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PLAIES EMPOISONNÉES

On peut ranger sous trois classes les substances vénéneuses acciden-

tellement déposées à la surface des plaies, savoir :. les venins, les virus et les poisons; de là trois ‘classes correspondantes de plaies : 1° les plaies envenimées, 2° les plaies virulentes, 3° enfin les plaies qui se trouvent en contact avec des poisons proprement dits, et que nous appellerons , en l'absence d’un mot meilleur, plaies empoisonnées proprement dites.

Les plaies empoisonnées sont remarquables par la rapidité avec laquelle s'opère l’absorption du principe vénéneux déposé à leur surface ; toutes tirent les dangers qu’elles présentent des phénomènes généraux qui succèdent à cette absorption. L'art doit donc chercher à la prévenir par tous les moyens possibles ; le succès de ces moyens sera d'autant plus complet qu'ils seront plus promptement employés, et que la substance délétère sera plus intégralement enlevée ou décomposée. Les mêmes moyens curatifs étant applicables à toutes les-espèces de plaies empoisonnées, nous ferons précéder la description de chacune des espèces par l'exposition générale de leur traitement.

TRAITEMENT DES PLAIES EMPOISONNÉES. — Le causé vutuet est le moyen le plus généralement conseillé par les auteurs; ses effets sont constamment heureux lorsqu'il est appliqué immédiatement et convenablement ; il décompose les substances vénéneuses, désorganise les parties qui en avaient subi le contact, et qui pouvaient en être imprégnées à une certaine profondeur, et détruit ainsi en même temps et la cause de lempoisonnement , et les tissus qui devaient être les agens de l’absorption; en sorte que, si contre toute vraisemblance , une -petite partie du poison avait survécu à l’action du fer rouge, elle ne trouverait plus d’organe capable de la saisir et dela transporter dans le torrent circulatoire. ‘On aura donc recours à l'application du fer rouge dans toutes les circonstances où ‘elle sera-possible. Si la plaie est étroite et sinueuse , on l’agrandira par des ‘incisions convenables, de manière que les parties les plus-profondes se présentent facilement à la cautérisation.

Si le malade repousse avec ‘une répugnance invincible l'emploi du fer rouge , on mettra en usage les caustiques minéraux, tels que l'acide sulfurique, le chlorure d’antimoine, l’azotate acide de mercure ou l’azotate d'argent. Ces caustiques agissent comme le fer rouge, et pourraient certainement lui être préférés dans bien des cas, mais il est plus difficile de limiter exactement leur action ; en outre, ils sont plus lents, presque toujours plus douloureux, et surtout n’offrent pas le grand avantage de

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se trouver partout comme le cautère actuel, et de se prêter ainsi à une application immédiate.

L'excision des parties blessées prévient sûrement l'absorption du poison, mais elle doit être pratiquée au moment de l'accident. Quelques chirurgiens donnent le conseil de réunir cette méthode à la précédente, d’exciser d’abord, et de cautériser ensuite. Cette double opération nous paraît inutile : la cautérisation bien faite suffit parfaitement pour détruire les substances vénéneuses et rendre leur absorption impossible. L’amputation de la partie, qui a été conseillée et mise en pratique, est une mutilation que rien ne saurait justifier.

Le tavage de la plaie à l’aide d’un courant d’eau tiède ou fraîche est un moyen utile ; les pressions exercées de la circonférence au centre autour de la plaie pour augmenter l'écoulement du sang sont également avantageuses. La succion, autrefois pratiquée dans les armées par une classe d'hommes appelés psylles (de duos, puce) agit, comme le la vage, en entraînant le poison, et, comme les pressions, en attirant le sang à la surface de la plaie ; maisen maintenant entr’ouverts les orifices des capillaires divisés, par la douce chaleur qu’elle leur communique , et en faisant refluer tous les liquides vers leur orifice, elle arrive à ce résultat d’une manière plus puissante et plus sûre.

L'électricité a été recommandée par M. Pravaz, qui , à l’aide d’une pile voltaïque de quarante ou cinquante élémens, est parvenu à neutraliser le virus de la rage inoculé à des chiens. Cette méthode a été appliquée une seule fois à un homme mordu par un chien enragé , mais cette application n’a pas donné les résultats qu’on pouvait espérer : la rage s’est développée.

Lorsque l'absence des objets nécessaires impose l’obligation de différer l'application des moyens curatifs, il faut se hâter de suspendre l'absorption du poison ; dans ce but , on pourra mettre en usage soit la compression circulaire, soit les ventouses. La compression circulaire, pratiquée sur un membre à l’aide d’un lien suffisamment serré, prévient les effets de l'absorption vénéneuse, en s’opposant au retour du sang veineux et de la lymphe. M. Bouillaud a communiqué à l’Académie le résultat de ses recherches sur ce sujet et publié une série d’expériences qui ne laissent aucun doute sur les effets prophylactiques de ce moyen. Une quantité de strychnine suffisante pour tuer en quelques minutes un lapin, fut introduite dans une plaie faite sur l’un de ses membres ; l’empoisonnement commençait ; on établit de suite la compression circulaire , et il fut suspendu ; au bout de quelques heures le lien fut desserré, les symptômes de l’empoisonnement se montrèrent aussitôt ; on le rétablit , et ils furent de nouveau suspendus. Ces phénomènes ont pu être ainsi alternativement produits et arrêtés au gré de l’expérimentateur dans neuf expé-

rientes successives. La compression sera donc une ressource précieuse toutes'les fois que l'emploi des moyens curatifs souffrira quelque retard forcé.

Les ventouses présentent la même efficacité pour suspendre l’absorption du principe vénéneux. M. Barry, en expérimentant leur action sur des chiens et des lapins, est arrivé aux conclusions suivantes : en appliquant immédiatement une ventouse sur une plaie dans laquelle on a déposé un poison violent, tel que l’oxide blanc d’arsenic, l’upas-tieuté, la strychnine, l’acide cyanhydrique , on empêche le poison de produire ses effets pendant tout le temps que la ventouse reste appliquée. Si on enlève la ventouse, les accidens se montrent de nouveau, et en réappliquant celle-ci on les fait disparaître. En appliquant la ventouse aussitôt que les effets du poison ont commencé à se manifester, on les fait aussitôt disparaître.

$ Ier. Plaies envenimées.

Les venins sont des produits de sécrétion propres à quelques animaux, et susceptibles, par leur introduction dans le torrent circulatoire, d’exercer sur l’économie une influence plus ou moins fâcheuse et quelquefois mortelle. (Voir en Pathologie générale, chapitre IIT, $ LT, n° 70.) Ces venins sont ordinairement déposés par les animaux à la surface des plaies qu'ils produisent avec leurs dents ou les aiguillons dont quelques uns sont pourvus. Mis en contact avec une plaie saignante, c'est-à-dire avec des surfaces absorbantes, ils paraissent être absorbés en nature ; déposés sur la peau et les membranes muqueuses intactes, soit que l'absorption n'ait pas lieu, soit que cette absorption succède à une décomposition préalable de la liqueur vénéneuse, ils ne- donnent naissance à aucun phénomène , à aucun accident : de là l’innocuité de la succion exercée sur les plaies envenimées les plus dangereuses. Les animaux venimeux ne deviennent redoutables pour l’homme qu'autant qu’ils sont doués d’un appareil convenable pour diviser nos tissus et y déposer en même temps le produit de leur sécrétion. Ceux qui réunissent ces deux conditions appartiennent principalement à la classe des insectes et à celle des reptiles. Parmi les insectes venimeux on trouve : l'abeille, la guêpe , le frelon, le bourdon. Parmi les reptiles : la vipère et les crotales.

4° Venin des insectes. L'abeille, la guêpe, le frelon, etc., présentent un aiguillon caché et rétractile, formé de deux lames pointues, creusées chacune d’une gouttière longitudinale sur la face par laquelle elles se correspondent. Ces deux lames, en se juxtaposant, réunissent leurs gouttières , et celles-ci forment un petit canal cylindrique qui parcourt toute la longueur de l’aiguillon. A sa partie supérieure, ce canal

s'ouvre dans une vésicule qui contient la liqueur vénéneuse, et qui pa raît douée de contactilité ; car, arrachée avec: l'aiguillon ; elle peut encore faire jaillir la liqueur qu’elle renferme. Réaumur , tenant une guêpe entre ses doigts, a vu le venin s’élancer à plusieurs pouces, comme s’il eût été poussé par un piston. Souvent l’aiguillon demeure dans la plaie, qui est alors compliquée de la présence de ce corps étranger: ce phénomène a lieu lorsque l'animal est brusquement chassé au moment de la piqûre ; on Fexplique par les dentelures latérales que présente l’aiguillon vers son sommet, dentelures obliquement dirigées de la pointe vers Ja base; de telle sorte qu’elles laissent facilement pénétrer l’ RARE, ‘mais ne permettent pas aussi facilement de le retirer.

Ces piqûres, lorsqu'elles sont peu nombreuses, déterminent un sentiment de cuisson, une rougeur vive, un gonflement très limité ; après quelques heures ou un jour au plus, ces effets se dissipent, et rarement des phénomènes généraux se manifestent. Toutefois, lesauteurs rapportent quelques faits de piqûres isolées qui ont été suivies d’accidens graves : Fabrice de Hilden cite l'observation d’une dame qui, après avoir été piquée par une guêpe sur la face dorsale de la main droite, éprouva une douleur cruelle et une inflammation des plus intenses, avec fièvre, délire, vomissemens bilieux, etc. Mais des phénomènes aussi alarmans ne se montrent ordinairement qu’à la suite de piqûres maltipliées. M. Guérin Champneuf rapporte qu’une jument attachée à un buisson au milieu dés champs ayant fait sortir par ses mouvemens continuels un essai de guêpes placé dans ce buisson, celles-ci se jetèrent sur elle et la firent périr sur place ainsi qu’un poulain. Il paraît que l’homme a été plusieurs fois victime du même accident. (Voy. Archives générales, t. XV, p. 216.)

Le traitement de ces petites plaies n’exige d’autres moyens que des äpplications émollientes ét narcotiques; l’immersion de la partie blessée dans l’eau froide peut souvent prévenir la douleur et le développement de l’aréole inflammatoire qui entoure la piqûre. La présence de l’aiguillon doit surtout fixer l'attention du chirurgien; à l’aide de ciseaux fins on emportera d’abord la vésicule qui surmonte sa base, et ensuite ôn se servira d’une pince à mors déliés pour saisir l’aiguillon et l'extraire.

20 Venin de la vipère. La mâchoire supérieure de la vipère présente déux crochets mobiles et courbés, situés à sa partie antérieure ; l’un à droite et l’autre à gauche. Ces crochets sont creusés, dans leur partie centrale, d’un canal qui s’ouvre par une fente étroite sur la face convexe, près de la pointe, et qui correspond par sa base à une vésicule située derrière l'œil, immédiatement au-dessous d’un muscle puissant qui la comprime pendant qu’il se contracte pour rapprocher les mâchoires. Au moment de la morsure, les mâchoires , d’abord écartées, se rapprochent; les crochets , habituellement fléchis en arrière, se redres-

sent, et prennent une position perpendiculaire au plan de la voûte palatine ; les muscles latéraux se contractent; la vésicule est cemprimée; le venin s’introduit dans ses canaux excréteurs , et s'échappe par la pointe de chaque crochet, en même temps que ceux-ci pénètrent au milieu des tissus.

Les accidens que fait naître la morsure de la vipère sont à la fois locaux et généraux ; c’est presque toujours par les premiers que le désordre commence. Nous en empruntons l’exposition à Boyer : « Le malade éprouve à l'instant même dans l'endroit de sa blessure une douleur vive qui, comme un trait de feu, se répand dans tout le membre, et même jusqu'aux organes intérieurs. Peu après, l'endroit blessé devient ronge, et se tuméfie. Quelquefois la tuméfaction se borne aux environs de la plaie ; mais le plus souvent elle s'étend au loin, et gagne promptement tout le membre qui a été mordu, et même le tronc. Souvent il découle de la plaie une liqueur sanieuse, et il s'élève dans ses environs des phlyctènes semblables à celles de la brûlure ; mais bientôt la douleur diminue beaucoup, la tension inflammatoire dégénère en un empâtement mou et œdémateux, La partie devient froide, se couvre de grandes taches livides et comme gangréneuses.

» Les accidens généraux ne tardent pas non plus à se manifester. Le blessé éprouve des angoisses, des faiblesses, de la difficulté à respirer, des sueurs froides et abondantes; le pouls se concentre, devient petit et inégal ; l’œil se trouble ; la raison s’égare ; souvent il survient des vomissemens , des déjections bilieuses abondantes , presque toujours une jaunisse universelle, et des douleurs vives autour de l’ombilic. » Ces accidens présentent quelques différences qui dépendent de la sensibilité et du tempérament de la personne mordue, du nombre des morsures , de la vigueur et de la grosseur de la vipère qui contracte plus violemment les muscles chargés de rapprocher les mâchoires, et dépose une quantité plus considérable de venin.

La morsure de la vipère est rarement mortelle , même dans les circon- Stances où elle est multiple et entièrement abandonnée à elle-même. Cette guérison spontanée , et à peu près constante, des accidens qu’elle occasionne , explique le succès du nombre infini de médicamens qu’on a employés pour la combattre , et recommandés à des époques différentes comme doués d’une efficacité infaillible. Nous en nommerons un seul, J’ammoniaque liquide , qui doit surtout sa célébrité au patronage de Ber= nard de Jussieu. Boyer conseille l’usage externe de ce médicament , lorsque la morsure est légère et contient peu de venin. Nous pensons que l'emploi des moyens curatifs dont nous avons parlé sera toujours plus sûr, et mérite, par conséquent, la préférence. Enfin on a conseillé aussi des moyens généraux, principalement les corroborans et les sudo=

rifiques : leur utilité est encore problématique, mais leur administration h'entraîne aucun inconvénient.

3° Venin des crotales. L'appareil venimeux des crotales ou serpens à sonnettes est à peu près semblable à celui de la vipère. La glande lacrymale paraît être l'organe sécréteur du venin. Celui-ci est beaucoup plus puissant et plus funeste dans ses effets que le venin de la vipère. On lit dans les Transactions philosophiques : « Le capitaine Hall, ayant fait attacher à un pieu un serpent à sonnettes, long de quatre pieds environ, exposa des chiens à ses piqûres. Le premier qui fut atteint par la dent meurtrière succomba en quinze secondes; le second périt après deux heures de souffrance ; le troisième ne ressentit les effets du venin que trois heures après avoir été mordu. Au bout de quatre jours, on recommença ces expériences avec le même animal. Le premier chien mourut en trente secondes , et un autre en quatre minutes. » Ces reptiles se plaisent dans les contrées brûlantes de la zone torride. Les voyageurs, ceux surtout que le culte de la science conduit dans ces régions, sont particulièrement exposés à leur morsure ; une mort prompte en a été le plus souvent la conséquence. Dans les régions tempérées, on ne voit pas de serpens à sonnettes. Ceux qui ont causé quelquefois en Europe des accidens mortels, avaient été rapportés des régions équatoriales, et ces accidens ont été le plus souvent observés sur les industriels qui montrent au public ces animaux si redoutés. C’est ainsi que Drake, dont les Archives ont publié l'observation, il y a plusieurs années, périt de la manière la plus malheureuse , au moment où il venait de débarquer au Havre, rapportant avec lui, pour toute fortune, trois serpens à sonnettes. L’un de ces serpens lui paraissant privé de vie, il le retire de sa cage , le place devant le feu. En cet instant, l’animal se retourne par un mouvement brusque, et mord sur deux points différens la main qui le tenait. Deux minutes après cet accident, Drake établit sur l’avant-bras une ligature fortement serrée ; au bout d’un quart d’heure , M. Pihorel pratiqua la cautérisation. Néanmoins tous les phénomènes consécutifs à l'absorption du venin se déclarèrent, et cet infortuné succomba neuf heures plus tard. (Archives générales, t. XIII, p. 615.)

h° Venin du scorpion. Cet arachnide a le corps allongé et l’abdomen terminé par une queue articulée, que forment six pièces mobiles. La dernière se termine par une pointe aiguë constituant un véritable aiguillon; elle est creusée d’une cavité qui contient la liqueur venimeuse, et s'ouvre au-dehors par deux petits orifices placés au sommet de l’aiguillon. Les phénomènes qui suivent l'absorption de ce venin ont été, en général, exagérés; ils n’offrent quelque gravité que dans les climats chauds. Leur traitement est le même que celui des autres plaies envenimées.

S IX. Plaies virulentes.

Les virus sont des produits de sécrétion morbide. (Voir en Pathologie générale, chapitre II, II, n° 92.) Comme les venins, ils peuvent être absorbés, et comme eux également, ils manifestent leur présence dans l’économie par des phénomènes généraux : seulement on observe que ceux-ci se montrent immédiatement après l'absorption des venins, et que leur apparition est beaucoup plus tardive après celle des virus. On a donné le nom de période d’incubation à la durée plus ou moins longue qui s'écoule entre l'absorption des liquides virulens et la manifestation des accidens qu’ils occasionnent. Les seuls virus dont nous devions nous occuper ici sont : 4° celui de la rage, 2° celui de la morve. |

1° Virus de la rage. La rage se développe spontanément chez les animaux des genres canis et felis, et par contagion seulement chez les autres mammifères et chez les oiseaux. La funeste propriété de transmettre la rage par inoculation appartient exclusivement aux premiers, qui recèlent dans leur liquide salivaire ou plutôt dans la bave écumeuse qui s'écoule de leur bouche le principe contagieux, c’est-à-dire le virus rabieux.

La durée qui s'écoule entre l’absorption de ce virus et l'apparition des phénomènes qui caractérisent la rage est de vingt-cinq à. quarante jours, et même beaucoup plus, deux ou trois mois par exemple. Pendant cette période d’incubation, la plaie suit sa marche ordinaire, et se cicatrise dans le même laps de temps que les simples morsures. Lorsque les accidens de la rage se manifestent, elle présente quelquefois, dit-on, quelques phénomènes qui diffèrent un peu , suivant que la cicatrisation est achevée ou qu’elle est encore incomplète. Dans le premier cas, la cicatrice s’enflamme , se tuméfie , devient rouge, se détruit quelquefois , et laisse alors échapper un liquide sanieux. Dans le second, le pus change de nature, devient séreux , roussâtre ; la membrane granuleuse prend une teinte rouge plus vive, et d’autres fois présente une sorte de tuméfaction œdémateuse. Ces phénomènes sont extrêmement rares ; ordinairement la plaie ainsi que la cicatrice n’offrent aucune modification.

La rage entraînant constamment une terminaison funeste, on conçoit tout ce qu'il y à d’alarmant dans le contact d’un liquide qui en contient le germe, avec une surface éminemment absorbante, comme celle d’une plaie. Le danger est plus grand encore lorsque la plaie occupe des parties découvertes, telles que les mains, le cou, la face; car, si la morsure occupe une partie habituellement recouverte , la bave s’imprègne dans les vêtemens , et la blessure peut n’être point infectée

par le virus. C’est ainsi qu’on peut expliquer comment il arrive assez souvent que parmi les personnes mordues par le même animal enragé, et qui n’ont point été secourues, ou qui l'ont été trop tardivement, les unes succombent, tandis que les autres n’éprouvent aucun accident.

La cautérisation préviendra toujours le développement de la rage : elle doit être immédiate et énergique. Aucun organe, quelle que soit son importance, ne peut arrêter la main du chirurgien. Si la morsure a effleuré un os, les parties molles seront incisées crucialement , l'os mis à nu, ruginé , et ensuite cautérisé. Les paupières, l’œil lui-même , malgré leur extrême importance, ne pourront se soustraire à l’action cruelle mais nécessaire des caustiques, Lorsque le chirurgien intervient au moment même de l'accident , la conduite qu’il doit tenir est donc nettement indiquée. Mais lorsqu'il est appelé à une époque très avancée de la cicatrisation de la plaie, lorsque surtout cette cicatrisation est complète, sa conduite sera-t-elle la même? Faudra-t-il encore cautériser ? Voici comment s'exprime Boyer à ce sujet : « Le virus de la rage reste toujours plus ou moins longtemps ayant d'exercer ses ravages ; il est confiné sous la cicatrice, et tant que la maladie n’est point déclarée , il est toujours temps de le détruire. Il faut appliquer un morceau de potasse caustique, si la plaie est petite et peu profonde ; inciser et cautériser ensuite, si elle est plus étendue. » Il nous est difficile d’admetire, avec l’auteur si recommandable que nous venons de citer, la présence du virus sous la çicatrice. On a vu quelquefois, il est vrai, la cicatrisation s'effectuer sur des corps étrangers ; mais ceux-ci étaient des corps solides, en général réguliers. Tous les faits connus jusqu'à ce jour nous démontrent que lorsqu'un liquide est en contact avec une plaie, ou bien il est entrainé au-dehors par le sang et le pus, ou bien ilest entraîné au-dedans par voie d'absorption. Le virus ne peut donc demeurer confiné sous une cicatrice. En conséquence, nous pensons que cette cautérisation est au moins inutile, à moins qu’on ne la pratique pour rassurer le malade,

2° Virus de la morve. I est aujourd'hui démontré que la morve peut se transmettre du cheval à l’homme, et même de l'homme à l'homme, Cette transmission s'opère le plus souvent par voie d'infection générale; mais elle peut être aussi le résultat d’une véritable inoculation, ainsi que l'observation spécialement dirigée vers ce sujet depuis quelques années a permis de le constater plusieurs fois, Après une période d'incubation qui varie de quatre à huit jours, il survient dans la plaie de la chaleur, de la tuméfaction, des élancemens douloureux; des traînées rouges, des cordons noueux dus à l’engorgement inflammatoire des vaisseaux lymphatiques se manifestent, en même temps qu'une 1nflammation diffuse du tissu cellulaire sous-cutané. Tels sont les phénomènes qui succèdent à cette inoculation. A ces phénomènes se joignent

PLAIES. 219 bientôt tous les symptômes généraux de la morve, tels que l'écoulement nasal , les douleurs arthritiques et musculaires, les pustules, les plaques érysipélateuses, les bulles gangréneuses de la peau, les collections purulentes sous-cutanées, etc. La morve une fois développée entraîne constamment une terminaison fâcheuse; aucun moyen efficace n’a pu lui être opposé jusqu’à présent. La plaie dans laquelle aura été déposé le virus sera traitée comme celle dont nous avons parlé pré. cédemment.

$ III. Plaies .empoisonnées proprement dites,

Tous les poisons tirés des règnes. végétal et minéral peuvent être déposés accidentellement à la surface des plaies. Ils sont alors absorbés , et on voit se développer les phénomènes. d’un empoisonnement général, entièrement semblable à celui qu’on observe lorsque l'absorption de ces : mêmes poisons est opérée par les membranes muqueuses ; mais la plaie ne présente aucune modification spéciale. Après l'absorption du poison, elle redevient une plaie simple qui se cicatrise dans le laps de temps ordinaire, si lintroduction de la substance vénéneuse dans l’ économie ne met pas un terme à la vie du malade. Avant l'invention de la poudre, les armes blanches décidaient du sort des batailles , et les combattans, pour rendre leurs armes plus meurtrières , les trempaient quelquefois dans des liquides vénéneux. Les flèches surtout servaient fréquemment de véhicules à ces poisons, tirés ordinairement du règne végétal. Cette pratique est encore conservée par quelques peuplades sauvages; mais depuis trois siècles, la révolution opérée dans la stratégie par l'invention de la poudre l’a fait bannir des nations civilisées. Les plaies par armes à feu ont été substituées aux plaies vénéneuses, et celles-ci ne se sont plus montrées qu’à la suité de quelques rares accidens.

Les médecins ont souvent l’occasion d'observer une espèce particulière de plaies empoisonnées, connue sous le nom de piqüres des anatomisies : ceux-c1 y sont, en effet, plus particulièrement exposés. Tous les corps armés de on et imprégnés de matières animales en putréfaction peuvent les occasionner, -Dans les amphithéâtres consacrés aux autopsies où à l'étude de l'anatomie, la pointe d’un os fracturé , ou celle d’un instrument de dissection en sont la cause Ja plus ordinaire, et les doigts le siége presque constant, Les matières animales en putréfaction constituent un véritable poison septique, dont l’absorption amène avec rapidité Je développement des phénomènes qui-caractérisent l’engorgement inflammatoire des vaisseaux et des ganglions lymphatiques. Des traînées d’un rouge vif se montrent sur la main, l'avant-bras et le bras, ou sur une de ces parties seulement; une douleur

vive les accompagne, et remonte jusqu'aux ganglions de l’aisselle, où elle devient plus intense , et qui en sont assez souvent le siége exclusif, Ces ganglions se tuméfient, ainsi que ceux qui occupent la face interne du coude, dont l’engorgement est cependant beaucoup moins constant. Le malade est pris de fièvre, d’insomnie , d’agitation. Dans les cas les plus graves et les plus rares, cette agitation est portée jusqu’au délire, et la mort en a été quelquefois Le résultat. Dans le plus grand nombre de ces blessures cependant , la douleur, d’abord vive , se calme ; le gonflement des ganglions cesse de faire des progrès, et diminue ensuite rapidement ; la rougeur pâlit, puis s'éteint ; les phénomènes généraux se dissipent, et la résolution à lieu. D’autres fois la rougeur seule disparaît , tandis que le gonflement persiste ou devient plus considérable, et que la douleur, de brûlante qu’elle était d’abord, devient plus profonde, plus concentrée et pulsative. Ces phénomènes annoncent la formation du pus, que la fluctuation permet de ‘constater du cinquième au huitième ou dixième jour. La suppuration peut demeurer circonscrite dans les ganglions, dans les vaisseaux lymphatiques, ou bien prendre le caractère diffus et se propager au loin. Ce mode de terminaison est toujours très fâcheux, quoiqu'il compromette rarement la vie du malade. Les plaies compliquées de la présence d’un poison septique sont donc un accident dont les conséquences, souvent légères, peuvent devenir quelquefois très graves. Le moyen le plus simple et le plus sûr de prévenir de semblables conséquences est de laver aussitôt la plaie, en favorisant en même temps l'écoulement du sang par de douces pressions, et de cautériser ensuite, Comme ces plaies sont ordinairement très superficielles et peu étendues , l’azotate d’argent suffit pour cette cautérisation. Lorsque l'emploi de ces moyens a été imprudemment négligé, et que les phénomènes inflammatoires se sont développés, il faut les combattre par des applications émollientes et le traitement antiphlogistique.

ARTICLE IX

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