KYSTES DU TESTICULE
Les kystes ont une paroi très mince, le liquide qu’ils renferment est tantôt parfaitement limpide, incolore ; tantôt il présente une teinte opaline due à la présence de spermatozoaires ; plus rarement ils renferment un liquide semblable à du pus teint de sang. Au début, cette affection se présente sous la forme de petits kystes qui se montrent principalement vers la tête de l’épididyme ; d’une part ils soulèvent la membrane séreuse, d'autre part ils produisent sur l’épididyme une dépression plus ou moins prononcée; ils sont quelquefois implantés si profondément qu’on ne peut les découvrir que le scalpel à la main. Quelquefois ils poussent au-devant d'eux la tunique vaginale, s’isolent du point où ils s'étaient primitivement développés, et n'adhèrent à l’épididyme qu’au moyen d’un pédicule étroit formé par l'allongement de la tunique séreuse. Il n’est pas très rare de trouver sur le même organe des kystes sessiles et des kystes pédiculés. Les kystes pédiculés n’atteignent jamais un grand volume ; rarement ils dépassent celui d’un grain de groseille. M. Gosselin, a vu des kystes semblables développés dans le petit appendice de la tunique vaginale qui se trouve souvent à la partie supérieure du testicule. D’autres fois ces kystes, au lieu de se pédiculiser, augmentent de volume et forment dans le scrotum une tumeur volumineuse qui a été désignée sous le nom d’hydrocèle enkystée de l'épididyme. Quand le kyste est volumineux, Pépididyme s’aplatit, se déjette latéralement, le testicule est situé en avant et au-dessous de la tumeur, Celle-ci est généralement moins volumineuse que dans lhydrocèle simple; lorsqu'elle est multiloculaire, les cavités prises isolément, sont moins volumineuses que quand le kyste est uniloculaire:; d’après M. Gosselin, les petits kystes se montrent habituellement sur la face postérieure de l’épididyme et les grands sur la face antéroinférieure. Tantôt la tumeur est simple, d’autres fois elle est constituée par plusieurs tumeurs agglomérées,
Ces kystes sont susceptibles de s’enflammer ; alors le liquide qu’ils renferment change de nature, il devient albumineux, prend la teinte citrine de l’hydrocèle de la tunique vaginale ; la cavité se remplit de lymphe plastique, se tapisse de fausses membranes; quelquefois ces kystes se remplissent de sang.
Les kystes qui se développent entre la tunique vaginale et la tunique albuginée, sont généralement simples et de petite dimension; cette forme est extrêmement rare. B. Brodie, sur une pièce qu’il a disséquée, a trouvé la disposition suivante : la membrane du kyste était mince et son contenu incolore ; la tumeur avait le volutne d’une noix environ et s’attachait à la partic antérieure du testicule au-dessous de l’épididyme ; le feuillet viscéral de la tunique vaginale recouvrait une partie de la surface externe de la poche ; tandis que le reste de cette surface reposait sur
le tissu fibreux de la tunique albuginée qui la séparait de la substance glandulaire du testicule. Quelquelois où trouve sur la suriace du testicule de petits kystes occupant la surface libre de la tunique vaginale, et qui font saillie dans la cavité séreuse.
Quelle est l'origine de ces hydrocèles enkystées ? Sont-elles produites par la dilatation d’un des conduits testiculaires ? sont-elles formées dans le tissu cellulaire intermédiaire aux conduits excréteurs et à la membrane séreuse qui les revêt ?
L’hydrocèle enkystée du testicule renferme fort souvent un nombre plus ou moins considérable de spermatozoaires ; lorsque ces animalcules sont très abondans, ils donnent au liquide une teinte opaline caractéristique ; si on laisse déposer le liquide, les animalcules tombent au fond du vase : aussi la couche inférieure du liquide est-elle plus opaque que la supérieure. On a trouvé souvent les spermatozoïdes aussi vivaces que ceux du sperme frais. La présence des spermatozoïdes n’est pas cependant constante, M. Heurtaux en a publié dernièrement un cas fort intéressant.
Diverses opinions ont été émises pour expliquer la présence de ces spermatozoïdes dans les hydrocèles; Liston admet que le kyste est formé par la dilatation d’un canal séminifère; d’après Paget, certains kystes situés près de l'organe qui sécrète naturellement les matériaux du sperme, peuvent sécréter un liquide analogue; Gurling, Luschka, pensent que le passage des animaleules était consécutif à la rupture d’un des tubes de l’épididyme ; dans deux cas, Curling a pu découvrir une communication entre ces canaux et le sac de l’hydrocèle ; dans un cas, c'était une ouverture ovale a bords lisses, arrondis, du centre de laquelle on voyait sortir les globules mercuriels versés par celui des canaux afférents qui avait été déchiré.
La présence des spermatozoïdes dans une cavité séreuse des bourses suffit pour faire diagnostiquer une hydrocèle enkystée du testicule, À la vérité, on a cru trouver des animalcules spermatiques dans une hydrocèle de la tunique vaginale; mais, ou il y à eu erreur de diagnostic, ou bien un kyste du testicule existait en même temps que l’hydrocèle de la tuuique vaginale et le contenu du kyste a été versé dans la cavité séreuse à la suite d'une rupture. Cette supposition se trouve parfaitement confirmée par un fait de Paget.
Symptomatologie. — Au début, l hydrocèle enkystée du testicule ou de l’épididyme est peu volumineuse et s’accroît sans canser de douleur ni même de gêne; elle peut ainsi passer inaperçue jusqu’à ce qu'elle ait acquis le volume d’un grain de raisin ou d'une noix. A cette époque le testicule devient irrégulier; un examen attentif permet de constater la présence d’une tumeur tendue, fluctuante; plus tard, si la tumeur
KYSTES DU TESTICULE. 7" 656 augmente encore, elle forme une saillie dure, élastique, plus volumipeuse que le testicule. On constate la position de cet organe par la douleur que détermine la pression et quelquefois par la transparence. S'il existe plusieurs kystes, la tumeur est lobulée. La gêne que cause une semblable tumeur est proportionnée à son volume. Toute chose égale d’ailleurs, elle cause plus de douleur que l’hydrocèle de la tunique vagimale; les souffrances se propagent quelquefois jusque dans la région lombaire, et ne cèdent pas par la suspension ou par la position horizontale: cette douleur paraît devoir être attribuée à la compression du testicule par le kvste.
Diagnostic. — I n'est pas très facile de distinguer l'hydrocèle enkystée du testicule de l’hydrocèle de la tunique vaginale; à la vérité, la tumeur est moins volumineuse, Île testicule est habituellement en avant et au-dessous de la tumeur, la coloration du liquide est différente ; mais les deux premiers signes ne sont point suffisants, puisque une hydrocèle de la tunique vaginale n’est pas toujours très volumineuse et que la position du testicule n’est pas constamment la même. Resterait donc le liquide, mais la ponction exploratrice seule peut'en faire exactement connaître la nature; si le liquide est lactescent et renferme des spermatozoaires, sans nul doute, il existe une hydrocèle enkystée du testicule. | |
Traitement. — Lorsque la tumeur est peu volumineuse, ne cause ni gêne ni douleur, elle peut être abandonnée à elle-même; mais il est à craindre que le kyste en se développant ne vienne à comprimer Îles vaisseaux afférens et à intercepter toute communication entre l’épididyme et le testicule: aussi, vaut-il mieux intervenir. La tumeur sera donc vidée à l’aide de la ponction; quelquefois la guérison est permanente, mais souvent le liquide se reproduit.
Pour obtenir la guérison complète de cette tumeur, on peut employer un des procédés conseillés contre l’hydrocèle de la tunique vaginale, mais celui auquel on doit donner la préférence est l'injection de teinture d’iode. Lorsqu'il existe plusieurs poches, il suffit quelquefois de porter l'injection iodée dans une seule de ses cavités: linflammation peut, en se propageant, s'étendre aux autres et en déterminer loblitération.
II. Aystes du testicule. — Maladie kystique du testicule (Curling).
Cette affection est rare; celle consiste en une tumeur qui se forme à l'intérieur de la tunique albuginée et est constituée par des kystes variables, par leur nombre, leur volume et leur contenu. Tantôt le nombre de ces poches est très considérable, tantôt il est assez restreint;
je volume varie depuis celui d’un grain de millet jusqu’à celui d’un œuf de pigeon, le liquide est quelquefois transparent, légèrement coloré, d’autres fois épais, visqueux, albumineux, plus rarement teint de sang. On à vu ces kystes renfermer des caillots. De la paroi interne des kystes volumineux naissent quelquefois des végétations polypiformes qui remplissent plus ou moins leur cavité. Entre ces tumeurs qui sont unies par du tissu cellulo-fibreux plus ou moins dense, on trouve parfois de petites masses d’enchondrome qui apparaissent comme des corps perlés sur la surface de la tumeur. Ces masses cartilagineuses paraissent se développer primitivement dans l’intérieur des tubes dilatés ; elles peuvent devenir assez abondantes pour oblitérer les kystes et former la plus grande partie de la tumeur.
La tumeur est en général isolée du tissu de la glande dont elle est séparée par une capsule fibreuse assez dense; souvent le tissu glandujaire semble étalé sur la face externe du kyste; il disparaît même quelquefois lorsque la tumeur est très volumineuse. L'épididyme s’atrophie à mesure que la tumeur augmente.
Quelle est l’origine de ces kystes? Sont-ils formés, comme le veut À. Cooper, par la dilatation des tubes séminifères oblitérés. Curling pense qu'ils dérivent d’un état morbide des conduits du corps d’Highmore.
Cette affection est de nature bénigne. On a observé cependant des cas de récidives après l’ablation de semblables tumeurs. M. Gmelin en rapporte un exemple emprunté à la pratique de Roux. Il y aurait donc deux espèces de kystes, les uns bénins, les autres malins; dans la cavité de ces derniers on à constaté l'existence de cellules à noyau. Curling pense qu’un certain nombre de cancers affectent quelquefois, à leur début, la même forme que la maladie kystique du testicule. On sait, d’un autre côté, que les enchondromes peuvent se reproduire après leur extirpalion.
Symptomatoloqie, — Cette affection se développe lentement et sans douleur, puis au bout de auelques mois apparaît une tumeur ovale élastique, à peine sensible, tantôt lisse, tantôt bosselée; fluctuante lorsqu’il existe une certaine quantité de liquide dans la tunique vaginale. Lorsqu'elle est très volumineuse, elle gêne par son poids et provoque du malaise, des tiraillemens dans la région lombaire,
Diagnostic. — Il est souvent fort obscur. On ne confondra pas cette affection avec l'hydrocèle de la tunique vaginale ; la forme de la tumeur, la fluctuation, la transparence, mettront souvent à l’abri de l'erreur. C'est surtout avec le cancer encéphaloïde que les kystes du testicule peuvent être confondus. Les commémoratifs, la marche de la maladie, l’état du cordon spermatique, la nature des douleurs mettent quelquefois sur la voie, Il faut se rappeler que la maladie kystique marche moins rapide-
TUMEURS FIBREUSES DU TESTICULE. 557 ment que le cancer ct que la tumeur présente souvent des saillies beaucoup moins prononcées. Dans les cas douteux, on pourra avoir recours à la ponction exploratrice.
Traitement. — Toute médication interne et externe est impuissante contre une semblable affection. Lorsque la tumeur devient gênante par sa masse , il faut de tonte nécessité recourir à l’ablation du testicule.