DÉFINITION
Cette définition simple et précise à été modifiée. de mille manières par les médecins des siècles sui vans, qui ont cherché à la rendre plus exacte. On a senti que le dérangement des fonctions ne sufli= sait pas pour constituer la maladie, et qu'il était certains phénomènes qui troublent lesunessans produire l’autre. La femme est ordinairement ; à Pépo+ que du flux menstruel , dans un état de malaise qui n’est pas une maladie. L'accouchement est accompagné de douleurs très-vives ; il est suivi d’une hémorrhagie utérine ; le pouls devient fréquent , la chaleur s'élève, l'appétit cesse , et néanmoins il n'y a pas là maladie. Enfin, chez le vieillard, les fonctions ne s’exercent plus avec la même régularité : les organes génilaux deviennent peu à peu mhabiles à la reproduction , un affaiblissement progres" sif frappe les fonctions destinées à établir les rela= tions de l’homme avec les objets qui l'entourent; ses facultés intellectuelles sont obscurcies , ses sen cations émoussées , sa démarche vacillante. Plus tard , les organes de la vie individuelle participent: eux-mêmes à cette faiblesse, sans qu'il y ait là maladie. Chez l'homme qu’une cause quelconque a privé d’un œil , d’un bras , il n’y a point exercice régulier de toutes les fonctions , et cependant on ne peut pas considérer cet homme comme malade. Une gêne légère, qui se fait à peine sentir dans quelque partie; une douleur aiguë, mais instantanée , qui a lieu dans une autre ; un spasme passager , un mouvement involontaire , sont autant de dérange- mens des fonctions, mais ne sont pas des maladies: Le dérangement des fonctions ne suflit donc pas
DES MALADIES. 17 pour conshituer la maladie, puisqu'un troubte ; même considérable , dans leur exercice, n’est pas incompatible avec la santé, C'est aussi A tort, par conséquent , qu'on a défini la santé , cet état dans lequel toutes les fonctions s’exercent avec régularité et harmonie. Il est, comme on l’a dit, une santé individuelle qui varie à raison d’une multitude de circonstances. Cette remarque a été faite par beaucoup de médecins , et les a conduits à modifier la définition de Galien. Quelques-uns ont dit que le trouble des fonctions qui constituela maladie devait être le résultat de causes morbifiques (1). D'autres ont ajouté à ce trouble l’épithète præternaturalis , pour faire connaitre que ce dérangement des fonctions devait être plus ou moins éloigné de l’ordre naturel (2). Cette définition , ainsi modifiée, est plus exacte, mais elle est susceptible de l'être davantage. Toute espèce de dérangement des fonctions, plus ou moins éloigné de l’ordre naturel, constitue une maladie; mais la maladie peut exister sans ce dérangement. Une hernie, par exemple, est une maladie, et elle ne produit pas constamment de trouble dans les fonctions. La dégénérescence tuberculeuse , qui est une maladie fort grave, peüt occuper quelques glandes , et même une portion d’un viscère important, comme le pou-
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(1) Luowic, Patholog Instit. , pag. G.
(2) On traduit ordinairement l'adjectif latin præternaturalis par le mot contre-nature : ce n’est pas là son véritable sens : il exprime une déviation ;et non une opposition à l'ordre uaturel,
18 DÉFINITION mon, sans déterminer de trouble apparent dans la santé. Il est donc important de comprendre dans la définition de la maladie le déplacement des parties et les altérations de tissu qui peuvent exister sans trouble des fonctions, et d’en distinguer le dérangement des fonctions qui est compatible avec Vétat de santé. £
L’essor donné dans ces derniers temps à l'anatomie pathologique et l’espèce de prééminence généralement accordée aujourd’hui à cette branche de la médecine, ont conduit quelques médecins à né voir dans la maladie qu'une lésion matérielle de nos organes. Il est sans doute rationnel de reconnaître que le trouble des fonctions suppose une altération quelconque dans les organes qui y pré sidént; mais dans beaucoup de cas, comme cette lésion échappe à nos sens , le dérangement des fonctions est alors la seule chose appréciable, la seule qui constitue la maladie. |
En conséquence, on peut définir la maladie une altération notable, soit dans la position ou la structure des’ parties, soit dans l'exercice d’une ou de plusieurs fonctions (relativement à la santé habituelle de lindividu) (x).
Quelques auteurs ont cherché à établir une distinction entre l'affection et la maladie, expressions
(1) Cette définition de la maladie nous a paru plus exacte que les autres , bien qu’elle soit défectueuse à quelques égards : cette imperfection est peut-être inhérente à l’objet même qui nous occupe. La santé et la maladie se confondent souvent ensemble: or , est-il possible de définir avec une exactitude rigoureuse des. choses qui ne sont pas toujours distinctes re
DES MALADIES. , 19 généralement employées comme synonymes. Les uns ont pensé que le mot affection convénait mieux aux cas de chirurgie , et le mot maladie à ceux dé médecine. D'autres out prétendu que là maladie consistait dans la lésion intime des parties , et l'affection dans les phénomènes sensibles qui en ré: sultent. Sprengel, qi à présenté cette distinction, a prétendu qu'elle pouvait servir de base à la dis vision de la pathologie èn générale et en spéciale que la première avait pour objet la maladie, et la seconde affection. Dans le sens même où Sprengel a employé ces deux expressions ; lune et l’autre appartiennent également à la pathologie générale et à la pathologie spétialé. Cette distinction de l’affection et de la maladie doit donc être rejetée comme contraire à Pacception commune, et comme propré à jeter de Pobscurité sur le langage, sans répandre aucune lumière sur les choses. En conséquence, dans le langage médical; on emploie comme synonymes les mots Étui et afjection ; bien qué ce dernier, pris dans son sens le plus g général , ait une icaion difiérente.
$ EH. Après avoir défini la maladie en général, suivant les principes précédemment établis, noûs allons entrer dans quelques considérations sur à manière de définir les maladiés en particulier. Ces considérations seront encore applicables à toutes lés affections ; elles appartiennent , par conséquent , à la pathologie générale.
IL est beaucoup plus iniportant éncoré de bien définir chaque maladie en particulier , que de se fair
ne idée nette de la maladie én général.