‹ Élémens de pathologie chirurgicale (volume 2)Chapitre 47 sur 205 · FONGUS DU TESTICULE · texte numérisé non relu

FONGUS DU TESTICULE

noisette, d’une noix et même d’un gros œuf; en général, il est en raison inverse de celui de la portion de glande restée saine qui semble, dit M. Jarjavay, disparaître peu à peu au profit du parasite qui vit et se développe à ses dépens. La tumeur est généralement sphérique, plus rarement ovoïde ou lobée. Elle tient au corps de la glande par un pédicule plus ou moins étroit embrassé par l’ouverture scrotale.

La tumeur est d’un rouge pâle, granuleuse; chaque granulation est séparée par des sillons peu profonds renfermant quelquefois un liquide grisâtre qui n’est autre chose que du pus. Il faut remarquer que la quantité de sang apporté dans le fongus modifie sa coloration et lui donne parfois une teinte très foncée. Sa consistance est toujours très ferme. Si l’on coupe le fongus, on voit qu’il est constitué par une masse jaunâtre, compacte, sillonnée par des vaisseaux. Cette coloration serait due à une substance que Curling regarde comme un produit de l'orchite chronique, Cette matière est infiltrée dans toute l'étendue de la tumeur ; dans la couche corticale, la substance jaune est interposée aux fibres du tissu cellulaire et de l'élément fibro-plastique, qu’elle enveloppe profondément; elle sert de gangue aux mêmes élémens et a des canalicules séminifères oblitérés, La tunique albuginée ne présente aucune trace d’altération dans les points où le testicule est sain; mais, vers le pédicule de la tumeur, elle commence à s’épaissir, se renverse en dehors pour permettre le passage de la masse fongueuse. De sa face profonde partent des prolongemens fibreux qui accompagnent les vaisseaux, considérablement accrus de volume. Les deux feuiilets de la tunique vaginale et les autres lames qui constituent les enveloppes des bourses sont unis par des adh‘rences molles et filamenteuses,

Symptomatologie. — Le fongus du testicule se trouve, dans Timmense majorité des cas, précédé d’une inflammation de la glande. Le temps qui s'écoule entre le début de cette inflammation et l'apparition de la tumeur est très variable. M. Laugier a observé un cas de fongus surveuu chez un sujet qui, depuis plus de trois ans, était affecté d’une orchite. ;

Au début, la glande présente une ou deux bosselures où se font sentir des douleurs plus où moins intenses ; bientôt la tumeur devient plus saillante ; la peau du scrotun» est d’un rouge brun, s’amincit, s’ulcère, et donne passage à un liquide séreux ; le fongus, enfin, se montre à travers la solution de continuité; quelquefois une ponction faite à la tumeur est le point de départ de cette ulcération. Lawrence a signalé un amendement notable dans la douleur dès que le fongns fait saillie aa dehors. Ce phénomène n’est pas constant.

Bientôt la tumeur prend la forme d’une masse hémisphérique surajoutée au scrotum. Le contact des corps extérieurs ne cause aucune

oh AFFECTIONS DES ORGANES GÉNITAUX DE L'HOMME.

souffrance ; mais la compression y développe une douleur caractéris-

tique, sur laquelle M. Jarjavay a appelé l'attention, et qui est semblable

à celle que provoque la pression exercée sur le testicule sain. Lorsque

la tumeur est volumineuse, elle gêne par son poids et par les tiraillemens

qu’elle exerce sur le cordon. Abandonné à lui-même, le fongus augmente toujours de volume.

Étiologie. — Gette affection est souvent consécutive à l’'inflammation du testicule : on voit donc survenir le fongus pendant le cours d’une orchite aiguë et surtout d’une orchite chronique. D’autres fois, elle est consécutive à une contusion du testicule, Toutes les causes capables de détruire par lPulcération une portion de la tunique albuginée peuvent déterminer le développement d’un fongus par le fait de lirruption des canaux séminifères à travers la solution de continuité. M. Morel- Lavallée a vu cette maladie se montrer chez un individu affecté d’un tubercule du testicule arrivé à sa période de ramollissement et qui avait détruit la tunique albuginée.

Ce n’est pas seulement l'expansion de la substance testiculaire à travers la tunique albuginée qui est la cause du développement rapide du fongus, il faut invoquer en outre la présence de la substance jaune, que nous avons signalée plus haut, et la compression qu’exerce la tunique albuginée sur la substance testiculaire, car, comme tous les tissus fibreux, elle se rétracte par le fait de linflammation.

En général, il n’y a qu'un seul testicule affecté de fongus ; cependant on a observé quelques malades dont les deux testicules avaient été successivement envahis.

Diagnostic. — C’est surtout avec le cancer du testicule que lon pourrait confondre le fongus, mais il est certain nombre de caractères qui ne sauraient laisser de doute sur la nature de la maladie. Jamais une tumeur cancéreuse comprimée ne détermine la douleur accablante que l'on observe dans le fongus; les fongosités cancéreuses sont molles, friables, saignantes au moindre contact; le fongus bénin, au contraire, est dur, résistant et ne donne jamais lieu à des hémorrhagies ; l'engorvement des ganglions Le dou iue est fréquent dans'le cancer, et manque dans le fongus.

Pronostic. — Cette affection n’est pas grave, en ce sens que jamais elle ne dégénère, c’est-à-dire ne devient un véritable cancer. Cette restriction faite, nous pouvons dire que la maladie est sérieuse, en ce sens que le testicule est toujours plus ou moins compromis. Le pronostic sera donc, d'une manière générale, subordonné au développement de la tumeur. Le fongus superficiel est moins grave que le fongus parenchymateux, car on peut en obtenir la guérison avant que Îles tubes séminifères ne soient atteints,

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