TESTICULE SYPHILITIQUE
nous avons constaté un accroissement considérable de l’épididyme. La moitié de cet organe est enchässée dans le corps du testicule (conme un œuf dans un coquetier). Le corps du testicule semble donc diminué, mais il présente à peu près son volume normal, et à la surface de lalbuginée on sent de petits mamelons chagrinés de volume variable ; quelques-uns ont à peine les dimensions d’une tête d’épingle, d’autres d’un pois et même d’une amande. Ces déformations extérieures à la glande séminale, déjà signalées par A. Cooper, sont produites par un épanchement de lymphe plastique à la surface de la tunique albuginée. Ge sont des couches pour ainsi dire stratifiées en forme de zones concentriques, souvent assez régulièrement arrondies, quelquefois couvertes d’aspérités saillantes et, dans certains cas, offrant au toucher une sorte de mobilité trompeuse. L’épididyme est comme pelotonné sur lui-même de la tête à la queue.
Le plus souvent, dans l’état de repos, la partie est presque toujours complétement indolente, même à la pression ; cette douleur est d'autant plus obtuse que la maladie est plus ancienne; quelquefois la tumeur est un peu douloureuse, pendant la marche ou tout autre exercice ; dans ces dernières circonstances, la principale incommodité dépend de la oêne mécanique que la tumeur apporte aux mouvemens.
Les douleurs, quand elles existent, dépendent presque toujours des tiraillemens que la tumeur exerce par son poids; elles prennent rarement le caractère qui appartient à certaines autres manifestations syphi-* litiques, et dans ce cas elles ne se font pas plus sentir la nuit que Île jour ; l’exacerbation nocturne n’est donc point un symptôme certain de affection syphilitique du testicule, comme le pensait À. Cooper ; et, du reste, quoique cet auteur ait émis cette opinion dans plusieurs passages, on n’en retrouve cependant la preuve dans aucune de ses observations.
Les fonctions génitales conservent au moins pendant longtemps toute leur vigueur.
Diagnostic. — Xl est souvent assez difficile : cette maladie peut être confondue avec l'orchite chronique, avec les tubercules et le cancer du testicule. |
Les antécédens ont une grande valeur pour élucider le diagnostic. Des chancres précèdent le testicule syphilitique : des traces de scrofules peuvent aider à reconnaître le testicule tuberculeux ; l'orchite chronique blennorrhagique se présente avec des caraclères spéciaux que nous avons indiqués dans le paragraphe précédent,
Daos le testicule syphilitique, la douleur est sourde, légère, quelquefois nulle, elle diminue à mesure que le mal fait des progrès. Dans le testicule cancéreux, la douleur est vive et lancinante ; il semble au
malade qu’on lui enfonce des aiguilles à travers la tumeur, Gette douleur est intermittente, et se propage souvent dans la région lombaire. Au début, à peine sensible, elle augmente chaque jour avec le volume de la tumeur, et finit par devenir intolérable. Dans le testicule tuberculeux, la douleur, nulle au début, devient vive, à mesure que la fonte purulente arrive, et que la maladie passe à l’état aigu.
Dans le testicule syphilitique parvenu à une certaine période, il y a presque toujours une hydrocèle : c’est la règle communé, et l'absence de l’épanchement doit être considérée comme une exception. Dans le testicule tuberculeux, l'absence du liquide est la règle et sa présence forme l’exception.
Les tubercules arrivent plus ou moins vite à la période de ramollissement ; alors les productions morbides s’isolent, se circonscrivent; la peau devient de plus en plus adhérente à leur niveau; elle s’amincit, se perfore. Dans le testicule syphilitique, les couches plastiques qui composent la tumeur augmentent en se stratifiant, ne se ramollissent jamais, vont toujours croissant; la peau est saine, sans adhérences. Le testicule cancéreux a une forme d’abord régulière; sa surface est lisse, unie ; sa consistance assez ferme. Les tégumens sont parfaitement sains et mobiles ; mais bientôt la tumeur augmente de volume, et peut même devenir énorme ; puis la masse morbide se ramollit, et de larges bosselures dépressibles et fluctuantes apparaissent à sa surface. Le scrotum devient adhérent et s’ulcère.
Dans le testicule tuberculeux, on constate en touchant, par le rectum, que la prostate et les vésicules séminales offrent le plus souvent des altérations analogues : rien de semblable dans le syphilitique, à moins de complications, le mal ne gagne ni le canal déférent, ni le cordon, ni les vésicules séminales, ni la prostate, et il ne va pas retentir dans les ganglions inguinaux et lombaires. Le testicule cancéreux se propage par le cordon jusque dans la cavité abdominale, Les ganglions du cordon et ceux de Ja région rénale deviennent cancéreux, et l’on peut, par la palpation, constater à travers la paroi abdominale un chapelet de noyaux agglomérés.
Les deux testicules sont plus fréquemment affectés dans le testicule syphilitique, et le plus souvent un seul est malade d’abord dans l’affection tuberculeuse,
Dans le testicule tuberculeux, la sécrétion du sperme, l’éjaculation, languissent et cessent bientôt à cause des progrès de l’évolution tuberculeuse. Dans le testicule vénérien, l’altération siége dans l’albuginée. Le tubercule naît, se développe et suppure dans le parenchyme même de la glande séminale, qu’il détruit plus ou moins complétement.
L'une de ces affections est curable par l'iodure de potassium et le
AFFECTIONS NERVEUSES DU TESTICULE. 549 traitement antisyphilitique. L'autre se joue de tous nos moyens el marche sans cesse vers une fâcheuse terminaison.
Pronostic. — Il est favorable, mais il faut du temps. Trois, quatre mois, un an de traitement sont parfois nécessaires pour obtenir un résultat complet.
Traitement. — Le traitement propre à triompher de cette affection est celui qui convient aux accidens syphilitiques tertiaires; on commence par donner au malade 4 gramme d’iodure de potàssium par jour dans 425 grammes d’eau ; les doses doivent être portées assez rapidement à 2, 3, 4 grammes dans les vingt-quatre heures, et l’on peut ajouter une pilule de 2 centigrammes de proto-iodure de mercure.
Si l'hvdrocèle ne disparaît pas d’elle-même sous l'influence du traitement, on fait une ponction, et le liquide ne se reproduit point, ou s’il se montre de nouveau, il est en si petite quantité qu’on peut le négliger sans inconvénient, car il est bien résorbé.
$S VI.-— Affections nerveuses du testicule et du cordon spermatique,
La névralgie du testicule est une affection assez rare; à peine si avant le commencement de ce siècle elle avait appelé l'attention des praticiens ; Pouteau (1) cependant en a publié une très bonne observation. On n’en trouvait dans les annales de la science qu’un très petit nombre, lorsque, dans son Traité des maladies du testicule, A. Cooper consacra un chapitre très important à cette cruelle affection. Dans un mémoire très bien fait, publié en 1841, M. Sarrau (2) a rassemblé les cas les plus intéressans, en fit connaître de nouveaux et a tracé une histoire complète de cette maladie.
Symptomatologie. — Ordinairement la névralgie du testicule débute d’une manière insensible, les malades ressentent dans l'organe malade une pesanteur, une sorte de malaise qui s'étend le long du cordon dans la région hypogastrique, et se fait même quelquefois ressentir au périnée et à l’anus; à ce malaise s'ajoutent bientôt des fourmillemens, des picotemens insupportables. 11 est rare que l’attention du malade soit appelée sur ce commencement de la maladie; M. Sarrau rapporte cependant l’histoire d’un sujet qui n’avait jamais oublié cette première invasion de la maladie, laquelle s'était montrée dès l’âge de neuf ans. A des époques variables, cette série de symptômes se reproduit et disparaît de nouveau; ces phénomènes se succèdent presque toujours d’une manière irrégulière, jusqu’à l'époque de la puberté. Alors la scène change, au
(1) Pouteau, OEuvres posthumes, 1. If", p. 246. Paris, 1783. (2) Sarrau, Essai sur la névralgie du testicule. Thèse. Paris, 1841.
lieu du malaise signalé plus haut, les malades éprouvent tout à coup et souvent sans cause appréciable une douleur vive qui, partant du testicule ou de ses annexes, se propage à la région hypogastrique, à l’abdomen, à la cuisse, et simule par son intensité des coliques néphrétiques. Le scrotum est contracté, le testicule est fortement appliqué contre l’anneau inguinal, le moindre frottement, le plus léger attouchement exaspère encore ces douleurs. Pendant ces attaques le malade ne peut garder aucune position, tantôt il fléchit le tronc en avant, tantôt il le redresse avec violence, les douleurs sont tellement vives qu’il se roule dans son lit et quelquefois sur le sol ; il n’est pas rare de voir survenir des nausées, des vomissemens.
Ces attaques sont variables, quant à leur durée et à leur fréquence, ordinairement elles durent de cinq à six heures; elles se montrent à des intervalles plus ou moins éloignés, tantôt brusquement, tantôt elles sont précédées des pesanteurs et des fourmillemens que nous avons signalés plus haut. Telle est l'affection décrite par les auteurs et en particulier par Curling, sous le nom de névralgie du testicule.
Quelquefois la maladie se présente sous une autre forme décrite sous le nom d’irritabilis testis. M. Sarrau propose de l'appeler névralgie chronique. Tantôt elle débute par les symptômes indiqués précédemment, tantôt elle apparaît tout à coup. Elle se manifeste par des douleurs légères qui augmentent peu à peu, et acquièrent une intensité des plus grandes. La douleur, limitée quelquefois à un point circonscrit du testicule, s'étend souvent à l’épididyme et au cordon. Les malades ressentent habituellement une douleur sourde, saccadée ou continue, ou bien une sorte de picotement mêlé d’engourdissement. Gette douleur s’étend à l’aine et à la fosse iliaque correspondante. Un des malades dont A. Cooper rapporte l’histoire se plaignait de douleurs qu’occasionnent le passage des gaz dans le cæcum. Les malades ne peuvent se tenir debout ; ils sont obligés de rester couchés dans le décubitus dorsal ou sur le côté correspondant à l'organe affecté ; dans cet état, le moindre mouvement, le plus léger froissement réveillent les douleurs qui deviennent extrêmement violentes. Malgré ces souffrances, la santé générale est peu ou point troublée, le coït paraît procurer un soulagement momentané ; mais, au bout d’un temps quelquefois assez court, les douleurs deviennent plus intenses que jamais. Si l'on explore le testicale, on le trouve presque toujours pendant au fond des bourses; sa sensibilité est telle qu’on ne peut le soumettre à aucun examen,
Le testicule est généralement sain ; on n’observe point de chaleur qui puisse faire supposer dans cet organe un mouvement fluxionnaire ; dans quelques cas cependant il à augmenté de volume.