ARTICLE IIE
Symptômes fournis par les fonctions genératrices.
Tous les symptômes dont nous avons parlé jusqu ici étaient, presque sans exception, communs aux deux sexes; ceux qu'il nous reste à exposer sont différens dans l’un et dans l’autre. Les principaux changemens que l’état de maladie apporte dans les organes extérieurs de la génération ayant été indiqués dans la section relative à l'habitude du corps, 1l nous restera peu de chose à dire sur les troubles des fonctions destinées à la reproduction de l’espèce ; nous les considérerons successivement chez l'homme et chez la femme. |
A. Chez l’homme, la sécrétion du sperme est rarement augmentée dans l’état de maladie. Cette augmentation pourrait avoir lieu dans la mélancolie er otique ; elle est un des symptômes principaux du salyriasis. La diminution ou la suspension presque complète de cette sécrétion est, au contraire , fréquente, comme on peut le présumer d’après la flaccidité constante de la verge et l'absence de toute érection dans le cours de la plupart des maladies.
L’excrétion du sperme peut offrir divers troubles :
elle est douloureuse dans le catarrhe de l’urètre; elle a lieu chez quelques individus sans que la verge soit en érection, et particulièrement dans. les efforts pour aller à la selle; chez d'autres, léjaculation est faible ow est gènée par quelque obstacle ( dispermasie) (1), et la liqueur séminale, au lieu d’être lancée par jets, s'écoule lentement par l’orifice de l’urètre. Quel quefois il y a déviation du sperme, qui , poussé dans le canal de l’urètre , reflue en totalité dans la vessie, d’où il sort ensuite mêlé à l'urine. Cette déviation dépend de la mauvaise direction des conduits éjaculateurs , qui s'ouvrent dans le canal de l’urètre d’avant en arrière, C’est - àdire, dans une direction contraire à l’ordre naturel. |
L'impuissance, qui consiste dans Pimpossibilité d'exercer l'acte vénérien, peut dépendre d'une multitude de causes différentes qu'il serait déplacé d'examiner ici: nous dirons seulement que tantôt c’est la verge qui n’est point susceptible d’érection, et tantôt l’excrétion du sperme qui n'a point lieu. :
B. Chez la femme, les fonctions destinées à læ reproduction présentent un plus grand nombre de symptômes. Les menstrues , les lochies et la sécrétion du lait méritent une attention spéciale. |
Le flux menstruel est quelquefois très-augmenté dans l’état de maladie ; cette augmentation est
ré
EE
(1) AGç, difhcilement; oxépux, sperme.
74 | DES SYMPTÔMES. 347 | vulgairéement connue sous le nom de perte : elle » peut coïncider aux époques menstruelles ou survenir dans un autre temps. Îl arrive souvent que le flux périodique est diminué, comme on le voit dans la plupart des affections chroniques ; il est presque toujours suspendu dans leur dernière période. Les déviations du flux menstruel ont été très — fréquemment observées : elles peuvent avoir lieu par une multitude de voies différentes.
L'écoulement des lochies , après l'accouchement, peut être excessif : plus fréquemment, s’il survient quelque maladie à cette époque, les lochies coulent en quantité beaucoup moindre ou sont même entièrement supprimées, comme on le voit dans la péritonite puerpérale.
La sécrétion du lait n’augmente jamais dans le cours des maladies; elle diminue presque toujours, et quelquefois elle est supprimée. On voit ordinairement coïncider à cette suppression l’affaissement des mamelles, et d’autres fois leur endurcissement, attribué par quelques auteurs au caillement de ce liquide dans la glande mammaire. Quant à la déviation du lait dont on a tant parlé, etqu’on croyait démontrer par l'aspect laiteux du pus d’un abcès , de la matière de la leucorrhée, du liquide fourni par le péritoine enflammé, c’estune erreur qu'il est superflu de combattre , parce qu’elle est généralement abandonnée aujourd'hui. Si cette opinion avait encore quelques prosélytes , il sufirait , pour les détromper, de leur rappeler qu’on rencontre cette matière lactiforme chez les hommes comme chez les femmes,
et que, si elle offre la couleur du lait, elle n’en a jamais offert les principes. Les femmes ont encore coutume d'attribuer à la présence du lait dans l'économie, les douleurs fixes ou vagues, et la plupart des accidens qu’elles éprouvent après leurs couches; elles désignent ces symptômes, quels qu'ils soient , sous le nom de lait répandu. Cette seconde espèce de déviation est une pure hypothèse, qui n’est basée sur rien de positif.
La stérilité chez les femmes peut, comme limpuissance chez les hommes, être lerésultat de causes très-varrées , mais dont on est beaucoup plus difficile.
Dans les deux sexes, l'appétit venérien, ou le désir du coït, peut être augmenté, ditoidué où perverti. Il est augmenté dans le satyriasis et la nymphomanie, et dans quelques cas de mélancolie amoureuse. Il est diminué dans la plupart des. maladies, et particulièrement dans la leucorrhée. chez les femmes, et dans les deux sexes chez les sujets adonnés à la masturbation. Son abolition complète est désignée sous le nom d’anaphrodisie ( anaphrodisia ) (1). Il est perverti dans certaines manies et dans quelques autres névroses où les malades se livrent presque sans cesse à la masturbation ou sont entraînés à des actes anti-physiques.
Tels sont les principaux symptômes fournis par les fonctions génératrices ; on doit y joindre ceux qu’on distingue par le toucher et par le speculur uteri : tels sont l endurcissement du col de l'utérus,
(1) À privatif, appodiote, volupté.
ES SYMPTOMEST | 549 ses inégalités et ses déviations, les tumeurs, les ulcères et les perforations qui peuvent avoir leur siége dans le vagin,
ARTICLE Vi.
Des Symptômes considérés dans la maladie:
Nous n'avons fait jusqu'ici qu’énumérer les symptômes d’une manière abstraite; nous allons maintenant les mettre, pour ainsi dire, en scène, en les envisageant dans la maladie, dont ils sont les €lémens.
Quelquefois un symptôme se montre seul : le vomissement, la surdité, l'écoulement du sang par les narines sont dans ce cas; mais le plus souvent plusieurs $e trouvent réunis: Ces symptômes se groupent de mille manières, et par leurs combimaisons deux à deux, trois à trois, ou en nombre bien plus grand, ils représentent les diverses affections auxquelles est sujette l’économie. Les symptômes qui se montrent simultanément chez le même malade sont souvent dans une dépendance intime les uns des autres ; tous n’ont pas une importance égale, soit relativement au diagnostic de la maladie , soit à l'égard de l'influence qu'ils peuvent exercer sur sa marche ; enfin ils ne se montrent pas tous à la même époque. Nous allons les considérer succinctement sous ces différens points de vue.
$ L*. Il est bien important , pour l'évaluation des symptômes , de savoir distinguer au milieu du
désordre, quelquefois général, des fonctions, quelle: “est celle dont le trouble entraîne celui des autres, et de ne pas confondre les symptômes qu'on peut: nommer primitifs ou locaux, avec les phénomènes secondaires ou généraux qui les accompagnent. Dans la pleurésie, par exemple, on observe simultanément la rougeur de la face, la douleur du thorax, la céphalalgie, la faiblesse ou le trouble des fonctions intellectuelles, la soif, la voix entrecoupée , la toux, la dyspnée, la fréquence du pouls , élévation de la chaleur ; la couleur rouge de l'urine, et beaucoup d’autres symptômes qui peuvent accompagner la maladie pendant tout son cours où pendant une partie de sa durée. On voit facilement ici de quelle importance il est d'isoler les phénomènes primitifs de ceux qui ne sont que secondaires. Les premiers sont la douleur de côté, la dyspnée, la toux, auxquels on peut joindre la * gêne de la parole : les seconds-sont la coloration de la face, la céphalalgie , le délire, la fréquence du pouls, la chaleur, etc. Les changemens sensibles que présente la plèvre enflaratiée expliquent tous les symptômes primitifs, tels que la douleur, la dyspnée, la toux. Quant à la manière dont les autres symptômes sont liés à la pleurésie, 1l ést possible encore de les expliquer d’une manière satis= faisante. La douleur pleurétique, et sans doute aussi l’état de phlogose de la plèvre, obligent le malade à faire de courtes et fréquentes inspirations ; Ja respiration est dans un tel rapport avec la circulation que quand l’une des deux est accélérée, l'autre l’est inévitablement. La fréquence de ces
| DES SYMPTÔMES. 5x deux fonctions détermine l'élévation de la chaleur, à la production de laquelle l'une et Pautre paraissent coopérer; l'élévation de la chaleur augmente Ja soif, et rend lurine plus chargée : la céphajalgie est quelquefois produite par la toux, dout les secousses la provoquent et l’exaspèrent; chez d’autres elle paraît due à l'accélération du pouls, à la Chaleur et à la position horizontale gardée constamment, ou à quelque autre cause.
Mais dans la plupart des cas, il n'est pas possible de concevoir ainsi l'enchaînement des symptômes, et l’on est contraint de les attribuer au lien invisible de la sympathie. Il existe entre toutes les parties du corps chez l'homme malade, comme chez celui qui est en santé, des rapports si intimes, qu'aucune d'elles ne peut être altérée dans sa structure ou dans ses fonctions sans que toutes Îles autres, ou du moins plusieurs d’entr'elles, n'y participent à un degré quelconque. On nomme phénomènes sympathiques tous ceux qui sont dus uniquement à cette connexion des divers organes, sans lésion primitive de la partie qui en est le siége, et l’on appelle sympathie (x) la force qui préside à la production de ces phénomènes. Elle détermine chez l'homme malade des effets plus variés et plus extraordinaires encore que chez l’homme sain. Sans parler ici de cette sympathie universelle ou générale, en vertu de laquelle l’économie toute entière participe au désordre de quelque fonction ou de quelque organe, comme on le voit dans l'inflam-
{1) Sy, avec, en même temps; r#0oc ; aflection.
352 DES SYMPTÔMES: | se
mation d’un viscère , ou dans toute autré maladie interne , jetons seulement un coup-d’œil sur Îles phénomènes qui dépendent de la sympathie spéciale ou particulière ; C'est-à-dire, de celle qui établit entre tel et tel organe des rapports qui ne s'étendent pas aux autres: Hunter a distribué ces phénomènes nombreux
et variés en trois séries, selon qu’ils surviennent dans des organes continus ; contigus ou éloignés ; cette division est plus simple et plus naturelle que celles qui ont été proposées depuis. À la sympathie de continuité se rattachent la douleur qui se fait sentir dans tout le trajet d’un nerf au moment où il est piqué ou contus; les convulsions générales et le tétanos par suite du déchirement de quelque filet nerveux ; le prurit des fosses nasales chez les
. personnes qui ont des vers dans les intestins, la . ‘douleurdu oland chez les individus calculeux. Ceile de contiguité produit les vomissemens dans la péritonite, la dysurie dans le sonflement hémorrhoïdal, et le flux dysentérique, etc. La sympathie éloignée agit tantôt sur des organes semblables ou associés - aux inêmes fonctions, et tantôt sur des parties qui n’ont entr’elles aucun rapport évident. L’'inflam= mation d'un des reins suspend la sécrétion de l'urine dans l’autre. Dans l’amaurose complète d’un des yeux, on voit quelquefois les oscillations de l'iris se transmettre de l’œil sain à celui quine distingue pas la lumière, et dans l’inflammation d’un seul de ces organes, l’autre ne pouvoir pas supporter le jour. Ces divers phénomènes sont attribués à la similitude de structure et de fonctions des organes dans les=
Æ 7 «rh te = K
compte de l’affaissement ou du g
- toux qu'on observe dans certaines affections de l tomac, du foie, et même de l’utér
- blement de la lèvre inférieure et le pty
‘mucus dans la trachée-artère. Quant
| DES SYMPTOMEËS. 553:
œjücls on les observe. L'association des mamélles avec. l'utérus, des muscles expirateurs mOons, parait, Jusqu'à un certain
savec les poupoint, rendre gonflement des mamelles dans certaines affections de la matrice , de
la toux involontaire que provoque l'accumulation du ; aux exemples de sympathie éloignée entre deux organes qui ne concourent pas aux mêmes fonctions > ils sont trèsnombreux , et ne sauraient être expliqués par les anastomoses nerveuses , aïnsi que plusieurs physiologistes ont cherché à le faire pour quelques phénomênes sympathiques de cetie espèce, et en parüculier pour la douleur de l'épaule droite , qui; a-ton dit, accompagne Vinflammation du foie. La es— us; le vomis- Sèment qui a lieu dans les maladies du cerveau,
des poumons, des reins, de la matrice; le tremalisme qui précèdent le vomissement, la dilatation de la pupille dans les affections vermineuses , Tinflammation du foie qui survient dans les plaies de tête, la douleur du Senou dans la maladie de la hanche , sont autant de phénomènes sympathiques » la plupart bien constatés > MAIS entièrement inexplicables. *
els sont les principaux effets de la sympathie
Q ds : ! , " | morbide, qui transmet, comme on l’a dit , à toute
l'économie les irradiations dé l'organe affecté. S IT. Parmi les Symptômes qui se montrent sie
multanément dans le cours d'une maladie quélcon-
bre
que » tous n’ont pas ; avons-nous dit, une impor tance égale. Il est des symptômes principaux où | garactéristiques; il en est d'autres qui ne son qu’accessoires . Lorsque toutes les fonctions de l'économie sont à la fois dérangées , et que plusieurs le sont d’une manière grave , Sans qu'aucun organe soit plus spécialement affecté que les autres, alors. les phénomènes les plus saillans deviennent les symptômes principaux , et les autres ne sont qu'accessoires. Dans les maladies, au contraire, qui affectent spécialement un Organe ce n’est point d’après l'intensité des symptômes qu'on mesure limportance de chacun d'eux, mais d'après l'endroit dans lequel ils se montrent et la fonction qui est dérangée. Ainsi dans la, péripneumonie , une douleur très-légère dans un des côtés, quélques crachats à peine rouillés, sont les symptômes principaux ; tandis qu'une céphalalgie très forte , une urine rouge , € sont que des phénomènes accessoires. GI. Les symptômes peuvent aussi être distingués en actifs et en passifs.
Lorsqu'on a défini la maladie! une lutte de la nature qui emploie tous ses efforts pour repousser ou détruire la matière morbifique , il semble qu'on. ait oublié que, dans quelques affections, la plupart des symptômes tendent, au contraire ; à hâter la mort du malade , et on n’aperçoit aucun signe d’une réaction salutaire. Ainsi dans la phthisie pulmonaire ;, les sueurs nocturnes , le dévoiement, la toux, les hémoptysies, aggraveni de jour en jour Vétat du malade. Mais il est aussi d’autres affections dans lesquelles la réaction est
| (DES SYMPTÔMES | 55ÿ bien évidente : les phénomènes particuliers qui se dévéloppent autour d’une épine enfoncée dans la peau, la fièvre qui accompagne l'inflammation de cette membräne et des parties sous-jacentes , la suppuration qui se forme autour du corps étranger, et l'entraîné au déhors après avoir aminciles tégumens dans l'endroit qui correspond à l’abcès ; on décollé les bords de l'ouverture même qui avait fourni passage à l'agent matériel de la maladie, sont autant de symptômes qu'on peut nommer actifs ; avec quelques auteurs modernes. | Dans beaucoup de maladies aiguës , la plupart des symptômes semblent également indiquer, sinon un concours de toutes les forces de l’économiécontre la cause mofbifique , dû moins une lutte évidente entre l’une et l’autre. Mais on ne peut pas disconvenir que, dans le plus grand nombre des cas, la distinction des symptômes en actifs ét en passifs ne soit entièrement impossible.
: S IV: Tous les symptômes ne se montrent pas dès l'invasion des maladies. Dans celles dont la marche est rapide ; c'est, en général, vers le second ou le troisième jour que les symptômes principaux sont développés ; dans celles dont la marche est lente, ce n’est souvent qu'après plusieurs mois, ou même qu'après plusieurs années : dans l’un et Vautre cas ; il survient , pendant le cours de l’aftecthon , divers symptômes accidentels que l’on nomme cpiphénomènes (1), et qui ne diffèrent des symptômes proprement dits que parce qu'ils ne sont pas
LA f È , (4) Ert, Sur; paivouat , JC parais.
aussi intimement liés à lexistence de la maladie. On peut rapporter aux épiphénomènes ou aux ac— cidens les supervenientia, les épiginomènes , et ce qu’on a désigné dans les écoles sous les noms de symptômes de la cause, et de symptômes du symptôme. Les supervenientia sont des phénomènes étrangers à la maladie, mais développés par elle: telle est l'apparition du flux menstruel avant l’époque ordinaire ; telles sont les douleurs de la dentition, qui surviennent chez des enfans qui n'en étaient pas auparavant tourmentés ; telle est enfin chez quelques malades la multiplication prodigieuse des animaux parasites, des vers et des poux en particulier. Les épiginomènes (2) sont des accidens qui se manifestent pendant la maladie, mais qui dépendent de quelque cause externe, de la négligence des assistans ou de l’imprudence des malades. Les symptômes de la cause sont des phénomènes accidentels qui semblent dépendre, non pas de la maladie , qui ne les produit point ordihairement, mais de la cause qui détermine la ma- Jadie elle-même : telle est l’hémoptysie ou crachement de sang qui a lieu dans le cours d’une fièvre inflammatoire : comme ce symptôme n’accom-— pagne pas ordinairement cette maladie, on a pensé qu'on devait le considérer comme le résultat de la pléthore qui produit la fièvre , plutôt que comme un effet de cette fièvre elle-même. Enfin , lorsque cette hémorrhagie devenait considérable au pointde produire des défaillances , ces défaillances étaient ;,