DES ULCÈRES EN PARTICULIER
$S cr, Ulecères scrofuleux.
À défaut d’une définition meilleure, on donne le nom d’ulcère scrofuleux aux ulcères qui surviennent sans aucune autre cause appréciable chez des individus présentant tous les signes de la diathèse dite scrofuleuse.
Toutes les parties de notre corps peuvent être le siége de ces ulcères, mais on les rencontre principalement autour des ganglions lymphatiques et des articulations ; on les trouve surtout au col, sur les joues, assez fréquemment sur la lèvre supérieure et au pourtour des narines.
On a parlé encore d’ulcères scrofuleux siégeant au col de l'utérus et qu’on aurait pris pour des ulcères cancéreux; mais on conçoit qu'il est assez difficile de déterminer la nature de ces ulcères. Sans les rejeter absolument, nous sommes loin d’adinettre leur existence comme parfaitement démontrée.
SYMPTOMATOLOGIE.— Les ulcères scrofuleux succèdent presque toujours à une inflammation chronique du tissu cellulaire et des ganglions lymphatiques sous-cutanés , avec co-existence de tubercules disséminés dans ce tissu cellulaire ou dans ces ganglions; ils sont souvent aussi précédés par la formation d’un foyer purulent, plus où moins étendu. Mais nous avons déjà dit qu’il se développe quelquelois primitivement sur la peau des scrofuleux, et particulièrement sur celle de la face dorsale de la main et des doigts, du pied et des orteils, des gerçures qui donnent issue à une matière purulente qui s’épaissit, et représente des croûtes à la chute desquelles les ulcères se trouvent tout formés.
Quels que soient d’ailleurs les phénomènes qui ont précédé lulcère , celui-ci offre un fond d’un rouge pâle ou légèrement bleuâtre, les bour geons charnus en sont ordinairement aplatis, peu coniques. Ces ulcères ñe fournissent pas de pus, mais un liquide peu consistant, ichoreux et d’une odeur acide, ou quelquefois légèrement floconneux, quelquefois même entraînant de la matière tuberculeuse. Leurs bords sont ordinairement mous, exempts de callosités, et d’une coloration bleuâtre d’un rouge terné.
La peau qui les limite est quelquefois livide, amincie, décollée même dans une étendue assez considérable.
Ces ulcères sont indolens, mais ils deviennent très douloureux lorsqu'ils sont accidentellement le siége d’une inflammation aiguë.
Où a encore noté le développement anormal du système pileux sur la partie qui présente ces ulcères.
Abandonnés à eux-mêmes, les wicères scrofuleux affectent une marche essentiellement chronique. La cicatrisation s’en opère très lentement, et lorsqu'elle a eu lieu, il reste des cicatrices irrégulières, successivement saillantes et déprimées en différens points de leur étendue , enfoncées au-dessous du niveau de la peau, ce qui tient à la fois à la perte de substance des tégumens, du tissu cellulaire, des ganglions lymphatiques, et aux adhérences que contractent les bords des ulcères avec les tissus sous-cutanés; elles conservent longtemps une teinte bleuâtre , et restent comme des traces indélébiles de la maladie. Cette persistance des cicatrices, qu'on considère dans le monde comme le signe d’une mauvaise constitution, est une chose fâcheuse , surtout pour les jeunes personnes du sexe. Doit-on s'étonner dès lors si des chirurgiens ont été appelés à les faire disparaître au prix même d’une opération ?
Si l’ulcère est dans le voisinage d’un os; on voit quelquefois ce dernier et son périoste légèrement tuméfiés; quelquefois aussi ces ulcères coexistent avec des affections plus graves du périoste et des os, telles qu'une carie, une nécrose , etc. Ils sont alors la cause ou la conséquence de ces affections.
L'étiologie des ulcères scrofuleux est la même que celle de la maladie générale qui a présidé à leur développement. Nous renvoyons à l’article scrofules.
Le DIAGNOSTIC de ces ulcères serait souvent chose fort embarrassante si l'on avait à examiner ces ulcères seuls, abstraction faite de l'individu qui les porte, mais l’on ne se trompera pas si on examine avec soin l'état général du malade, et si l’on s’enquiert des causes sous l'influence desquelles ces ulcères se sont formés, et de la série des phénomènes par lesquels ils ont passé pour arriver à leur développement.
PRONOSTIC. — Lorsqu'il existe depuis longtemps, lulcère scrofuleux est une affection difficile à guérir, surtout lorsqu'elle occupe le visage et que la maladie à commencé dans la peau de cette région ; on voit quelquefois de ces ulcères ayant plusieurs années d'existence , S'arrêter dans leur marche, et rester quelque temps stationnaires, puis reprendre ensuite leur marche lente et progressive,
TRAIÎTEMENT, — Combattre la cause générale qui a présidé à la for mation de ces ulcères est la première indication à remplir ; aussi s’atta- Chera-t-on de prime abord à modifier par des moyens convenables R constitution vicieuse du malade. Le traitement local n’est qu'accessoire.
Le traitement général se compose de deux ordres de Moyens : 1° les moyens hygiéniques ; 2° les moyens pharmaceutiques.
Les moyens hygiéniques consistent à soustraire le malade aux condi-
52h PATHOLOGIE CHIRURGICALE.
tions qui favorisent le développement de la maladie, et à le placer dans des conditiens contraires. Il habitera un logement salubre, bien aéré, exposé au soleil. Il fera usage d’une bonne alimentation, et mangera de préférence des viandes noires et rôties; parmi les légumes, il choisira ceux qui sont sapides, non farineux, amers el aromatiques, tels que la chicorée sauvage, le cresson et d’autres plantes de la famille des crucifères.
Il prendra des boissons excitantes , du vin vieux, de bonne bière, de l'infusion du houblon, de baies de genièvre, uni au sirop de gentiane, etc.
On stimulera les fonctions de la peau; pour cela, on conseillera les frictions sèches, aromatiques, l'insolation, l'exercice en plein air, les bains puissamment excitans, les bains de mer, les bains froids et les bains alcalins; on s’est aussi très bien trouvé des bains de sable pris sur le rivage de la mer. Delpech prétendait que ceux de la Méditerranée étaient préférables à ceux de l'Océan; l'influence d’une température douce et d’un ciel pur doit rendre en effet les premiers plus efficaces; cependant cette efficacité plus grande, quoique probable, n’est pas encore bien démontrée, et l’on aurait tort d'envoyer les babitans du nord ou de l’ouest chercher fort loin un bénéfice douteux.
A défaut des bains naturels, on se trouve bien des bains artificiels , préparés avec de l'iodhydrate de potasse, etc. On a beaucoup vanté les bains sulfureux naturels, et notamment ceux de Barèges, ainsi que les bains ferrugineux naturels ou artificiels.
Tous ces moyens sout excellens lorsqu'ils ne sont pas contre-indiqués par un état fébrile.
A l’intérieur, on a employé les amers unis aux alcalis: l’elixir de Dubois n’est autre chose que de la racine de gentiane avec des carbopates alcalins. On y a associé le sirop de gentiane pour les estomacs débiles etirritables ; c’est aussi pour ces derniers qu’on à conseillé le vin antiscorbutique. Le suc de cresson, récemment préparé, convient parfaitement aux enfans.
Les médecins qui ont admis que les scrofules étaient une affection syphilitique dégénérée, ont préconisé les mercuriaux. M. Ricord pense que les parens qui sont affectés d’accidens tertiaires ne transmettent pas la syphilis à leurs enfans, mais les scrofules. Dans ce cas, ce sont les préparations iodées qu’il faudrait employer, et à leur tête, l’iodure de potassium. t
Les expériences tentées par M. Baudelocque à l'hôpital des Enfans, et par M. Velpeau, à la Charité, ont démontré l'inuuhilé des prépara-
tions d’or que M. Chrestien, de Montpellier, avait vantées contre les scrofules.
Il n’en est pas de même des préparations martiales qui produisent d’excellens effets: l’huile de foie de morue, d’une saveur détestable, mais à laquelle on fin* cependant par s’habituer, ct qu’on parvient même à masquer aujourd’hui, en l’administrant sous forme de capsules gélatineuses, a été beaucoup vantée dans ces derniers temps. Les résultats que j'ai obtenus n’ont pas justifié les éloges qu’en ont faits plusieurs médecins j'en dirai tout autant du sirop de noyer que M. Négrier considère presque comme le spécifique des affections scrofuleuses.
Les malades se trouveront bien des purgatifs par intervalles, et parmi les purgatifs, le calomel, la rhubarbe , le jalap auront la préférence. à
Traitement local. On se bornera à panser l’ulcère avec de la charpie sèche ou trempée dans de l’eau chlorurée ; la cautérisation de la surface de l’ulcère produit d’excellens effets. L’incision ou l’excision de certaines portions de peau décollée et aimincie est souvent nécessaire, et hâte beaucoup la cicatrisation. Quant aux substances emplastiques elles doivent être bannies du traitement des ulcères scrofuleux.
$ II. Ulcères scorbutiques,
L’ulcère scorbutique est tantôt l’effet immédiat de la maladie générale qu'on nomme scorbut, tantôt il résulte d’une plaie simple, produite accidentellement, qui sous l'influence des causes qui produisent le scorbut s’est changée en ulcère.
Cet ulcère peut se développer sur diverses parties du corps. particulièrement dans l’intérieur de la bouche, sur les gencives, à la surface interne des joues, sur les membres inférieurs, et plus souvent à la face dorsale du pied, qu’en tout autre point de ces derniers. On le trouve quelquefois sur les parties génitales où il simule, à s'y méprendre, une ulcération vénérienne: il n’est pas indifférent ici d'éviter l'erreur, car les ulcères scorbutiques s’exaspèrent sous l’influence d’un traitement mercuriel.
On doit le rapporter aux ulcères dits atoniques, aux ulcères produits par une cause interne. |
SYMPTOMATOLOGIE. — On reconnaît cet ulcère aux signes généraux du scorbut, et aux signes qui sont particuliers à l’ulcère lui-même ; il sera question des premiers dans la Pathologie médicale. 1 nous reste à parler des derniers. — Lorsqu'il est l'effet immédiat du scorbut, une tache livide, ni saillante ni rugveuse, apparaît d’abord ; cette tache , formée
par du sang, en partie infiltré et en partie réuni en petits foyers, s'étend peu à peu, gagne insensiblement les parties voisines, et n’est accompagnée d'aucun signe d’inflammation ; ou bien il se forme une foule de petites ecchymoses, semblables à des piqûres de puce ; puis une bulle se crève, qui donne issue à une humeur roussâtre, et il reste un ulcère. D'autres fois, il n’est pas rare de voir, sur un sujet scorbutique , une blessure tout-à-fait accidentelle , et qui en toute autre occurrence aurait constitué une plaie simple, prendre certains caractères particuliers; la plaie s’élargit, gagne en profondeur, devient blafarde et violacée, et, comme dans le cas précédent, un ulcère scorbutique se trouve formé. Cet ulcère offre une coloration brune, noirâtre , et ne fournit , au lieu de pus, qu'une sanie putride, sanguinolente ; les bords en sont livides , le fond spongieux, saignant spontanément ou au moindre contact, il est recouvert de fongosités exubérantes, qui se reproduisent très promptement lorsqu'on les enlève. D’un pansement à l’autre il se forme des chairs qui excèdent les bords de la plaie. Ces ulcères ont une grande
tendance à se gangréner ; ils ne sont pas douloureux ; la peau des environs est bleuâtre ou plombée.
Ces ulcères font des progrès rapides qu'il importe d'arrêter, car d’au-
tres accidens, et des accidens graves, viendraient s'ajouter à ceux qui existent déjà On a vu dans quelques cas les ulcères de l’imtérieur de la bouche perforer la joue, dénuder les os maxillaires qu'ils nécrosent. |
Un pouls fréquent, une soif vive, vient s’ajouter à ces complications : cette fièvre qui accompagne le scorbut est le type des fièvres adynamiques.
TRAITEMENT. — 4° Traitement prophylactique. Soustraire le malade à l’action des causes qui peuvent donner lieu à cette affection, telle est la première indication. L’hygiène ici remplit le rôle le plus important. |
2° Le frailement curatif comprend deux ordres de moyens ; 1° des moyens généraux, 2° des moyens purement locaux.
A. Les moyens généraux sont sans contredit les plus importans, puisqu'ils attaquent la maladie générale qui a présidé au développement de ces ulcères, |
Le malade se nourrira de végétaux, et notamment de végétaux acides, le citron, l’oseille, l'orange, etc., et de quelques unes des espèces de la famille des crucifères, la chouchroûte, le cresson, le cociléaria, etc., qu’il faut suspendre dès qu’ils occasionnent la diarrhée.
On recommande les boissons amères ou fermentées, comme la bière, le cidre. |
Le malade fera usage de vins généreux, et se trouvera bien également des liqueurs alcooliques prises en petite quantité.
Le sirop et le vin antiscorbutique, mais surtout le quinquina , sont de très puissans agens dans le traitement du scorbut.
Dirons-nous enfin qu’un équipage entier, affecté du scorbut, s’est très bien trouvé de l’usage de pommes de terre crues ? | bat of
B. Traitement local. La bouche présente des ulcérations graves, aVOnsnous dit, des ulcérations qui peuvent devenir gangréneuses, mettre à nu les os maxillaires, et donner lieu à leur nécrose, Quand l'affection n’a pas fait beaucoup de progrès, on peut se contenter de gargarismes préparés avec des infusions aromatiques , le miel rosat, la teinture de cresson, de graine de moutarde, ou de cochléaria, etc.
Lorsqu'elle est un peu plus avancée, on peut ajouter à ces collutoires un peu de sulfate d’alumine, de borate de soude: le vinaigre conyenablement étendu forme un-bon collutcire qu'on rend plus épais en le mélangeant avec le miel, en même temps qu’on facilite son contact plus prolongé avec les gencives. |
Ges moyens deviennent insuffisans lorsqu'il y a menace de gangrène : il faut alors employer l’eau de chaux, le chlorure de soude, cautériser les surfaces ulcérées avec un mélange de miel rosat et d’acide chlorhydrique ; enfin, si des lambeaux de membrane muqueuse pendaient dans la bouche, il faudrait les exciser avec des ciseaux et recommander ensuite l’usage fréquent des collutoires.
On traite les ulcères des membres d’après les mêmes principes, avec des topiques stimulans, longuent de styrax, les applications ‘de compresses trempées dans du vinaigre camphré, et des ablutions avec la décoction de quinquina.
On emploie encore comme topiques les préparations de fer, de zinc,
les infusions aromatiques, la menthe, la mélisse, le suc de cresson, etc.
. On panse quelquefois avec avantage les ulcères scorbutiques avec la pulpe de citron et d'orange. Ce moyen réussit bien. Il est préconisé contre là pourriture d'hôpital, affection qui a de très grandes analogies avec les ulcérations scorbutiques.
Quelquefois on est forcé, pour arrêter les hémorragies, de recourir au fer rouge ; heureux encore, si malgré ces moyens, l’hémorragie ne fait point périr le malade. Cela s’est vu plusieurs fois.
Ainsi traité, l’ulcère scorbutique, si la maladie n’a pas fait de trop grands progrès, se dissipe avec les autres signes de l’affection générale ; sa couleur devient moins foncée, les chairs plus consistantes , la suppuration meilleure èt plus abondante ; la cicatrice se forme lentement , €t offre des caractères particuliers ; elle se rompt avec facilité, a une teinte
bleuâtre, et l’ulcère reparaît de nouveau pour peu que les malades ne soient pas radicalement guéris.
$S III. Ulcères calleux,
Boyer définit les ulcères calleux de la manière suivante : ulcère dont le fond , les bords et les environs sont durs et dans un état habituel d’inflammation chronique.
Il attribue cette dureté à la résolution incomplète de phlegmasies fréquemment répétées; d’après lui, tout ce qui donne lieu à l’inflammation et à des récidives fréquentes, l'exercice, les écarts de régime, les applications irritantes, peut les produire. Mais cela ne suffit pas pour expliquer la formation des ulcères calleux. ‘fous les jours, au Bureau central, se présente une foule d'individus qui portent des ulcères aux membres inférieurs ; ce sont des ouvriers, presque tous se livrent à des travaux pénibles, à des exercices violens, à des marches forcées, tous sont soumis à peu près au même régime, font usage d’une même alimentation ; or, parmi ces individus vivant dans des conditions presque identiques, quelques uns portent des ulcères calleux , mais le plus grand nombre ont des ulcères sans callosités. 1} est donc fort difficile de concilier avec les opinions de Boyer, cetteraretédes ulcères calleux dans les cas que je viens de supposer. Une inflammation aiguë, affectant à plusieurs reprises un ulcère, et se résolvant incomplétement, peut bien produire quelques duretés, mais suffit-elle pour produire un ulcère, calleux ? Cela nous paraît fort douteux. Nous dirons qu'en dernière analyse, nous ignorons complétement pourquoi certains ulcères présentent des callosités, pendant que d’autres qui se sont développés dans les mêmes circonstances, chez des individus vivant dans les mêmes conditions, n’en présentent pas.
Les ulcères calleux sont assez rares chez les jeunes sujets, beaucoup plus communs chez ceux qui ont passé l’âge adulte.
Ils siègent constamment aux jambes, principalement à leur partie interne et autour des malléoles.
SYMPTOMATOLOGIE. — Ces ulcères représentent une sorte de brèche plus ou moins profonde. Il semble qu’on ait enlevé la peau et une portion des tissus sous-jacens, sans qu'il se soit établi sur la surface mise à nu aucun travail réparateur; cependant, comme nous l'avons déjà dit, la perte de substance n’est pas aussi considérable que semblerait le faire croire la différence de niveau entre le fond et les bor ds de l’ulcère.
Quoi qu’il en soit, le fond de l’ulcère est très déprimé ; il est grisètre, et à peine recouvert d’une couche très mince de bourgeons charnus, fournissant, non pas du pus, mais un liquide fétide, d’un blanc
ULGÈRES. 329 jaunâtre. Il est d’une dureté considérable , presque cartilagineuse , non œdémateuse; c’est la dureté du squirre.
Les bords de l’ulcère sont tuméfiés, irréguliers, comme taillés à pic, et présentent la même dureté que le fond. ‘.
Cette dureté s’étend fort loin ; j'ai vu à l’hospice de Bicêtre un ulcère situé au niveau d’une malléole , accompagné d’une dureté qui s’étendait sur toute la face dorsale du pied, comprenait même les orteils, et remontait sur la jambe à un décimètre au-dessus des malléoles.
Indépendamment de cette dureté remarquable qui, jointe au volume excessif que présente quelquefois le membre, permet de le comparer à l’éléphantiasis, le pourtour de ces ulcères nous présente encore une absence complète d’élasticité; toutes ces parties sont insensibles, pâles ou d’une coloration légèrement rosée, elles semblent complètement exemptes d’inflammation.
Sur les membres où ces ulcères existent depuis longtemps, le système Pileux a subi un développement remarquable. On voit quelquefois autour de ces ulcères des croûtes sèches, grisâtres, ressemblant à du pus concret, que l’on parvient à détacher en les grattanit avec l’ongle : ce sont, comme on peut s’en assurer, en les enlevant ainsi, des couches déposées sur l’'épiderme, et peut-être l’épiderme lui-même, dont la sécrétion se trouve considérablement accrue. Deux fois j'ai rencontré cette disposition , et j'ai encore dans une de mes salles un malade qui en fournit un exemple remarquable.
Les ulcères calleux sont indolens ou très peu douloureux, cependant lorsqu'une cause accidentelle d’irritation agit sur eux, ils peuvent devenir le siége de douleurs assez vives.
La marche des ulcères calleux est essentiellement chronique, et entièrement subordonnée au traitement qu’on lui applique. S’il est abandonné à lui-même, ou si le malade continue à marcher, à se livrer à la fatigue, l’ulcère tendra à persister et à s’agrandir ; si, au contraire, on lui applique un traitement convenable, on en obtient la cicatrisation, et quelquefois même avec une promptitude inattendue.
Alors son fond se déterge, devient vermeil, se recouvre de bourgeons charnus sur lesquels s'étend une cicatrice qui recouvre d'emblée tonte la surface ulcérée, sans dégorgement préalable du fond et des bords de lulcère, Ces callosités persistent encore très longtemps après la guérison. I reste, au lieu qu’occupait l’ulcère, une excavation très prononcée , qui ressemble à une brèche qu’on aurait faite aux tégumens par un COUP de hache , par exemple. |
DIAGNOSTIC. — La dureté du fond et des bords de cet ulcère suffit pour le faire reconnnaître et distinguer de tous les autres.
TRAITEMENT, — On’a considéré ces callosités comme la cause de ces
ulcères. C’est sous l'empire de cette préoccupation, que les auteurs ont recommandé, les uns, les émolliens, les relâchans, etc., et que d’autres ont conseillé de les re et même d'appliquer des sangsues au fond de la plaie produite par les scarifications. Mais il est aujourd’hui reconnu que les callosités ne sont point la cause qui entretient ces ulcères,
: Quels sont donic les moyens curatifs de l’ulcère calleux? Voici la méthode de Boyer : le malade doit rester au lit, on applique sur l’ulcère un plumasseau enduit d’un digestif simple, et on couvre les environs d’un cataplasme émollient, on règle le régime et l’on écarte toute cause d'irritation. On peut de bonne heure supprimer le digestif pour lui substituer la charpie sèche, mais il faut continuer longtemps l'usage des cataplasmes, jusqu’à ce que les callosités des bords et des parties voisines soient complétement dissipées , et que leur souplesse naturelle soit parfaitement rétablie.
Mais la guérison par ce mode de traitement est lente ; ; la cicatrice en général très facile à déchirer; le repos absolu nuit toujours considérablement aux grandes fonctions, et d’ailleurs nous avons dit que l'espoir de rendre aux parties leur souplesse et de résoudre les callosités, était illusoire, que la guérison n’était pas moins solide malgré la persistance des callosités,
Les excitans locaux, un pansement simple avec de la charpie , préalablement trempée Fe de l’eau chlorurée pure ou étendue d’eau, le tout aidé d’une légère compression ; voilà les moyens auxquels on devra recourir pour combattre les ulcères calleux.
$ IV. Ulcères variqueux.
Les ulcères variqueux sont entretenus par la dilatation variqueuse des veines de la partie affectée , et surtout par l’engorgement auquel donne lieu cette dilatation.
Les ulcères variqueux sont fort communs aux extrémités inférieures ; c’est aussi là le siége le plus ordinaire des varices.
Ils surviennent surtout à une époque avancée de la vie, et affectent principalement les hommes qui, par profession, sont obligés de faire lentement de longs voyages , tels sont les rouliers. Les deux professions qui y prédisposent le plus sont la profession d’imprimeur et celle de blanchisseuse.
Toutes choses étant égales d’ailleurs, la présence de varices sur un membre est une circonstance défavorable à la guérison des plaies dont il peut être affecté. La peau qui le recouvre a perdu cette coloration pâle, cet aspect mat qui lui est naturel; elle est devenue brunâtre , lisse, polie à sa surface, et adhérente au tissu cellulaire sous-jacent. Dès
ULCÈRES. 3341 lors elle ne peut plus se prêter aux efforts d’une distension un peu forte ; elle cède avec la plus grande facilité, et, la moindre solution de centinuité, la moindre gerçure, venant la surprendre en cet état, dégénère en ulcère.
En outre, les veines variqueuses sont souvent irritées par une trop grande distension, ou par du sang qui, après avoir séjourné longtemps dans leur cavité, finit par se vicier, par s’altérer ; leurs parois s’enflamment, la phlegmasie se communique au-tissu cellulaire, à la peau, et se términe par suppuration ou par gangrène; la veine s'ouvre, la peau se déchire , et 1l se produit une hémorragie veineuse qui n’affaiblit pas le malade; car, suivant l’ingénieuse explication de J.-L. Petit, ce sang qui s’épanche était en quelque sorte étranger à la circulation , c'était une saignée faite depuis longtemps ; mais après la sortie du pus ou la séparation des escarres gangréneuses, il reste un véritable ulcère.
Nous avons dit que c’était surtout sous l'influence de l’engorgement , auquel donne lieu la dilatation variqueuse, que naissaient les ulcères en question. Gela est aisé à comprendre. Qu’une plaie suppurante existe sur un membre ainsi engorgé ; l’engorgement empêche l’affaissement, le rapprochement des bords, et s'oppose par conséquent à sa cicatrisation (Boyer).
. SYMPTOMATOLOGIE. — La surface de cet ulcère est d’un rouge pâle, livide, ne fournit pas une véritable suppuration, mais ordinairement un liquide formé par une sérosité roussâtre ; il est quelquefois sanieux, et peut même donner issue à du sang pur, lorsque le liquide qui suinte par la varice percée s'écoule dans l’ulcère ; les parties environnantes présentent une coloration brune ; l’ulcère peut être douloureux, mais il est en général indolent , simple où compliqué de callosités. Lorsqu'il dure depuis quelque temps, on trouve à sa base, à son pourtour, des duretés qui permettraient quelquefois de le confondre avec l’ulcère calleux, n’était Ja coexistence des varices sur le membre, l’engorgement de celui-ci, ete.
L'ulcère variqueux n’est nullement dangereux, ilest même facile à guérir, quand on le traite convenablement ; mais si on l’abandonne à lui-même, il continue toujours à faire des progrès. Quand il est guéri, la cicatrice qui le remplace est très mince , très facile à rompre; sa gnérison d’ailleurs n’est point absolue, car à la moindre cause d’irritation la peau se déchire et l’ulcère reparaît.
TRAITEMENT. — Pour guérir radicalement les ulcères variqueux, il faudrait détruire les varices qui en sont souvent là cause immédiate, et qui toujours déterminent l’engorgement du membre; mais la majorité des praticiens pense , et avec raison, qu'on ne peut guérir radicalement les varices ; on devra donc s'attacher à diminuer leur influence sur la production de ces ulcères, dissiper s’il est possible l’engorgement du
Ja PATHOLOGIE CHIRURGICALE.
membre, ei traiter ensuite ces ulcères comme de simples plaies suppurantes.
La cautérisation des tumeurs variqueuses par le caustique de Vienne nous paraît remplir ces conditions, mais nous lui préférons la compression pour des raisons que nous détaillerons en traitant des varices. On devra donc panser simplement avec de la charpie sèche, protéger les bords de l’ulcère avec des bandelettes enduites de cérat, et exercer sur le membre une compression légère, régulière, uniforme, au moyen d’une bande roulée ou d’un bas lacé à coutures plates et à œillets rapprochés,
Lorsque l'ulcère n’est point enflammé , on a conseillé avec raison d’entourer le membre avec des bandelettes agglutinatives. Ces bandelettes ramollissent les bords de l’ulcère , les rapprochent et empêchent l’engorgement du membre, On modifierait préalablement l’ulcère, s’il était enflammé, au moyen de cataplasmes émolliens, du repos, etc. Cela fait, On pourrait sans danger aucun procéder au traitement curatif.
Quelques praticiens prétendent avoir guéri des ulcères variqueux, non point par des irrigations d’eau froide, mais par des bains de rivière pris dans un courant d’eau fort rapide. Ce moyen peut agir comme répercussif, tonifier les parties malades, leur donner de la vitalité; il peut même faire guérir radicalement des varices légères : quelques malades s’en sont réellement bien trouvés. On pourrait donc conseiller ces bains, sinon comme traitement curatif, du moins comme moyen accessoire, adjuvant.
On rencontre quelquefois des ulcères variqueux, qui datent depuis sepljou huit ans. Ces ulcères, ayant été négligés pendant tout ce temps, ont fait tellement de progrès, qu'ils ont fini par ne faire de la jambe qu’une plaie étendue depuis 1: genou jusqu'aux maliéoles. La peau est entièrement détruite, et ces ulcères sont devenus incurables ; ils exigent alors de très grands soins de propreté; un pansement renouvelé plusieurs fois par jour en été, car ils sécrétent une sanie dont on peut combattre la fétidité avec des lotions aromatiques, de chlorure de chaux, etc. Un bon régime et les amers sont indispensables.
Quelquefois on ne parvient à calmer les douleurs qu’au moyen de topiques opiacés. On voit aussi quelquefois les malades affectés de ces ulcères, maigrir, décliner, épuisés qu'ils sont par une fièvre hectique et par une abondante suppuration; les douleurs qu’ils éprouvent sont vives, et dès lors l’amputation est devenue indispensable : on ampute donc, bien que les os, les nerfs et les artères soient dans un état d’intégrité parfaite; on ampute pour cela seul qu’il n’y a plus de peau sur le membre, et qu’il est impossible d’en faire naître, Ces cas sont très rares heureusement.
FISTULES. 333 Ilest des malades auxquels on est obligé, après la guérison de leurs ulcères, de pratiquer quelques saignées révulsives. Ces ulcères donnaient du sang , et ce sang ne pouvant plus sortir par cette voie, se porte dans les organes splanchniques où il produit des congestions. — IL importe aussi après la guérison de continuer lusage de la compression, pour prévenir la récidive.
CHAPVFRE VI.