‹ Élémens de pathologie générale (volume 3)Chapitre 23 sur 62 · SECTION VI · texte numérisé non relu

SECTION VI

Sjmptômes fournis par les fonctions intellectuelles.

Les fonctions intellectuelles se rapportent principalement à l'attention , à la mémoire , à Fimaglnation et au jugement ; elles offrent , chez les divers individus , dans l'état sain , des variétés infinies, et sont susceptibles, dans les maladies , d'altérations très-nombreuses. Dans quelques cas , Fattentton et la mémoire ne sont pas dérangées , tandis qu'il y a perversion du jugement et de Fimagi nation ; dans d'autres , la mémoire est seule en défaut : mais , le plus souvent , toutes les fonctions intellectuelles sont troublées à la fois.

DES SYMPTÔr^IES. 2o5

L'exaltation de rinLelllgeiice est très - marquée chez 'quelques malades , et en particulier chez les mélancoliques. On a souvent admiré en eux la netteté de la mémoii^e , qui leur retrace avec une fidélité surprenante des choses oubliées depuis longtemps , la justesse et la précision du langage, la rapidité et la force du jugement, la fécondité de l'imagination , en un mot une mesure d'intelligence infiniment supérieure à celle qui leur était propre dans fétat de santé. Il n'est point rare non plus d'observer le développement extraordinaire des fonctions intellectuelles^ joint à l'exaltation de la sensibilité morale, vers le décli^i des maladies aiguës qui tendent à une terminaison funeste. On a vu des moribonds parler avec une éloquence qui semblait leur être étrangère, et exprimer des sciitimens qu'ils ne paraissaient pas susceptibles d'éprouver.

Les fonctions intellecliielles sont plus souvent affaiblies qu'exaltées chez l'homme malade. Cet affaiblissement a lieu dans la plupart des maladies, et plus particulièrement dans les maladies aiguës. Il est surtout très- remarquable dans le typhus ; l'attention du malade est difficile à fixer; il ne conçoit qu'avec peine les questions qu'on lui adresse , ne se rappelle qu'imparfaitement ce qui lui est arrivé , répond avec lenteur , n^a qu'une idée confuse de ce qui se passe autour de lui, du lieu oi^i il est, et de ses rapports avec les personnes qui fenvironnent : sa physionomie n'est point en harmonie avec les circonstances où il se trouve; ses regards ne se dirigent pas vers les ob-

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jets qui les appellent; ses traits sont presque immobiles , et son attitude reste constamment la même.

L'abolition complète des facultés intellectuelles a lieu dans l'idiotisme , et dans les maladies où toutes les fonctions de relation sont suspendues, comme l'apoplexie, etc.

La perversion d'une ou de plusieurs facultés intellectuelles ou affectives constitue le délire (i), qui peut offrir des variétés infinies.

Le délire se montre le plus souvent dans les rapports du malade avec les objets extérieurs , dans les gestes , les actions, les paroles par lesquels il exprime la manière dont il est affecté par ce qui l'entoure ; mais fréquemment aussi on observe un délire intérieur ^ qui dépend uniquement du désordre des fonctions cérébrales , et n'est provoqué par aucune circonstance étrangère : il est caractérisé par le man*iottement , la carphologie, les gestes automatiques, les conversations avec les personnes absentes , etc.

Il est un délire complet qui porte surtout, et dans lequel l'ordre des pensées et des affections morales est entièrement interverti; le malade est continuellement et en toutes choses dans l'erreur. D'autres fois le délire roule exclusivement sur une idée : c'est surtout dans la m.élancolie qu'on observe cette dernière variété; le malade croit être dans un rang, dans un lieu, dans un temps différens

(i) Ddiriuniy de j hors ) lira j sillon; hors du sillon ou de ia voie.

de ceux où il se trouve ; il parle et agit en conséquence de cette erreur. Quelquefois, dans le délire complet, il y a aussi, comme dans le délire exclusif, une idée dominante qui se rattache presque toujours aux occupations habituelles des individus, comme on le voit en particulier chez les cochers , les commissionnaires, etc. On a remarqué queu général , lorsqu'il y avait une idée dominante , il était fort dllTiclle , ou même impossilile , de Téloigiier et d'en exciter quelque autre.

IjC délire est tantôt constant et tantôt passager: dans ce dernier cas , il peut revenir à des intervalles

égaux.

Les deux principales variétés du délire, et celles ([ue les autoui's ont plus spécialement décrites, sont le délire doux ou tranquille , et le délire fit rieuv.

Le déllie doux f subdeliriuinj n'est quelquefois marqué que par un changement dans les gestes, dans les actions, dans le langage du malade; il ai^lte ses bras ou ses mains sans aucun but évident : il cherche sans motif à descendre de son lit , ou bien il se découvre continuellement ; tantôt il reste dans un silence obstiné flacitnrnitusj , et tantôt il tient des propos iiicohérens ( vanilofjuium J , ou marmotte entre ses dents des mots inintellliriblcs. Nous avons vu un homme chez le(picl le délire n'était marqué que par des cris plaintifs qu'il faisait entendre presque à chaque instant. Il répondait fort juste à la plupart des questions qu'on lui adressait ; mais quand on lui demandait pour quelle raison il criait de cette manière, il ne savait pas ce dont il était question. Le délire doux peut également cou-

sister dans l'expression de la physionomie, dans le son de la voix , dans la manière de parler, afl'ectueiise ou sévère, libre ou respectueuse, c[ui n'est point conforme aux relations habituelles des malades ; il n'est pas rare de les voir parler avec dureté aux personnes qu'ils traitent communément avec bienveillance, et n'en conserver aucun souvenir après la maladie. Un jeune homme à qui nous donnions des soins dans le cours d'un typhus, avait repris; vers le douzième jour, presque toute sa connaissance; le délire ne se manifestait plus que par le ton fomilier avec lequel il tutoyait un ancien ami de sa famille, pour qui il avait eu de tout temps le respect convenable. Il ne faut pas confondre le délire tranquille avec les rêvasseries qui surviennent pendant le sommeil , et cessent quand on parle aux malades et qu'on redresse leurs idées. Le délire furieux se présente sous une forme toute différente : le malade fait entendre des cris, des jchants , des menaces; il tient les propos les plus extravagans, les plus obscènes; il s'emporte contre les personnes absentes ; il se débat et fait des efforts pour sortir de son lit; il jette les objets qu'il a sous la main, crache sur les assistans, les frappe, etc. Le délire peut, chez le même malade, être alternativement tranquille et furieux. On a vu quelquefois aussi l'exaltation des affections morales alterner avec le délire- Dans l'épidémie de Naples, au rapport de Sarcone, le délire furieux cessait pendant la rémission ; mais les malades s'abandonnaient au plus affreux désespoir; ils tournaient leurs yeux d'un air soupçonneux, et avec la crainte

de lire sur le visage des assistans, le malheureux sort dont ils se croyaient menace's ; le moindre signe d'amitié les faisait pleurer et les jetait dans répouvante.

Le délire présente encore quelques variétés , à raison de la difficulté avec laquelle il peut être surmonté. Si le délire est léger, les malades s'en aperçoivent eux-mêmes, et redressent leur jugem.ent. Si l'aberration est plus grande , ils ont encore le désir de la surmonter; mais il leur est plus difficile d'y parvenir ; à cette époque, le médecin peut redresser , au moins momentanément , les idées des malades, et en obtenir quelques réponses sensées, en leur parlant avec force ; mais l'amendement n'est que momentané, et bientôt le délire recommence. Dans un plus haut degré , rien ne peut suspendre ce symptôme , même pour quelques instans.

La durée du délire est très- variable : il peut cesser après quelques minutes; il se prolonge ailleurs pendant des semaines, des mois, des années. Il peut dépendre également d'une affection primitive ou sympathique du cerveau.

Lorsque le délire est passé , les malades ne se rappellent souvent rien de ce qui leur est arrivé, pas même les choses qu'ils avaient faites avec l'apparence de la réflexion; quelquefois ils ont un souvenir confus ou même assez net de ce qu'ils ont éprouvé. .

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