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I. Plaies du pénis

Les plaies superficielles du pénis, c'est-à-dire qui intéressent seulement le fourreau de la verge, ne donnent lieu à aucun accident particulier, el n’exigent point d'indications spéciales: les bords de la solution de continuité devront être rapprochés et maintenus en contact soit avec des bandelettes agglutinatives, soit avec de petites serres-fines. La réunion est en général facile; quelquefois cependant ces solutions de continuité se compliquent d’érysipèle. |

Les plaies profondes, c’est-à-dire qui intéressent les corps caverneux, présentent des particularités sur lesquelles il est nécessaire d'appeler l'attention.

Les simples piqüres sont en général peu graves; nous insisterons surtout sur les plaies par instrumens tranchans et sur celles qui sont produites par les projectiles lancés par la poudre à canon.

Les plaies longitudinales de la verge sont fort rares; peut-être, dit A. Bérard (3), n’ont-elle jamais été observées. Pour ces sortes de plaies, on fera une compression circalaire en introduisant, comme le recom-

(1) Dionis, loc, cit., p, 257.

(2) J.-L. Petit, Trailé des maladies chirurgicales, t. II, p. 424, in-8. Paris

(3) Diclionnaire de médecine en 30 volumes, t. XXI, p. 431.

668 AFFECTIONS DES ORGANES GÉNITAUX DE L'HOMME. mande Boyer, une sonde dans l’urèthre, pour faciliter l’action du bandage.

Les plaies transversales sont beaucoup plus fréquentes ; souvent elles sont produites par une main coupable, poussée par un violent sentiment de jalousie; quelquefois elies sont le résultat d’une mutilation volontaire, La verge peut être divisée compiétement, d’autres fois la solution de continuité intéresse une partie seulement de l'organe, l’urèthre se trouve coupée en même temps qu'une partie des corps caverneux ; enfin quelquefois la division ne porte que sur un de ces deux organes, l’urèthre est sain.

Lorsqu'une partie de la verge est complétement séparée, faut-il en tenter la réunion ? Ces tentatives sont sans inconvénient, mais il ne faut pas compter sur le succès; il y a peu d'espoir de réunion, même dans les cas où les deux lambeaux tiendront encore l’un à l’autre par une partie de la circonféreuce de lPurèthre.

Mais si une partie notable d’un des corps caverneux a été conservée, on peut encore espérer la guérison d’une manière assez complète pour que la blessure n’ait aucune conséquence fâcheuse relativement à l'acte de la copulation. Il ne faut donc pas se hâter de faire l’excision du lambeau quoique celui-ci soit mou, froid, violacé, C’est ce que démontre le fait suivant observé par M. Arlaud et communiqué à la Société de chirurgie (1): P. R..., tisserand, âgé de trente-neuf ans, se trouvait le 1° avril auprès d’une femme qui nourrissait contre lui des projets de vengeance ; celle-ci s’arma d’un instrument bien tranchant, et en porta un coup rapide et violent sur la base du pénis alors en érection : ilen résulta une large plaie intéressant au moins les deux tiers du fourreau de la verge, le corps caverneux gauche et presque la moitié du corps caverpeux droit, l’urèthre enfin dans toute son épaisseur. Les vaisseaux dorsaux de l'organe, l’arière caverneuse gauche furent divisés. La section porta à 1 centimètre en avant des pubis et de la racine des bourses. La partie antérieure du membre viril ne tenait plus que par un pédicule composé de la peau épargnée et de la moitié du corps caverneux droit, dont probablement l'artère était restée intacte.

Le blessé se traîna avec peine jusqu'à son domicile qui était proche. Le docteur Dobeski, appelé sur-le-champ, constata une hémorrhagie considérable, qui résista aux hémostatiques employés et ne s’arrêla que par suite d’une syncope qui dura plus de deux heures ; sous l'influence de quelques cordiaux, le malheureux revint lentement à lui.

Le docteur Jossand {de Rochefort) vit le blessé, le lendemain ; la

(4) Bulletin de la Société de chirurgie, t. VIF, p. 451, et Gazette des hôpitaux, 1857, n°-79; p. 314.

PLAIES DU PÉNIS. 669 verge était ecchymosée, froide, très gonflée, insensible au toucher, presque complétement détachée du pubis. L’hémorrhagie était arrêtée par de gros caillots remplissant l’espace compris entre les lèvres et les bords rétractés de la plaie. La réunion fut tentée; on débarrassa la plaie des plus gros œaillots et l’on alla à la recherche des vaisseaux, mais sans succès. On ne fut pas plus heureux en cherchant l’orifice du segment postérieur de l’arèthre, au moyen d’une sonde introduite par le méat urinaire ou directement dans la plaie. On se contenta de pratiquer une suture à points séparés, qui rapprocha Îles tégumens et coapta plus ou moins exactement les deux bouts des corps caverneux et de l’'urèthre.

Cette première opération eut des conséquences singulières, la coaptation ne fut pas exacte. Quoique les parties similaires ne fussent pas mises en contact, la réunion des deux, parties du pénis s'opéra, mais de telle façon que la verge se tordit sur elle-même et que le gland regarda l'abdomen par sa face inférieure qui porte le frein du prépuce. Sans doute la portion restante des corps caverneux fut tordue sur son axe; toujours est-il que le raphé médian décrivait une ligne spirale successivement inférieure, gauche et supérieure,

La cicatrisation isolée de la peau entraîna la cicatrisation isolée des bouts du corps caverneux et l’écartement des deux bouts de l’urèthre. L’orifice du segment antérieur s’oblitéra au niveau de la solution de continuité, Cette réunion défectueuse et ces changemens de direction mirent plusieurs jours à s'effectuer ; ils reconnaissaient pour cause l’impossibilité où l’on s'était trouvé de placer primitivement une sonde dans le canal de l’urêthre.

Quoi qu’il en soit, le malade vécut pendant deux mois avec une dysurie si intense, qu'il ne pouvait jamais vider complétement sa vessie par l'ouverture rétrécie du segment postérieur du canal. Depuis l'accident le méat urinaire n'avait pas donné passage à une seule goutte d'urine ; la miction devenant de plus en plus difficile, et la rétention menaçant de devenir complète, le malade vient à Rochefort, le 29 mai, réclamer les soins de M. Arlaud, qui constate les particularités suivantes :

Une cicatrice située au-devant du pubis et du scrotum occupe plus de la moitié de la circonférence dela verge ; à son centre, sur le raphé, existe, un mamelon fongueux, du sommet duquel suinte sans cesse, et goutte à goutte, une urine limpide. L'hypogastre est soulevée par la vessie distendue., Quand le besoin d’uriner devient pressant, les muscles abdominaux se contractent violemment; la face devient anxieuse; un jet d'urine filiforme, dirigé en bas et à gauche, s'échappe du mamelon et pendant ce temps, la partie du canal située en arrière se gonfle par

670 AFFECTIONS DES ORGANES GÉNITAUX DE L'HOMME. l'accumulation de l’urine dans une poche supplémentaire formée aux dépens du scrotum.

En explorant la verge avec un instrument piquant, on reconnaît que la sensibilité est abolie dans toute la moitié gauche de l'organe, le gland Compris, et exaltée au contraire dans la moitié droite et derrière la cicatrice. Les testicules sont aussi volumineux, aussi résistans, que chez tout autre homme dans la fleur de l’âge, et cependant il n’y a eu depuis l'accident ni érection ni éjaculation.

Le malade, fatigué par le voyage, est amaigri, très souffrant, décidé à tout pour se débarraser d’un mal qui, suivant ses propres expressions, le conduira au désespoir et à la mort.

La première indication est de remédier à ja rétention d'urine, de vider la vessie. Le cathétérisme par le méat urinaire fut abandonné, parce que, après quelques essais, on reconnut l’oblitération de Furèthre sur Ja lèvre antérieure de Ja plaie du pénis. On chercha donc à introduire dans le moignon pubien de la verge et par le pertuis d’où sortait l’urine un Stylet à panaris. Poussé avec une certaine force, cet instrument pénétra dans un cul-de-sac, c’est-à-dire dans la poche suppléméntaire dont il a été parlé plus haut. Cette dilatation fut ouverte largement avec le bistouri, un petit flot d'urine s’écoula. Lorsque le sang fut arrêté, on retrouva Sans peine l'orifice uréthral, ce qui permit de conduire dans la vessie une sonde flexible n° 44. On procéda immédiatement à la restauration uréthrale de la manière suivante : une sonde, introduite par le méat, fut poussée jusqu’au cul-de-sac qui terminait en arrière le segment antérieur de la verge, et confiée à un aide chargé de presser sur le pavillon. Ce bout du canal était couvert de fongosités; elles furent excisées avec le bistouri et les ciseaux ; on put alors sentir le bec de la sonde à travers une couche résistante et assez épaisse de tissu inodulaire, et le mettre à nu au moyen d'une incision longitudinale, En appuyant sur le pavillon, on fit parcourir à cette sonde toute l'étendue de la plaie jusqu’à ce qu’elle rencontrât Ja première sonde flexible, introduite préalablement dans le bout supérieur, comme il a été dit plus haut. Cette dernière, ayant été retirée avec précaution, fut heureusement remplacée par la première, qui dès lors traversa tout le canal, depuis le méat jusque dans la vessie.

On procéda immédiatement à la restauration de l’urèthre : on eut recours à l’autoplastie par glissement, mais au lieu d'affronter seulement les lambeaux on les fit chevaucher l’un sur l’autre. Ce n’est pas ici le lieu de décrire cette opération ni ses suites, elle appartient aux fistules urinaires, nous renvoyons le jecteur à l'observation originale et au remarquable rapport de M. Verneuil ; qu’il nous suffise de dire que le

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