SECTION III
Des Symptômes fournis par la voix et la parole.
Dans l’état de santé, la voix est sonore, étendue; elle se prête, par ses inflexions, aux sentimens di-
vers que l’homme éprouve et qu'il veut exprimer.
La parole, ou la voix articulée , est communément
bre et distincte.
& EL. Dans la maladie, la voix devient rarement | plus forte; ce symptôme n’a guère lieu que dans le délire. Elle est plus faible dans un très-grand
mombre d’affections et dans celles des organes vo— caux et respiratoires en particulier. Elle peut être
entièrement abolie , ce qui constitue Faphonie. (aphonia) (1). Ce symptôme ne doit pas être con-
(1) A privalif, 9oyn , voix.
fendu aveclamussitation (mussitatio) , dans laquelle la langue et les lèvres se meuvent comme dans lacte de la parole, sans qu'il y ait production des sons :on a observé l’aphonieet la mussitation dans quelques maladies aiguës; elles sont assez fréquentes dans les affections nerveuses.
La voix offre des Changemens dans son {on comme
dans sa force : elle est claire dans quelques fièvres malignes, avant ou pendant le délire, aiguë dans certaines angines , si/flante dans le tétanos , rauque ou enrouée dans l'hydrophobie et dans la phthisie pulmonaire ou laryngée , nasonnée dans diverses affections dela membrane pituitaire , *discordante dans quelques maladies du larynx , comme dans un cas observé par M. Portal, chez une femme dont la voix devenait alternativement et brusquement aiguë et rauque pendant qu’elle parlait. Dans quelques variétés de la mélancolie, la voix comme l'attitude ‘des malades imite celle de certains animaux, du chien et du loup, par exemple; ces variétés de la mélancolie ont recu, par ce motif , les noms. par— ticuliers de cynanthropie (1) et de lycanthropie (2). Enfin il est d'observation que la surdité entraîne un changement dans la voix qui, n'étant plus réglée par l’oute, finit par offrir quelque chose de faux dans son timbre et dans ses inflexions.
$ IL. La parole présente un certain nombre d’altérations qui peuvent accompagner celles de la voix, ou se manifester seules. |
a A te al PR CARLA ARE La AE PS FRRQERSREANT ARR ES
(1) Kdwv, xuvos, chien; &6poros, homme, (2) Aÿxoe, loup ; &6pwro; , homme,
1°. Dans quelques fièvres graves, les mots ne sont prononcés qu’en hésitent et à voix tremblante : c'est Poe vi: ( vox tremula ). ré
. Le bés SATA (balbuties ) est un vice de la Ha qui s'oppose à la libre articulation de certaines lettres ou syllabes qui, après un effort pour les prononcer, sont répétées avec vitesse; le bégaiement survient dans quelques aflections du cerveau et dans les fièvres graves. Il est, comme on sait, naturel chez quelques personnes.
5°. La parole est lente dans beaucoup de maladies : elle est brusque et prompte dans d’autres ; ailleurs elle a lieu avec une grande volubilité. Sénac a plusieurs fois observé ce symptôme au début des accès de fièvre intermittente.
4% M. Portäl a donné des soins à une femme qui commençait à parler avec peine, mais qui ne pouvait plus se taire une fois qu’elle avait articulé les premiers mots : elle était entraînée malgré elle à exprimer par des paroles toutes les pensées qui se présentaient à son esprit, en sorte que, même étant à l’église, elle ne pouvait pas toujours réprimer ce singulier besoin. C’est la même femme qui présentait la discordance des sons dont nous venons de parler. |
5°. La perte de la parole peut exister sans celle de la voix, comme on l’observe dans le-mutisme , | qui consiste seulement dans l'impossibilité de produire des sons articulés. La perte de la voix, au contraire, entraine toujours celle de la parole. Cette dernière a été observée avant l’apoplexie et dans Je cours des maladies nerveuses. Elle est quelque-
DES SYMPTÔMES: 189 fois aussi le résultat de lempoisonnement. Sauvages rapporte qu'aux environs de Montpellier , * des voleurs faisaient boire à ceux qu'ils se proposaient de dévaliser du vin dans lequel ils avaient fait infuser des semences de pomme épineuse; ce narcotique, au rapport de ce médecin, produisait un mutisme passager , qui donnait aux voleurs tout le temps nécessaire pour s'évader.
Le mode particulier d'exploration de la poitrine auquel M. Laennec a donné le nom d’auscultation(x), appliqué à la voix, a fait découvrir à ce médecin quelques autfes phénomènes d'autant plus intéressans, qu'ils ajoutent-beaucoup à la certitude du diagnostic de plusieurs affections très-fréquentes el très-graves. Lorsqu'un homme sain parle ou chante, sa voix produit dans toute l'étendue des
parois de la poitrine une sorte de frémissement appréciable à la main. Si l’on applique sur le thorax l'oreille nue, ou le cylindre acoustique connu sous le nom de stéthoscope (2), ce frémissement est moins sensible; rnais on distingue un retentissement assez remarquable de la voix, qui est plus manifeste dans les régions du thorax où®les parties charnues forment une couche plus mince, comme l'aisselle, la partie antérieure et supérieure de fa
poitrine, l’espace compris entre le bord interne de l’omoplate et la colonne vertébrale. Chez l’homme malade ce retentissement subit des modifications très — notables : il diminue lorsque le PRE 4 PR OR ER PART TE Lan NCIS
{x} De Auscultare , écouter.
(2) De cädos, poitrine, et de oxoréw , j'examine.
poumon devient imperméable; il est remplacé.
dans certaines affections par deux autres phéno-. nomènes qui sont connus sous les noms de pectoriloquie et d’égophonie. .
La pectoriloquie (1) consiste en une résonnance particulière de la voix, qui, dans l’auscultation médiate, semble sortir directement de la poitrine du malade et passer toute entière dans le canal central du stéthoscope ; si le médecin emploie l’auscultation immédiate, 1l lui semble que le malade lui parle dans l'oreille.
Ce phénomène existe quelquefois chez les individus dont les bronches sont dilatées; mais c'est surtout chez lesphthisiques qu’on l’observe. On le distingue constamment chez ces derniers lorsque lorerlle nue ou armée dustéthoscope est appliquée, pendant que le malade parle, sur l'endroit de la poitrme qui correspond à des cavités ulcéreuses communiquant avec les bronches. Un phénomène semblable a lieu dans l’état sain lorsque l’oreille est appliquée sur la trachée-artère ou le larynx. M. Laennec pense que cette résonnance particuhère de la voix doit être attribuée Na srandeur de la cavité ou du conduit dans ‘lesquels l'air retentit pendant que le sujet parle, et aussi à la fermeté de leurs parois. !
En général la pectoriloquie est plus manifeste quand la voix est aiguë que lorsqu'elle est.rauque. Dans ce dernier cas, la voix, trop agitée et comme tremblante, semble ne pouvoir pass’introduiredans. le tube , et retentir seulement à son extrémité avec Ann nt rt, a ANRT
(1) De pectus, poitrine, et de loqui, parler.
“DES SYMPTOMES: tot une force etun volume souvent doubles où triples de ceux qu’elle présente à l'oreille restée hbre.
Le phénomène de la pectoriloquie cesse et se reproduit alternativement chez quelques sujets. El est vraisemblable que cette intermittence est due à l'occlusion passagère de l’orifice des cavités ulcéreuses ou du rameau bronchique qui y aboutit.
L’égophonie(r) consiste, comme la pectoriloquie, en,une forte résonnance de la voix dans le cylindre ou à l'oreille appliquée immédiatement sur la poitrine. Mais ici la voix, plus aiguë, plus aigre que celle du malade, a un ton assez différent pour qu'il semble qu'une autre peérsonue parle dans Îa poitrine du sujet qu'onexamine. Elle offre de plus une modification constante et très-remarquable : elle est tremblante et saccadée, ce qui lui donne de l'analogie avec la voix de la chèvre, quelquefois avec celle que l’on prête au grotesque personnage de Polichinelle , ailleurs avec le son de la trompette ou du cor.M. Laennecpense que l'égophonieest due àla - résonnance naturelle de la voix dans les rameaux bronchiques, transmise par l’intermède d’une couche mince et tremblotante de liquide épanché.
. L’égophonie appartient plus spécialement encoré aux épañcheméns de sérosité ou de pus dans les plèvres , que la pectoriloquie aux cavités ulcéreuses qui succèdent à la fonte des tubercules pul- monaires. Ce phénomène est surtout remarquable quand l’épanchement est médiocre; il diminue peu à peu, et cesse tout-à-fait quand la quantité de li-
ris ee #
"N(I) AtË, œryoz, Chèvre; guvn, Voix.
ai |. DES SYMPTÔMES.
quide épanchée dans les plèvres devient très-petite ou très-considérable.