L. Lorsqu'une affection dure depuis plusieurs
jours , et que divers moyens ont déjà été mis en
(1) Nouveau Journal de Médecine , tom. vir, pag. 1817.
558 THÉRAPEUTIQUEs | usage, leur influence sur l'intensité des symptômes # fouruit des indications très-utiles ; celles-ci sont plus précieuses encore dans de cas où le genre de la | maladie est inconnu, et dans ceux où cette con=" naissance n’éclaire pas sur le traitement. Dans beaucoup de maladies chroniques, c'est cette cire constance qui dirige principalement le méde-*. cin: il agit alors, comme on le dit communé-. ment, à juvantibus et lædentibus. Dans quelques} maladies aiguës, où l'appréciation des forces est. difficile, l'effet des premiers remèdes est très-im=" portant, comme nous l'avons vu, pour en distin-" guer le vrai caractère, et pour établir les indica= À tions. L'efficacité ou l'insuffisance du soufre où du mercure dans d’autres maladies fournit au bout : d'un certain temps des indications nouvelles pour en prolonger ou en suspendre l'usage, etc. Toute-: fois il ne faut pas perdre de vue que quelques maladies offrent pendant plusieurs jours un ac- ï croissement constant, et que dans ce cas l'exaspération des symptômes, tant qu’elle est renferméen dans certaines limites, ne prouve point que les re. mèdes mis en usage ne fussent pas indiqués. #
M. Dans le cas où une maladie règne épidémi=. quement, il est encore quelques autres Circon—. stances qui fournissent des indications: 1°. la com= paraisonexacte des causes et de la forme de l'épidémie | actuelle avec celles des épidémies précédemment observées peut fournir des indications pour les by-à miers malades ; 2°. lorsqu'on a observé un certain nombre de malades, et qu’on a suivi attentivement”
l'effet des remèdes employés, .on peut entrer des
Le
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| THÉRAPEUTIQUE. 559 inductions pour le traitement des autres. Toutefois, lorsque l'épidémie se prolonge, il peut arriver que les indications ne soient pas semblables pendant toute sa durée, et que la méthode de traitement qui a réussi dans le principe soit imsuflisante ou nuisible vers la fin (x).
NN. La tendance de la maladie vers telle ou telle terminaison appelle aussi l'attention du médecin. Si elle marché vers une terminaison favovable, il faut se borner à éloigner toutes les circonstances qui pourraient l’aggraver, satisfaire aux indications secondaires qui peuvent exister ou survenir pendant sa durée et s'abstenir de tout remède actif, à moins que la maladie ne se prolonge beaucoup, et que l’art ne possède quelque moyen de la suspendre ou de l’abréger. — Si la maladie tend à se terminer par la mort, il faut employer les moyens les plus énergiques pour prévenir, s’il est . possible, cette terminaison; mais lorsqu'elle est
inévitable, les indications se bornent à combattre
les principaux symptômes , afin d’éloigner le terme
fatal. — Si le mal n’augmente pas et qu’il ne dimi- nue point, comme dans la paralysie, on a recours
généralement à ce qu’on nomme la méthode pertur-
batrice , qui consiste dans l'emploi des remèdes les plus propres à produire une puissante diversion : toutefois, ces moyens seraient dangereux si la maladie, qui est actuellement stationnaire, était de nature à s'exaspérer par leur usage : dans certams
(1) Ramazziani, ÆEpidem. mutin., ann. 1691 , ën SYDÉNHAMI .! Oper., tom. 11, pag. 98.
B6o THÉRAPEUTIQUE squirrhes de la mamelle, par exemple, il faudrait bien se garder d'employer des moyens actifs lors que le mal est stationnaire, parce que tout changement ne peut être que nuisible, — Dans certaines maladies aiguës qui peuvent ééalement se terminer par la mort ou par le retour à la santé, il faut employer une méthode active si les indications sont évidentes; mais il n’en est pas de même lorsqu’elles sont obscures : un traitement perturbateur ne convient pas, par exemple, dans toutes les fièvres malignes. Ces maladies, malgré le désordre apparent qui les accompagne, ne sont pas plus que les autres un état de confusion, mais bien un nouveau mode d'actions qui sont liées intimement entr’elles, et qui peuvent également conduire à une ’ terminaison favorable ou Gicgtal Dans cette incertitude, faut-il indistinctement et dans tous les cas chercher à troubler leur marche, ou se borner à remplir les indications précises qu'elles peuvent offrir ? Nous n ‘hésitons pas à nous déclarer ponË le dernier parti. | O. L'influence que peut exercer la maladie sur | la constitution des individus et sur les affections antérieures éclaire aussi le médecin. Si la maladie dérange les fonctions des organes mêmes où elle à n’a pas son siége, et en particulier les forces locomotrices et digestives ; si elle aggrave les affections préexistantes , on doit chercher à en suspendre e le cours le plus promptement possible. Si, au contraire, après l'apparition d’une dartre ou l'invasion d’une fièvre intermittente , l'appétit devient meil- . leur, la digestion plus facile; si l’individuse sent
THÈRAPEUTIQUE 561 plus fort, si quelque malaise qu’il éprouvait depuis long-temps vient à cesser complètement, etc., il faut respecter le cours de la maladie, éloigner tout ce qui pourrait linterrompre , et chercher même à la rappeler si quelque chose la supprimait tout-h-coup. Autant elle est favorable , autant Île remède: serait contraire , morbi boni, remedia mala (1). 1 est donc des maladies qu'il serait dangereux de guérir, comme le prouve le recueil d’observations publié sur ce point important de la thérapeutique (2) : toutefois, leur nombre n’est pas très-grand, et l’on n’a plus besoin aujourd’hui, pour s’en convaincre, de lire Ja “dissertation de W'erlhof , de limitandä febris laude. 1 faut même se reporter à l’époque où cet ouvrage a été écrit pour ne pas être étonné qu’on ait cherché sérieusement à établir une semblable proposition.
… Telles sont les principales circonstances qui fournissent les indications dans le traitement des maladies. Elles n’ont pas toutes une importance égale; mais aucune d’ellesine pourrait être négligée sans inconvénient. On voit, d’après cet apercu, combien est erronée l'opinion de ‘ceux qui croient qu'il existe un remède pour, chaque maladie , et com bien une pratique basée sur Pexpérience diffère de, l’empirisme ;+ où voit quelles modifications doiventapportér au traitement ces indications nom breuses qui se combinent ensemble et forment
(1) VErLHorr, Dissert de limitandä febris laude. Oper.. ion, Il.
(2) Traité des Maladies qu Muret Mere de are 5 par Dorn. ARR x
en quelque sorte de chaque maladie, sous le raportdu traitement commesous celui des symptômes, une affection différente de toutes celles qui lui ressemblent le plus. Ce n’est pas, comme on l’a dit fort judicieusement, l’hydropisie ou la péripneumonie que lon traite, mais celle de telle ou telle personne; qui diffèrent d'âge, de sexe, de tempérament, de manière de vivre, etc. (1). C'est ce grand nombre de circonstances qu'il faut comparer entre elles pour s'élever aux indications , qui rend si difficile l'art de les bien saisir.
Il est peu de cas dans lesquels une seule indication se présenté : dans presque toutes les maladies, il s’en offre plusieurs. Ces indications simultanées peuvent être analogues et rentrer dans une même méthode de traitement : telles sont les saignées générales, l’abstinence, les topiques émolliens qui doivent étre combinés dans certaines phlegmasies. Mais il n’en est pas toujours ainsi, et en mêmé temps que quelques circonstances indiquent tel moyen de traitement, d’autre$! éloignent d'y recourir. Ces indications contraires forment ce qu'on appelle des contre-indications. C’est ainsi que dans la pleurésie adynamique on voit d'une part une inflammation qui réclame la méthode débilitante, et de l’autre un état de faiblesse qui appelle des moyens tout opposés. On ne peut se dissimuler
(1) Nec pneumoniam generatim , nec hydropem Curamus » sed pneumoniam Sempronii aut Tulliæ, sexu , ætale, victüs genere, aut temperamento differentium. — SPRENGEL , Pathol.-gener., pag. 72. "He
THÉRAPEUTIQUE : 565 que ces Cas ne sôient fort embarragsans pour le médecin : s’il combat l'inflammation , il augmente “la débilité; s'il emploie les toniques , il exaspère les phénomènes inflammatoires, C’est surtout alors qu'il a besoin d'un tact exercé pour apprécier exactement la valeur relative des indications opposées , et satisfaire aux plus urgentes , avec la mesure convenable et en se PRES di de telles limites, que les moyens qu'il emploie soient favorables à l’une des indications [sans être nuisibles à l’autre , ou du moins que les inconvéniens qu'ils peuvent offrir sous un rapport soient compensés de, l’autre par des avantages DÉDÉ OUR plus grands.
Ce n’est pas seulement lorsque la maladie pré sente des indications opposées que le médecin peut être embarrassé sur ce qu'il doit faire. Il arrive quelquefois aussi qu'une maladie aiguë ou chronique se montre avec des symptômes plus ou moins sérieux sans offrir aucune indication précise. Faut-il alors tenter des royens actifs, obéir à une sorte d'instinct qui porte à soupconner telle ou telle indication dont on ne se rend pas bien ‘compte ? Quelques médecins très-recommandables agissent ainsi, Mais nous avouerons que nous n'Oserions ni le faire ni le conseiller. C’est, frapper en aveugle que de médicamenter sans des indications évidentes. On ne doit pas craindre d’imiter dans ces circonstances la réserve judicieuse de Sydenham et de Morgagni, tandis qu'on se repentirait souvent d'une conduite opposée. « Je ne crois pas, dit le » premier, devoir rougir en avouant que, dans Ja
» cure des fièvres, je me suis plusieurs fois félicité » de n'avoir point agi quand je ne voyais rien pa— » raître qui m'indiquât ce qu'il y avait à faire : » pendant que je suivais ainsi d’un œil attentif la » marche de la maladie, pour l'attaquer au mo- » ment favorable, ou la fièvre se passait d’elle- » même, ou glle prenait une forme qui me faisait » connaître avec quelles armes je devais la côm- » battre (1). » « Dans les maladies chroniques » dont la nature est douteuse, dit Morgagni on ne » doit point agir avec témérité , mais se borner à » l'emploi de ces remèdes dont l'habitude a con- ‘» Sacré l'usage, et qui, incapables de nuire, ap- » portent en général quelque soulagement (2). » Être utile n’est que la seconde règle de la thérapeutique ; la première est de ne pas nuire. | © Toutefois, nous ne prétendons pas que dans les ‘maladies aiguës ou chroniques , dans lesquelles les “ndications sont obscures, le médecin doive constamment s'abstenir de toute espèce de moyen acuf ; mais nous pensons qu'il ne doit les employer ‘qu'avec la plus grande circonspection. C'est ainsi | (1) Neque pudeg Jateri ; me non semel in curandis Jebribus , ubi nondüm constaret quid mihi agendum esset, mihul prorsàs agendo et mihÜet ægro consuluisse optimè ; dûm enim morbo invigilarem ; quù eum opportuniùs confodere valcrenr ; febris vel sponte su4 sensimn cevanuil , vel in eu se dLypum -redegit, ut jàm muhi innotesceret quibus armis..esset debellanda. (SxpenNuan, tom. 1, pag. 158.) iuèl c H | (2) Temerè nihul audendum , sed üs quæ levaminis aliquid affèrre hactenûs consuescunt, innoæits remediis utern dun, =
De Sed.'et Caus. morb., LXFV, 5.
ÉMPEUTIQUES ue 50% qu 1] essaie avec prudence le quinquina dans certaines maladies qui se rapprochent des fièvres intermittentes, et qu'il tente l'emploi des mercuriaux dans quelqués affections auxquelles il soup- : conne une origine syphilitique. Ces moyens deviennent, comme on dit, la pierre de touche du médecin. |
Il s’est trouvé de tout temps quelques médecins qui se sont fait remarquer , soit par une prédilection dangereuse, soit par une antipathie presque aussi blämable pour telle ou telle espèce d’indication. Ceux-ci voyaient, par exemple , dans toutes les.maladies, l'indication de la saignée ou du vomissement ; ceux-là purgeaient régulièrement et sans exception, soit pendant le cours, soit à la suite de toute espèce d'affection , ou prescrivaient indistinctement le quinquina. D’autres, entraînés dans un extrême opposé, prétendaient que ces indications n’existaient jamais, et que la saignée, le quinquina, les purgatifs , étaient constamment nuisibles. Nous ne chercherons pas à démontrer combien ces opinions sonterronées et dangereüses; il suflit: de les opposer ainsi les unes aux autres pour qu elles se détruisent réciproquement. Il n’est point de remède qui soit toujours utile, il n’en est point qui soit nuisible dans tous les cas ; la chose est si évidente que nous n'en aurions pas même parlé, si des noms célèbres ne se rattachaient à ces funestes erreurs. :
Le médecin n’a pas seulement en vue de com « battre la maladie il doit chercher à préserver ceux qu’elle menace, à hâter le rétablissement de ceux
qu’elle a vatteints : il est ainsi des indications prophrlactiques (1) ou préservatives , il en est pour la convalescence et les phénomènes consécutifs.
Les indications préservatives se présentent ARE plusieurs circonstances : 1°. les personnes issues de parens atteints d’une affection qui se transmet par hérédité doivent être l’objet de soins propres à modifier et à combattre cette fàcheuse prédisposition. 2°, Lorsqu'un individu éprouve les signes avant-coureurs d’une maladie déterminée, cessignes fournissent également une indication prophylactique à laquelle il est quelquefois très- urgent de satisfaire, dans l’apoplexie imminente, par exemple. 5°. Celui qui a été une ou plusieurs fois atteint d’une affection qui récidive fréquemment, comme Je rhumatisme, la goutte. , etc., doit faire usage des moyens propres à en prévenir le retour. 4°. S'il règne une maladie épidémique, il se pr ésente aussi des indications prophylactiques variées selon la forme de la maladie régnante, ses causes , etc. : elles reposent, dans tous ces cas, sur les mêmes : bases que celles qui se présentent chez l’homme malade. 5°. Quand une maladie contagieuse paraît dans un lieu, 1l est une indication particulière pour en préserver les personnes qui l’habitent : c'est de leur défendre toute espèce de communication directe ou indirecte avec les malades : c’est de cette manière que lhospiee des Orphelins de Mos- ES ARE LE ARR MN Sue CN
(1) Dpoquécow , je préviens: de HER A je.garde; et de #p0;, avant.
cou fut préservé (1 1) de la peste qui arageé cette ville, et que les Hottentots se mirent à l'abri de la variole importée au Cap de Bonne-Espérance par un navire européen; c'est de cette manière enfin que , dans beaucoup de maladies pestilentielles , quelques villes, quélques quartiers , quelques maisons ont été préservés des maladies contagieuses. Il est aussi, dans ces cas, des indications particulières pour les personnes qui, par leur profession ou par leurs devoirs, sont obligées de visiter les malades ou de rester auprès d'eux. 6°. Lorsqu'une maladie règne ou reparait endémiquement dans quelque lieu , elle fournit des indications d’un autre genre. Si le voisinage d’un marais détermine, tous les automnes , l apparition de fièvres intermittentes , il faut, pour les prévenir, dessécher le marais-ou donner à l’eau stagnante qu'il contient un écoulement continuel. Une rivière portait dans toute une province, avec ses eaux fétides et corrompues, des maladies meurtrières : Ernpédocles, en joignant à ses eaux celles de deux autres rivières, augmenta la rapidité de son cours : ces maladies ne reparurent-plus. |
Les indications dans la convalescence sont, en grande partie , lés mêmes que pendant la maladie qui l’a précédée : les moyens qui convenaient pour la combattre sont généralement utiles lorsqu'elle a cessé : seulement 1ls doivent être employés avec la réserve convenable, ‘surtout quand ils sont débi- ‘Litans : dans la supposition contraire , ils auraient
(1) Mentens, tom. 1, pag. 205. — Méan, Opera, p. 300.
568 THÉRAPEUTIQUE peu d’inconyéniens. Long-temps on a cru voir chez tous les convalescens l’indication commune des remèdes purgatifs : si cette méthode dangereuse n’a plus guère de partisans aujourd’hui, peut-être ne s’est-on pas entièrement garanti de l'excès opposé: Le médecin sage wadopte aucune de ces règles exclusives; il satisfait à l’indication de purger quand elle se présente, il s : refuse lorsqu'elle n existe pas (1): |
Quant aux indications fournies par les phénomènes consécutifs, elles varient à raison de la maladie qui a précédé et de ces phénomènes euxmêmes; elles ne peuvent donner lieu à aucune considération générale. |
Après avoir exposé les principales sources des indications, nous allons jeter un coup-d’œil sur les moyefs d’y satisfaire. pu