalgame d'argent lamelliforme, en lames minces ou croûtes
superficielles étendues sur différentes gangues .
granuli forme, en petits nids disséminés dans les interstices de la gangue.
dendritique , en dendrites superficielles.
Co?nposilion. Alliage de mercure et d’argent, dont la formule chimique = AgHg\ Quelquefois il contient de l’alumine sous forme de mélange , et quelquefois aussi le mercure est en si grande proportion , que l’amalgame est à peu près à l’état de pâte molle, et même tout- à- fait liquide; c’est alors une dissolution mercurielle d’argent bi-liydrargyré , vulgairement mercure argentai liquide.
273. Caractères d'élimination. On distingue l’amalgame d’argent de Y argent natif, en ce que celui-ci est ductile , et qu’il ne blanchit pas le cuivre sur lequel on le frotte.
2 7 4- Gisement. Cette espèce, qui ne se rencontre qu’en petite quantité dans la nature , n’a été trouvée jusqu’ici qu’accidentellement dans plusieurs mines de mercure , Comme à Almaden (Espagne), à Idria (Frioul) , dans le duché de Deux -Ponts, à Horswitz (Bohême), à Szlana (Hongrie), à Saldberg (Suède), et à Allemont (département de l’Isère). La gangue sur laquelle reposent ses cristaux est tantôt un grès, tantôt une argile lithomarge.
275. Annotations. L’amalgame d’argent des chimistes est un composé mou, qui ne paraît pas susceptible de cristalliser d’une manière sensible et de former un alliage à proportions fixes, comme l’amalgame naturel. Ce que l’on appelle vulgairement arbre de Diane est une autre espèce d’amalgame dont la composition n’est pas bien connue, et qui se présente en
Ltlles végétations ou dendrites, qui sont composées , suivant Komé de llsle, de très petits octaèdres implantés les uns dans les autres. Ce dernier s’obtient toujours en précipitant l’argent dissous dans l’acide nitrique à l’aide du mercure. (Voyez Chimie de Thénard, tome III, page 46.)
qC ESPÈCE. ARGENT CHLORURÉ.
{Argent muriatê, lîaiiy, Brongniart; quadri-chlomre dJ argent, Beudant; vulgairement argent corné.)
276. Caractères essentiels. Cette espèce, qui présente un aspect litlioide, est remarquable par sa demi-transparence, son éclat gras et diamantaire , sa couleur d’un gris de perle à tous les degrés d’intensité, sa mollesse analogue à celle de la cire. Sa cassure est écailleuse. Elle est très fusible, même à la flamme d’une bougie. Chauffée au chalumeau , elle se volatilise en partie , h cause de l’eau qu’elle contient, et répand des vapeurs d’acide liydrochlorique ou de chlore; frottée sur une lame humide de zinc ou de fer, elle se réduit, et prend l’éclat de l’argent.
Sa pesanteur spécifique est de 4 >74- Exposée à la lumière pendant un temps assez long . sa couleur grise prend une teinte de violet, et finit par brunir.
Composition. Formée de 1 atome d’argent et de 4 atomes de chlore = AgChE
V ariélés. On la trouve tantôt en couches superficielles à la surface des autres corps , et principalement de l’argent natif, tantôt sous la forme de petites lames , plus ordinairement en masses amorphes d’un volume sensible, disséminées dans les gangues des filons, et plus rarement enfin en très petits cristaux tapissant des cavités. Ces cristaux , peu éclatans , sont toujours des cubes qui s’allongent assez souvent en parallélépipèdes.
iR .
ÉLÉMENS
277. Caractères dl élimination. On distingue l’argent chloruré du mercure chloruré en ce que celui-ci n’a pas, comme le premier, la mollesse de la cire, et que chauffé au chalumeau il se volatilise en entier.
278. Gisement. L’argent chloruré accompagne toujours les minerais argentifères : on a fait la remarque qu’il ne se trouve jamais que dans la partie supérieure des liions qui le renferment, en sorte que sa position, à l’égard des autres minéraux auxquels il est associé, semble indiquer qu’il a été formé le dernier. Il a pour gangues l’argent natif, le quarz, la baryte sulfatée et la chaux carbonale'e. En Europe et en Asie, il 11e se montre jamais qu’en très petits cristaux ou sous forme d’enduits dans quelques filons argentifères , principalement à Scliemnitz (Hongrie), Joachimstlial (Bohème) , Freyberg, Sclinéeberg, Johangeorgenstadt (Saxe), Kongsberg (Nonvège), Zméof (Sibérie), dans le comté de Cornouailles (Angleterre), etc. Mais c’est surtout dans l’Amérique méridionale qu’011 le trouve en plus grande abondance : là, rare en fragmens un peu volumineux, il est surtout disséminé, en parties invisibles , dans les gangues dés minerais d’argent et des minerais terreux désignés, an Pérou, sous le nom de pacos, et au Mexique, sous celui de colorados. Les localités de ces deux empires où on le cite dans cet état sont principalement lîuantajay a, Yauricocha , etc., au Pérou, elles districts de Fresnillo , de Catorce , de Zacatecas au Mexique. Dans ces dernières contrées, on l’exploite comme mine d’argent.
IOc ESPÈCE. ARGENT CARBON ATÈ.
(Argent, gris de Selb. )
279. Caractères essentiels. Sa couleur est le gris cendré tirant au gris de fer; son éclat est faible , mais il devient vil aux endroits nouvellement raclés. 11 est facile à entamer avec le
couteau, et jouit d’un peu de ductilité ; sa cassure est inégale. Lorsqu’il est isolé, le frottement lui communique l’électricité résineuse. Il se réduit très facilement au chalumeau, et fait effervescence avec les acides; sa solution laisse précipiter de l’argent sur une lame de cuivre. Sa pesanteur spécifique est considérable, mais inconnue. Il n’a offert jusqu’ici aucun indice de cristallisation.
Composition. Elle 11’est pas encore bien certaine ; il paraîtrait qu’il est formé d’un atome de carbonate d’argent et d’un
atonie d’antimonite d’argent = AgO-J- AgSb? Dans la nature, il est mélangé d’oxide de cuivre en petite quantité.
280. Gisement. Il n’a encore été trouvé qu’àl’état amorphe, par M. Selb , dans la mine de Wenceslas, près d’Altwolfach dans le Furstemberg. Sa gangue est la baryte sulfatée, qu’accompagnent différentes substances métalliques, telles que l’argent natif, l’argent sulfuré, le plomb sulfuré et le cuivre gris.
Gisement général des minerais d’argent.
281. L’argent forme rarement des mines à lui seul; le plus souvent celles qui sont considérées comme mines d'argent 11e sont que des minerais argentifères dont on peut extraire ce métal avec avantage.
Parmi les minerais d’argent, l’argent sulfuré est le plus abondant et celui qui fournitla presque totalité de l’argent du commerce ; vient ensuite l’argent natif ; V argent chloruré et l'argent antimonial sont en dernier lieu. Les trois dernières espèces 11e se trouvent jamais seules ; elles se rencontrent toujours avec le sulfure, et sont en plus ou moins grande proportion par rapport à celui-ci dans certaines localités.
Les mines d’argent se trouvent situées dans les terrains primitifs, les terrains intermédiaires elles terrains secondaires. On ne les rencontre jamais ni dans les terrains d’alluvion, ni
ÉLËMEJNS
ilans ceux de transport, ni dans les volcaniques. Elles sont toujours sous lorme de filons plus ou moins puissans. Ou prétend que la formation de l’argent est moins ancienne que celle de l’or.
I. Dans les terrains primitifs, les filons traversent les montagnes de gneis, de micaschiste, les calcaires subordonnés, le granité alpin, etc. Les mines les plus célèbres de ces terrains sont celles de Kongsberg (Norwège), de Sclinéeberg (Misnie), d’Altwoliach ( Souabe ) , de Freyberg (Saxe), de Zméof et Kolivan (Sibérie); celles de Condorasto et Pomallata (Amérique méridionale); celles d’Allemont (département de l’Isère), etc.
II. Dans les terrains intermédiaires , qui sont le gîte principal de ces minerais, onti’ouvedes filons très puissans et très riches dans les schistes argileux, lessienites,legrünstenporphyrique e t les calcaires intermédiaires. Ils sont accompagnés surtout de cuivre gris et de cuivre sulfuré ; ils avoisinent les mines de cobalt. Les mines célèbres de ces sortes de terrains sont celles des districts de Zacatecas, deCatorce, deGuanaxuato, de Real-del~ Monte (mines de Valenciana, de la Yeta negra de Sombrerete), Pacliuca (Mexique) ; celles de Hongrie, de Transylvanie ; celles de Sainte-Marie-aux-Mines , de Lacroix dans les Vosges, etc.
III. Enfin dans les terrains secondaires, les filons traversent les couches du calcaire nommé par les Allemands zechstein (calcaire alpin) ; ils ne sont guère accompagnés que de galène, de cuivre pyriteux et de fer sulfuré. Les mines que l’on cite dans ces terrains sont surtout celles du Pérou (mines de Hualgayoc ou Chota, de Llauricocha ou Pasco. C’est dans ce dernier gisement que se rencontrent ce que les naturels de ces vastes contrées du nouveau monde appellent pacos; ce sont des minerais de fer hydraté remplis de filets d’argent natif et de chlorure d’argent; ce dernier forme entre les bancs calcaires des couches ou des amas considérables. Ces pacos contiennent, a ce
qu’il parait, de i à 3 onces environ d’argent net par quintal.
Quelques auteurs prétendent qu’on trouve, mais bien rarement il est vrai, des dépôts argentifères dans les terrains qui se rattachent aux produits ignés.
Tellessontles différentes espèces de gisement que nous présentent les minerais d’argent; mais ce n’est pas tout: ils nous offrent encore certaines circonstances géologiques qui leur sont communes avec un grand nombre d’autres minerais ; c’est de se rencontrer , d’une manière accidentelle , dans beaucoup de dépôts métallifères. Ces dépôts, que l’on traite ordinairement pour l’argent qu’ils contiennent, sont principalement les mines de plomb argentifère , qui sont assez abondamment répandues dans toute l’Europe (Witticlien enSouabe, la plupart des mines du Hartz , celles de Tarnovitz en Silésie , et d’un grand nombre de lieux de l’Allemagne ; Vedrin près Namur, dans les Pays-Bas; Pesay en Savoie ; et en France, Poullaoen et Huelgoat en Bretagne , Villefort dans la Lozère , etc. ) , et les mines de cuivre argentifère, dont les produits, quoique moins considérables, sont encore cependant assez élevés (Baigorry dans les Pyrénées, Swatz en Tyrol, Guadalcanal en Espagne, Kolivanen nibérie, quelques mines de Silésie, etc.).
Traitement métallurgique des minerais d'argent.
282. L’argent sulfuré est de tous les minerais d’argent, comme nous l’avons déjà dit, celui qui est le plus abondant , et dans presque tous les pays c’est lui qui fait la base des exploitations. Cependant nous répéterons encore ici qu’on extrait l’argent de plusieurs autres minerais dans lesquels il se trouve accidentellement, soit à l’état de sulfure, soit à l’état métallique, tels que les minerais de plomb (galène à petites et moyennes facettes) et quelques minerais de cuivre (cuivre gris principalement). Dans le traitement du sulfure d’argent,
1 argent est le but principal de l’exploitation ; dans le traite-
ÉLÉMENS
ment des autres minerais, il n’est qu’accessoire et n’est même retiré qu’au tant qu’il peut couvrir au moins les frais que l’opération exige.
Les procédés que l’on suit pour extraire l’argent varient singulièrement en raison de la nature de ses mines, de leur richesse et des lieux où elles se trouvent. Cependant, en dernier résultat , ces procédés consistent presque tous à ramener l’argent à l’état métallique lorsqu’il n’y est point, à l’allier au plomb ou au mercure , et à le séparer ensuite de ceux-ci. Nous allons exposer ces différens procédés avec le plus de soin et de laconisme possibles.
283. I. Procède suivi à Kongsberg. Dans cette localité, qui possède la mine d’argent natif la plus riche de l’Europe, après l’avoir bocardée et séparée de sa gangue par le lavage , on la fait fondre avec partie égale de plomb : il en résulte un alliage qui contient de o,3o à o,35 d’argent. On soumet ensuite cet alliage à la coupellation de la manière suivante. Mais d’abord disons sur quels principes est fondée l’opération qui porte le nom de coupellation ; elle reposse, i°. sur la propriété qu’a l’air cl’oxider le plomb et de ne point oxider l argent a une température élevée; 20. sur celle qu’ont l’argent et 1 oxide de plomb de ne point s’unir; 3°. sur leur grande 1 lisibilité; 40. enfin , sur la différence qui existe entre leurs pesanteurs spécifiques , différence qui fait qu’aussitôt qu’ils sont fondus , 1 oxide de plomb se porte toujours à la partie supérieure.
O11 fabrique un très grand creuset avec des os calcinés au blanc, broyés, tamisés, lessivés et mis en pâte avec de l’eau : lorsque ce creuset, qui porte le nom de coupelle , est bien sec, on le place au milieu de l’aire d’un four à réverbère, ce qui se fait en l’élevant peu à peu à travers le sol du fourneau qui est à jour , jusqu’à ce que le bord supérieur de la coupelle se trouve de niveau avec l’aire du loin1; alors, on 1 assujettit a\ei la même pâte qui a servi à la former, de manière qu elle lasse
corps avec le fourneau. Quelquefois la coupelle n’est autre chose que l’aire même du four qui est creusée en coupe , et recouverte d’une couche de cendre lessivée etfortement battue: dans les deux cas, la voûte du four qui recouvre la coupelle est très surbaissée: sur l’un de ses côtés est le foyer, et sur le côté opposé, la cheminée. Un peu au-dessus de l’une des extrémités de la coupelle est placée, sous une légère inclinaison, la tuyère d’un fort soufflet ; l’autre est percée d’un trou vertical qui communique supérieurement, par une rigole ou une échancrure, avec l’extérieur de la coupelle.
On remplit presque entièrement la coupelle de plomb argentifère (*), et l’on chauffe le fourneau. Bientôt l’alliage fond; on dirige alors le vent des soufflets vers sa surface ; le plomb s’oxide, ainsi que le cuivre et le fer qui peuvent s’y trouver, ce qui arrive presque toujours. L’oxide de plomb se fond luimême , et forme à la surface du bain une couche liquide qui, poussée par le vent des soufflets , se rend en partie dans la rigole , de là dans le trou vertical , et de là enfin dans un bassin deréception, où en se solidifiant, il cristallise en petites paillettes qui prennent le nom de litliavge. A mesure que cet effet a lieu, on verse de nouveau plomb dans la coupelle, pour l’entretenir toujours convenablement pleine, et l’on continue ainsi pendant plusieurs jours , ou jusqu’à ce que la coupelle contienne une forte masse d’argent. Alors, pour opérer Rentier écoulement de l’oxide de plomb qui la recouvre , on creuse peu à peu la rigole jusqu’à la surface du bain d’argent, qui devient alors extrêmement brillante. O11 retire l’argent de la coupelle, en y plongeant à plusieurs reprises et jusqu à la fin, des ringards froids sur lesquels le métal se solifie et s’attache.
(*) On recouvre ordinairement la coupelle d’un lit de foin , alin que le plomb ne (a de;. rade pas.
ÉLÉMEJNS
Les crasses, les scories, les écumages de la coupelle, et les portions de coupelle qui sont soupçonnées contenir de l’argent, sont refondus dans le fourneau à manche.
284. II ..Procédé suivi à Frejberg. Le procédé suivi à Freyberg est différent. Dans cette localité, le minerai que l’on exploite est un sulfure d’argent disséminé dans une grande quantité de pyrites de fer et de cuivre ; il contient tout au plus deux millièmes et demi d’argent.
Après avoir bocardé le minerai , on le mêle exactement avec un dixième de sel marin , et 011 fait sécher le mélange en l’exposant sur l’aire d’une chambre construite au-dessus des fourneaux. On procède ensuite au grillage dans un fourneau à réverbère à trois divisions tellement disposées, que la partie où l’on place le mélange est à une des extrémités, le foyer à l’autre, et que la calcination s’opère dans la capacité intermédiaire. Au-dessus de ces fourneaux se trouve une chambre voûtée et divisée en plusieurs compartimens, où vient se déposer la poussière minérale qui s’élève pendant le grillage. Après avoir fait passer le mélange, à l’aide d’un rable, de la première division du fourneau dans la partie centrale, on chauffe, modérément d’abord , pour éviter qu’il y ait fusion , et l’on brasse continuellement, afin de tenir la matière toujours très divisée. On augmente peu à peu la chaleur; le sel décrépite , le soufre brûle, le tout devient incandescent, et la combustion se continue d’elle-même , bien que le feu ait cessé. Lorsqu’elle est terminée, on donne une nouvelle chaude; il se dégage alors une très grande quantité de chlore ; c’est le terme de l’opération : on retire aussitôt du fourneau le résidu de la calcination et on le fait refroidir.
Pendant cette réaction, les sulfures passent à l’état de sulfates : ceux-ci sont bientôt décomposés par la chaleur ; leur acide se porte sur le sel marin, et il se forme du sulfate de soude. L’acide hydrochlorique réagit sur les oxides métalli-
([lies et les convertit en chlorures; et ces chlorures, suivant M. Rivero , sont eux-mêmes décomposés, et donnent ces vapeurs abondantes de chlore qui avertissent les ouvriers que la calcination est achevée. Lorsqu’on sort le minerai calciné du four, il est d’une couleur noire assez intense; mais à mesure qu’il refroidit, les métaux se suroxident, et la couleur devient rouge. Le chlore continue à se dégager pendant tout le temps du refroidissement.
On réduit le minerai ainsi grillé en poudre très fine, et on l’introduit dans des tonneaux traversés par un axe horizontal qui tourne au moyen d’une roue mue par un courant d’eau. On verse ensuite dans chaque tonneau environ 3oo liv. d’eau, un milier de minerai grillé , puis on y ajoute 6 pour cent de disques de fer forgé, de la grandeur et de la forme de dames à jouer. On fait tourner les tonneaux pendant une heure à peu près, afin que le mélange s’imbibe et que les sels solubles se dissolvent. Alors on introduit dans chaque tonneau 5o pour cent de mercure, c’est-à-dire 5oo livres; après quoi on met l’appareil en mouvement pendant seize à dix-huit heures. Dans cette opération , le chlorure d’argent est décomposé par le fer ; il en résulte du chlorure de fer soluble et de l’argent métallique très divisé qui s’unit au mercure (*). On retire l’amalgame des tonneaux, on le lave, et on le met dans des sacs de coutil, où on lui fait éprouver une forte pression ; l’excès de mercure passe à travers les mailles, ne retenant qu’une très petite quantité d’argent, tandis que , dans le sac, reste un amalgame solide contenant un sixième ou un septième au plus d’argent. Pour en extraire l’argent, il suffit de chauffer l’amalgame ; seu-
(*) M. Rivero ayant remarqué que la surface des disques de fer se recouvrait à la longue d’une certaine quantité d’amalgame, ce qui empêchait leur contact avec le chlorure d’argent , a conseillé de substituer des tonneaux en fonte aux tonneaux en bois, dont on fait actuellement usage.
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leinent on opère de manière à recueillir le mercure. L’appareil dont on fait usage consiste en une espèce de trépied qui sert de base à une tige qui supporte quatre coupes en fer forgé, dans lesquelles on place des boules d’amalgame. Ce trépied est placé dans une cuvette en fonte, et celle-ci dans une forte caisse en bois, qui se trouve au-dessous des fourneaux propres à cette distillation. L’espace entre la cuvette et la caisse est rempli par de l’eau qui se renouvelle sans cesse. On recouvre le tout cl’une grande cloche en fonte dont le pied plonge dans la cuvette. Lorsqu’on veut faire marcher l’appareil , on lute exactement toutes les jointures avec de la glaise détrempée.
M. Rivero a proposé de traiter immédiatement le minerai grillé par l’ammoniaque, ou mieux encore par un mélange de chaux et de sulfate d’ammoniaque, qu’on peut se procurer à bas prix. Il se forme ainsi un ammoniure d’argent dont la réduction est très facile. Si l’on veut précipiter l’argent en saturant par l’acide sulfurique , on reproduira du sulfate d’ammoniaque, et les frais seront encore moindres. Ce procédé si facile, si expéditif, est encore très économique, puisqu’il évite les opérations si coûteuses de la pulvérisation et de l’amalgamation.
285. III. Procédés suivis dans diverses localités . Ilestdes mines bien moins riches encore que celle de Frcybcrg : on en exploite même qui ne contiennent que des traces d’argent engagé au milieu de gangues terreuses, d’oxide de 1er, de sulfures de fer, de cuivre, etc. Le procédé consiste toujours, dans ce cas , à rassembler l’argent sous un plus petit volume, en y ajoutant de la pyrite et fondant le mélange. On obtient une masse contenant les métaux et les sulfures métalliques tenant argent, que l’on nomme malle crue, et des scories. La matte est grillée plusieurs lois en y ajoutant une nouvelle portion de minerai , afin d’augmenter sa richesse. Enfin, on la fond avec du plomb, et l’on passe le plomb argentifère à la coupelle.
286. Traitement du cuivre gris. Dans les pays où cette mine est abondante , on la traite pour en retirer principalement l’argent qui est en assez grande quantité. O11 la pulvérise, on la grille, pour volatiliser le soufre et l’antimoine, et l’on traite le résidu avec un fondant convenable , pour en retirer un culot de cuivre et d’argent , le fer n’ayant pas été réduit. Le culot est rouge , et contient beaucoup plus de cuivre que d’argent.
On fond cet alliage avec environ trois fois et demie son poids de plomb, et on le coule en lingots carrés ou orbiculaires , nommés pains de liquation. Ces pains sont ensuite placés de champ dans des fourneaux à réverbère, dont le sol est disposé de manière à pouvoir recueillir le plomb qui se liquéfie. On chauffe d’abord doucement , et l’on n’augmente le feu que graduellement, à mesure que l’alliage devient moins fusible par la séparation du plomb. Ce métal, en fondant, entraîne avec lui l’argent. On expose ensuite les pains , devenus poreux et bien moins fusibles qu’ils n’étaient , à l’action d’une plus haute température pour les faire ressuer , ou en séparer une nouvelle quantité de plomb. On passe enfin le plomb à la coupelle pour en retirer l’argent.
287. Traitement des galeries. Les variétés de galènes que l’on exploite pour l’argent qu’elles contiennent, la quantité de ce métal couvrant les frais de l’opération , sont la galerie à jietiles et à moyennes facettes. Ces mines sont traitées de la même manière que le sulfure de plomb destiné à fournir le plomb immédiatement. (Voyez Extraction du plomb , 358.) Mais le plomb obtenu des galènes argentifères prend le nom de plomb d'œuvre; on le passe à la coupelle pour en extraire l’argent.
Outre le fer et le cuivre qu’on trouve dans le plomb d'œuvre , on y trouve le plus souvent encore un peu de zinc et d’antimoine, provenant des sulfures de zinc et d’antimoine qui accompagnent les galènes, ainsi que les sulfures de cuivre et de
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fer, et enfin un peu d’arsenic. Ces métaux étrangers ont tant d’affinité pour l’oxigène, qu’ils font partie des premières couches d’oxide ou de litliarge qu’on obtient. Lorsqu’on est certain que le plomb argentifère qu’on traite renferme ces métaux, on ne verse point de nouvelles quantités de plomb dans la coupelle à mesure que celui qu’elle contient s’oxide , on creuse tout de suite la rigole , peut-être pour éviter que ces métaux ne s’unissent à l’argent.
288. IV. Procédés suivis au Mexique et au Pérou. C’est toujours par le mercure qu’on exploite les mines de l’Amérique. Le procédé le plus usité est le suivant : le minerai, formé le plus souvent d’argent natif, de sulfure d’argent, de chlorure d’argent, d’argent rouge, d’argent antimonial, de sulfures de fer et de cuivre, d’oxide de fer, de silex et de spath calcaire , après avoir été réduit en poudre et mouillé, est porté dans une cour pavée avec des dalles. Là, on le mêle avec environ deux centièmes et demi de sel marin. Le mélange est abandonné à lui- même pendant quelques jours, au bout desquels on y ajoute de la chaux éteinte s’il s’échauffe trop, et des pyrites de fer et de cuivre grillées s’il reste froid. On ne le regarde comme bien préparé que lorsque , humecté et placé sur la main, il cause une légère sensation de chaleur. On l’abandonne de nouveau à lui-même pendant plusieurs autres jours, et alors on commence à incorporer le mercure. Pour cela, on répand le métal uniformément sur la masse, qui a la consistance de boue, et on la fait fouler, soit par des ouvriers qui marchent dedans pieds nus, soit par des chevaux et des mulets qu’on y fait courir en cercles plusieurs heures de suite. De temps en temps on y ajoute tantôt de la chaux, tantôt des pyrites grillées, et tantôt du mercure, dont on fait l’incorporation comme ci-dessus. Lorsque tout l’argent est uni au mercure , ce qui n’a lieu quelquefois qu’au bout de plusieurs mois, et ce que l’on reconnaît à des caractères extérieurs, on lave le
tout à grande eau. Toutes les matières terreuses et salines sont entraînées; l’amalgame seul reste au fond des vases où se fait le lavage : on en retire l’argent à peu près comme à Freyberg.
Dans ce procède où tant de matériaux sont accumulés, il doit nécessairement se passer un grand nombre de phénomènes intéressans; mais en raison même de leur multiplicité, il doit être assez difficile de pouvoir bien les apprécier. Quoi cju’il en soit, il est présumable que tout se réduit, comme dans le procédé de Freyberg, à enlever la portion d’argent qui est combinée dans la mine et à la convertir d’abord en chlorure, puis à décomposer ce chlorure par une autre substance métallique , et à déterminer ainsi la combinaison de l’argent avec le mercure. Les sulfures métalliques ont évidemment un double but dans cette opération : d’abord de produire de l’acide sulfurique, dont une partie seulement est absorbée par leurs propres bases, tandis que l’autre , devenue libre , réagit sur le sel marin ; mais comme cette décomposition a lieu avec le concours de l’humidité, c’est de l’acide hydrochlorique et non du chlore qui se produit en cette circonstance. Or cet acide hydrochlorique 11e peut agir sur les alliages métalliques qu’en perdant son hydrogène; cet hydrogène lui-même doit occasioner la réduction d’une partie des oxides contenus dans les sulfates, et ces métaux réduits décomposent à leur tour le chlorure d’argent. L’autre action des sulfures métalliques consiste à entretenir , par leur décomposition spontanée , une certaine élévation de température nécessaire à la réaction chimique. Quant à l’utilité des alcalis , elle semble résulter de leur faculté d’absorber immédiatement les acides et de ralentir l’élévation de température en modérant l’action chimique ; au reste , cette manière de voir est assez conforme avec l’opinion qui a été émise par M. deHumboldt lui-même. (Robiquet. )
Il paraît que, dans certaines exploitations, on commence à préférer le plomb au mercure. Si le minerai est très riche en
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soufre, on le grille au four ou dans un fourneau à réverbère : ensuite on le mêle avec du sous-carbonate de soude, de l’oxide de plomb, et quelquefois du plomb métallique. On humecte le mélange, et on le traite dans une espèce de fourneau à manche. On obtient ainsi des scories composées de sulfate de soude , de sulfure de sodium , de chlorure de sodium , de silice, de chaux , et de la plupart des métaux étrangers à l’argent , et une matte très riche en argent, d’où l’on extrait ce métal.
288 bis. Affinage des monnaies d'argent. Après avoir décrit les divers procédés d’exploitation des minerais argentifères, il nous reste à parler de l’affinage que l’on fait subir quelquefois aux monnaies à bas titre, dans l’intention d’en extraire tout l’argent qu’elles contiennent ; opération qui s’exécute avec avantage toutes les fois qu’il existe une grande quantité de ces monnaies dans le commerce. On connaît plusieurs procédés d’affinage ; mais celui que vieil t de publier dernièrement M. Serbat, essayeur particulier du directeur de la Monnaie de Paris, nous paraissant réunir plus de précision et d’économie que tous les autres, nous omettrons ceux-ci, pour 11e nous occuper que du dernier. Ce nouveau procédé d’affinage est principalement fondé sur la propriété que possède le sulfate d’argent de se réduire , par le contact de la chaleur, en acide sulfureux , en oxigène et en métal , tandis que le sulfate de cuivre ne laisse pour résidu de sa calcination que de 1 oxide. A oici comment on l’exécute, et tel qu’il est décrit dans le Journal de Pharmacie, tome Y1 11 , page 182.
O11 commence par faire chauffer dans une moufllo de fonte l’alliage que l’on veut affiner ; lorsqu’il est suffisamment chaud, 011 le divise en le frappant avec un ringard. La poudre qui en résulte est criblée à l’aide d’un bluteau dont le tissu est en lils de fer, afin de séparer les plus gros fragmens, puis portée dans une seconde mouille placée dans un fourneau à réverbère et chauffée au rouge brun; on étend la matière en couches
minces. Alors on projette 25 pour cent de soulre et l'on remue avec un ringard, de manière à mettre successivement en contact avec le soufre toutes les portions de métal : la combinaison s’effectue presque instantanément avec dégagement de calorique et de lumière; et lorsqu’elle est terminée, ce, que l'on reconnaît aisément à ce que la masse cesse alors d’être incandescente, on retire les sulfures fo nues, et on les projette dans des vases de bois remplis d’eau. Les sulfures refroidis sont repris et divisés complètement à l’aide de forts pilons ou de meules, et tamisés sous l’eau; la poudre qui en résulte est portée dans la partie la moins échauffée d’une grande moufle de foute, placée dans un fourneau à réverbère, où on l’agite pour renouveler la surface. On y projette, quand elle est légèrement chaude, un mélange d’eau et d’acide nitrique dans la proportion de 2 kilogrammes d’acide pour 12 kilogrammes d’eau, le tout pour 100 kilogrammes d’alliage. De là formation de sulfates et dégagement d’abondantes vapeurs rutilantes; la matière est successivement rapprochée du foyer , et portée peu à peu jusqu’à la température rouge que l’on maintient environ pendant quatre heures. A cette température le^ulfate d’argent se convertit en acide sulfureux , en oxigène et en métal; le sulfate de cuivre en acide sulfureux, oxigène et oxide; l’argent métallique, l’oxide de cuivre, quelque peu de sulfates et de sulfures non décomposés, forment le résidu. On retire les matières de la moufle , on les laisse refroidir en partie, et on les projette dans un vase de plomb contenant, de l’acide sulfurique faible , que l’on a échauffé d’avance en y faisant arriver à l’état de vapeur l’eau destinée à l’étendre. Dans cette opération , l’oxide de cuivre ainsi que les sulfates non décomposés se dissolvent, et l’argent métallique, inattaquable par l’acide sulfurique faible, se rassemble au fond du vase; il n’a plus besoin que d’etre lavé, séché, fondu et coulé en lingots. Les liqueurs décantées sont évaporées et mises à cristalliser ; le Tome I. uj
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sulfate de cuivre se de'pose en cristaux plus ou moins réguliers. Toutefois, avant de procéder à l’évaporation des liqueurs, on s’assurera, au moyen d’une dissolution de sel marin, qu’elles ne contiennent plus de sulfate d’argent ; et si elles en contenaient , on précipiterait ce métal à l’aide de lames de cuivre.
On conçoit facilement que ce même procédé modifié peut être employé avec succès au traitement des mines de cuivre argentifère.
28c). La quantité d’argent versée annuellement dans le commerce est très considérable, et s’élève à 3,56i,382 marcs ou 17,806 quintaux dont la valeur peut être estimée à 192 millions. Le tableau suivant donne le détail des produits de chaque pays.
Fiance (Huelgoat, Villefort). .
. . 3,6oo marcs.
Savoie (Pesey)
Pays-Bas (Vêdrin)
vJ
Baden
Ànlial t-Bernbourg 1
Saxe-Cobourg j
Nassau-Ussingen . .
Souabe
Prusse
Saxe
Hartz
Autriche
Suède
■ • fr
Sibérie
Mexique
Pérou
Buenos-Ayres
Chili
Total du monde.
. . 3,56i ,38a marcs, ou 1 7,806 -^quin.
290. T’sages de l’argent. Les usages de l’argent sont généralement connus; on en fait des monnaies, des ustensiles et des bijoux ; mais comme il serait trop mou si on l’employait pur, on l’allie toujours avec une certaine quantité de cuivre , et cette quantité est déterminée par la,loi, comme pour l’or. L’argent a donc aussi son litre. Le titre de l’argent des monnaies de France est de 0,900 pour la monnaie blanche , c’est-àdire que 1000 parties d’alliage contiennent 900 parties d’argent pur ; celui de la monnaie de billon est de 0,200. L’argent d’orfe'vrerie a deux titres : le premier à 0,950, et le second à 0,800.
L’argent est réduit en feuilles et en fds ; ce que l’on nomme fil d’or n’est que de l’argent doré, car l’or sevd est trop mou pour être tiré en fil très fin. Enfin l’argent est employé en Chimie et en Pharmacie pour préparer le nitrate d’argent cristallisé et fondu, ou pierre infernale.
VIIe FAMILLE. BISMUTH.
291. Les minerais de bismuth sont reconnaissables, en ce qu’ils 11e colorent pas le verre de borax; que, chauffés au chalumeau sur un support de charbon , le globule fondu est entouré d’une auréole de poussière jaune; enfin , que, traités par l’acide nitrique , ils s’y dissolvent avec ou sans dégagement de gaz nitreux, et donnent une solution qui précipite abondamment par l’eau (sous-nitrate de bismuth).
Cette famille comprend quatre espèces.
Irc ESPÈCE. BISMUTH NATIF.
292. Caractères essentiels Ce minéral, doué d’un éclat métallique , a une couleur d’un blanc jaunâtre avec des reflets rougeâtres ou irisés, un tissu très lamelleux ; il est tendre, facile à couper avec le couteau, fragile et s’égrenant par la pression. Isolé, il acquiert l’électricité vitrée par le frottement; il fond à la simple flamme d’une bougie.
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Sa pesanteur spe'cifique est de 9,022 à 9,67. Celle du bismuth fondu est de 9,82.
Sa forme primitive est X octaèdre régulier. On en a cite' des cristaux en octaèdre primitif et en rhomboïdes aigus de 60 et 120 degrés. On les trouve plus communément sous forme de petites lames, tantôt éparses dans la gangue, tantôt imbriquées, ayant une forme rectangulaire, et quelquefois triangulaire , ou en dendrites ordinairement très prononcées-, engagées dans un jaspe d’un rouge brunâtre.
Composition. Corps simple de la Chimie, dont le signe chimique est Bi. Le bismuth natif renferme presque toujours un peu d’arsenic et de collait ; aussi la plupart du temps répandil une odeur d’ail par l’action du feu.
293. Caractères d'élimination. On peut confondre le bismuth natif avec le bismuth sulfuré et Y argent natif ramuleux. Mais on le distingue du premier , en ce que celui-ci a une couleur d’un gris de plomb , qu’il cristallise souvent en aiguilles, ce qui est jusqu’ici une forme étrangère au bismuth natif, et enfin, qu’il ne se dissout dans l’acicle nitrique à froid que très lentement et sans effervescence. On le distingue de V argent natif, quand il est comme lui sous forme de ramifications , en ce que ce dernier est tout-à-fait blanc (lorsque sa surface est nette), ductile, et ne répand pas d’odeur alliacée par la chaleur.
29j. Gisement. Cette espèce, peu abondante dans la nature, ne s’est encore trouvée qu’accidentellement dans des filons, où il accompagne d’autres substances métalliques , principalement le cobalt, l’argent natif et le plomb sulfuré. Sa gangue est tantôt le quarz, tantôt la chaux carbonatée ou la baryte sulfatée. O11 en a rencontré à Bieber dans le Hanau, à Wittichen (Souabe), à Poullaocn (Bretagne), à Joachimsthal (Bohème) , à Freyberg, à Marienberg et à Sclméeberg (Saxe).