‹ Élémens de pathologie chirurgicaleChapitre 40 sur 101 · DE L’ANTHRAX · texte numérisé non relu

DE L’ANTHRAX

: Les caractères anatomiques de l’anthrax sont entièrement semblables

à ceux du furoncle ; le volume seul de la tumeur établit entre ces deux affections une différence qui est loin de justifier la description isolée qu’en ont donnée tous les auteurs , qui ne justifie même pas complétement la distinction des deux variétés que nous avons admises, mais que nous maintenons cependant afin de ne pas trop nous éloigner de l’usage généralement adopté.

Lorsque lPinflammation se propage à un grand nombre de paquets cel-

lulo-graisseux intra-aréolaires , la tuméfaction qui en résulte est considérable ; mais comme elle porte sur une plus grande surface, et que chacune des parties comprises dans cette surface se tuméfie également, la tumeur perd la forme conique propre au furoncle pour revêtir celle d’un segment de sphère. La rougeur qu’elle présente est vive à sa base et violacée sur son sommet; l’épiderme qui recouvre cette dernière partie est soulevé sur un seul ou sur plusieurs points par de la sérosité sanguinolente qui le déchire et le détruit dans toute l'étendue de son décollement. Le derme ne présente plus une seule, mais plusieurs ouvertures qui lui donnent l'apparence d’un crible à travers lequel on peut exprimer le pus et le produit pseudo-membraneux qui constitue le bourbillon, en exerçant sur la base de la tumeur une pression suffisante, Toutes ces ouvertures se réunissent un peu plus tard, et n’en forment plus qu’une seule. Le tissu cellulaire sous-cutané participe davantage à l’inflammation et à la suppuration, qu’on voit même quelquefois s'étendre à de grandes distances ; dans ce cas, la maladie prend les caractères du . phlegmon diffus. fl est rare cependant de voir inflammation et la suppuration dépasser les limites de Ja tumeur. Lorsque le pus et le corps étranger ont été expulsés, la tuméfaction diminue rapidement, et la cicatrisation s’accomplit en quelques jours : la cicatrice demeure circulaire, régulière, et à peine apparente.

Les trois périodes que nous a présentées la marche du furoncle se retrouvent également dans l’évolution de l’anthrax ; la première est ordinairement accompagnée de phénomènes fébriles qui sont en général modérés.

Le siége de lanthrax est le même que celui du furoncle ; son volume ordinaire varie entre celui d’un œuf de pigeon et un œuf de poule ; il n’est pas extrêmement rare de le voir atteindre et même dépasser les dimensions du poing. Il est peu dangereux ; cependant M. Marjolin a vu succomber à cette affection deux sujets dans la force de l’âge, l’un qui portait un large anthrax au dos, et l’autre chez lequel la tumeur occupait la plus grande partie du flanc droit. Quelquefois il devient grave et même alarmant par sa situation : au cou, il peut déterminer l'impossibilité de la déglutition, ou mettre obstacle à la respiration ; à la face, il produit une tuméfaction considérable qui paralyse les fonctions de plusieurs organes , des narines, des paupières , des joues, etc., mais ces parties en sont rarement le siége.

Le traitement de l’anthrax est tout-à-fait semblable à celui du furoncle : on proscrira toute incision ; à chaque pansement on exercera sur la base de la tumeur une pression modérée, afin de faciliter l'évacuation du pus et de toute la matière pulpeuse qui compose le bourbillon ; des ap-

plications émollientes , le repos le plus complet, un régime doux, et un purgatif léger si l’anthrax se lie à un état général, compléteront le traitement.

ARTICLE II

TUMEURS FOLLICULEUSES.

M. Rayer donne ce nom aux tumeurs formées par l’accumulation de la matière sébacée dans l'intérieur des follicules qui la sécrètent.

Le volume que présentent ces tumeurs est extrêmement variable ; tantôt elles sont grosses comme une lentille, d’autres fois elles égalent le volume d’une noix. La matière qui remplit la cavité du follicule offre ordinairement une consistance assez considérable ; elle conserve l’impression du doigt lorsqu'on la comprime, sa couleur est jaune fauve. Les parois distendues du follicule sont en même temps hypertrophiées, peu adhérentes au tissu cellulaire ambiant. L’orifice de décharge decette poche membraneuse a subi une ampliation analogue à celle de la capacité de la poche elle-même, et laisse apercevoir la matière sébacée, qui, dans ce point, est noircie par les corps pulvérulens qui s’y sont attachés.

Ces tumeurs ne provoquent aucune douleur; elles ne constituent qu’une difformité plus ou moins fâcheuse , suivant le lieu qu’elles occupent, et l’on a observé qu’elles se développent très souvent à la tête ou au cou.

Le traitement consiste à vider le follicule en le pressant entre les doigts, ou en introduisant une petite curette dans son intérieur. Pour empêcher une nouvelle accumulation, on conseille d’accrocher sa surface interne, et de l’amener au-dehors en le retournant sur lui-même. Cette petite opération se fait assez facilement ; si cependant elle présentait quelques difficultés, on pourrait se borner à détruire la surface interne de la poche à l’aide d’un caustique.

ARTICLE IV

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