SECTION III
Des Symptômes fournis par la circulation.
La circulation consiste dans le mouvement prosressif des liquides continuellement portés de toutes les parties vers le cœur, par les veines et les vaisseaux blancs, et poussés du cœur vers le sys tème capillaire par le moyen des artères. Dans l’état de santé, ce mouvement circulaire a lieu sans trouble et suivant le mode convenable à chacun des organes qui concourent à le produire. Dans la maladie, cette fonction peut offrir des troubles nombreux : quelques-uns portent évidemment sur la circulation toute entière, ou du moins sur celle du sang; la plupart ne sont sensibles que dans quelques-uns de ses organes, dans le cœur, les arières ou les veines, par exemple. |
Le cours du sang peut être accéléré dans tous ses canaux, comme on le voit dans la plupart des maladies aiguës , où les battemens du cœur ne peuvent être plus fréquens et aussi pleins , sans que , dans un temps donné, les veines ne. fournissent et les artères ne reçoivent une quantité de sang plus considérable. Le ralentissement général du cours du sang est également appréciable dans! les circonstances opposées. 48 |
L'énergie de la circulation peut être augmentée ou diminuée dans toutes les parties de l'appareil
DES SYMPTOMÉS. 2069 sanguin, L'observation montre tous les jours des sujets chez lesquels, en même temps que les bat-
temens du cœur et des artères donnent une im-
pulsion beaucoup plus forte que dans l’état sain, les veines sont plus volumineuses et plus dures, et le système capillaire plus imjecié; ce qu'on reconnaît à la couleur plus rouge et à une intumescence sensible des tégumens : ces phénomènes sont surtout remarquables dans la fièvre inflam-
matoire. Dans d’autres maladies, au contraire, et
particulièrement dans les affections chroniques sans réaction fébrile, l'impulsion du cœur est presque nulle, le pouls mou , lés veinesflasques ou à peine apparentes ; la peau pâle ou imégalement colorée, souvent parsemée de plaques livides ou bleuâtres qui attestent la langueur de la circulation dans les vaisseaux mRitlire Enfin dans quelques cas le’ cours du sang peut être momentanément suspendu dans toutes les parties de lappareil’circulatoire ,
“comme on l’observe dans la syncope ; où les batte-
mens du cœur et des artères sont nuls, ét où le
“sang cesse de s’écouler des veines qui ont été ouvertes (1).
Malgré la dépendance nécessaire et’ réciproque
‘où se trouvent les unes par rapport aux aûtres Îles
diverses parties de l'appareil circulatoire , beaucoup . de faits portent à admettre que chacun d’eux, comme
(1) On à vu plusieurs personnes suspendre, pendant un
. ‘ + certain temps, par l'effet de la volonté, lés mouvemens du cœur et les pulsations artérielles ; quelques-unes sont mortes
“ en répétant celte dangereuse expérience,
270 DES SYMPTOMESS. | l'a fait observer M. Laennec, a aussi une existence particulière qui, dans quelques cas pathologiques, se dessine plus clairement que dans l’état de santé. Il paraît certain, par exemple, que la circulation capillaire est jusqu’à un certain point indépendante de la circulation artérielle et veineuse ; les congestions partielles de sang dans les capillaires de quelques organes , l'influence de quelques hémôrrhagies spontanées sur la marche de certaines affections sur lesquelles les saignées veineuses avaient été sans effet, les lipothymies produites par l'application d'un très-petit nombre de sangsues chez quelques sujets qui supportent très-bien la phlébotomie : voilà autant de faits propres à confirmer une opinion d’ailleurs assez généralement établie. On n’admet pas aussi généralement l'isolement des artères : toutefois l’auscultation ayant montré des cas dans lesquels les pulsations artérielles offraient une énergie remarquable pendant que les battemens du cœur étaient faibles et sans impulsion, M. Laennec a cru pouvoir en conclure que les artères avaient aussi une action spéciale, une contractilité propre. Quant aux veines, l’action qu’exercent sur elles les lois de la pesanteur, l'impression du froid et du chaud, prouxent que le cours du sang dans ces vaisseaux! n'est pas entièrement so Ho à la circulation générale. |
Nous allons examiner successivement les sym= ptômes fournis par chacun des organes de la circulation, le cœur ; les artères, le système capillaire , les veines, les vaisseaux et les glandes lymphatiques.
DES SYMPTÔMES. pd
$ E. Circulation sanguine. A. Lie cœur peut
offrir dans ses battemens id troubles remarquables.
Plusieurs des symptômes dont il est le siése ont de tout temp$ appele FPattention des EN particulièrement dans les maladies quiaffectent cet organe lui-même. La force et la faiblesse de ses battemens , leur régularité , le lien et l'étendue dans
lesquels ils se font sentir, ont été soigneusement
explorés par les observateurs , et rattachés comme
quatre rapports principaux, savoir : l'étendue dans
signes plus où moins importans à l’histoire de ses diverses lésions. Beaucoup de praticiens même ont depuis long-temps interrogé cet organe par l’apphication immédiate de l'oreille sur la région qu’il occupe; mais on doit dire qe les travaux récens
de M. Laennec ont singulièrement perfectionné etétendu sur ce point, comme sur plusieurs autres ,
la connaissance et l’appréciation ae hénomènes P pathologiques.
Les battemens du cœur doivent étre examinés sous
- laquelle on peut les entendre, le choc ou la force d’impulsion de l'organe , la nature et l'intensité du
bruit; enfin le rhythme suivant lequel ses diverses pre secontractent. : ;
1°. Chez un homme sain et abs l'âge be les
- battemens du cœur ne 5e font D nsohen que dans
Pespace compris entre les cartilages des cinquième et septième côtes sternales ‘et sous’ la partie infé-
rieure du sternum. Les battemens des cavités gauches se font principalement sentir dans‘ le premier point,
Le
et ceux des droites dans le second. Cet espace dans
lequel les mouvemens du cœur sont perceptibles est beaucoup plus borné chez les sujets très-gras, chez ceux qui ont gardé quelque temps le repos et la diète; ilest plus étendu chez les individus maigres et chez les enfans, après l’éxercice ou le repas, et sous l'influence d’uneémotion vive.
Dans l’état de maladie, les battemens du cœur peuvent être manifestes dans une étendue beaucoup plus grande: ils deviennent alors progressivement perceptibles, 1°. dans le côté gauche de la poitrine , depuis l’aisselle jusqu’à la région de l'estomac ; 2°. dans la même région du côté droit; 3°: dans la partie postérieure gauche de la poitrine ; 4°. dans la partie postérieure droite. L’étendue plus grande dans laquelle les. battemens du cœur se font entendre chez l’homme malade peut dépendre d'une lésion soit. du cœur lui-même , soit des viscères: qui l'entourent, et particulièrement: des poumons. L'observation a prouvé que l’endurcissement ou l'hépatisation du tissu pulmonaire, et la présence d'excavationstuberculeuses, pouvaient donner lieu à ce phénomène; mais le plus souvent: c'est dans le cœur lui-même qu’existe la lésion qui augmente: l'étendue de ses battemens:: M. Laennec regarde comme constant que l'étendue des battemens du cœur:est en-raison directe de la faiblesse et du peu d'épaisseur. de:ses parois + la grandeur du cœur paraît me pas ajouter à l’étendue:des battenrens dans les cas où elle dépend:exclusivement de l’épaississe= ment. de ce viscère : dans: lés autres cas, 'elle-concourt à produire cet effet: 500104) mie - Les battemens du-cœur' peuvent: se faire enten-.
er.
DES SYMPTÔMES. R 273 dre dans un espace plus petit qu'à l'ordinaire chez des sujets qui éprouvent les signes généraux des maladies du cœur; c’est ce qu’on observe dans l’hypertrophie de ce viscère. fi
Indépendamment de leur étendue , les battemens du cœur peuvent se faire entendre dans un lieu différent de celui où naturellement on doit les rencontrer. Ce phénomène peut être dû à une transposition générale des viscères; dans ce cas il a existé depuis la naissance et n’a rien de morbide: mais en général lorsque les battémens du cœur se font sentir plus à droite ou plus à gauche, plus haut ou plus bas qu’à l'ordinaire, c’est presque toujours à un état pathologique que ce phénomène est dû. La présence de tumeurs ou l’épanchement dé liquides dans un des côtés du thorax, dans le médiastin ou dans le ventre, sont les causes ordinaires de ce déplacement. Dans quelques cas les battèmens du cœur se font sentir tantôt dans un point ; tantôt dans un autre : ce phénomène, que les auteurs ont considéré comme propre à l’hydro-péricarde, est fort rare, ou tout au moins fort dificile à saisir d’une manière précise. |
2°. Le choc ou impulsion est une sensation
de soulèvement ou de percussion que font éprou-
ver les battemens du cœur à l'oreille de: l'observaiteur.
Lorsque la conformation. du cœur est dans Ja
meilleure harmonie avec celle des autres parties , cette impulsion est très-peu marquée;: souvent
même elle est insensible ; elle augmente sous l’influence des causes qui précipitent les : pulsations
de ce viscère, ct revient à son type naturel par ka soustraction de ces causes.
Dans l’hypertrophie du cœur, cette impulsion devient d'autant plus forte que l'épaisseur des parois de ce viscère est plus augmentée ; elle est quelquefois portée au point que la tête de l’observateur en est soulevée ; ce soulèvement a lieu d’autant plus lentement que l'hypertrophie est plus considérable. C’est au moment de la contraction des ventricules que ce phénomène est produit. Dans les cas trèsrares où il correspond à celle des oreillettes, l’impulsion ‘est toujours faible, profonde : c’est une sorte de frémissement plutôt qu'un choc.
Quelquefois il-y a absence de toute impulsion et augmentation du bruit; il existe alors dilatation et amincissement des parois du coeur. |
L'impulsion est ordinairement bornée à la région précordiale ; elle s'étend quelquefois à la partie voisine du:sternum et de l’épigastre, jamais audelà, à moins que le cœur ne soit à la fois épaisst et dilaté. |
3°, Lorsqu'on applique l'oreille ou le stéthoscope sur la région du cœur chez un sujet bien portant , on distingue altérnativement deux bruits différens : l'un, clair, brusque, analogue au claquement de la soupape d'un soufflet, correspond à la systole des oreillettes ; l’autre, plus sourd, plus prolongé ; coïncide avec les battemens du pouls et la contraction des ventricules. Si l’on applique le stéthoscope ou l'oreille sur lesternum, on éntend spécialement le bruit des cavités droites ; celui des cavités gauches se fait entendre entre les cartilages’des côtes: Dans
ment cataire ).
DES SYMPTÔMES. | 275 l'état naturel , il n’y a aucune différence sensible entre le bruit des cavités droites et celui des cavités gauches.
Dans l’état de maladie, le bruit produit par la contraction des oreillettes et des ventricules peut devenir plus fort ou plus faible qu'il ne l’est dans Vétat sain. [l devient plus fort dans la dilatation et lamincissement des parois du cœur , plus faible ou nul dans l’épaississement.
Dans quelques malaüies , le bruit qui accompa= | gne les contractions du cœur offre un caractère particulier. Lorsqu'il existe des ossifications à la valvule mitrale, par exemple, la main ellemêmedistingue quelquefois , à la région épigastrique, un bruissement difficile à décrire, qui ressemble assez bien au murmure de satisfaction que font entendre les chats lorsqu'on les flatte avec la main ( Jrémisse-
Un autre phénomène, beaucoup moins rare, que lauscultation fait reconnaitre pendant la contraction des ventricules ou des oreillettes, est un bruit prolongé au-delà des limites ordinaires, quia quelque chose d'âpre et d’étouffé, qui rappelle celui d’un coup de lime donné sur du bois ou d’un soufllet qu'on presse brusquement. L'ouverture des cadavres a fait reconnaître un rétrécissement des orifices du cœur ou la présence de végétations sur ses valvules , chez tous les sujets qui avaient offert ce symptôme avant de succomber : le rétrécissement oc-
. Cupait les valvules sygmoiïdes lorsque le bruit avait
coïncidé à la contraction des ventricules; 1l° occupait l’orifice oriculo-ventriculaire lorsque ce bruit
270 DES SYMPTÔMES, avait été isochrone à la contraction des oreillettes- Dans tous les cas observés jusqu'ici le rétrécissement occupait les cavités gauches : tout porte à croire que dans les cavités droites , le rétrécissement des orifices donnerait lieu au même phénomène.
4°. Dans l’état sain , les coffiractions alternatives des ventricules et des oreillettes , examinées par l’auscultation et en touchant en même temps le pouls, présentent les phénomènes suivans, qui constituent le rhythmenaturel du coœur.Aumoment où l'artère vient frapper les doigts, l'oreille est légèrement soulevée par un mouvement du cœur, isochrone à celui de lartère et accompagné d’un bruit sourd. L’isochronisme ne permet pas de méconnaitre que ce phénomène est dû à la contraction des ventricules. Immédiate- , ment après efsans aucun intervalle, un bruit plus clair , unesorte de claquement annonce la contraction des oreillettes. À ce claquementsuccède un repos très-court mais bien marqué , après lequel on sent Les ventricules se soulever de nouveau avec le bruit sourd et la progression graduelle qui leur sont propres. La contraction des ventricules, celle des oreillettes , et le repos qui leur succède n'ont pas une durée égale ; la contraction des ventricules a une durée à- peu-prés double decelle des oreillettes , et celle-ci est égale à celle du repos, qui est quelquefois un peu plus court. |
Ce rhythme dans les mouvemens et le repos du cœur est d'autant plus tranché que les battemens de cet organe sont moins nombreux dans un temps donné. Lorsque le nombre des pulsations artérielles est beaucoup augmenté, il n’y a plus de repos sen-
sible entre la contraction des oreilleltes et celle des ventricules ; et cette dernière s’ opère dans un temps relativement plus court que celle des oreillettes. La différence qui existe chez l’homme sain entre le bruit des ventricules et celui des oreillettes devient plus marquée encore dans A LA médiocre des ventricules; elle devient presque nulle dans leur dilatation.
Dans quelques cas de palpitations, la contraction de l'oreillette semble anticiper sur celle des ventricules et l’arrêterau milieu de son développement. Dans l'hypertrophie portée au dernier degré le bruit des ventricules masque tellement celui des oreillettes , que ce dernier cesse entièrement d’être ap= préciable.
Quelquefois enfin on peut constater par l’auscultation dans les contractions du cœur un trouble qui avait échappé aux autres modes d'exploration : cest une contraction double des ventricules qui remplace et cache la contraction des oreillettes , ou une double, une triple contraction des oreillettes quisuccède à une contraction simple des ventricules.
B. Le physiologiste distingue, dans la circulation artérielle , trois phénomènes qui se succèdent sans cesse dans un ordre constant : la dilatation , la contraction ét le repos. Le médecin n’en admet que deux, le battement et le repos, qui appartiennent seuls à la symptomatologie, parce que seuls ils sont appréciables aux sens.
On donne le nom de pouls ( pulsus Yau battement des artères produit par l’afflux du sang que le cœur
y pousse chaque fois qu’il se contracte.
Galien est le premier qui ait appelé l'attention des médecins sur les battemens artériels. Ceux. qui Vavaient précédé n’en avaient presque rien dit, et semblent les avoir à peine observés.
Le pouls, dans l’état de santé, est égal, régulier, souple sans lenteur ni fréquence, etd'une force médiocre. Le nombre des pulsations varie à raison de l'âge, du tempérament, du sexe, de la stature, de l'idiosyncrasie et d'un certain nombre de circonstances accidentelles. — Dans les premiers mois de Ja vie, le nombre des pulsations artérielles dans une minuæ est de cent quarante environ ; 1} est de cent vers la deuxième année, de quatre-vingts à la puberté, de soixante-cinq à soixante-quinze chez les adultes, de cinquante à soixante chez les vieillards. Sa fréquence est un peu plus considérable chez les femmes, chez les individus d’un tempérament sanguin ou nerveux et d’une stature petite. Des observations répétées m'ont prouvé que la proportion de sujets adultes chez lesquels le nombre des baitemens artériels est au-dessous de soixante et même de cinquante par minute, est plus grande qu'on ne le croit généralement. On a vu quelques personnes dont les artères n’offraient que quarante et même trente-six pulsations , . tandis qu’on en trouve jusqu à cent chez quelques autres : hit a vu une femme dont le pouls, dans l'étatde santé, battait cent vingt fois par minute (1). |
Outre ces variétés individuelles, le nombre des pulsations devient plus considérable après le repas,
Ent
(1) Maladies nerveuses.
Fa
DES SYMPTOMES. | (99 par l'exercice, par les émotions , pendant la grossesse; il diminue par le repos, la diète, les évacuations sanguines, et souvent par l'usage de la digitale; chez quelques sujets il est moindre dans
Ja convalescence que dans l’état de santé. On à prétendu qu'il offrait , aux diverses heures du jour
et de la nuit, de légères modifications, qui, d'après les assertions de Brian Robinson , coincideraient avec celles du baromètre et du thermomètre. Mais ces observations minutieuses , lors même qu'elles seraient justes, doivent être négligées comme n’offrant point d'application utile. Le pouls présente aussi des variétés chez les divers individus, relativement à la force , à la régularité et à l'égalité des pulsations: il est très-important pour le médecin de connaitre le pouls de la santé chez les personnes qu'il traite dans leurs maladies : c'est alors seulement qu'il peut bien apprécier les changemens qui surviennent dans ses qualités. J'ai vu une dame dont le pouls, dans les accès d’unefièvre intermittente, ne battait pas au-delà de soixante fois par minute, au grand étonnement de:son médecin : cet étonnement eût cessé , sion eût compté le nombre des pulsations dans l’apyrexie:1l ne s'élevait pas au-delà de quarante par minule.
Il est plusieurs préceptes qu'on ne doit pas négliger dans la manière de téter le pouls.
Le médecin doit attendre que le malade soit remis de l'émotion produite par sa présence et lui recommander de garder un repos et un silence absolus: Le pouls peut être tâté aux tempes,. sur Îles parties latérales du cou, au bras, à la cuisse , au poignet,
partout où l’on trouve des artères d’un certain. volume et peu éloignées de la peau ; mais on préfère généralement l'artère radiale, dans l'endroit où elle cesse d’être recouverte par les muscles de Pavantbras, au niveau de l'articulation radio-carpienneé.
Si le malade est levé, on le fait asseoir; s'il est au Lit, on le fait étendre sur le dos, de facon qu'il ne, soit incliné ni à droite ni à gauche. On place le membre dé manière qu’il soit presque dans l’extension et qu'il se trouve soutenu dans toute sa longueur , afin que les muscles soient bien relâchés. L’avant - bras doit être dans une pronation presque complète, de facon qu'il «ppue sur le bord cubital, et que le bord radial soit un peu élevé. On a soin qu'aucun lien ou vêtement étroit ne gêne le cours du sang sous les aisselles, au coude ou dans quelque autre point. Il faudrait ANErogr les bandes des vésicatoires ou les ligatures des saignées pour peu qu’elles fussent serrées. Au moyen de ces diverses précautions, on est sûr que rien d’ étranger ne met obstacle au cours du sang dans ce vaisseau.
Vo du côté gauche doit être tâtée avec la main droite, et vice versé ; il faut que les quatre doigts ne parallèlement sur la même lie gne soient tous appliqués sur le trajet du vaisseau : LÀ in dex doit toujours être le plus voisin de la main du malade ; le petit doigt, qui appuie plus légèrement, doit recevoir le paca on HAL ANIS du sang : en rnême temps que les quatre doigts sont placés sur l'artère radiale, le pouce ou mieux la paume de là main est appliquée sur là face dorsale de l’avant-
DES SYMPTÔMES. 281 bras, et donne un point d'appui solide aux doigts qui explorent le pouls. Ceux-ci doivent recevoir d'abord un léger mouvement latéral, pour bien reconnaître le lieu qu'occupe le vaisseau. Lorsque les doigts sont tous placés sur l'artère, on augmente et on diminue graduellement et à plusieurs reprises la pression qu'ils exercent sur elle, pour
bien apprécier l'influence de cette pression sur le pouls el pour connaître le degré où l’on en
distingue le mieux possible les diverses qualités. On examine alors de cette manière vingt ou trente pulsations successives. Il n’est pas inutile de faire cet examen aux deux bras alternativement ou à la fois; on devrait interroger le pouls dans d’autres endroits encore, dans les cas particuliers où il pourrait.en résulter quelqu'avantage pour le dia-
gnostic. Il est convenable aussi de l’examiner à plu-
sieurs reprises , ou du moins une seconde fois avant de quitter le malade. Quelque minutieux que
+ puissent paraître ces préceptes, ils ne pourraient
être négligés sans inconvénient. Ilest utile de s’astreindre dès le principe à explorer le pouls de cette manière : on le fait ensuite sans aucun effort, et par le simple effet de l’habitude.
On peut aussi appliquer lauscultation à l'étude des pulsations artérielles. Lorsqu'on place le stéthoscope sur une artère d’un certain volume, telle que l'aorte abdominale, on distingue une impulsion médiocre, et l’on entend en quelque sorte le sang passer dans le vaisseau. La sensation est encore la même dans le cas où une tumeur quelconque, appuyant sur une artère saine, transmet à la mam
282 DES SYMPTOMHSS
et à l'oreille des baîtemens qui pourraient faire croire à l'existence d’un anévrysme ; mais dans le cas ou cette maladie existe réellement, on trouve une impulsion très -forte, plus forte même que celle du cœur.
Les changemens que l’état de maladie imprime aux pulsations artérielles sont de deux sortes : les uns sont appréciables dans chaque battement ; les autres ne sont sensibles que par la comparaison d'un certain nombre de battemens entr’eux. À la première série appartiennent la vitesse et la lenteur,
la dureté et la mollesse , la grandeur et la petitesse, la faiblesse et la force ; à la seconde, la fréquence et la rareté, l’irrégularité, l'inégalité , la confusion : nous examinerons successivement ces diverses qualités du pouls. |
a. La promptitude avec laquelle s'opère la pulsation artérielle fait connaître que le pouls est write, (pulsus celer ); il est lent (P. tardus), au contraire, lorsqu'elle s'exécute moins rapidement que daus l'état de santé. |
La dureté et la mollesse du pouls sont. caracte-— risées par la tension plus ou moins grande de l'artère pendant son battement. Si le battement cause aux doigts l'impression d’un corps dur qui les frapperait, le pouls est dur ( P. durus); ilést mot (P. mollis) lorsqu'il frappe les doigts avec mollesse et se laisse déprimer avec facilité. Les pouls | roide, tendu, résistant, ne sont que des variétés du au dur. |
La grandeur et la pelitesse du pouls sont mesurées par le volume que l'artère présente dans ses
DES SYMPTOÜMES. 283
battemens : le pouls est grand (P. magnus)
quand l'artère se développe beaucoup; il est petit (P. exilis) quand l'artère se développe peu sous le doigt. Les pouls plein, développé, gros, large, appartiennent au pouls grand; le pouls serré est celui qui est à la fois petit et dur.
Le pouls fort est caractérisé par le volume et la vigueur des pulsations; le pouls faible par les deux qualités opposées. La force du pouls (2. robur) consiste par conséquent dans la dureté et la grandeur réunies; la faiblesse ( P. debilitas } dans la petitesse et la mollesse des pulsations. Le pouls vibrant des anévrysmes du cœur est un pouls très-fort ; le pouls dévrimé des maladies qui
tendent à une terminaison fatale est un pouls très-faible.
Ainsi la lenteur et la vitesse, la mollesse et la dureté, la petitesse et la grandeur ; sont les principales qualités du pouls, qui, par leurs degrés différens et leurs combinaisons diverses, constituent les variétés du peus appréciables dans chaque pulsation. |
On doit admettre encore deux autres vanités qui se confondent quelquefois, mais qui cependant sont ordinairement très-distinctes : Je veux parler du pouls tremblant et du pouls rebondissant- Dans les deux cas la pulsation artérielle n’est point une : elle donne dans le dernier cas la sensation d'un battement double, qu'on a comparé au rebondissement du marteau sur lenclume. Dans le premier, la pulsation est comme incertaine ou h6sitée ; les doigts placés sur, l'artère distin guent à
ER
chaque contraction du cœur une pulsatian tremblée , au lieu d’un choc unique. Il n’est pas très— rare dé voir des sujets chez lesquels il est assez difficile de dire si le pouls est redoublé ou tremblant. .
B. La fréquence et la rareté du pouls sont mesurées par le nombre des pulsations artérielles dans un temps donné. Le pouls est fréquent (P. frequens) lorsque ce nombre est plus grand que dans l’état de santé ; lorsqu'il est plus petit, le pouls est rare( P. rarus ). Detoutes les qualités du pouls, la fréquence ét la seule qu’on puissemesurer avec une précision rigoureuse , au moyen de la montre à secondes. Cette manière d’estimer la fréquence du pouls est très-utile à celui qui commence; elle l'habitue peu à peu à l’évaluer avec exactitude; mais elle cesse d’être nécessaire au médecin exercé, qui n'y a plus recours que dans quelques affections où 11 lui importe de connaître exactement le nombre des pulsations artérielles dans un temps donné. La fréquence du pouls est beaucoup plus commune, chez l’homme malade , que sa rareté; celle-ci n’a guère lieu que dans quelques fièvres malignes, et dans certaines lésions organiques du cœur. Nous avons vu, à lhôpital de la Charité, un jeune homme atteint de ce dernier geure de maladie, dont le ponts ne donnait que vingt-huit et, quelquefois même que vingt-cinq pulsations par mie. nute. La fréquence du pouls a lieu; au contraire, dans presque toutes les maladies aiguës ét dans un grand nombre d’affections chroniques ; elle est presque toujours jointe à la vitesse. Quelquefois , mais
| DES SYMPTÔMES. 285 rarement , le pouls est fréquent sans être vite, ou vite en même temps quil est rare. Lorsque le pouls bat quatre-vingts fois par minute , il est trèsdifhicile de juger de la vitesse; la chose est tout-àfait impossible quand il bat cent - vingt ou même cent fois.
Le rapport constant qui existe, dans l’état de san té, entre la fréquence de la respiration et celle du
. pouls, se retrouve ordinairement chez l’homme malade : c’est presque toujours le rapport de quatre
à un. Le docteur Giannini assure qu'on peut ainsi, par l'examen seul de la respiration et sans toucher
- le malade, déterminer la fréquence du pouls dans toutes les maladies. En n’appliquant cette assertion qu'aux affections qui n’ont pas leur siége spécial dans les poumons et le cœur, elle serait vraie en général ; mais elle offrirait encore de nombreuses exceptions dans les maladies nerveuses et, en particulier dans la fièvre ataxique, où le rapport de - la circulation et de la respiration est souvent dé-
rangé.
Le pouls est régulier (P. regularis ) lorsque tous ses battemens sont séparés par des intervalles
… égaux : 1l devierit érrégulier (P. irregularis) lorsque . le temps intermédiaireaux pulsations n'est pas constamment le même. Le pouls conservesa régularité dans la plupart des maladies aiguës bénignes ; “ chez quelques personnes qui ont naturellement » le pouls irrégulier , les pulsations artérielles peu- 0 » vent eq régulières pendant la maladie. Dehaën a observé Doc exemples de ce genre, et il a vu avec inquiétude paraître l’irrégularité à l’époque
GET ie À re Cdt
de la convalescence ; mais les malades, qui connaissaient leur pouls naturel, étaient au contraire satisfaits d'apprendre qu’il redevenait irrégulier. C’est surtout vers le déclin des maladies qu'on observe l’irrégularité du pouls. Elle se présente sous des formes variées : tantôt une des pulsations paraît manquer complétement : c'est Île. pouls intermittent ( P. intermittens ) ; tantôt, et plus rarement, une pulsation se fait sentir dans l'intervalle qui sépare deux pulsations régulières : c’est le pouls intercident (P. intercidens). L'inermittence et l’intercidence peuvent reparaitre à des intervalles égaux; mais le plus souvent, au bout de quelques minutes, où tout au plus de quelques heures, cette périodicité n est. plus la même. L’intermittence et l’intercidence du pouls sont des symptômes ordinaires des lésions organiques du cœur; elles se montrent quelquefois dans les névroses ; elles sont liées , dans quelques cas, à la présence des vers , à l'accumulation des gaz dans le conduit intestinal, et ne sont pas à l’abni de l'influence cérébrale. Un professeur en médecine de Bologne ayant par hasard remarqué de l’intermitténce dans son pouls ; en devint fort inquiet : il portait à chaque instant les doigts sur l'artère et trouvait chaque fois les battemens plus irréguliers ; Morgagni , qu il consulta à ce sujet , lui conseilla d’y faire moins d'attention, et l’intermittence dis= parut d'elle-même (r). | Si l’on ausculte les battemens du cœur pendant
EEE neo hot nets
(1) De Sed. et Caus. morb. , epist. xxtv, art. 20.
RE DES SYMPTÔMES. 287 les intermittences du pouls , on reconnaît qu’elles sont placées après la contraction des oreillettes.
- Elles ne diffèrent par conséquent que par leur du-
rée du repos qui existe en ce moment dans l’état sain. L’auscultation a aussi conduit M. Laennec
à admettre de fausses intermittentes : dans celles-ci
la contraction du cœur a encore lieu; mais elle est si rapide et si faible , que le doigt placé sur l'artère ne perçoit pas de pulsation : il y a alors intermittence dans le pouls et simplement inégalité dans les contractions du cœur,
Pendant les intermittences du pouls, l'artère est presque toujours molle et sans résistance. Quelques médecins paraissant avoir observé dés cas dans lesquels l'artère serait restée pleine et tendue, M. Laen-
| nec a pensé que cette espèce d’intermittence devait :
avoir lieu après la contraction des ventricules, et qu elle supposait même pendant toute sa durée une contraction permanente de ces organes.
Le pouls égal (P. æqualis ) est celui dont tou-
tes les pulsations sont parfaitement sémblables
entr'elles pour la vitesse, la grandeur et la dureté. Le pouls est inégal ( P. incœqualis ) quand les pulsations diffèrent entr’elles sous quelqu'un de ces trois rapports.
Le sens que nous avons attaché aux mots inégal
et irrégulier est un peu diflérent de celui que lui
. ont donné la plupart des auteurs ; ceux-ci ont em-
RP EE Mr
ployé à-peu-près indifféremment ces deux expressions. Nous avons pensé qu'il était plus convenable de donner à l’une et l’autre une acception plus précise, comme nous l'avons fait à l'égard de
288 DES SYMPIÔMES,
la respiration ; nous avons appliqué la régularité au rhythme, et l'égalité aux autres qualités du pouls. |
Le pouls peut cesser d’être distinct ou devenir confus , soit par la fréquence extrême , soit par la faiblesse , l'irrégularité et l'inégalité des pulsations. Lorsque le pouls bat plus de cent cinquante fois par minute, il est difficile de le compter avec exactitude; j'ai pu cependant, chez quelques sujets, compter jusqu'à deux cents pulsations ; mais le plus souvent on est obligé de s’en tenir alors à une évaluation approximative. Le pouls peut devenir insensible( pulsuum defectio), comme cela a presque toujours lieu dans l’agonie, et quelquefois à la suite d’évacuations excessives chez dés individus qui du reste ne sont pas gravement malades.
Le pouls est-il le même dans toutes les artères où l’on peut l'examiner, ou peut-il offrir des différences remarquables ? Cette question en comprend beaucoup d’autres que nous examinerons succes-— sivement. |
La grandeur et la dureté du pouls varient avecle volume de l’artère qu’on examine : plus l'artère est grosse, plus le pouls est fort. Ainsi dans les cas où les battemens artériels deviennent insensibles au poignet, ils restent souvent très-manifestes au . coude , très-grands et très-durs au pli de l’aîne. Par le même motif, il peut arriver et il arrive assez fréquemment que la force des pulsations est différente chez le même sujet dans deux artères correspondantes, dans les deux radiales, par exemple. Cette différence dépend ou du volume inégal de cette
DES SYMPTÔME. 289 artère aux deux bras , ou dela profondeur variable à laquelle elle est située.
Quelques faits ont porté plusieurs médecins à admettre que, dans quelques congestions sanguines, les pulsations devenaient relativement plus fortes dans les artères qui se rendent à l'organe affecté que dans celles qui se distribuent au reste du COrps. Cette assertion est un peu hasardée. Dans laiplupart
. des cas , on admet une augmentation de force dans les battemens de telle artère , Comme Îa temporale superficielle, dont on ne connait pas l'énergie dans l’état sain ; on estime cette force plutôt d’après le témoignage du malade que d'après celui de ses propres sens : or, lasensation qu'éprouve le malade peut dépendre de l’exaltation de la sensibilité dans les parties qui entourent le vaisseau > autant que d’une augmentation fort incertaine dans la force des battemens artériels. ;
…. Les différences qu’offrent dans leur force les
» pulsations artérielles des diverses parties du corps, peuvent-elles exister dans leur vitesse, dans leur fréquence, dans leur régularité, dans leur égalité.
Il est difficile de concevoir que la vitesse puisse
n'être pas la même dans toutes les artères: cependant
comme la contractilité peut varier dans les diverses
- parties du système artériel , il n’est pas impossible
. que la promptitude avec laquelle s'opère La pulsa-
- ionnesoitun peudifférente dans plusieurs vaisseaux;
- mais ce phénomène, s’il existe, doit être fort difficile À
“apprécier. Quant à la fréquence plus considérable
“dans une artère que dans l'autre, elle n’est
nullement admissible ; il peut, dans queiques | 19
congestions locales , sembler au malade que le pouls. bat plus souvent dans la partie enflammée que dans les autres ; mais la connaissance des phénomènes physioiogiques ne permet pas d'admettre dans les artères d'autre pulsation que celle qui dépend de l'afflux du sang poussé par ja contraction du cœur : or , comme tout le système artériel a une origine commune dans cet organe , il est contraire à toutes les iois de l'économie que les pulsations soient plus fréquentes dans telle artère que dans telle autre.
Il est cependant arrivé quelquefois que ; dans un temps donné , le nombre des pulsations n’a pas été le même à droite et à gauche : Morgagni en rapporte un Cas remarquable. Un enfant s'étant blessé au dos , en tombant d'un arbre , fut pris de palpitations Œui, neuf ans après, n'avaient pas encore cessé, et qui devenaient beaucoup plus incommodes trois à quatre fois l'année, Morgagnt, ayant vu ce malade dans un de ces paroxysmes , trouva les deux pouls différens ; « En ‘examinant la chose avec » toute son attention, ilreconnut que les pulsations » artérielles n'étaient, à gauche, ni plus rares ni » plus fréquentes que dans l'état naturel, tandis » qu'à droite elles étaient trois fois plus rares » qu'à gauche. » (1) |
Ce fait et plusieurs autres, la plupart moins authentiques, semblent d'abord être en opposition: avec ce que nous venons de dire; mais ils prouvent. seulement que, dans quelques cas , le cours du sang peut être passagèrement intercepté dans une artère
(x) De Sed. et Caus. morb., epist. xxiv, art. 99.
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sans l'être danslesautres. Quelleest l'espèce de lésion qui produit un semblable effet, qui tantôt inter- - rompt le cours du sang dans un vaisseau et tantôt permet à ce liquide d’ÿ pénétrer ? L'ouverture des corps ne l’a point encore appris, et c’est elle seule qui peut donner de ce phénomène singulier une explication satisfaisante.
Quant aux causes qui diminuent la force du pouls d’un côté, ou qui même rendent les pulsations insensibles, c’est presque toujours une tumeur développée dans le voisinage de l'artère , qui la comprime de plus en plus à mesure qu’elle augmente de volume, et qui finit, dans quelques cas, par en obstruer complètement la cavité. C'est ce qu'on observe en particuier lorsqu'une tumeur anévrysmale de Paorte presse Partère sous-clavière contre les parois osseuses du thorax.
Tels sont les principaux changemens que l'état de maladie détermine dansles pulsations arterielles ; les auteurs en ont admis un grand nombre d’autres ; (ralien seul en a décrit plus de trente (x). Solano de
- (1) Voici les diverses espèces de pouls admises par Galien. ) P P
1. Pouls long: l'artère frappe plusieurs doigts, ou les frappe tous les quatre.
2, P. court: elle n’en frappe qu’un seul ou deux au plus.