I. Part
Théo riq ue et pratique. 57 il n'y aura plus qu'à accorder parfaitement juftes leurs o&aves dans les autres gammes , ^^J" & le clavecin fera bien d'accord.
mi propres à des expreffions différentes. Mais après tout ce que nous avons dit dans cet ouvrage fur la formation du genre diatonique , on doit être convaincu , que fuivant l'intention de la nature , l'échelle diatonique doit être parfaitement la même dans tous les modes; l'opinion contraire, dit M. Rameau, eft un préjugé de Muficien. Le caraclere d'un air vient principalement de l'entrelacement des modes , de la mefure plus ou moins vive , du ton plus ou moins grave , plus ou moins aigu qu'on affigne au générateur du mode , & des cordes plus ou moins belles , plus ou moins fourdes , plus ou moins foibles , plus ou moins fortes qui s'y rencontrent.
Enfin , le dernier avantage de ce tempérament , c'eft qu'il eft conforme, ou du moins qu'il diffère peu de celui que l'on pratique fur les inftrumens fans touches , comme la viole & le violon , où l'on préfère la jufleiïe des quintes ck des quartes à celle des tierces ck des fixtes ; tempérament qui paroît contradictoire à celui qu'on obferve d'ordinaire fur le clavecin.
Cependant nous ne devons pas biffer ignorer à nos Lecteurs , que M. Rameau , dans fon nouveau Syftême de mufique imprimé en 1726, avoit adopté le tempérament ordinaire ; il prétend dans cet ouvrage ( comme on le peut voir Chap. 24. ) que l'altération des quintes eft bien plus fupportable que celle des tierces majeures ;
Nous avons donné cette règle pour le tem- LPART-pérament, d'après M. Rameau, & c'eft aux
& que ce dernier intervalle ne fouffre guère plus d'altération que l'octave , qui , comme on fait , ne fauroit fupporter l'altération la plus légère ; il dit que fi trois cordes font , l'une à l'oftave , la féconde à la quinte , la troifieme à la tierce majeure d'une quatrième corde, St qu'on tire un fon de cette dernière , la corde mife à la quinte frémira quoiqu'un peu altérée dans fa jufteffe ; mais que l'octave & la tierce majeure ne frémiront plus û peu qu'on les. altère ; & il ajoute que le tempérament qui eft en ufage, eft fondé fur ce principe. M. Rameau va plus loin ; & comme dans le tempérament ordinaire , on eft forcé d'altérer les dernières tierces majeures , & de les faire un peu trop fortes , afin de retomber fur l'octave du fon principal , il prétend que cette altération eft tolérable , non feulement parce quelle eft prefque infeniîble , mais parce qu'elle fe trouve dans des modulations peu ufitées , à moins qu'on ne les choififle exprès pour rendre l'expreffion plus dure. « Car il eft bon de remarquer , dit-il, que nous » recevons des impreffions différentes des intervalles à » proportion de leur différente altération ; par exemple, » la tierce majeure qui nous excite naturellement à la » joie, félon ce que nous en éprouvons , nous imprime » jufqu'à des idées de fureur lorfqu'elle eft trop forte; » & la tierce mineure qui nous porte naturellement à » la douceur & à la tendreffe , nous attrifte lorfqu'elle *> eft trop faible.» Tout ce langage, comme l'on voit >
Théorique et p ratiq u e. 59
Àrtiftes défintérefTés à en juger. Quoiqu'il en !".' ' ' l* foit, & quelque efpece de tempérament qu'on ' ^.J' adopte , les altérations qu'il caufera dans l'harmonie ne feront que peu ou point fenfibles à l'oreille, qui uniquement occupée de s'accorder avec la baffe fondamentale , tolère fans peine ces altérations , ou plutôt n'y fait aucune attention , parce qu'elle fupplée d'ellemême à ce qui manque aux intervalles pour être juftes.
Deux expériences fimples & journalières
eft bien différent de celui que ce Muficien célèbre a tenu depuis dans fa Génération harmonique , ci dans les ouvrages qui l'ont fuivie. Il en faut conclure feulement que les raifons que nous avons apportées d'après lui pour le nouveau tempérament , lui ont fans doute paru d'une grande force , puifqu'elles l'ont emporté dans fou efprit fur celles qu'il avoit apportées d'abord en faveur du tempérament ordinaire.
Nous ne prétendons point décider entre ces deux genres de tempérament, qui nous paroiffent avoir l'un ck l'autre leurs avantages. Nous remarquerons feulement que le choix entre l'un & l'autre eft abfoîument à la volonté du leéteur , fans que ce choix influe en rien fur les principes du fyftême mufical que nous avons fuivi jufqu'à préfent , & qui fubfifteront toujours , quelque tempérament qu'on adopte.