SECTION II
es Symptômes fournis par les organes de la locomotion.
Les organes de la locomotion sont, d’une part, les os et leurs annexes , et de l’autre les muscles. Les 0S, qui servent de base et de soutien à toutes les autres parties et en déterminent Ja stabilité et la
rectitude, sont les organes passifs des mouvemens # les muscles en sont les organes actifs.
$ LI. Les symptômes fournis par les os dépendent le plus souvent d’affections propres à ces organes. On voit néanmoins la syphilis y produire des tumeurs, et le scorbut déterminer le décollement des cartilages qui leur sont continus.
La difformite des parties et la gène des mouve-
mens sont les deux principaux symptômes des maladies du système osseux. La difformité accompagne presque toutes les fractures et les luxations ; elle est manifeste dans l’ostéo-sarcome, et surtout dans l’ostéo-malacie ou ramollissement des os. Pans ce dernier cas, les membres ne sont pas seulement inhabiles à la station et à toute espèce de mouvement régulier, mais encore ils recoivent toutes les courbures qu’on leur donne. La géne, ou l’impossibilité du mouvement , accompagne de même presque toutes les affections de ces swrganes ; tantôt le mouvement volontaire est seul Süspendu , et le membre peut recevoir le mouvement qu’on’ lui communique, comme on le voit dans les frac-
tures; d’autres fois toute espèce de mouvement :
spontané ou communiqué est également i im PpOSSi— ble, comme cela a lieu dans Lanksien et dans quelques luxations.
Un autre phénomène non moins remarquable …
est la crépitation (crepitatio). On a nommé ainsi le
bruit particulier que produit le frottement des fragmens d’un 0$ rompu dans sa continuité , du séparé
des apophyses ou des caïtilages auxquels il est na=.
turellement uni. | | .
Les os mis à nu par l'effet d’une plaie ou d’un abcès peuvent offrir, À l'œil même, des altérations dans, leur couleur et dans leur structure ; ils deviennent quelquefois d'un blanc terne, ou prennent une teinte noire; ailleurs leur tissu se ramollit, fournit une sanie plus ou moins abondante, et s’affaisse sous la pression d’un stylet mousse qu'on y enfonceavec facilité (carie ).
La destruction lente d’un os dans une portion plus ou moins grande de son étendue donne aussi lieu à des symptômes plus ou moins remarquables. Cette destruction survient quelquefois sans cause connue, dans le mal, vertébral, par exemple, où elle produit la gibbosité; le plus souvent ‘elle est due à la compression exercée par quelque tumeur, telle qu'un, anévrysme , un fongus , etc. Les parois du crâne sont quelquefois usées par des tumeurs de ce. dernier genre , et l’on distingue par le toucher, en les déprimant un peu, le cercle osseux qui les entoure. Dans quelques cas ,. lorsque la destruction du. tissu osseux n’est pas tout-à- fait achevée, la lame très - mince qui reste encore fait entendre, lorsqu'on la comprime , un bruit comparable à à celui du parchemin desséché.
S IE. Les muscles offrent dans leurs fonctions des changemens beaucoup plus nombreux. Leur action peut être exaltée, diminuée, abolie ou pervertie de diverses manières.
L'exaltation de la force musculaire n’a été ob-
| servée que dans un petit nombre d’affections ner-
veuses, et en Rpauques chez les maniaques : sou-
vént on les a vu rompre des liens très-forts et se dégagér des mans de plusieurs individus.
La force des contractions est diminuce dans la plupart des maladies ; la démarche est vacillante, fa station ést pénible où impossible, les mouvemens füiblés ét incertains ; la lassitude 1éur succède promplément, ét souvent même les précède : beaucoup de malades sont obligés de rester en repos ; quélques-uns ne peuvent quitter lé Hit. Parmi ces derniers, il én est qui ñe sauraïént se mettre sur Jéur séant, prendre eux-mêmes leur boisson , &e retourner dans leur lit, ni mouvoir leurs bras: dans les éas extrêmes, là main dû malade , abandonnée à elle-même après avoir été élevée, rètombe comme ün éorps inérté qui obéit aux lois de la pe-
sinteur. Cétte ditninution dans la force des muscles à lieu, mais avec quelque différence, dans la paralysie incomplète; elle peut, dans ce dernier cas, être boïrnéé à quelques parties, comme l'affection dont.elle est le symptôme. |
L’abolition complète de a contractilité musculaire et du mouvement constitue là paralysie (parülysis) (x); éllè est générale dans les affections éomateuses , dañs la syncope, l'aéphyxie, etc. Si elle occupe seulement un côté du corps , c’est l'hémiplésie (kemiplegia ) (2); sa moitié inférieure, c'est la paraplégie où paraplexie ( paraplegia, parapletta (5); le bras d’ ün côté et Ja janbe de
L. (2) Mapdkvote', dé répañUE , je délie jé relâche. : (2) Hpurdnyia, nutmnEit , de # Rue , moitié; et mAnsow,, je , frappe.
(3) Maparlnbiz, de r\nsov , je frappe ; rapa, , nocenter.
Vautre, c’est la paralysie croisée, qui est fort rare. Elle est quelquefois bornée au deux poignets ou à un seul , comme on le voit dans la colique métallique, dans quelques fièvres des prisons ; elle peut même, à ce qu'il paraît, n’occuper qu'âän seul faisceau musculeux : c'est du moins ce qu’on a soupconné dans cette espèce de paralysie de la langue où cet organe perd seulement la faculté d’articuler quelques lettres. Dans l'abaissement permanent ou chute de la paupière supérieure ( collapsus palpebræ), le muscle releveur est seul frappé de paralysie.
La perversion de la contractilité musculaire peut offrir de nombreuses variétés :
1°. Le tremblement (tremor) consiste dans une agitation faible et involontaire, attribuée par Ja plupart des physiologistes à la contraction et au relâchement alternatifs des muscles, ou à la contraction alternative des muscles opposés. Ce symptôme, qui peut être général ou partiel, est fréquent dans les fièvres intermittentes et dans les névroses ;. il est souvent déterminé par l’action du mercure sur l'économie , quelquefois par l’usage du café et des liqueurs alcooliques ; il a lieu fréquemment chez les vieillards par le seul effet du progrès de l’âge.
2°. La roideur (rigiditas ) paraît devoir être considérée comme une perversion de la contractilité musculaire. La force réelle des muscles est toujours diminuée, et cependant ils offrent plus de résistance au mouvement qu’on cherche à leur communiquer, comme on le reconnait en prenant le bras du malade | pour le tirer hors du lit. Cette roideur existe aussi
180 | DES SYMPTÔMES, pour le malade lui-même; il ne peut mouvoir $es membres que lentement et avec effort. La roideur, comine la paralysie, peut s'étendre à tous les muscles, ou être bornée à un côté du corps, à une moitié de la face, à quelques muscles; elle est presque toujours liée à une maladie du cerveau, et spécialement au ramolilissement de ce viscère.
3°, La crampe ( crampus ) est une contraction courte, mais permanente, d’un ou plusieurs mus= cles, accompagnée de dureté dans leur tissu, d’engourdissement et d'impossibilité d'exécuter aucun mouvement de la partie qui en est affectée. La crampe! se fait particulièrement sentir dans les muscles du mollet. Beaucoup de personnes y sont sujettes dans l’état de santé ; elle accompagne quelquefois l’hystérie et la colique des peintres.
4°. Le soubresuut (subsultus tendinum) est une secousse, un tressaillement transmis aux tendons par la contraction involontaire et instantanée des fibres musculaires. Ce symptôme est plus manifeste à l'extrémité carpienne de l'avant-bras que partout ailleurs. On le reconnaît en examinant le pouls du malade. Il est commun dans les fièvres adynamiques et ataxiques. 1e PRMERES
5°, La carphologieou carpologie( carphologia (1), carpologia (2) consiste en une agitation automatique et continuelle des mains et des doigts, qui tantôt semblent chercher des flocons dans Pair, :
oo oo
(1) Kipya, flocon; Xéyo, je ramasse.
(2) Kaomècs, carpe, partie de la main; je ramasse avec Ja main.
DES SYMPTÔMES. CRUE et tantôt roulent ou palpent de diverses manières et sans but les draps et les couvertures du lit. Ce symptôme, qui accompagne fréquemment les maladies aiguës les plus graves, se présente quelquefois sous une Gr un pen différente : le malade cherche continuellement à enlever le duvet des draps ou des couvertures : c’est le crocidisme ( crocidismus ) (1), que beaucoup d'auteurs confondent avec la carphologie.
G°. Les convulsions (convul#iones) (2) consistent en des contractions involontaires des muscles. On les distingue en cloniques et toniques.
A. Les convulsions cloniques (spasmi clonici) (3) consistent en des contractions violentes et involontaires, qui alternent avec le relâchement des muscles contractés, ou avec la contraction des autres muscles. Ces convulsions produisent des effets très-variés chez les femmes attaquées d’hystérie. Les unes jettent leurs membres à droite et à gauche, se frappent elles-mêmes sans en avoir la conscience, fléchissent et étendent rapidement leurs avant-bras et leurs doigts. Chez d’autres, le corps s'élève et s’abaisse alternativement pendant presque toute la durée de l'attaque, surtout quand leurs bras sont fixés par des liens. Nous avons vu, à lhospice de la Salpétrière, dans une des salles de M. Zandré- Beauvais , une jeune fille hystérique qui, dans cha- A NON RU CS DER NA LR DS CURE 2LRS OR D TLISEN PE
(1) KpoxtdiCo. Ce mot qui, en style figuré, veut dire être ai pelit soin , faire sa cour , signifie ter le duvet.
(2) De convellere , secouer.
(3) Zraouos , deorädw , je contracte; #À6vo6, tumulte.
cune de ses attaques, après avoir éprouvé les mou vemens convulsifs ordinaires, se relevait tout-àcoup sans avoir pris Connaissance, puis tenant Îles bras étendus, tournait avec rapidité sur elle-même, jusqu’à ce qu'elle tombât de nouveau : le calme ne tardait point à renaître. Ces convulsions cloniques ne sont pas toujours générales; elles sont quelquefois partielles dans diverses maladies nerveuses et même dans l’hystérie et l’épilepsie. Le docteur #hytt a obfervé un exemple fort singulier. de spasmes partiels chez une jeune fille âgée dé huit ans. ‘Les musêles masseters et temporaux se contractaient et se relâchaient alternativement et à des intervalles égaux , de manière à imiter les pulsations du cœur, avec cette différence , que les contractions de ces muscles avaient lieu plus de cent. Quarante fois par minute, tandis, que les mouvemens du cœur n’allaient pas au-delà de quatreving-dix dans le même temps. Une vive frayeur fit cesser ces contractions , dont la cause était inconnue, ét qui avaient résisté aux moyens de traitement jusqu'alors employés. On peut encore rapporter aux convulsions cloniques ces secousses qui * surviennent involontairement dans les membres en repos, et que Gaubius a décrites sous les noms de palpitations des membres.
BP. Dans les convulsions toniques ( spasmi tonict ) (1), la contraction des muscles est permanente, en sorte que la partie affectée est dans un état d'immobilité absolue, qu'aucun effort intérieur
(1) Tôvoe, tension.
(DES SYMPTÔMES: 183 ou extérieur ne peut vaincre, On désigne sous le vom de fétanos (1) la contraction égale et, permanente de tous les muscles. Si la contraction des muscles antérieurs est plus forte, et qu'elle produise la flexion de la tête sur la poitrine et la courbure du tronc en avant, on donne à ce phénomène le nom d'emprosthotonos (2); si le corps, au contraire, est fortement renversé en arrière, et que la partie postérieure de la tête se rapproche de la gouttière vertébrale, cest l'opisthotonos\3). Enfin, dans le cas où les muscles d'un côté se contractent plus fortément que ceux de l’autre, et où le tronc est incliné latéralement, c'est le pleurosthotonos (4): Quelquefois, dans les convulsions toniques , le corps est incliné à la fois en arrière et de côté, comme nous avons eu OCCASION de l'observer chez un jeune homme dont l’observation est consignée dans le Journal de Médecime.(b).
La convulsion permanente ou tonique n’est pas toujours générale ; elle est quelquefois bornée. à une partie, aux muscles élévateurs de la mâchoire, par exemple, et aux diducteurs des lèvres. Elle porte dans ce dernier cas le nom de érismus (6).
C. Les fibres musculaires qui entrent dans Ja composition de l'estomac, des intestins, du cœur, D RE TT
(1) Teravow , Je tends.
(2) Éurpoofey , en devant; zévoc, tension.
(3) Ortode, en arrière; tôvos, lension.
(4) Ihevpdobev, de cÔLÉ ; Tôvos , Lension.
(5) Tome xxx, année 1814.
(6) Tpiouès , sifflement.
de la vessie urinaire, peuvent-elles être le siége de convulsions analogues à celles qu'on observe dans les muscles soumis à la volonté? Parmi un grand nombre de faits propres à éclairer cette question, l’émission de l'urine etdes matières fécales , du sperme même, dans les attaques d’épilepsie, les vomissemens dans l’hystérie, l'impossibilité d’avaler dans quelques variétés du tétanos , sont autant de phénomènes qui portent à croire que le trouble de la contractilité peut occuper à la fois les muscles soumis à la volonté et ceux qui n’y sont pas soumis. Cet état convulsif une fois admis, le rapporterat-on aux convulsions toniques ou cloniques ?
Cette dernière question est enveéloppée d’une telle obscurité, que toute opinion à cet égard serait hasardée.
7°. Il est une autre perversion où anomalie ( 1) de la contractilité musculaire qu'on observe dans: la catalepsie ( catalepsis ) (2): le malade conserve pendant toute l'attaque la même position qu’il avait au moment où 1l en a été saisi, ou prend celle qu'on lui communique , quelqu’incommode d’ailleurs qu'elle puisse être. Il n’y à pas de roideur, comme on peut s'en convaincre par la facilité avec laquelle les membres recoivent le mouvement qu'on leur communique ; mais le besoin de relâchement qu'éprouvent promptement, dans l’état de santé, les muscles en contraction, ne se fait pas sentir dans
Ja catalepsie. C’est presque toujours chez les femmes
RM TT dt ES RS (1) A privatif, dualoe, régulier.
(2) Karakaubäve , je saisis. /
hystériques que se montre ce symptôme. Nous l’avons vu reparaitre régulièrement de deux en deux jours chez une femme aliénée. H est une variété de la catalepsie que nôus avons eu occasion d'observer une fois , dans laquelle le malade conserve la même situation qu'il avait au moment de l'invasion , mais ne peut pas garder celle qu'on lui communique : les membres cèdent à une puissance extérieure qui leur imprime une situation nouvellés mais aussitôt que la puissance cesse d'agir, ils reprennent leur première position.
. 8°. La perversion de la contractilité musculaire, qu'on observe dans la danse de Saint-Guy (choræa - Sancti-Withi), est fort remarquable. Si le malade . veut être en repos, il éprouve des secousses subites dans les membres affectés ; s’il veut porter la maim vers quelque objet, il se manifeste en lui deux sortes de mouvemens presque opposés; lun volontaire, qui tend à l’approcher du but ; l'autre involontaire et irrésistible, qui l'en éloigne ; en sorte que ce n'est jamais que par une série de lignes obliques et divergentes qu’il parvient à l'aiteindre.
0°. IL est encore une autre anomalie de la contractilité musculaire qui n’est pas moins remarquable : : les mouvemers ne peuvent avoir lieu d’une manière régulière qu autant qu ‘ils sont exécutés EIARRTENERE ils ARE NE D imparfaits quand on veut les faire.avec lenteur. C’est ce qu’on a observé chez quelques individus qui ne pouvaient pont marcher, mais qui pouvaient encore Courir ; c'est ce qu'on voit aussi, comme la remardué Gaubius, chez SOUGONP de personnes qui bégaient
Fe
156 DES SYMPIOMHS.
quand elles parlent lentement, et chez qui ce défaut | disparaît quand elles parlent vite.
10°. Nous placons enfin , à la suite de ces ue du mouvement, la contracture, qui consiste dans la rigidité permanente et chronique des muscles féchisseurs : ces organes , dont la longueur et l'épaisseur diminuent en même temps qu'ils deviennent plus durs, forment alors au-dessous des téguren soulevées cordes inflexibles qui s'opposent
à l'extension des membres.
Tels sont les principaux symptômes fournis par les organes actifs et passifs de la locomotion. Ils concourent à compléter ce que nous avons dit sur l'habitude extérieure.