ARTICLE II
Des Moyens thérapeutiques.
On comprend sous la dénomination Sénérale de
moyens thérapeutiques tout ce qui peut être em— :
ployé par le médecin pour rétablir la santé des malades. L'air, l'habitation, le régime, l'absti- A ———————————]——————— (1) « Mec reconvalescens omnis aut ièm sollicir , aut tèm » parcè nutriendus , aut alvo purgandus , aut demèm ro. » borandus ; sed suaicuivis morbo , subjecto ; ælati , ete. Re= ” convalescentia est, que diætam sibi propriam et medicä- » mMmenla interna, exlérna , aut varia aut nulla sibi expos- » Cil, » Frank, Epüome, x, 55, LM
, ei VUE THÉRAPEUTIQUE: 569
nence, l'exercice, la dissipation, etc., sont des
. ti ’ . k ° ° OL NT mioÿens thérapeutiques aussi-bien que les remè proprement’ dits. |
D'après cet aperçu, il est facile de voir que leur‘.
nombre est infini. Tous les corps de la nature, toutes les combinaisons. de l'art, tous les actes même de la vie deviennent autant de moyens propres à remplir les indications. Nous ne devons pas ici les exposer en détail, mais seulement les présenter en masse, et Fan à CE de ils offrent de commun. Nous les distinguerons, ! à cet effet, en deux classes : dans la première, nous placerous les moyens thérapeutiques proprement dits, et dans la seconde, les moyens généraux ou Aygiéniques.
SECTION PREMIÈRE
Des Moyens thérapeutiques proprément dits,
Les moyens thérapeutiques proprement dits sont
ceux qui concourent dune manière active et EVidente à la guérison des maladies : on les a divisés en externes ou chirurgicaux , et en médicinaux ou internes.
: I”. Les moyens chirurgicaux ou externes ca été réunis en plusieurs séries : dans la première, on. a placé ceux qui agissent par synthèse (1), c’està-dire, en réunissant des parties divisées, ou en ramenant à leur situation première celles qui ont été déplacées : tels sont les bandages unissans et
(1) Oëw,, ri0nue, place; où, avec.
les emplâtres agglutinatifs dans les plaies ; les attelles dans les fractures , le taxis dans les hermies, etc. Dans la seconde, diérèse (1), on a rassemblé toutes Îes opérations qui consistent à diviser, à l’aide de la main, du fer ou des caustiques, les parties continues : toutes les incisions , depuis la simple piqüre de la veine jusqu’à la gastrotomie, appartiennent à la diérèse: Dans la troisième série (exérèse) (2), on a réuni tous les procédés qu’on emploie pour extraire les corps étrangers ou les substances nuisibles : l'extraction du calcul vésical, la cautérisation des parties qui ont recu un virus ou un venin, appartiennent à cette série. La quatrième enfin (prothèse) (3) comprend tous les moÿens mécaniques destinés à suppléer aux parties qui manquent’ou qui sont mal conformées. Cette division des procédés chirurgicaux n’est pas plus exempte d’imperfections que celle des moyens internes. La même opération nécessite quelquefois le concours de moyens qui appartiennent à ces quatre séries, et souvent les opérations les plus simples exigent l'emploi de plusieurs (4) : dans l'opération de la hernie étranglée , il faut diviser, réduire, ajouter un bandage pour suppléer à la faiblesse des parois abdominales, et quelquefois retrancher une partie de l’épiploon ou de l'intestin gangréné.
(1) Anérpéow , je divise.
(2) É6, dehors; dow, je retire. |
(3) Oiw, tin, je mets; xp, à la place.
(4) Traütédes Maladies chirurgicales et des Opérations” qu leur conviennent ; par M. le baron Boyer. Paris, 1814-1910.
THÉRAPEUTIQUE. il:
$ IL. Il est bien plus difficile encore de classer méthodiquement les moyens qui sont du ressort de la pathologie interne. De toutes les divisions qui ont été proposées jusqu’à ce jour, aucune n’a généralement réuni les suffrages. L'ancienne division des remèdes en évacuans et en altérans est entièrement abandonnée aujourd’hui, et celles qu'on lui a substituées ne sont pas, à beaucoup près, satisfaisantes.
C’est uniquement d’après leur action sur l’économie que les remèdes peuvent être classés : or, cette action étant presque toujours complexe, souvent variable , quelquefois toute opposée selon les maladies et les individus ; on sent combien il est difficile de les distribuer régulièrement : on est, d’aprèsæcela, obligé de classer les remèdes plutôt encore d’après le but dans lequel on les emploie que d’après l'effet qu’ils produisent. Or , les principaux points qu’on se propose dans Padminisiration des remèdes sont d’augmenter ou de diminuer les évacuations , d’affaiblir ou de fortifier, de calmer ou de stimuler , et de combattre directement une maladie par un moyen qui possède une action Spé— ciale pour en suspendre la marche : on pourrait ainsi rapporter presque tous les médicamens à sept classes principales , savoir : les évacuans et les astringens , les débilitans et les toniques, les calmans et les simulans , et enfin les spécifiques. Nous sommes les premiers à sentir les défauts de cette division; mais nous pensons qu'ils se retrouvent dans toutes les autres, qui ot encore l'inconvénient d'être beaucoup plus compliquées. Nous savons que
brad ? | THÉRAPEUTIQUE
les évacuans ne produisent pas toujours d'évacuations, et que les astringens les augmentent quel- * PO que tel moyen qu’on rapporte aux débilitans peut dans quelque circonstances augmenter les forces ; nous n’ignorons pas que les calmans et l’'opium en particulier ont quelquefois produit une stimulation véritable, et, qu'à proprement parler, il n’y a point de spécifiques; mais &i, comme on l’a très-sagement remarqué, l'absolu ne se trouve que dans l imagination des hommes , s’il n'existe nulle part dans les actes de la nature, on ne peut pas l’exiger dans l’objet qui nous Re ci xs et des exceptions même nombreuses n’empêécheront pas qu'on ne doive, en thèse générale , considérer le tartrate antimonié de potasse comme vomitif, la saignée comme débilitante , l’opium comme calmant, l’ammoniaque comme stimulante , le quinquina et le mercure comme des spécifiques (2) dans
(1) La plupart des remèdes ayant une action complexe , peuvent être, par cela méme, rapportés à plusieurs classes. Les purgatifs sont débilitans et évacuans ; le quinquina est. tonique et fébrifuge ; parmi les diurétiques, les uns sont excitans , les autres ne le sont pas’, etc. Cet inconvénient est inhérent à l’objet méme ; il se retrouve dans toutes les classificalions. |
(2) Le nombre des remèdes bras est fort. petit = le mercure, le quinquina et le soufre sont les /seuls qui mériteñt cette dénomination ; on peut y joindre la vaccive, dont l'effet est seulement RE Il ne peut y avoir + remêdes spécifiques que contre les maladies qui sont pro* duites exclusivement par une cause spécifique : la ci mé la gale , la variole , les fièvres"intermittentes sont jusqu'ici les seules affections conire lesquelles on connaisse des spécilt-
le traitement des fièvres intermittentes et des maladies vénériennes. |
Il est généralementtrès-difficile, même à l’homme le plus exempt de prévention, d'apprécier avec justesse l'influence des médicamens internes sur les maladies : c'est tantôt l’irrégularité de leur marche qui induit en -erreur et fait attribuer aux moyens employés des changemens qui en sont tout-à-fait indépendans ; comme on l’a spécialement observé dans lesaffections rhumatismales et nérveuses dont la durée’est toujours incertaine; tantôt , comme on l’a remarqué dans le déclin des épidémies de fièvres jaunes, c'est une diminution progressive et spontanée de la maladie ; qui-en'impose aux médecins; d’autres fois, cest par une erreur de diagnostic qu’on a accordéà des remèdes une ‘vértu qu'ils n'avaient pas : c’estainsi qu’on peut
‘expliquer comment le calcul vésical ‘et la phthisie pulmonaire confirmée ont eu un si grand nombre
de remèdes spécifiques éry:
Il est: d autres circonstances où Re des re- R
mèdes est bien évidente; on ne saurait la nier dans
le traitement de certaines affections qui persistent
oo É PRES
* ques : on peut regarder comme certain que si l’on découvre un jour de nouveaux spécifiques, ce sera dans des affections également dues à des causes uniques ; telles que la rage, la scarlatiné, la rougeole. L’épilepsie, an contraire . qui end de causes variées, ne saurait en avoir.
(1) On en compte plus de trois cents pour chacune de ces maladies : c’est une chose fort remarquable que les affections qu'aucun remède ne guérit soient précisément celles qui ont eu. le plus grand nombre de spécifiques.
ou même s’aggravent continuellement lorsqu'on les abandonne aux seuls eflorts de la nature, et qui cessent plus ou moins promptement par l’effet des remèdes : telle est l’action du mercure et du quinquina, dans les. affections syphihtiques et dans les fièvres intérmittentes.
Plus il est difficile d'apprécier l’action des médicamens, plus il importe de ne point en employer un grand nombre simultanément. Autrefois un médecin ne pouvait guère se dispenser de charger ses prescriptions d'une multitude de.remèdes dans les cas même où la maladie n’en exigeait aucun ; üné potion qui n'aurait pas contenu au moins cinq espèces de substances eût été mal composée, et celui qui laurait écrite eût été taxé d’ignorance, ou au moins de distraction.
- Le temps a fait justice de cette erreur, etla polypharmacie (x) ne compte plus que quelques prosélytes intéressés ou crédules dont lé nombre diminue tous les jours. Les. médecins ne sont pas les seuls qui la condamnent ,et les eg gens dumonde éux-Mém ol ont senti combien sont vaines et ridicules ces combinaisons monstrueuses de drogues de toute espèce, prèsque aussi dangereuses pour les malades que nuisibles aux progrès de l’art.
Cette grande réforme opérée dans la pratique de la médecine, et à: laquelle a si puissamment con- » couru le professeur Pinel, a déjà produit des résultats précieux, et promet à la science des
(r) Polypharmacie; de ok, beaugoup 3 3e de PAPUXXOY remède. ”
THÉRAPEUTIQUE 575 avantages infinis. C’est en n’employantà la fois, dans la plapert des cas, qu’unseul remède qu’on pourra parvenir à à en bien apprécier les effets sur l’économie, et par suite, à dissiper une pertie des ténèbres qui enveloppent encore la branche la plus importante de la médecine. Toutefois, en condamnant l’emploi simultané d’un grand nombre de
moyens, nous parlons seulement des moyens ac-
difs, Car , pour les autres, on peut les combiner sans aucun inconvénient, suivant les goûts et quelquefois même suivant les caprices des malades : faire prendre simultanément ou alternativement l'infusion de fleurs de violettes ou de mauve, de buglose ou de bouillon blanc, c’est employer, si l’on veut, plusieurs remèdes, mais ce n’est pas varier le traitement, parce que l’action de chacun de ces moyens n'est pas sensiblement différente (1). Il est aussi des cas dans lesquels il est nécessaire d'associer plusieurs remèdes actifs, les saignées et les vomitifs, par exemple, le quinquina , le vin et les vésicatoires ; mais toutes les fois que la gravité ou l’opiniâtreté des maladies ne l'exige pas , il faut ne faire usage que d’un seul médicament à la fois.
Les indications n'étant pas les mêmes pen-
(1) On ne doit pas confondre , Icomme l’a remarqué M. Bayle , le traitement avec le remède. Le traitement n’est
n'ést pas l'emploi de tel remède contre telle maladie, mais la manière de Fabre cette maladie en rémplissant, par tel moyen qu'on juge convenable, une indication donnée. Les remèdes peuvent varier selon les lieux, le siècle où l'on vit, la mode, et le traitement étre toujours le même.
dant tout le cours d’une maladie , il est RUN 2
rement nécessaire de changer les remèdes. Lés toniques peuvent être indiqués dans la dernière période d’une maladie au début de laquelle la saignée a été nécessaire ; mais ces changemens ne doivent pas être brusques , et ce n’est jamais, ou presqué jamais d’un jour à l’autre que des remèdes opposés
peuvent être indiqués. Ainsi , dans une fièvre grave
<çui survient chez un jeune homme , les symptomes inflammatoires ‘ui ont'lieu :au début exigent les moyens débilitans pendant les premiers Jours ; ensuite la faiblesse qui commence’à se montrer né- Le tr me 4 de quelque remède légèrement tonique qu on administre en petite quantité et seulement au moment de la rémission ; de jour en
jour on en augmenté la dose, on le fait prendre à
de plus courts intervalles , et lorsque les symptômes adynamiques sont complètement développés , j on à recours aux moyens fortifians les plus énérg-
ques , qu'on ‘emploie avec une mesuré telle. qu’ où
puisse les rendre chaque ]; jour plus actifs ! jusqu’ à ce que la maladie cesse de faire des ? progrès + die ya dans ce cas Pont entre. les moyens : mis en
usage ;, mais on n en peut rien conclure contie la.
méthode de’ traitement | parce que la même op-
position s’est présentée FA le caractere. de k mMmAa-
Le,
ladie. "T1 n’en est'pas de même lorsqu' on emploie
tour-à-tour ou simultanément dans une affection aigué la saignée et le qunquina , lorsqu' on abandonne prenais les toniques pour: révenix, aux débilitans , et qu’on voit ainsi d’un jour à J'autre des indications toutes contraires. Quelque. variées
ue sotent les formes des maladies, elles ne sau-
raient autoriser une semblable vacillation , qui est
toujours dans le médecin une preuve non équivo-
que d’i inexpérience dans la pratique ou d’ incertitude dans l'esprit.
Le nombre des Léfédes étant infini et celui
des indications borné, il en résulte que chacune
d'elles peut être remplie par plusieurs remèdes entre lesquels le médecin choisit celui qu’il préfère,
ét l’administre sous une forme, et à une dose qui
ne sauraient être déterminées pour tous les cas > CE qui doivent varier suivant une multitude dé*circonstances. La thérapeutique est moins susceptible encore à cèt égard , que toutes les autres branches de la médecine, d'une précision mathématique. Lorsque la saignée est indiquée, par exemple ; il est impossible que tous les médecins se rapportent sur le nombre de fois qu’on y aura recours etsur la quantité: d’onces de sang qui sera tirée. Dans telle maladie où l’un prescrira linfusion de quinquina, ün autre préférera la décoction, la poudre, ou Vextrait ; celui-ci emploïera la serpentaire de Virgifie dans un cas où celui-là ordonnera PEU où Ja cascarille ; tous néanmoins traiteront de la même manière, RTE verront la même indication ; il n'y aura de variété que dans la manière d'y satisfaire. |
Les formes sous lesquelles on administre les médicamens sont extrêmement variées. Les uns
‘sont employés à l'état solide, les autres à l’état de
b les applique, quelquefois à la surface du corps ; le }
LP
gaz ou de vapeur, la plupart t à l’état liquide. On
le
plus souvent, on les porte à intérieur ; et particulièrement dans le canal digestif, d'où ils sont transmis par l'absorption dans le reste de l’économe.
Parmi les médicamens, les uns sont administrés seuls , les autres dans un état de combinaison avec diverses substances qui tantôt augmentent ou modifient leur action, et tantôt ne font que leur servir de véhicule. La préparation et la conservation des médicamens sont l’objet d’un art Led qu’on nomme, par ce moûf, pharmacie (1 4e
La dose des médicamens n'offre rien de conslant. Elle varie à raison de leur activité, qui n’est . pas constamment uniforme dans la même espèce de substance, à raison de l’âge du sujet , desa susceptibilité, du genre de la maladie, de l'effet qu'on veut obtenir ; elle doit varier encore relativement au temps Mu lequelle malade en fait usage: Thabi- - tude émousse l'efficacité des pete, à > comme des causes morbifiques, et il est nécessaire;/naprès un certain temps, d'en augmenter les doses dans une proportion illimitée, d'en changer le mode de préparation , ou même de prescrire d'autres remèdes s lorsque plusieurs peuvent remplir la même indication. we:
(1) Dpuaxoy, médicament.
SECTION Il.
Des Moyens généraux ou hyYgiéniaues.
L’hygiène (1) est cette branche de la médecine qui a pour objet de conserver la santé et de préveuir les maladies. On désigne sousla dénomination commune de moyens hygiéniques tout ce qui est propre à remplir ce but.
Si l’hygiène s'applique exclusivement à l’homme sain , il n'en est pas de même des moyens hygiéniques ; ceux-ci sont nécessaires à l’homme malade, et lui sont même plus indispensables encore qu’à ce- Jui qui esten santé: ce dernier s’en affranchit quelquefois sans avoir lieu de s’en repentir, l'autre ne le fait jamais impunément.
Non-seulement les secours hygiéniques sont d'une grande utilité à l’homme malade , mais ils lui sont plus utiles encore que tous les ARE ES pro pr ement dits. On a pu avoir des doutes sur l’efficacité des remèdes, personne ne pourrait en avoir sur celle des moyens hygiéniques. À Paide de ces : seuls secours , et sans l'emploi de médicamens, la plupart des maladies aiguës peuvent se terminer favorablement; sansleur concours, les médicamens les
mieux indiqués seraient toujours insuffisans ; ét ce
n est pas iciune simple supposition, c’est uné vérité que des faits sans nombre ont confirmée et confirment encore chaque jour. Dans les endroits où
(1) Yyieuæ, santé.
il n’y a point de médecins , et où par conséquent les malades n’emploient pas de remèdes, ou font usage, comme cela arrive plus souvent encore, de remèdes contraires , la nature, aidée des moyens hygiéniques quefournit lesimple bonsens, parvient, dans la plupart des cas, à surmonter non-seulement la maladie , mais encore les remèdes qui tendent à l’aggraver. Dans des circonstances opposées, où les malades ne manquent ni de médicamens ni de médecins habiles pour les admimstrer, mais où ils sont privés de toute espèce de secours hygiéniques , on voit non-seulement les maladies graves se terminer presque sans exception par la mort, mais encore les plus légères se convertir en des affections mortelles. L’entassement des malades dans des lieux trop étroits ou mal aérés, la corruption de l'air par le défaut absolu de propreté, le manque de linge ét de vêtemens, Pexposition au
froid , à La pluie, les erreurs de régime, le décou-
ragement , etc. , ont constamment produit cet effet toutes les fois qu'ils ont agi concurremment : nous n’en avons eu que trop d'exemples dans les‘hôpitaux militaires pendant les dernières campagnes. Enfin, dans un grand nombre d’afféctions aiguës, dans certaines varioles, dans quelques typhus réguliers , le médecin sage se borne souvent à l’emploi des moyens généraux, et s’abstient avec raison de toute espèce de remède actif, parce qu'aucun n’est indiqué. * Nous avons insisté précédemment sur la nécessité de ne prescrire les remèdes actifs que seuls ou du moins qu’en petit nombre à la fois. Il en est tout
| THÉRAPEUTIQUE à 561
autrement des moyens hygiéniques ; il est en quelque sorte impossible de les trop multiplier dans le traitement des maladies aigués et chroniques.
Ces moyens, sans être les mêmes Line toutes les maladies, offrent cependant assez d’analogie dans le plusgrand nombre desaffections, soit aiguës , soit chroniques, pour. que nous croyons pouvoir les exposer succinctement 1Ci , comme constituant un point très-important de thérapeutique générale.
& Er. Soins généraux dans les Maladies aiguës.
À. Circumfusa. Les malades atteints d’une affection aiguë doivent être placés dans une chambre vaste, bien percée , de manière à rendre facile le renouvellement de l'air. — La température doit y être douce; on l'abaisse pendant l'été en empéchant les rayons solaires dy pénétrer , ou en y faisant des aspersions d eau froide ; on l'élève dans les saisons froides au moyen de foyers : la température doit d’ailleurs varier suivant le caractère de la maladie et suivant l’état de la chaleur chez le malade. — Une lumière fable convient dans les maladies accompagnées d'augmentation des forces ; dans celles où elles sont diminuées,, au contraire, une lumière vive est préférable. — L'exposition à l’ouest et au midi est meilleure dans Le premier cas ; lexposition au nord et à l’est dans le second. Lorsque l'air du heu qu ‘habite le malade est corrompu , lorsque les miasmes qui s’'échappent de son corps et les matières excrétées exhalent une odeur fétide,
Lite 1) THÉRAPEUTIQUEe et surtout lorsqu'il s'en dégage des principes contagieux, on doit, pour le malade lui-même et pour ceux qui lentourent, avoir recours aux fumigations , et particulièrement à celles de chlore : elles n'ont pas seulement l'avantage de dissiper la mauvaise odeur, élles neutralisent encore ou brülent , suivant les théories modernes , tous les miasmes et les-virus répandus dans Pair. Si le malade est dans une chambre étroite, humide, ou qui lui soit commune avec beaucoup d’autres , on doit , malgré les inconvéniens qui semblent attachés au transport, l'en retirer pour le placer dans un lieu plus convenable. Des exemples nombreux prouvent que des individus atteints de maladies très-graves ont été retirés des hôpitaux et transportés à une grande distance , non-seulement sans que la maladie ait été exaspérée, mais avec ure amélioration plus marquée de jour en jour : at observations de Lind, en particulier, viennent
à l'appui de cette assertion.
B. Æpplicata. I est de la plus haute importance de tenir les malades atteints d’affections aiguës dans la plus grande propreté, et par conséquent de changer fréquemment leur linge. Ce principe, généralement admis aujourd'hui, a long-temps été mé connu; et ce qu'il y a de plus remarquable dans l'ancien préjugé qui le condamnait, c’est que c'était précisément dans les fièvres éruptives et contagieuses, dans la variole en particulier, où le linge recoit le pus des boutons , et où le besoin d’en changer se fait sentir davantage, qu'on recommandait le plus de s’en abstenir. Le changement de linge,
pe.
THÉRAPEUTIQUE: 583 pourvu qu'on ne le répète pas trop souvent sans nécessité , et qu'il ne fatigue pas le malade , woffre aucun inconvénient : on peut même le faire pendant la sueur avec les précautions convenables (1).
Les lits des malades méritent une certaine attention. Les matelas de laine sont les plus usités ; néan-
* moins le crin serait préférable si la chaleur était trés-
élevée : jamais onne doit permettre de coucher immédiatement sur la plume. Il est souvent nécessaire
de garni le lit de substances propres } recevoir leg
matières excrétées ou d’une toile imperméable, et quelquefois d’y placer des coussins pour prévenir la pression du corps sur les endroits où elle serait nuisible. IL faut varier la forme des litssuivant Les affections : siles malades doivent rester constamment dans la même position , il convient que lelit offre un plan horizontal ; chez ceux qui sont atteints où menacés
d'une congestion cérébrale, il faut, au contraire,
donner au lit une inclinaison telle que la tête soit beaucoup plus élevée que le reste du corps.
On doit encore ranger parmi les soins généraux qui appartiennent à la même série l'application de linges très-chauds sur tout le corps ou sur quelque partie dans le refroidissement général ou partiel, l'usage des boules d’étain remplies d’eau chaude, etc.
(1) Diverses circonstances particulières conduisent à joiitdre à la chemise, qui est le seul vêtement des malades dans la plupart des affections aiguës, la camisole ou la cravates Lorsqu'il y a du délire, le gilet de force est préférable à tous les autres liens dont on fait usage. |
C. {ngesta. L'emploi des alimens et des boissons est d’une grande importance dans les maladies aiguës.. Il est deux inconvéniens également fâcheux qu'il faut éviter avec le même soin : celui de nourrir trop et celui de ne pas nourrir assez. Ramazzini s'est élevé avec raison contre l’un et l’autre , lorsqu'il a dit que les pauvres succombaient souvent à leurs maladies pour avoitrop mangé, et les riches par la diète trop sévère à laquelle ils étaient soumis, {ippocrate pensait qu’il y avait moins de danger à donner un, peu au-delà de ce qui est nécessaire qu'à astreindre les malades à une abstinence trop complète, On doit, dansles maladies aigués, chercher à tenir un juste milieu, proscrire toute espèce d'alimens solides, permettre quelques substances légeres ,.de digestion facile, telles que les. bouillons animaux, les fruits rouges, les gelées végétales , dont on varie la quantité à raison de l'intensité des symptômes , du besoin des malades, de leur régime habituel. Dans la première période des maladies aiguës , on peut permettre quelques alimens , afin de rompre moins subitement les habitudes de la santé, et parce qu’à cette époque le malade peut ‘encore les digérer plus facilement: dans la violence des symptômes, la diète doit être plus sévère, et quelquefois même l’abstinence entière ; AA intempestif des alimens , comme la dit un médecin célèbre , nourrit la Te et non le malade. Au déclin , on doit revenir par degrés à leur usage. 19
Dans la plupart des maladies aIgUËS D on ne prescrit pas d’autres boissons que celles qui sont
THÉRAPEUTIQUEs 568 :
indiquées comme médicamens; dans celles où l’on accorde quelques alimens, on peut permettre aux malades une petite quantité de vin ou de bière convenablement étendue d’eau.
D. Æxcreta. est dela plus haute importance que les matières excrétées dans le cours d’une affection aiguë soient prompiement éloignées des malades : la sueur, en se refroidissant sur le corps, a de graves inconvéniens ; les urines et les matières fécales , déjà altérées par la maladie, et disposées à une prompte décomposition, donnent à l’air des qualités nuisibles ; les matières vomies ent de plus l’inconvénient de provoquer par leur aspect ou leur odeur de nouveaux efforts de vomissement. Lorsque l'urine et lesmatières fécales sont excrétées involontairement , leur contact avec le corps du malade a des suites encore plus .fâcheuses : d’une part elles peuvent être absorhées par la peau, de l'autre elles déterminent rapidement des excoriations aux tégumens du sacrum, et provoquent la formation Re IRRQUIS dangereuses et sou | vent mortelles. «
E. Acta. On conseille généralement dans les Ma
ladies aiguës le repos et le sé] our presque continuel
au dit : toutefois il est utile queles malades soient levés journellement, et placés, selon le degré de force qu ils conservent » soit sur un auire lit, soit sur un siége où ils restent jusqu à ce qu ils commencent à éprouver le malaise qui leur indique le besoin de paprendre la position horizontale. Sydenkam voulait qu’on levât chaque jour les malades; il considérait ce moyen comme irés-propre : a prévenir € et à combattre
le délire. N ous avons vu précédemment que le mouvement passif n'était pas aussi nuisible aux fébricitans qu’ on pourrait le croire , et peut-être a-t-on généralement trop négligé ce moyen dontle hasard et la nécessité ont plus d’une fois démontré les avantages.
IL est de la plus haute importance de faire changer fréquemment de position aux malades que la faiblesse empêche de se retournereux-mêmes ; la né- “gligence de ce précepte entrainerait presque nécessairement la formation d’escarrhes aux endroits comprimés et tous les maux qui en résultent.
Le sommeil est généralement favorable due les maladies aiguës; il faut, en conséquence, éloigner | tout ce qui pourrait le épée en agissant vivement sur les organes des sens ou sur le moral du malade ; on doit se garder de linterrompre sans nécessité, pour faire prendre des remèdes ou dans tout autre but, à moins qu’il ne soit très-prolongé. Lorsqu’ il n’a pas lieu naturellement , on peut le favoriser en levant le malade atetdieé instans vers le soir et en faisant son lit; et quand ces moyens ne suffisent pas, en lui prescrivant , sirien ne s’y oppose, quelque médicament propre à le provoquer.
F. Percepta. Les sensations , les affections morales et les fonctions intellectuelles appellent d’une manière toute spéciale l’attention du médecin. Nous avons vu dans quels cas la lumière peut être coniraire ou favorable : le bruit, et en particulier les conversations de toute espèce, sont presque toujours nuisibles dans la chambre des malades : à voixbasse,
TIÉRAPEUTIQUE . 587
elles lui donnent souvent de l'inquiétude; à haute voix, elles le fatiguent.Les odeurs vives et pénétrantes sont généralement dangereuses dans les ma- Jadies inflammatoires ; elles peuvent être utiles dans les affections adynamiques et dans quelques névroses.
L'influence des passions sur la marche des maladies est tellement puissante que le médecin doit ne rien négliger pour leur imprimer une direction favorable. Dans ce but, il doit employer tous les moyens propres à obtenir et à conserver la confiance entière du malade, et prendre garde sans cesse que rien dans ses actions comme dans ses paroles ne puisse l’altérer. C’est surtout en l'écoutant avec une grande attention , en lu témoignant un intérêt particulier qu'il parviendra à ce premier résulat. Quelle que soit son opinion sur la terminaison de la maladie, il devra toujours porter devant le malade un prognostic favorable; il aura soin de l’'aborder avec sécurité et de paraître toujours calme auprès de lui, lors même que tout concourt à lui inspirer les plus grandes inquiétudes ; aucune parole inconsidérée, aucun geste irréfléchi, aucun changement dans sa figure ne doivent donner au malade le moindre soupçon du danger qui lemenace. Il est également indispensable de recommander aux personnes qui l'entourent de ne laisser entrevoir aucune inquiétude; et, par le méme motif, on doit taire le péril à celles qui n'auraient pas la force ou l'intelligence nécessaire pour le cacher. Il est des malades qui pressent continuellement le médecin de leur faire connaître s’ils sont en danger,
en protestant qu'ils ne craignent pas la mort ; mas cette assertion. elle-même et plus encore l’empressement qu'ils mettent à savoir quelle sera la terminaison de leur maladie , prouvent qu'ils sont loin d’être résignés : aussi le médecin ne doit-il pas céder à leurs instances. On a vu souvent des hommes accoutumés à braver la mort dans les circonstances où ils pouvaient périr avec gloire, n'avoir pas assez de force pour soutenir l’idée du péril qui les menaçait dans le cours d’une maladie , et moins encore pour entendre l'arrêt d’une mort inévitable. Une véritable philosophie ou une confiance entière dans les dogmes religieux, peuvent donner à quelques He la rte nécessaire pour apprendre avec calme que le terme de leur vie est proche; mais ces exceptions peu nombreuses ne détruisent pas la règle générale : la crainte de la mort ajoute toujours à la gravité d'une maladie sérieuse; et le médecin qui laisse soupconner le danger diminue les chances de succès. Quant à celui qui ferait connaître à un malade que l'affection dont il est attemt est nécessairement mortelle, ik aurait à se :repro— cher d’avoir abrégé des jours qu'il devait prolonger, et répandu nice et le désespoir là où son devoir l’obligeait à porter la consolation et l’espérance.
.…. Toute. contention de L'esprit est MS ble dans le Cours des affections aiguës : on devrait, en conséquence, si cela était nécessaire , défendre aux ma lades de s’y livrer; mais le plus souvent ils n'en ont ni le désir ni le pouvoir, et ilsuffit pour remplir cette indication de recommander aux personnes
RENE A ? * w Lu qui les approchent de ne point avoir avec eux de conversations suivies. x "
S IL. Soins généraux dans les maladies chroniques.
Les moyens hygiéniques sont également ici d'une utilité incontestable. Le changement d'habitation, les voyages sur terre et sur mer, les frictions, les bains froids et chauds , la forme et le tissu des vêtemens, un choix particulier dans les alimens et les boissons, dont la quantité doit être fixée , non d’une manière absolue , mais relativement à celle dont le malade faisait usage dans l’état de santé; l'exercice actif et passif, la marche, la course, l'équitation, les distractions de toute espèce , tels sont les principaux moyens hygiéniques dont on recommande l'usage, avec des modifications particulières, dans le cours des maladies chroniques.
Nous ayons jeté d’abord un coup-d’œil sur les bases de la thérapeutique ; nous avons ensuite parlé des indications et des moyens de les remplir. Nous avons vu que les indications étaient souvent obscures, et que dans quelques cas néanmoins 1l pouvait devenir nécessaire de ne point rester inactif, surtout lorsque la maladie fait de jour en jour des progrès. Dans ces circonstances difficiles, le médecin doit, après avoir recueilli et comparé toutes les circonstances propres à léclairer , traiter ses malades
comme il voudrait qu'on le traitât lui-même sil
était atteint de semblables affections. Sydenham . . r . } . ° aimait à se rendre ce témoignage, qui le soutenait
dans l'exercice aussi pénible qu'honorable de sa profession : « Ægrorum nemo à me aliäs trac- » Élus St, quam egomemmet tractart cuperem ;, » si mihi ex üisdem morbis ægrotare continge- » ret Cr »
(1) SipEnHau, Opera, tom; 1, pag. 77.