ESPÈCE. MANGANÈSE CARBONATE
( Dialogite , rhodocrozite. )
bo3. Caractères essentiels . Ce minéral,
d’un blanc rosâtre
nu jaunâtre, est quelquefois brun, souvent nacré; sapons-
DE MINERALOGIE.
sière est d'un blanc rougeâtre ; il raie la chaux carbonalée et lluate'e et est rayé par la chaux phosphatée; il se dissout à chaud dans l’acide nitrique avec effervescence ; il passe au brun noirâtre par l’action du feu.
Sa pesanteur spécifique est de 3,2 ?
On le trouve quelquefois cristallisé ; il se présente alors en cristaux rhomboèdriques déformés et groupés irrégulièrement; plus souvent il est en masses et en concrétions compactes ou lamellaires.
Composition. C’est un carbonate de manganèse toujours mélangé de carbonate de chaux, de carbonate de fer; aussi
M. Berzélius donne-t-il la formule suivante MnC2 -f- FeCa
+ CaC5. Renferme quelquefois de la silice.
604. Gisement. Cette espèce , presque aussi rare que la précédente , se trouve dans quelques filons, à Nagyag en Transylvanie , où il sert de gangue au tellure et au manganèse sulfuré ; à Kapnick ( même province ) , où il est accompagné de cuivre gris , d’antimoine sulfuré et de zinc sulfuré phosphorescent ; à Orlez en Sibérie, à Freyberg en Saxe.
5e ESPÈCE. MANGANÈSE TUJNGSTATÉ.
( Wolfram , schéélin ferruginé , Hauy ; lungstate de fer et manganèse , Beudant; schéélin ferruginé manganésifere , Brongniart. )
<io5. Caractères essentiels. Il est d’un noir brunâtre avec un éclat faiblement métallique. Sa poussière est d’un brun rougeâtre et tache le papier de la même couleur ; sa cassure transversale est raboteuse; sa structure est laminaire, et il sc sépare aisément en lames par la percussion. Il est tendre , aigre et médiocrement électrique par communication. Seul dans le matras, il décrépite parfois un peu, et rend une petit'
5oS
ÉLÉMENS
quantité d’eau (*) ; sur le charbon, il se résout, à l’aide d’un bon feu, en une boule dont la surface offre un amas de cristaux assez grands, lamelleux, gris de fer, ayant l’éclat métallique.
Sa pesanteur spécifique est de 7,0.
Sa forme primitive est, suivant M. Ilaüy, un prisme droit rectangulaire. Il se présente sous la forme primitive ; mais , dans beaucoup de cas , elle est modifiée sur ses angles solides et ses arêtes par des troncatures.
On le trouve en masses, en concrétions distinctes testacées, en lames quelquefois tellement serrées les unes contre les autres, que leur ensemble, vu de côté , présente l’aspect d’un tissu strié.
Composition. Il est formé de 1 atome de tri-tungstate de
manganèse et de 3 atomes de tri-tungstate de fer = Mn Tu3 -f-
3FeTu*. Mais comme le manganèse est variable et en remplacement du bi-oxide de fer, on pourrait le représenter, sui-
Fe I
vant M. Beudant, par > Tu’.
Mn )
Suivant M. Vauquelin, le rapport de 1 à 3 entre l’oxigène des bases et celui de l’acide tungstique ne serait pas exact. Il pense qu’il 11’y a à peu près que la moitié du fer contenu dans le wolfram qui soit à l’état de protoxide. ( Annales de Chimie et de Physique , t. XXX , p. 1 q4 - ) Ce sujet demanderait donc de nouvelles recherches.
(*) Quelquefois le wolfram a la propriété de décrépiter très fortement, et de se diviser en leuiiles minces. Dans ce cas, il est ordinairement recouvert d’une couche jaune, terreuse et un peu dure au toucher. Cet enduit, t|ue Ion pourrait aisément prendre pour de l’acide tungstique, est de l’arseniale de fer; cl le wolfram, traité au feu de réduction , dégage lui-même une forte odeur d’arsenic. (Berzélius, Traite tlu Chalumeau , page 2^0.)
606. Caractères d'élimination. Ou distingue le wolfram de Y étain oxidè en ce que celui-ci étincelle sous le choc du briquet, que son tissu est moins lamelleux et qu’il tache la lime en blanc grisâtre ; du jer oxidulé et du fer oligisle , en ce que ceux-ci font mouvoir le barreau aimanté, que leur éclat métallique est très prononcé , et que leur densité est inférieure , au moins dans le rapport de 5 à 7.
G07. Gisement. Ce minéral, d’une formation aussi ancienne que l’étain, est particulier aux dépôts stannifères; car on le trouve associé à ce métal dans les mines de plusieurs pays, surtout dans celles de Saxe et de Bohême , celle de Poldice en Angleterre , en Espagne , celle des montagnes de Blon en France. Il se rencontre quelquefois isolément dans le granité graphique (gite ordinaire de l’étain), et y forme des dépôts plus ou moins forts , comme à la montagne d’Odontchelon et près du lac Achtaragda, en Sibérie, en Suède, à Saint-Léonharcl ( Haute-Vienne ) ; il y accompagne les émeraudes dites béryls. O11 l’indique aussi dans le gneis , à l’île de Ronce, une des Hébrides , et dans les roches alpines, comme au Saint-Gotliard , dans le glacier du Rhône. Enfin il se trouve , avec la chaux tungstatée , dans quelques dépôts bismutliifères, à Huttingtown dans le Connecticut.
608. Usages. Le fer tungstate' est employé pour obtenir l’acide tungstique, et par suite le tungstène. La préparation de l’acide se fait en traitant le minéral pulvérisé et séparé de sa gangue, par cinq à six fois son poids d’acide hydrochlorique que l’on fait bouillir sur lui pendant une demiheure environ; cet acide dissout en totalité l’oxide de fer et celui de manganèse, et laisse, sous forme de poudre jaune, l’acide tungstique mêlé seulement avec la portion de gangue siliceuse qu’on n’a pu enlever. Pour l’avoir pur, on le lave et on le traite ensuite, à chaud, par un léger excès d’ammoniaque liquide; on filtre, on verse dans la liqueur un grand
ÉLÉMENS
excès d’acide nitrique, et on Elit bçuillir pendant quelque temps. 11 se précipite d’abord une poudre blanche composée d’acide tungstique, d’ammoniaque et d’acide nitrique; mais peu à peu cette poudre devient d’un beau jaune , et n’est plus que de l’acide tungstique , qu’il suffit simplement de laver pour l’avoir pur. C’est avec cet acide, séché convenablement, qu’on se procure le tungstène, en s’y prenant de la manière que nous avons déjà indiquée pour le molybdène, le chrome, etc. (i 45).
6e ESPÈCE. T AN T A LITE*
( Tantale oxiclé ferro - manganèsifère , Haüy; tantalate de fer et manganèse, Beudant; columbite de Hatchett.)
609. Caractères essentiels. Cette substance, d’un brun noirâtre , présente tantôt un aspect légèrement métallique , peu apparent, tantôt un gris métallique, apparent, semblable à celui du fer : elle donne une poussière d’un gris brunâtre ; elle étincelle par le choc du briquet et raie le verre ; elle a une cassure inégale, offrant des indices de lames lorsqu’on l’expose à une vive lumière; elle donne une fritte verte parla fusion avec le carbonate de soude, et le résidu de la solution, dissous dans l’acide nitrique , précipite en bleu par l’hydro-ferro-cyanate de potasse.
Sa pesanteur spécifique est de 6,46 à 8.
Le tantalite s’offre rarement cristallisé; ses cristaux sont des prismes rectangulaires modifiés sur les arêtes ou sur les angles; mais ils sont mal connus. On le trouve en petites masses ou nids engagés dans des roches granitiques.
Composition. Voici les formules indiquées par M. Berzélius pour plusieurs tantaliles de diverses localités.
a. Tantalite de Kimito Mn Ta* -f i'e î'a*.
Mn ) ( Ta*
y. Tantalite de Broddbo pe [ ) ?pU2
J. Tantalite de Bayera Ma3 "Ta* -j~ 4"Fe3Tab
î. Tantal. de Kimito à/?owdre-canne//e d’Ékeberg | ( ^2
(Fej ‘
( Annales de Chimie et de Physique , t. XXXI, p. 26. )
D’après le principe de l’isomorphisme , les variations dans la base des tantalites ne doit pas surprendre , et au lieu de faire autant d’espèces distinctes cjue de localités, on peut considérer ces divers tantalites (si différens au premier aperçu) comme des tantalates doubles de fer et de manganèse ( ou de chaux ) à diverses proportions , mélangés quelquefois de tungstates et de stannates des mêmes bases, ou de tungstates et d’oxide d’étain.
610. Gisement. C’est dans le granité graphique rju’est le gîte du tantalite; sa gangue est un felspath laminaire rou— geâtre. C’est ainsi qu’on le trouve à Haddam, dans le Connecticut, associé à la cymophane ; à Kimito en Finlande, à Finbo, Broddbo, près de Falilun en Suède. Il se trouve aussi dans le micaschiste, comme à Bodenmais en Bavière , où il est accompagné de béryl , de cordiérite et d’urane oxidé.
61 1. Usages. Le tantalite n’a d’autre usage que de servir à la préparation de son acide, appelé acide columbique par les chimistes , et par suite à F extraction de son métal appelé indifféremment tantale et columbium. Pour se procurer l’acide columbique, on pulvérise le minerai et on le fond dans un creuset d’argent avec deux parties de potasse ; on traite le produit par l’eau bouillante, on filtre la liqueur, et on y verse un excès d’acide hydrochloriquc. Par la potasse et l’eau, on a
ÉLÉMENS
dissous l’acide columbique avec de l’étain ; et par l’acide hydrochlorique , on le précipite. Pour l’avoir pur, il ne s’agit plus que de le laver et le sécher. C’est en traitant cet acide par le charbon ou l’hydrogène qu’on parvient à obtenir le métal pur. ( Voir l’extraction du chrome, etc. (i/p).)
7e ESPÈCE. MANGANÈSE IIYDRO-SI LICATÉ .
( Manganèse oxidé silicij'ere noir ■ allagile ; pliotizite ;
rhodonite. )
612. Caractères essentiels. Cette espèce est noire, non cristallisée ; elle donne de l’eau par la calcination, fusible avec le sel de phosphore en un verre incolore qui prend, à la flamme extérieure, la couleur de l’améthyste, et donne pour résidu un squelette de silice.
Composition. C’est un silicate combiné à 6 atonies d’eau , - MnsS>-f 6Aq.
11 est mêlé avec les espèces suivantes. On l’indique à Klapperud près Dal.
8e ESPÈCE. MANGANÈSE El— SILICATE .
( Manganèse oxidé silicij'ere rouge ; manganèse li timide ,
Brongniart. )
61 3. Caractères essentiels. Sa couleur est le rouge de rose , mais elle passe au brun; sa texture est compacte, sa cassure lamelleuse; il donne des étincelles avec l’acier et raie le verre; ne donne pas d’eau par la calcination. 11 se fond en émail rose au feu de réduction , en noir au feu d’oxidation.
Sa pesanteur spécifique est de 3,2.
Il se trouve en masses. M. 11. ltose en a cité avec une foi me analogue à celle du pyroxène.
Composition. C’est un bi-silicate = Mn'Si*. 11 est souvent
mélangé avec le carbonate de manganèse et un peu de carbonate de chaux.
Il appartient aux terrains anciens ; se trouve à Longbansliytta en Wârmelande (Suède), en Sibérie, en Hongrie et en Transylvanie. Il sert de gangue au tellure aurifère de Nagyag, et s’associe parfois au grenat et à la diallage verte.
9® ESPÈCE. MANGANÈSJE SOVS-SI El CATE .
( Silicate tri~manganésien, Beudant.)
614. Caractères essentiels. Il se présente en petites masses compactes noires , ou bien , mais plus rarement , en cristaux octaèdres à base carrée. II ne donne point d’eau par la calcination ; sur le charbon , fond sur les bords à un très bon feu , et conserve sa couleur gris noir. Il donne , par la fusion avec la soude , une fritte d’un vert très décidé ; il se dissout dans l’acide hydrochlorique en dégageant du chlore et en laissant de la silice en grande partie gélatinée.
Sa pesanteur spécifique est de 3,8.
Composition. Formé de 3 atomes de tri-oxide et de 1 atome
de silice = Mn3Si. Se trouve dans les terrains anciens, à Saint- Marcel en Piémont , accompagné probablement de manganèse hydro-silicaté.
IO® ESPÈCE. BVSTAMITE.
( Manganèse et chaux bi-silicatés .)
614 bis. Caractères essentiels. Cette substance se présente en nodules dont la structure est rayonnée , presque bacillaire et laminaire dans le sens des rayons , la texture compacte dans le sens ti’ansvei’sal , la cassure presque conchoïde , et la couleur le gris pâle légèrement verdâtre et rosâtre. Son éclat est un peu soyeux, mais faible. Elle est presque opaque, et seulement translucide dans ses parties minces ; elle est assez te- Tome I. 33
ÉLÉMENS
nace, et raie le felspath. Au chalumeau, elle se fond en un verre opaque d’un brun très fonce' dans le feu d’oxidation , et en verre transparent au feu de réduction. Elle communique au borax une couleur améthyste très prononcée au feu d’oxidation , couleur qui disparaît au feu de réduction ; enfin, elle se dissout avec une légère effervescence dans le sel de phosphore, et laisse un résidu siliceux opaque et très blanc.
Sa pesanteur spécifique est de 3, 12 à 3,23.
On ne l’a pas encore trouvée en cristaux.
Composition. Suivant M. Dumas, sa composition peut être
représentée par la formule Ca3"SR -\- 2M113 Si*.
Gisement. Cette espèce, nouvellement créée par M. Eustamente de Mexico , n’a encore été trouvée qu’à Réal de Neinas de Fetcla, de Jonotla dans l’intendance de Puebla au Mexique. Scs morceaux sphéroïdaux sont recouverts de petits cristaux de quarz hyalin , et contiennent dans leur centre du manganèse métalloïde en petits grains. ( Annales des Sciences naturelles, tome VIII, page 411)
IIe ESPÈCE. MANGANESE HYDRATE.
( Manganèse oxidé hydraté, Hariy; manganèse terne, Brongn.; hydroxide de manganèse , Beudant.)
61 5. Caractères essentiels. Il est d’un noir brunâtre ; son aspect est généralement terreux , quelquefois métalloïde ; il donne une poussière brune tachante; il est presque toujours friable ; il raie la chaux fluate'e et est rayé par le quarz ; il est infusible au chalumeau; il donne d’abord 10 pour cent d’eau, et ensuite, à une chaleur blanche, 3 pour cent d’oxigène, en laissant pour résidu un oxide brun marron.
Sa pesanteur spécifique est de 3,82.
Quelquefois il est si poreux , qu’il surnage presque 1 eau.
DE MINERALOGIE.
Composition. C’est un tri-oxide combiné à l’eau = Ma -}- At[. Mais il est presque toujours mélangé d’une plus ou moins grande quantité de manganèse suroxide', de fer liydroxidé et d’argile.
Il est rarement cristallisé ; on l’indique en cristaux octaèdres et prismatiques.
Ses variétés de structure sont :
Manganèse hydraté concrétionné. En concrétions mamelonnées dures et pesantes , qui imitent de très près celles du fer hématite.
fibreux.
globulaire ou teslacé. Composé de couches concentriques dont le tissu est fibreux.
ramuleux ou dendritique. Ordinairement sur le quarz agate.
Il paraît que la plupart des dendrites sont dues plutôt au manganèse qu’au fer.
pseudo-morphique ou prismatique. En petites masses légères , très tendres, qui se présentent sous la forme de petits prismes à 4 , 5 ou 6 pans, mais toujours mal prononcés, dus au reti'ait que la matière du manganèse a éprouvé en se desséchant, comme cela a lieu , par rapport
ÉLÉMENS
à certaines argiles (Eaiiy).
A Saint -Jean- de - Gordonenque dans les Cévennes.
Manganèse hydraté pulvérulent ou terreux.
616. Caractères d'élimination. On distingue le manganèse hydraté du manganèse suroxidè par la couleur de leur poussière ; celle du premier est brune, et celle du second est noire. On trouve cependant fort souvent l’hydrate mêlé avec le peroxide cristallisé , ce qui paraît devoir être attribué à une espèce d’épigénie par laquelle un atome d’oxigène du peroxide s’est combiné avec de l’hydrogène, et a formé alors la quantité juste d’eau qui sature l’oxide ainsi privé de l’un de ses atomes d’oxigène. Dans ce cas , la poudre est d’un noir moins parfait, souvent tirant au brun ; et lorsqu’on chauffe l’oxide dans un tube de baromètre , on voit l’eau qui se condense dans la partie froide du tube. Il est bien évident que, sous un point de vue économique , il n’est point indifférent d’employer l’une ou l’autre de ces deux espèces d’oxide. Pour ceux qui emploient le manganèse dans les verreries , les deux espèces paraissent également bonnes ; mais pour les pharmaciens et ceux qui s’occupent des préparations propres au blanchiment , le peroxide doit être préféré, puisqu’il donne trois fois autant d’oxigène que l’hydrate. Il doit en être de même pour les chimistes qui veulent s’en servir pour la préparation du gaz oxigène. (Berzélius, Nouveau système de Minéral., page 276.)
APPENDICE
617. Manganèse hydraté noinltre barytifère. Substance noire , métalloïde, à tissu fibreux, fin et serré , souvent formée de petites stalactites entremêlées; quelquefois assez dure pour rayer le verre. Il paraît que c’est une combinaison de tri-
oxide de manganèse qui ferait fonction d’acide, par rapport à
la baryte. M. Beudant croit que c’est le peroxide qui entre
dans ce compose'. Se trouve à Romanèclie , près de Mâcon (*).
Il paraîtrait qu’il existe un oxide interme'diaire entre le tri-
oxide et le bi-oxide de manganèse , qui se rapporterait à la • * • •
formule Mn -f- Mn3 : ce serait un mangcincite de manganèse analogue au ferrate de fer. On l’indique en octaèdres réguliers renfermés dans une gangue d’oxide de fer. Il est noir, d’un éclat vitro-métallique. (Beudant.)
M. Berzélius indique, dans son Traité du Chalumeau, vu»
minéral venant de Schlackenwalde , dont la formule serait • • • •
MnAq, mélangé ou combiné avec Cu. Il est à peine connu.
618. Gisement du manganèse oxidé et hydraté. Parmi les espèces de la famille du manganèse , il n’y a que ces deux qui se présentent en grandes masses dans la nature. Elles se trouvent dans les terrains les plus anciens comme dans les plus nouveaux; elles font partie de quelques roches, et s’y rencontrent plutôt en amas irréguliers qu’en couches ou filons. Elles sont plus communes dans les terrains primitifs, un peu moins dans ceux de transition et dans les secondaires , moins encore dans les terrains tertiaires , bien qu’on l’y trouve , comme par exemple , à Montmartre , dans les assises supérieures formées par le gypse. On rencontre enfin le manganèse oxidé dans les terrains volcaniques modernes, comme à la Guadeloupe.
Cet oxide semble avoir, pour ainsi dire , une affinité géologique pour deux substances minérales , le fer hydroxidé et la
(*) M. Vauquelin vient d’analyser une variété de manganèse de la Romanèche, qu’il a trouvée composée, i°. de tungstate de manganèse; i°. d’arseniate de fer; 3°. de sulfate de baryte; 4°- de sable; 5°. de baryte en grande quantité, ainsi qu’il l’a déjh fait connaître il v a long-temps. Cette mine contient aussi des traces de cuivre. ( Journal de Chimie médicale, tome II, p. 4°'j )
baryte sulfatée; il a encore pour association la chaux sulfatée, la chaux fluatée, la chaux carbonatée, le fer spathique , etc. On le rencontre dans beaucoup de pays, en Bohême, au Hartz, en Piémont, en Écosse, et dans plusieurs endroits de la France, dont les principaux sont : Romanèclie ( Saône - et - Loire ) , Thiviers près Pe'rigueux (Dordogne), Saint-Diez (Vosges), Saint-Jean -de- Gordonenque dans les Ce'vennes, etc. , etc. Il est fréquemment mélangé des divers silicates de manganèse ; et suivant M. Berthier, il renferme des quantités très notables d’autres oxides de manganèse qui ne sont point au summum d’oxidation.
Extraction du manganèse.
619. Le manganèse, en raison de sa grande affinité pour l’oxigène, 11e se trouve point à l’état métallique dans la nature, quoique cependant il ait été annoncé à cet état dans la mine de Sem, vallée de Vic-Dessos dans les Pyrénées. Comme il est sans usage dans les arts, on ne l’obtient que dans les laboratoires. C’est du peroxide qu’on l’extrait, en calcinant celui-ci avec du charbon ou en le désoxidant par l’hydrogène lorsqu’on veut l’avoir pur (i/[5.)
XVIJe FAMILLE. CÉRIUM.
620. Les minerais de cette famille sont caractérisés par la couleur rouge qu’ils acquièrent à l’aide de la chaleur par la suroxigénation de leur oxide. Leur dissolution dans l’acide nitrique est rouge. Chauffés avec le borax, ils donnent un verre rougeâtre lorsqu’on agit avec la flamme oxidante, un verre incolore avec la flamme désoxidante.
Celte famille comprend trois espèces. Elles sont encore peu
connues
lrc ESPÈCE. CÉIUUM F LU AT à.
(. Fluorure de cérium, Beucl.)
62 1 . Caractères essentiels. Ce minéral se présente en prismes hexaèdres réguliers dont les arêtes situées au contour des bases sont remplacées par de légères facettes; ils ont une teinte rougeâtre ou brunâtre; ils sont attaquables par l’acide nitrique à chaud ; la solution donne par l’oxalate de potasse un précipité blanc qui devient brun par calcination; ils sont infusibles sur le charbon, seulement leur couleur devient plus sombre ; dans le matras ils donnent un peu d’eau qui colore en jaune le papier de Fernambouc.
Composition. Il existe plusieurs genres de combinaisons ; M. Berzélius admet un fluate neutre et un sous-fluate. Le premier est un fluate de tri-oxide de cérium = Ce2 F3. Le sous-
fluate a pour formule — Ce f F ' -f- 3 Aq. .
622. Gisement. Ces minéraux se trouvent dans le granité graphique ; ils ont pour gangue un quarz qui renferme aussi de l’yttro-cérite, de l’yttro-tantalite , de la gadolinite , etc. O11 les l’encontre à Finbo, Broddbo et Bastnaës en Suède. Ils sont très rares.
2e ESPÈCE. C FRI T F
( Cérium oxidé siliceux rouge, Haiiy ; cérium silicate , Brongn. ;
ce rc ri le, Kirw. )
623. Caractères essentiels. C’est une substance d’un brun rougeâtre ou violâtre, à aspect litho'ide, sans structure cristalline, à texture grenue; elle est presque opaque ou à peine translucide; elle raie légèrement le verre, est assez facile à broyer; sa poussière est grise; elle devient électro-négative par le frottement; elle est infusible au chalumeau, sans addition. Elle donne de l’eau par la calcination, en perdant 12 pour
ÉLÉMENS
cent de son poids; sa dissolution nitrique neutre est sucrée, et elle précipite en blanc par l’hydro-ferro-cyanate de potasse et l’oxalate d’ammoniaque.
Composition. C’est un silicate de cérium, plus de l’eau
= Ce3Si2-4-6Aq. Elle contient du fer, dont la quantité s’élève quelquefois jusqu’à 22 pour cent; de la chaux , en petite proportion , et rarement de l’acide carbonique , uni sans doute à cette dernière.
624. Gisement. Le cérite n’a encore été trouvé jusqu’ici qu’à l’état amorphe, et dans les seules mines de Bastnaës, près de Riddarliytta dans le Westmelande en Suède, où il est accompagné de cuivre pyriteux, d’amphibole, de molybdène sulfuré et de bismuth sulfuré.
3e ESPÈCE. ALLANITE.
{Cérium oxidé siliceux noir, Haüy ; cérine , Hising. ; allanite, Jameson, Beud., Brongn.)
625. Caractères essentiels. Ce minéral a un éclat vitrométallo'ide, une couleur noire ou d’un brun jaunâtre; il est opaque ; sa poussière est d’un gris verdâtre ; sa cassure est inégale , sa structure un peu laminaire ; il raie le verre , mais a une cohésion faible ; il est électro - négatif par le frottement; au chalumeau, il devient écumeux, et se fond imparfaitement en une scorie noire ; il est soluble en gelée dans les acides : sa dissolution précipite abondamment par l’oxalate de potasse , puis en bleu par l’hydrocyanate.
Sa pesanteur spécifique est de 3,5 à
Composition. Suivant M. Beudant, c’est un double silicate
de cérium et de fer = Ce3Si*-t-Êe3Sia, renfermant des quantités plus ou moins considérables de silicate de chaux et d’alumine. L’ullunitc se présente cristallisé en prismes à bases carrées
avec pyramides octogones ; mais le plus souvent il est en masse ou petits nids irréguliers.
626. Gisement. On trouve l’allanite dans une roche de granité graphique, où il a pour gangue un felspatli , au Groenland, à Riddarliytta en Suède, enNorwège. Il est fort rare.
APPENDICE
627. A l’exemple de MM. Haüy et Beudant, nous avons considéré la cérine et l’allanite comme des échantillons d’une même espèce , quoique M. Berzélius en fasse deux espèces distinctes dans sa méthode , et nous considérons comme de simples variétés de cette espèce les minéraux désignés sous les noms d ’orlhile et de pyrorihite.
1. Ortliite. (Berzélius.) Elle s’offre en longs prismes droits, rayonnés, noirâtres, d’un aspect vitro - résineux , à cassure terne et sale , assez fusibles. Sa composition est la même que celle de l’allanite , seulement elle renferme à l’état de mélange une bien plus grande quantité de silicate de chaux et d’alumine. Se trouve à Finbo et à Gottliebsgong en Suède.
2. Pyrorthyle. (Berzélius.) Celle-ci est probablement la même substance que l’orthite, mais plus mélangée des mêmes silicates et de silicate d’yttria ; elle contient en outre à peu près le tiers de son poids en charbon et un quart en eau. Elle se trouve engagée dans le felspath d’un granité, à Korarf, près de Fahlun en Suède.
Extraction du cérium.
628. Le cérium, sans aucun usage dans les arts et la Médecine , n’est extrait dans les laboratoires que pour en étudier les propriétés. C’est du protoxide, convenablement purifie', qu’on se le procure en suivant la marche déjà indiquée plusieurs fois (i45). Mais disons comment on obtient cet oxide de cérium. C’est le cèrile qu’on traite à cet effet. Ce minerai
est forme de beaucoup d’oxide de cérium , de silice, de quelques centièmes de chaux, de fer, et de 12 p. d’eau. On le fait bouillir, réduit en poudre , avec un grand excès d’acide hydrochlorique, de manière à dissoudre tous ses principes, à l’exception de la silice. On évapore presque en totalité la liqueur pour en chasser l’excès d’acicle; on l’étend d’eau, on la fdtre, puis l’on y verse de l’ammoniaque : on précipite ainsi les oxideâ de fer et de cérium , qu’on recueille sur un filtre pour les laver, et on les traite à chaud, d’après M. Laugier, par une dissolution d’acide oxalique. Il en résulte de l’oxalate de cérium tout-à-fait insoluble , et de l’oxalate acide de fer qui reste entièrement dans la liqueur. O11 lave bien le sel de cérium , on le sèche et on le calcine jusqu’au ronge dans un creuset ; on obtient ainsi du deutoxide pur de cérium. En faisant bouillir celuici avec de l’acide liydroclilorique , on le fait passer à l’état de protoxide, qui reste en combinaison avec l’excès d’acide liydrochlorique non décomposé, et en traitant cet hydrochlorate par de la potasse ou de la soude en proportion convenable , on précipite le protoxide de cérium, qu’il 11e s’agit plus que de sécher pour l’avoir propre à être réduit par le charbon ou l’hydrogène.