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CHAPITRE XXII ET DERNIER

Des Principaux ouvrages surla Pathologie générale.

Les premières notions sur la pathologie générale sont presque aussi anciennes que la médecine : on les trouve dans les écrits d’Hippocrate. Son Traité des Airs, des Eauxet des Lieux est particulièrement consacré à l’étiologie, et le prognostic est exposé dans plusieurs de ses livres avec une admirable précision. , Toutefois, Æippocrate n’a point voulu faire de la maladie, considérée en général , l’ob-

jet d’une branche particulière de la médecme :

c'est Galien qui paraît avoir le premier conçu cette pensée.

Dans son livre de Differentiis Morborum , ce célèbre médecin donne d’abord , d’une manière abstraite, la définition de la maladie ; il traite ensuite de ses différences, et partage en trois groupes les diverses affections , selon qu'elles sont propres aux parties similaires et organiques , ou communes aux unes et aux autres ; il les subdivise toutes en maladies simples et composées.

Dans d’autres livres (1), il traite en général des …

(1) De Causis liber unus. — Liber de Locis afféctis. — De Symptomatum differentiis liber unus. — De Symplomatum causis libri tres. — De Morborum temporibus liber unus. —

TRAITÉS DE PATHOLOGIE GÉNÉRALE : Grx causes et du siége des maladies, des symptômes et de leurs différences , des périodes, qu’il compare ingénieusement aux divers âges de la vie; des ty— pes, des crises et des jours décrétoires. On trouve enfin dans ses ouvrages des généralités de séméiotique et de thérapeutique. Ainsi Galien, sans avoir fait un traité spécial sur cet objet, a exposé dans autant de livres particuliers les principaux points de doctrine qui s’y rattachent : aussi nous n’hésitons pas à le considérer comme le fondateur de la pathologie générale.

La lecture des auteuts qui ont écrit sur cette branche de la médecine est bien propre à confirmer dans cette Opinion. Sans parler de ceux qui , jusqu'à l’époque de la renaissance des lettres à se sont bornés à traduire et répéter ce qui avait été dit avant eux, nous voyons les médecins les plus distingués des derniers siècles, tels que Fernel ï Sennert, Rivière, Plempius , ne faire en quelque sorte que remplir d’une manière un peu différente le cadre indiqué par Galien. Boerhaave lui-même ; a Suivi un ordre semblable Jusque dans la distribution des symptômes (r;.

Le Traité de Pathologie de Fernel se trouve com pris dans sa Médecine universelle (2); il est divisé en deux parties : la première a pour objet la maladie: en général et ses causes; la seconde » les symptômes Liber de totius Morbi temporibus. — Liber de Typis. — Liber de Crisibus, — Liber de Diebus decréetoriis.

(1) Voyez cette division , pag. 128.

(2) Joannis Fensezn uwniversa Mécicina. Venitiis, 1964; in-/°,

Gr2 TRAITÉS DE PATHOLOGIE GÉNÉRALE.

et les signes. Dans l’endroit où il parle de la maladie et de la santé , il fait remarquer que chacune d’elles a une certaine latitude , et qu'entre ces deux états opposés ilexiste wr état moyen (constitutio neutra ) qui participe de Fun et de l’autre, bien 'qu'il en soit distinct ; cet état peut être plus voisin de la, santé ou.de la maladie, ou tenir exactement le milieu entre elles. Dans sa Séméiotique, Fernel traite spécialement des signes critiques, les distingue en généraux et en particuliers, et les subdivise trèsméthodiquement en signes qui précèdent, accom-= paguent.et:suivent les crises.

Dans le traité de Sennert (1), on trouve aussi plusieurs idées fondamentales : en parlant des symptômes fournis par diverses fonctions , 1l-examine successivement leur abolition , leur diminution, leur. dépravation et leur exaltation ; il serait difficilede les diviser plus convenablement. {l établit encore une distinction assez juste entre les maladies , selon qu’elles surviennent dans des circonstances. où elles se montrent ordinairement, ou awelles, ont lieu dans des ‘conditions inaccoutumées : il les désigne sous les noms de morbi congrui et inCON£TUL. ‘

. Lazare Rivière , dans ses:Institutions de Médecine (2), traite de : maladie en général ; il fait un chapitre sur les changemens des maladies Art divise

(1) Jnstitutionum Medicinæ , libri W. Autore Daniele Sennerto. futebergeæ. '

(2) Lazari River Opera medica universa AA quibus CONTE Aeriur Lnstituléonum Medicarum libri F.Lugduni, 1676.

la séméiotique en deux branches , l'une relative au diagnostic, l’autre au prognostic. Les traités de Plempius (1) et de Charlton (2) n’offrent rien de bien remarquable.

+ Boerhaave , dans ses Institutions (3) de Médecine, n’a consacré à la pathologie générale qu'un petit nombre de pages; les idées sommaires qu'il a données sur cette science ont été l’objet de commentaires fort étendus. Parmi les auteurs qui se sont occupés de ce travail, on distingue les noms de Haller (4) et de Dehaen (5) ; les lecons de ce dernier, recueillies par Aasserberg , renferment ce qu'on connaît de plus intéressant sur cette matière ; mais on y trouve aussi la description plus ou moins détaillée de toutes les maladies, et cette description, qui peut n'être pas déplacée dans des institu- tions de médecine , est étrangère à notre sujet.

ro

(a) Vopisci Fortunati PLempir de Fundamentus Medicinæ , libré VI. Lovanii, 1638.

(2) Exercttaliones Pathologicæ in quibus rorborum penè omnium natura , generatio , el CAUS® eX novis analomicorune inventis seduld inquiruntur ; à Gualtero Charltono. Londint ,

(3) Ænstitutiones Medicæ in usus annuæ exercitationis domesticos digestæ, ab Hermanno Boerhaave. ÆEditio ulüima. Parisiis, 17947. R

(4) Hermanni Bosræaavit Prælectiones acadermic®æ in proprias Institutiones rei Medicæ , edidit Albertus Haller. Gotungæ , 1744. |

(5) Prælectiones Antonii DEAN 7% Hermanhi Boerhaavi Institutiones Pathologicas. collegit, recensuit, additamentis auxit, edidit F. de Wasserberg. Edito nova. Coloniæ-Al-

lobrogum, 1784. 2 vol. in-4”.

"Pi4 TRAITÉS DE PATHOLOGIE GÉNÉRALE:

.. C’est dans les Élémens de Pathologie de Gau- bius (1} que nous avons trouvé pour la première fois l'expression de Pathologie générale. Cet ouvrage est sans contredit un dés ie remarquables qui aient paru sur cette matière ; on y trouve dans beaucoup d’endroits des pensées ingénieuses, des réflexions profondes, des rapprochemens lumineux qui justifient la faveur avec laquelle il a été accueilli , et la juste réputation dont il jouit encore.

Les Tables de Pathologie de Juncker (2) forment un recueil précieux, dans lequel on trouve rassemblées les diverses opinions de la plupart des auteurs sur les principaux points de Pathologie gemérale. La forme de cet ouvrage en rend la lecture fatigante ; mais on le consulte avec avantage.

Les traités peu volumineux de. Ludwig (3) et d’Astruc (4) contiennent en abrégé les principaux points de doctrine pathologique ; : le second est écrit avec une certaine élégance, qui a dû ne au succès qu’il a obtenu. |

Le nom de M. Æildenbrand (5) nous fait vive-

(x) Znstituiiones Pathologiæ medicinalis. Auctore H. D. Gaubio. Leidæ Batavorum , 1758.

(2) Conspecitus Pathologie ad dogmata stahliana præcipuè adornatæ , et semeiologiæ Hippocratico-Galenicæ in formä tabularum repræsentatus. Auctore D. JS. Junckero. Æalæ- Magdeburgicæ , 1736.

(3) D. Christ. Goulieb Luowic, HHEMMUES Pathologiæ. Lipsiæ , 1767.

(4) Joannis Asrnuc, Tractatus Pathologicus, editio quarta. Parisiis , 1767.

(©) Hivensrann , Primæ lineæ Pathologie genbrulis, Erlang, 1795.

TRAITÉS DE PATHOLOGIE GÉNÉRALE. Gi

ment regretter de n'avoir pu consulter le Traité de. Pathologie générale qu'il a publié vers la fin du di siècle.

La Pathologie générale de M. Sprengel (x), publiée d’abord en allemand, puis en latin, est, sans aucun doute, un des ouvrages les plus complets sur cette matière; nous avons dit ailleurs quelques mots sur le plan qu'il a adopté ; nous avons vu qu'il avait quelquefois ajouté à son sujet des descriptions partiqubéres de maladies qui lui sont étrangères , et qu'il avait omis quelques points de dope qui semblent naturellement s’y rattacher (2); mais ces légers défauts dans la distribution de l’ouvrage sont rachètés par la maniére dont la plupart de objets y sont présentes

On peut en dire à à-peu-près autant du Traité de M. Caillot (3), dont la publication est postérieure de deux ans à la première édition du nôtre.

Un défaut commun à tous les écrits dont nous’ venons de parler est d’avoir presque partout associé à ce que la pathologie présente de positif dés théories qui en rendent l'étude dangereuse lorsqu'elles sont en faveur, et fastidieuse lors— qu'elles sont abandonnées. Tous les ouvrages qui ont paru avant la fin du dernier siècle sont empreints de la doctrine humorale, qui s’y montre sous ON AM APR RUE ci AN ee

(1) Cunru Srrexczz , Jnsttutiones, Medicæ, t. IN. Pas

thologia generalis. Amstelodami , 1815.

(2) Pages G et 10.

(3) Élémens de Pathologie générale et de Physiologie pathologique, par L. Caillot, ancien médecin en chef de la Marine. Paris, 1919. |

des formes diverses. Dans les Traités récens, le fluide nerveux, l’irritation et les propriétés vitales sont sans cesse mêlés ou substitués aux phénomènes sensibles des maladies. |

IL est encore un certain nombre d'ouvrages qui ; sans embrasser l’ensemble de la Re ne SÉNÉ— rale , appartiennent néanmoins à l’histoire biblio— Lébique de cette science, parce qu'ils sont desünés à en éclaircir un ou plusieurs points.

À la tête de ces ouvrages nous placerons le Traité de l'Expérience , de Zimmermann (1), ouvrage également digne d’un médecin habileet d’un grand philsophe: Le livre de T'esta (2) sur les Périodes dans l’état desanté et de maladie, sans offrir la même élévation de pensées, peut être, sous le rapport de V'art , d’une égale importance. La Pathogéunie de M. Hufeland (3) mérite aussi une attention particulière ; mais les hypothèses y sont si souvent mêlées aux faits, que la lecture de cet ingénieux écrit ne serait pas sans danger pour ceux qui entrent dans la carrière. Un grand nombre de thèses soutenues à la Faculté de Médecine, et en parti-

culier cellés de Bayle, de Bally, de Maran-

(1) Traité de l'Expérjence en général, et dans l’art de guérir en Particulier; trâduit par Lefebvre de Villebrune. Avisnon, 1800.

(2) Tesra, de vitalibus Periodis ægrotantiurn et sanorum , Londini, fa ‘ (3) Idées sur la Pathogénie, ou Considérations sur l’in- fluence de la force vitale sur l’origine et la forme des maladies, par Christ. WVill. Hufeland, 1799. — On en trouve un extrait fort étendu dans la Bibliothèque germanique.

TRAITÉS DE PATHOLOGIE GÉNÉRALE. Gr7 del, etc. , contiennent l'exposition de plusieurs points importans de pathologie générale. La table analytique de M. Chaussier sur la santé et la maladie, et l'excellente Seméiotique de M. ZLardré-Beauvais , sont encore deux ouvrages dont nous ne saurlons trop recommander la lecture et La méditation à ceux qui étudient la pathologie géncrale ; la Sémétologie de M. Double peut aussi être lue avec fruit.

Tels sont les principaux écrits qui ont été publies , soit sur l'ensemble , soit sur quelques parties x la doctrine path lue Nous en avous médité plusieurs , et nous avons consulté les autres

| pour y puiser les matériaux de cet ouvrage. Nous avons cherché surtout à bien fixer les limites de notre sujet, afin de les atteindre sans les dépasser. Nous nous sommes plus attachés encore à présenter une-doctrine exempte de toute théorie , et fondée uniquement sur les faits et sur les conséquences rigoureuses qui en émanent ; nous avons ainsi sacrifié tout ce que pouvait offrir de brillant Le sujet que nous avons traité, pour nous borner exclusivement à ce quil présentait d'utile.

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