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CHAPITRE VIL

ARTICLE PREMIER

CONSIDÉRATIONS GÉNÉPALES SUR L'ULGÉRATION.

On donne le nom d’ulcération à un travail morbide, accompli par les seules forces de l'organisme, et qui a pour effet de produire des solutions de continuité , ordinairement superficielles, et accompagnées d'une sécrétion de matière puriforme ou ichoreuse; ces solutions de continuité portent le nom d'ulcères.

L'ulcération, telle que nous venons de la définir, diffère donc essentiellement de ce travail pathologique en vertu duquel s'accomplit la migration des corps étrangers au sein de nos tissus : dans l’une il y a perte de substance, sécrétion purulente; dans l’autre, les fibres de nos tissus semblent être seulement écartées, il n’y a point de suppuration.

Si l’on excepte l’épiderme et ses appendices , les ongles et Les poils, {ous les tissus organiques peuvent être affectés d’ulcération, sans qu'il soit possible de poser aucune loi concernant les dispositions anatomiques et physiologiques qui prédisposent spécialement à cette-altération. En effet, nous voyons ce trayail morbide £e manifester sur des tissus dont l’orgapisation est essentiellement différente : sur les tissus très vasculaires, comme les membranes muqueuses et la peau; sur les tissus où l’on ne voit point de vaisseaux, comme les cartilages diarthrodiaux, la cornée, etc. ; sur les tissus les plus mous, la pulpe cérébrale, par exemple, et sur ceux qui présentent une dureté considérable, tels que les os; sur les surfaces tégumentaires exposées au contact de l'air, comme sur celles que présentent les organes splanchniques. Enfin, lulcération se développe fréquemment sur les tissus accidentels, tels que le squirre, le tissu encéphaloïde : le tissu cicatriciel y est surtout exposé. C'est sans doute ce qui a fait dire à J. Hunter que*toutes les parties qui n’entrent point dans la structure originelle du corps sont plus faibles que les autres organes, et par cela même plus disposées à l’ulcération et à la mortification.

Suivant M. le professeur Cruveilhier, certains tissus peu vasculaires , comme les tendons et les cartilages, ne seraient point primitivement af-

fectés d’ulcération ; ce travail morbide serait précédé de la formation d’un appareil vasculaire interposé aux fibres des tendons; ces vaisseaux deviendraient l'organe par l'opération duquel les tissus disparaissent.

Phénomènes propres à l’ulcération. L’ulcération est toujours précédée et souvent accompagnée d’un travail phlegmasique dans le point correspondant à l’ulcère et dans ses environs; c'est ce qui autorise à décrire l’ulcération comme une modification de linflammation à laquelle on donne le nom d’ulcérative. Cette inflammation, qui prépare, pour ainsi dire, l’ulcération, donne lieu à des phénomènes variables : tantôt la peau rougit, puis elle prend une teinte violacée, livide ; l’épiderme est soulevé par une certaine quantité de sérosité ichoreuse, il se rompt et laisse à nu la surface externe du corps muqueux et du derme, qui sécrètent une matière puriforme. D'autres fois l'ulcération est précédée par une collection de pus plus ou moins étendue, l'abcès s'ouvre, son ouverture s'agrandit rapidement, livre passage à une escarre provenant de la mortification d’une portion de tissu cellulaire ou des tégumens. Dans quelques cas, la peau rougit, se gerce, laisse sourdre par les fissures qu’elle présente un liquide transparent, concrescible, qui se dessèche par le contact de l'air, et qui forme une ou plusieurs croûtes adhérentes sous lesquelles lulcération se propage. Dans tous les cas, que lulcération ait été précédée par un abcès, une affection érysipélateuse , ou par des gerçures des tégumens, ses progrès et sa marche ultérieures sont les mêmes. — La solution de continuité s'agrandit chaque jour ; en même temps elle gagne en profondeur ; les tissus successivement envahis par l’ulcération sont détruits et disparaissent sans laisser de détritus, caractère distinctif de l’ulcération. Enfin, il arrive un moment ou le travail de désorganisation s'arrête soit spontanément , soit par le fait d’un traitement convenable; la surface ulcérée se recouvre de granulations pyogéniques qui fournissent un pus de bonne nature. Dès lors, la solution de continuité tend à rester stationnaire pendant un certain temps, ou bien-élle se recouvre d’une cicatrice qui se forme ici comme à la surface de toute plaie qui suppure. (Voy. Pluies, chap. LEE, art. 11, Phénomènes consécutifs, €.)

La désorganisation , la destruction des parties s'opère quelquefois avec une effrayante rapidité ; d’autres fois, au contraire, avec une extrême lenteur ; dans le premier cas, il n’est pas rare d’observer la mortification des couches superficielles de l’ulcère qui sont successivement éliminées ; le travail d’ulcération est alors pour ainsi dire combiné avec la gangrène. On peut dire d’une manière générale que les progrès de l'ulcération sont d'autant plus rapides que les tissus affectés sont plus mous et plus vasculaires. Certains tissus résistent pendant très longtemps à la désorganisation ; ce sont les ligamens, les tendons, les aponévroses ;

mais voici ce que l’on observe alors : l’ulcération envahit avec rapidité tous les tissus qui entourent ces organes, détruit les vaisseaux qui pénètrent dans leur intérieur, et leur apportent les matériaux nécessaires à leur nutrition : ces parties sont alors frappées de gangrène.

Causes de l’ulcération. Nous ne savons que très peu de chose sur les causes de l’ulcération; cependant on peut dire d’une manière générale que lorsqu'une circonstance locale vient mettre obstacle à la guérison d'une plaie, l’inflammation adhésive ou cicatrisante, comme l'appelle M. Gerdy, tend à être remplacée par une inflammation ulcérative; c’est ainsi qu'un corps étranger retenu dans une plaie développe souvent autour de lui un travail d’ulcération : c’est là ce qui nous explique comment les ligatures d’attente déterminent l’ulcération du vaisseau sous lequel on les a placées. Tous les chirurgiens ont vu les tissus réunis par des points de suture, divisés en quelques jours; or, cette division n'est point le résultat de l’action toute mécanique des fils ou des aiguilles sur nos tissus, mais bien du travail ulcératif déterminé par la présence du corps étranger. "

Ajoutons encore que certains virus appliqués sur les membranes muqueuses, sur les tégumens privés de leur épiderme, ou sur une surface saignante ou suppurante quelle qu’elle soit, ont pour effet d’y produire une inflammation ulcérative. Certaines affections cutanées, le pemphious, le rupia, ont aussi pour caractère de donner naissance à une ulcération (voir en Pathologie médicale, [nflammations cutanées, article v et article XI).

T'héorie de l’ulcération. La théorie de l’ulcération a subi les vicissitudes éprouvées par les doctrines médicales de chaque époque ; c’est ainsi que l’on a successivement attribué la destruction des tissus à l’action corrosive de certaines humeurs âcres, acides, alcalines, à un ferment délétère, etc. Depuis les travaux de Hunter, la doctrine de l’absorption graduelle des tissus a prévalu; mais on est bien loin de s'entendre sur cette absorption , et d’abord quels en sont les agens? les lymphatiques, les veines ? Quelles preuves apporte-t-on ? Ce n’est certainement pas donner une preuve bien concluante en faveur de l'absorption veineuse que de dire que les veines sont dilatées autour des ulcères. Auraiton admis théoriquement et sans plus ample informé un système de vaisseaux absorbans, à l'effet d'expliquer un phénomène dont on ne pouvait que difficilement se rendre compte? comment, en outre, concevoir que ces vaisseaux qui disparaissent avec la trame organique qu'ils traversent, puissent s’absorber eux-mêmes ? M. Vidal fait remarquer avec raison qu’il existe entre l’ulcération et la gangrène de nombreux points de contact ; ces deux états pathologiques lui paraissent avoir entre eux d'étroites affinités. Ce ramollissement extrême qui précède toute ulcé-

ULCÈRES. 313 ration est certainement, dit-il, une forme de la mortification, l’épiderme qui se soulève, la préférence qu’affectent la plupart des ulcères pour les parties affaiblies, l’âge avancé, la faiblesse des sujets qui en sont le plus souvent affectés , rendent cette opinion très soutenable; pour lui, l’ulcération ne serait qu’une gangrène pour ainsi dire moléculaire, les tissus, au lieu d’être absorbés, comme l’enseigne la théorie de Hunter, seraient élimmés d’une manière insensible. Ne pourrait-on pas appliquer à l’ulcération la théorie professée par Dupuytren pour expliquer la destruction de la trame organique dans les abcès? D’après cette théorie, les tissus seraient détruits à leur surface par un travail inflammatoire qui aurait pour effet de les convertir en sanie purulente.

ARTICLE II

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