‹ Élémens de pathologie générale (volume 3)Chapitre 25 sur 62 · SECTION PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SECTION PREMIÈRE

Des Symptômes fournis par la digestion.

Dans l'état de santé, l'appétit se fait sentir à des intervalles réglés; on mange avec plaisir, la soif est médiocre ; la digestion stomacale s'opère librement, sans rapports et sans pesanteur ; les matières fécales sont liées , peu abondantes , etleur excrétion se fait sans douleur. Chacun des organes qui concourent à cette fonction offre un caractère de santé ; les dents sont blanches, lisses , solidement implantées dans leurs alvéoles ; les gencives sont fermes , unies et d'un rouge pâle ; la surface interne de la bouche est humide, rosée; l'abdomen , qui

21 6 DES SYMPTÔ:.ÎES.

contient la plupart des organes de la digestion , olFre le volume et la souplesse qui lui sont naturels.

Dans l'état de maladie, tous les actes de la digestion , et les organes qui concourent à son exercice, peuvent offrir des troubles plus ou moins remarquables : nous les exposerons selon l'ordre dans lequel ils se succèdent ou se présentent.

A. \jB. faim yV appétit ou désir de prendre des alimens, est rarement augmenté chez l'homme malade. Néanmoins on observe ce symptôme dans la manie et dans les affections vermineuses. Dans quelques cas, la faim est si pressante^ ^{^^^^ survient des défaillances si l'on n'y satisfait point: c'est la boulimie (^bulimus) (i)^ phénomène qui n'est pas rare chez les hj^stériques, mais qui se montre bien plus fréquemment encore chez les femmes enceintes. D'autres fois, on mange avec voracité jusqu'à ce que l'estomac se débarrasse par le vomissement du fardeau qui le surcharge: c'est Va faim canine (^fames canina (2). Chez d'autres malades, les alimens dévorés avec promptitude sont presque aussitôt rejetés par l'anus : c'est ce qu'on a nommé faim de loup (^f âmes lupina) (5). Ces deux derniers symptômes sont très-rares.

La diminution de la faim (dysorejcia) (4) accompagne au contraire presque toutes les maladies aiguës ou chroniques.

(1) Boû j parlicule augmentalivc; liiiôçj faim,

(2) Canis j chien.

(3) De lupus y loup.

(4) Aùç^ difficilement ; ope|t; ; appétit.

DES SYMPTOMES. Hl'J

Dans beaucoup d'affections aiguës, avec altération du pouls et élévation de la chaleur , la faim est tout-à-fait perdue : c'est V inappétence ou l'^/zorexie [anorexia) (i).

Dans un certain nombre de maladies chroniques , l'appétit est inégal à un degré remarquable ; les malades offrent, d'un jour à l'autre , ou même du matin au soir, des alternatives d'une faim difficile à satisfaire et d'une inappétence complète.

Chez d'autres, le besoin de prendre des alimens n'est pas réel: c'est , selon l'expression populaire, VLue fausse faim : à peine ont-ils goûté les alimens qu'ils avaient vivement désirés , que leur appétit est déjà rassasié.

La faim peut être dépravée de deux manières : I °. il y a dégoût (cibifastidium , apositia )(2) , c'està-dire aversion pour les alimens. Le dégoût ne doit pas être confondu avec l'anorexie : celle-ci consiste seulement dans le défaut d'appétit, au lieu que l'autre est une véritable répugnance pour les alimens : cette répugnance est quelquefois telle qu'il suffit au malade de les voir ou d'en entendre parler pour éprouver des envies de vomir. Le dégoût n'a presque jamais lieu que dans les maladies graves, au lieu que l'anorexie accompagne les affections les plus légères. 2"". Il est une autre dépravation de l'appétit dans laquelle, à un dégoût presque général est joint un désir de telle ou telle substance en particulier : si cette substance est du

^— — ^^^^— "^— ^^— ^^— ^^— ^- - - - j , -, ^ ^, III. m

(i) A privatif, opî^tç, appélil.

(2; k-Ko , o-iTÎov. eloignement pour les alimens.

2î8 DES SYMPTOMES.'

iiombre de celles qu'on mange ordinairement, oit donne à ce symptôme le nom de malacia (i); si au contraire cet appétit exclusif porte sur quelque substance inusitée ou nuisible, c'est le pica (2). Le pica et le malacia ont lieu assez fréquemment dans l'hystérie et la manie; ils ne sont pas rares chez les femmes enceintes.

Nous placerons à la suite des troubles de l'appétit cette sensation à' amertume y d'empâtement , de sécheresse de la bouche , que les malades éprouvent dans beaucoup d'affections , et particulièrement dans les maladies fébriles.

B, La soif est augmentée dans la plupart des maladies aiguës, dans Fhydropisie, et surtout dans le diabète ou flux immodéré d'urine. Elle est rarement diminuée, plus rarement encore abolie chez les malades qui conservent le libre usage de leurs facultés intellectuelles. Dans le désordre des idées et des sensations qui accompagne le délire, le défaut de soif se confond avec les autres phénomènes.

C L'examen des diverses parties de la bouche fournit des symptômes très-importans : nous avons précédemment exposé ceux que présentent les lèvres ; nous allons énumérer ceux qu'offrent les dents , les gencives , la langue, la face interne des joues et de l'arrière-bouche.

Les symptômes fournis par les dents ^ tantôt dé-

(1) Ma)kayia, paresse d'eslomac.

(2") Pica ou Rtc7(7a^ pie: ses couleurs opposées forment un conlrasle analogue à celui qu'offre l'appélit de'pravé; comparé à rappe'lit naturel.

DES SYMPTOMES. 2ig

pendent de quelque alFection de ces organes euxmêmes, et tantôt sont liés à l'existence de quelque autre maladie.

Dans quelques affections aiguës où le produit de la sécrétion des membranes muqueuses acquiert une acidité remarquable , les dents deviennent le siège d'une sensation particulière , connue sous le nom à' agacement (^deiitium hehetudo) : ce phénomène a été observé dans les fièvres muqueuses.

Les dents de la mâchoire inférieure, en glissant avec bruit contre les dents supérieures, produisent le grincement ( stridor dentium ) , qui accompagne les maladies vermineuses et quelques affections aiguës du cerveau; d'autres fois les dents inférieures heurtent les autres avec bruit : c'est le claquement des dents (clentium colUsus ^ crépitas) qui a lieu dans le frisson des fièvres intermittentes : au rapport de quelques auteurs (i) , la force avec laquelle les dents se frappent aurait été quelquefois assez considérable pour briser ces organes. Les dents peuvent devenir branlantes dans les affections scorbutiques , ou même se séparer complètement de leurs alvéoles. Enfin, dans les maladies chroniques, elles paraissent allongées : ce phénomène est dû surtout à l'aifaissement des gencives qui survient avec Famaigrissement général.

Les gencives présentent quelques altérations importantes : elles sont gonflées dans la salivation mercurielle et dans le scorbut ; elles sont , de plus, rouges dans le premier cas , noirâtres et mol-

(i) De Reconditâ Fcbr. int. tùm remit,, Naturâ ^ p. 43.

2 2l> DES SYMPTOMES.

lasses clans le second ; elles deviennent pâles dans les maladies de langueur , et spécialement dans les hydropisies passives ; elles sont d'un rouge brun dans quelques angines.

La langue offre , chez l'homme malade, un grand nombre dechangemens remarquables, relatifs à ses mouvemens , à son volume , à son état de sécheresse ou d'humidité, à sa couleur, aux enduits et aux éruptions variés cju'on y observe.

Elle est tremblante dans les fièvres graves , déviée à droite ou à gauche dans l'hémiplégie, presque immobile dans l'adynamie la plus prononcée. — Son n^oliune augmente dansl'esquinancie et dans la glossite; dans quelques cas fort rares, l'augmentation de volume ne porte que sur un côté. La diminution de la langue est plus souvent apparente que réelle : elle dépend de la contraction des muscles qui la retirent en arrière , comme on le voit dans le typhus. La langue conserve son humidité Jiaturelle dans beaucoup d'affections ; elle devient se' cke dans quelques-unes : tantôt alors elle est unie , luisante et lisse au toucher ; tantôt elle est hérissée de papilles qui la rendent âpre et inégale. Elle offre souvent , dansée cas, une dureté ligneuse, et quelquefois elle est sillonnée par des gerçures superficielles ou même profondes. La sécheresse de la langue peut être générale ; elle peut être bornée à sa pointe ou à sa base, à ses côtés ou à sa partie moyenne. — La couleur de la langue est variable : elle est pâle ou livide dans les maladies accompagnées de faiblesse , d'un rouge vif dans les affections inflammatoires , brune ou semblable à 1 é-

■ DES SYMPTOIvIES. 221

corce de grenade dans cerlauies fièvres îîiaîignes. Quelquefois la langue offre une coloration différente dans ses diverses parties : elle est , par exemple , pâle à son milieu, rouge sur ses bords ^ brunâtre vers sa base, etc. On a prétendu, dans ces derniers tems, que la rougeur de la langue et particulièrement de sa pointe et de ses bords , était un signe certain de l'inflamniation de l'estomac; mais cette assertion est loin d'être démontrée.

U enduit de la langue n'existe qu'à sa face supérieure; il ne s'étend pas ordinairement a sa région inférieure, ni même à ses bords. Cet enduit est blanc, jaune, verdâtre , brun , noir, fuligineux, c'est-â-dire semblable à de la suie (i) ? épais ou mince, adhérent ou facile à détacher, humide ou sec, uniformément répandu sur toute la langue , ou inégalement réparti sur ses divers points, offrant quelquefois des espèces d'ondulations. Si les papilles forment une petite saillie au-dessous de l'enduit, on dit que la langue est villeuse. L'enduit poisseux est celui qui est à la fois épais , collant et opaque.

La langue est sujette a une éruption de petits boutons rouges et douloureux et à des végétations plates , grisâtres ou rouges , dans la syphilis consécutive; elle est souvent aussi le siège de pustules blanchâtres , superficielles , accom^pagnées ordinairement d'une chaleur incommode, et qu'on appelle aphthes.

Cette éruption , aussi-bien que les divers enduits

(i) Fuligo , suie-

2 22 DÉS SYMt»TorvîES»

dont la langue est recouverte, se retrouvent presque toujours sur la membrane muqueuse qui tapisse la face interne des joues et des lèvres , et sur la membrane des gencives et du palais ; l'enduit existe aussi sur les dents avec le même aspect. Dans Fagonie des maladies aiguës, le mucus épais, collant et grisâtre qui est exhalé dans l'intérieur de la bouche , forme souvent entre le palais et la langue des stries sales et gluantes , dont le malade ne cherche pas même à se débarrasser.

Les parties qui forment V cirrière-bouche sont aussi le siège de quelques symptômes appréciables à la vue; elles peuvent être gonflées, rouges, sèches; ulcérées. Le voile du palais peut être déprimé par un abcès formé dans son épaisseur , ou par une tumeur développée dans les fosses nasales ; il peut être détruit en partie ou perforé par un ulcère. La luette peut être déviée , pendante , infiltrée ou entièrement détruite. L'enduit brun ou noirâtre des autres parties de la bouche s'étend également sur cellesci : il s'y manifeste fréquemment des aphthes : c'est aussi généralement sur le voile du palais , quelquefois sur la langue ou sur la membrane interne des joues, que se montrent ces plaques blanchâtres qui peuvent se détacher et se reproduire plusieurs fois , mais qui presque toujours finissent par envahir toute la membrane muqueuse de la bouche. C'est dans la dernière période des maladies chroniques qu'on observe ce phénomène, qui annonce presque inévitablement une terminaison fâcheuse.

D, La mastication est souvent difficile et doulou-

DES SYMPTÔmESC 22 3

reuse chez l'homme malade; elie est impossible dans la luxation et la fracture de l'os maxillaire inférieur; elle n'offre d'ailleurs rien de bien remarquable.

E. La déglutition semble être accélérée dans quelques affections aiguës , où les malades vident presque en un instant les tasses de boisson qu'on leur présente; elle est ralentie et n'a lieu que difficilement dans presque toutes les maladies du pharynx et de l'œsophage, comme l'angine, la paralysie, le squirrhe, la présence d'une tumeur, d'un corps étranger, et quelquefois aussi dans l'hystérie, dans les fièvres graves, oii les organes de la déglutition ne sont affectés que secondairement. La gène de la déglutition a été désignée par quelques auteurs sous le nom de dysphagie (djspha^ gin (i). Elle présente plusieurs variétés assez remarquables : quelques maladespeuvent avaler les li- <{uides , et ne peuvent point avaler les substances solides : c'est ce qu'on observe souvent dans l'angine ; chez d'autres, comme onlevoitdansla paralysie, la déglutition des solides est encore possible , mais celle des liquides ne peut plus avoir lieu. Ces phénomènes opposés ont été' expliqués d'une manière assez satisfaisante: dans l'angine, la membrane m.uqueuse , enflammée , ne peut pas supporter le contact d'un corps solide ; et dans la paralysie incomplète , les muscles du pharynx, affaiblis dans leur action , ne peuvent pas se contracter assez exactement pour conduire les boissons de la bou-« che dans roesophage ; mais ils peuvent encore y

(i) àj; j diiricilemenl ) «ficYw j je mange.

pousser un corps plus volumineux et plus consistant , comnie le bol alimentaire proprement dit.

Morgagni (i) , d'après une dissertation de S pies sur la déglutition , parle d'une singulière variété de dysphagie observée chez un vieillard : toute espèce d'alimens pouvait être avalée, mais le dernier bol alimentaire restait dans l'œsophage jusqu'au repas suivant , à m.oins que , dans l'intervalle , il ne fût rejeté par la bouche , dans un effort de toux. Pour expliquer ce phénomène , Morgagni suppose que l'action seule des fibres oesophagiennes était insuffisante pour porter du pharynx dans l'estomac le bol alimentaire, qui ne pouvait y parvenir qu'autant que le poids d'un autre bol se joignait à la contraction de l'œsophage. Il rapproche fort ingénieusement ce trouble de la déglutition d'une lésion à-peu-près semblable que présente chez les vieillards l'excrétion de l'urine : il reste toujours une portion de ce liquide dans la vessie.

La déglutition peut devenir impossible par des causes analogues à celles qui la rendent difficile.

L'impossibilité absolue d'avaler les liquides, jointe à fhorreur pour toute espèce de boissons , constitue VhjdropJiohie (2) , symptôme qui accompagne presque toujours la rage , et qui survient quelquefois dans les fièvres malignes et l'hystérie. Lorsque ce symptôme existe, l'aspect de l'eau ou de C{uelque corps brillant détermine souvent des convulsions.

(i) De Sedibus et Causis morb. , epist. xxviii , art. \!\.

(2) Y(îf o<yooix ^ de v(îcop ; eau^ ^o'So;^ crainte.

DES symptômes; ^25

La déglutition peut être dépravée de deux manières : i''. il y a effort continuel pour avaler, et action successive des muscles destinés à cet usage, sans qu'il y ait d'alimens dans la Louche : c'est ce qu'on observe dans l'allongement de la luette et dans quelques affections nerveuses ; 2°, les aîimens portés dans l'arrière-bouclie, au lieu d'être transmis dans l'œsopîiage , passent, soit dans les fosses nasales , comme cela a été souvent observé dans les maladies du voile du palais , soit dans le larynx , ce qui est plus rare et beaucoup plus grave , et n'a guère lieu que dans l'agonie ou chez les malades qui boivent malgré eux. Il est a peine nécessaire d'ajouter que, dans les cas d'ulcération, de rupture ou de plaie de l'œsophage, les alimens peuvent s'échapper au dehors ou passer dans la cavité de la poitrine.

Enfui il est un autre dérangement de la déglutition dans lequel les liquides versés dans la bouche traversent l'œsophage en vertu de la seule pesanteur, et produisent, par leur chute dans l'estomac , un bruit semblable à celui qu'ils détermineraient s'ils étaient transmis par un tube inerte. Ce symptôme n'a lieu que chez les moribonds. ;

F. La digestion, stomacale devient rarement plus active dans les maladies : cependant on voit quelques maniaques chez lesquels l'action de l'estomac paraît véritablement s'exercer avec plus d'énergie que dans l'état de santé ; mais chez le plus grand nombre des malades elle est affaiblie, comme on peut le reconnaître h la pesanteur épigastrique , au malaise général qui suit le repas et à l'exaspératioa

qui survient alors dans les symptômes. Les malades même qui ne prennent point d'alimens éprouvent souvent divers phénomènes qui indiquent le trouLle des fonctions de l'estomac : telles sont les nausées , les vomituritions , les régurgitations y les vomissemens et la douleur épigastnque.

1°. G. Les nausées (^nausece) consFstent dans im simple désir de vomir, les vomituritions {^vomituritio) , dans des efforts inutiles pour débarrasser l'estomac. Ces deux symptômes accompagnent beaucoup de maladies , et particulièrement celles des organes digestifs.

2°. On a décrit aussi , sous le nom de soubresaut épi gastrique [subsultus prœcordiorum) ^ un phénomène particulier qui consiste dans des secousses convulsives imprimées à l'estomac, qui ne peut ni admettre de nouvelles substances ni expulser celles qu'il contient, malgré les efforts que fait le malade pour s'en délivrer.

3°. La régurgitatioji (regurgitatio) est Facte par lequel certaines substances gazeuses ou liquides, rarement solides, remontent par gorgées de l'estomac ou de l'œsophage dans la bouche , sans être accompagnées des efforts qui sont propres au vomissement. On donne le nom de re niçois aux «ratières rejetées par la régurgitation. Celle-ci présente des variétés , selon qu'elle est complète ou incomplète y c'est-à-dire selon que les matières remontent jusque dans le pharynx et la bouche, ou bien Cju'elles s'arrêtent dans quelque point de l'oesophage pour redescendre ensuite dans l'estomac ; selon qu'elle est rare ou fréquente ; selon enfm

qu'elle soulage les malades ou qu'elle ajoute à r intensité de leurs souffrances.

Les renvois ou substances rejetées par la régurgitation sont gazeux y liquides ou solides ^ les gaz ou rapports (ri^t'^^^i') peuvent être inodores, comme on l'observe dans les maladies nerveuses ; exhaler l'odeur de l'hydrogène sulfuré (^œufs pourris) , celle des alimens pris dans le dernier repas, ou avoir quelque chose de rance (^ructus nidorcsi) (i), comme dans les indigestions. — Les liquides, qui reviennent par gorgées dans la bouche , sont quelquefois insipides; ils sont aigres dans le cancer stomacal, amers dans l'embarras bilieux de l'estomac, acres et brûlans dans la pyrosis. — Quant aux matières solides rejetées par la régurgitation , ce sont presque toujours quelques résidus des digestions précédentes qui n'ont pas subi l'élaboration nécessaire. Le plus souvent les rapports sont gazeux ou liquides ; quelquefois il y a simultanément régurgitation de liquides et de gaz. Les matières solides sont presque toujours accompagnées d'une certaine quantité de liquide.

4°. Le vomissemeut (^vomitus ) est l'acte par lequel les substances liquides ou solides contenues dans l'estomac sont rejetées par la bouche avec effort et en certaine quantité : il a lieu dans les maladies de l'estomac, et quelquefois aussi dans celles de

(i) Le sens du mot nidoreux n'est pas bien déterminé: il indique , dans son acception érymologique ^ l'odeur des malièrCvS animales en combustion; mais la plupart des auteurs l'ont employé pour exprimer une odeur repoussante.

^âS I>ES SYMPTÔMES.

quelques autres organes plus ou moins éloignés , tels que les reins , l'utérus et le cerveau.

Le vomissement est rare ou fréquent, diminué ou augmente la maladie, ou ne produit aucun effet sur elle ; il varie aussi , à raison des phénomènes généraux qui l'accompagnent et des matières dont il détermine l'expulsion.

Les uaatières rejetées par le vomissement diffèrent à raison de leur nature, de leur consistance, de leur quantité , de leur couleur et de leur odeur.

Les matières vomies sont tantôt des résidus de la digestion , comme dans l'invasion des maladies aiguës ; tantôt des mucosités, de la bile jaune ou verdâtre, des m.édicamens de toute espèce. On voit des vomissemens de sang liquide ou coagulé dans l'hémorrhagie de l'estomac; de matière brune , noire, pultacée, semblable à du chocolat^ dans le cancer de cet organe; de pus , lorsqu'un abcès se fait jour dans sa cavité; de matières fécales, lorsqu'une cause cpielconque détermine l'occlusion des intestins. On trouve souvent aussi , dans les matières rejetées par le vomissement, des vers lombricoïdes , quelquefois des calculs biliaires ; on y a vu des portions de kystes ou des tumeurs qui s'étaient détachées de la surface interne de l'estomac, ou de quelqu'autre point, peu éloigné, du canal digestif.

La consistance des matières vomies est variable ; presque toujours elles sont liquides, tantôt claires et aqueuses , tantôt épaisses , visqueuses , semblables à de la pâte. Elles sont quelquefois mêlées à une certaine quantité de gaz ou de matières solides, comme cela a lieu dans l'indigestion. — La quantité

de matières rejetées peut être très-diffëreiite; il importe , dans beaucoup de cas , de la connaître assez exactement , surtout dans le vomissemient de sang et de pus. — Leur couleur et leur odeur sont ordinairement subordonnées à leur nature.

5"^. La douleur dont l'épi gastre est le siège offre de grandes variétés sous le rapport du caractère, du type , de l'intensité , et surtout des causes qui peuvent y donner lieu. Les principales sont : l'inflammation de l'estomac, la présence dans ce viscère de substances indigestes, les diverses affections organiques dont il est le siège, le rhumatisme des muscles de cette région, le pincement d'une portion de l'épiploon dans un écartement de la ligne blanche, une inflammation du péritoine, une affection quelconque du foie ou du pancréas, une affection aiguë ou chronique des poumons , accompagnée d'une toux fréquente , des flueurs blanches, une pression habituelle exercée sur l'épigastre par des corsets trop étroits^ une hém.icrânie violente, une affection hystérique, etc. Cette énumération, toute incomplète qu'elle est, suffit pour faire voir combien est grande l'erreur de ceux pour qui toute douleur épigastrique est l'indice d'une inflammation de l'estomac. Il n'est presqu'aucune maladie grave que la douleur épigastrique ne puisse accompagner.

6", La douleur d'estomac se présente quelquefois * avec un caractère particulier qui lui a fait donner alors une dénomination spéciale , celle de crampe d'estomac : elle est comparée par les malades à la douleur que causent les crampes des muscles du

25o pES SYMPTOMES.

moîiet , et dëterniine la flexion forcée du tronc en avant pendant tout le temps qu'elle dure.

7°. Il est encore un autre symptôme fourni par l'estomac, et dont les auteurs n'ont pas parlé : c'est un brjuit particulier, une sorte de gargouillement, que font entendre les boissons et les gaz contenus dans ce viscère, lorsqu'on imprime au tronc une secousse un peu forte. Ce bruit est ordinairement très - distinct dans le cancer stomacal; peut-être l'est -il dans plusieurs autres maladies, et même chez quelques individus dans l'état de santé.

G. Les symptômes fournis par le conduit intes-tinal sont moins nombreux et plus difficiles à saisir. On peut y rapporter ces mouveniens intérieurs qu'éprouvent les malades atteints de diarrhée, ce? te commotion que d'autres ressentent dans le début de la dysenterie, ces tum.éfactions partielles du ventre produites par la distension gazeuse de quelque point du conduit intestinal , ou par l'agglutination des intestins entre eux, etc. Ces symptômes, déjà indiqués ailleurs, n'ont besoin que d'être énumérés.Il en est quelques autres qui doivent être exposés plus en détail : tels sont les borborygmes , ainsi que les divers changemens qui surviennent dans le cours et l'excrétion des m.atières et dans ces matières elles-mêmes . i^. On donne le nom de borborjgmes (borborjg^ mi) (i) au bruit que produisent dans l'abdomen les gaz qui y sont contenus. Ce bruit, qu'on désigne encore sous le nom de gargouillement^ accompagne l'embarras intestinal et l'hypochondrie; il se

(î) Bopêopu^poç, de pocêopv^w , je fais un bruit sourd.

fait souvent entendre dans les hernies intestinales, particulièrement lorsqu'on fait des tentatives pour les réduire. Ce bruit peut aussi avoir lieu dans l'ëtat de santé parfaite.

2^ Le cours des matières alimentaires peut être accélère, comme on le voit dans quelques affections où les boissons et les alimens sont excrètes très-peu de temps après avoir été portes dans l'estomac. Il est ralenti dans la simple constipation , presque entièrement suspendu dans la colique métallique. Lorsque la suppression est complète, il y a presque toujours occlusion mécanique du conduit intestinal, comme dans la hernie étranglée, le volvulus, etc. Dans ces circonstances, leur cours n'est pas seulement interrompu; il devient bientôt rétrograde, et des matières successivement plus consislantes et plus fétides sont rejetées par le vomissement.

5°. L'excrétion alvine ou défécation {ahina excretio, defœcaiio) est l'acte par lequel les matières contenues dans le rectum sont transmises au dehors. Elle peut être plus fréquente ou plus rare que dans l'état naturel ; ce qui constitue, dans un cas, le dévoiement {alvus cita), et dans l'autre la constipation {ahi obsii patio, ahus compressa).

Ces deux symptômes sont si fréquens , qu'il n'est presque pas de maladie sérieuse dans laquelle on n'observe l'un ou l'autre , et quelquefois les deux successivement. La constipation et le dévoiement sont, dans quelques cas, port^'s à un point qu'on a peme à croire : on a vu quelques malades être plusieurs mois sans aller à la selle; on en voit

rî52 DES SYMPTOMES."

d'autres au contraire chez cpi les excrétions sont teiiement fréquentes, qu'il n'y a, jDour ainsi dire, point d'intervalles entr' elles. J'ai vu à l'hôpital de la Charité, un malade qui fut obligé, pendant plusieurs jours , de conserver sans cesse un bassin sous lui : les excrétions étaient si fréquentes et si rapprochées qu'on avait à peine le temps de vider le vase qui recevait les matières.

L'excrétion alvine peut être accompagnée de douleurs à l'anus ou dans l'abdomen : ces douleurs ont presque toujours lieu dans la constipation : elles manquent quelquefois dans le dévoiement commençant; mais elles surviennent souvent lorsque ce symptôme dure depuis quelques jours, et que les excrétions ont été très-fréquentes. Dans quelques affections du rectum, l'excrétion des matières est extrêmement douloureuse. Quelquefois à cette douleur dans l'excrétion se joint un besoin continuel et inutile d'aller à la selle , avec chaleur et cuisson autour de l'anus : c'est ce qui constitue le ténesme ou les épreinies (tenesmus , desideiidi conaius) , symptôme propre à la dysenterie. Tantôt ces épreintes n'amènent aucune excrétion ; tantôt un peu de mucus sanguinolent est exprimé avec de violens efforts. On ne doit pas confondre le ténesme avec les douleurs que provoque l'excrétion des matières fécales chez les gens affectés d'hémorrhoïdes , de gerçure ou de rétrécissement à l'anus : dans tous ces cas, les matières excrétées sont liées , consistantes comme dans rétat de santé; elles agissent mécaniquement sur la partie malade, qu'elles irritent ; mais le besoin d'aller à la selle ne se fait sentir qu'à des intervalles

éloignés , et toute douleur cesse ou diminue beau- €ouj3 dans l'espace de temps qui sépare les excrétions. Dans letënesme, au contraire, les douleurs et le besoin d'excréter sont continuels; il y a un changement remarquable dans les matières, ou même il li'y en a point d'excrétées.

L'excrétion alvine a lieu, dans quelques circonstances, sans la volonté du malade. Ce S3^mptôme se présente sous plusieurs formes diflerentes : i°. dans quelques diarrhées, le malade, en croyant rendre des gaz, laisse échapper involontairement des matières fluides; le même phénomène a fréquemment lieu dans le squirrhe du rectum; 2"". d'autres fois il éprouve un besoin très-pressant de rendre des matières, et malgré les efforts qu'il fait pour en retarder l'excrétion , elle a lieu presque a l'instant; 5°. ailleurs l'excrétion se fait sans que le malade en ait cté prévenu par aucune sensation , et quelquefois même il ne s'aperçoit pas qu'elle ait eu lieu: c'est ce qui arrive dans la violence des maladies aiguës, et dans le déclin de quelques maladies chroniques, lorsqu'il survient du trouble dans les facultés intellectuelles.

11 est quelques cas dans lesquels l'excrétion des matières fécales offre une autre espèce de de'sordre : les matières sont transmises au dehors avant d'avoir parcouru toute la longueur du conduit intestinal. A la suite d'abcès formés près des intestins , ou d'une blessure de ces organes, et bien plus souvent après la gangrène d'une entérocèle étranglée , il s'établit, à l'endroit de la plaie ou de la tumeur, soit une petite ouverture par laquelle passe une

partie des matières , et qu'on nomme fistule stercorale , soit un anus supplémentaire ou contre nature, qui les transmet au dehors exclusivement et presque sans interruption. Quelquefois aussi les matières stercoralcs sont excrétées avec l'urine , ainsi que nous le veruons plus loin.

4^. Les matières excrétées ou excrémens (fœces) oflrent , dans i'état de maladie , des altérations trèsnombreuses relatives a leur nature , à leur consistance , à leur quantité; à leur couleur, à leur odeur , aux corps étrangers qui s'y trouvent.

Les matières peuvent être aqueuses , comme dans le ilux intestinal dont fut atteint Morgagni ; elles sont muqueuses , semblaLles à du blanc d'œuf ou à du frai de grenouilles dans certaines diarrhées , bilieuses dans un grand nombre d'affections ; leur mélange avec une certaine quantité de chyme constitue le/lux cœliaque (fiuxus cœliacus) (i); elles offrent des alimens à demi digérés dans la lienierie Çlienteria) (2); on y voit quelques stries de sane dans certaines diarrhées où les selles sont très-fréquentes; le sang est en quelque sorte fondu uniformément dans les mucosités des d3^sentériques; du sang pur, liquide ou caillé est quelquefois excrété par l'anus dans les hémorrhagies du conduit intestinal; les matières peuvent être mêlées de pus dans l'inflammation chronique et dans l'ulcération des intestins; elles sont entièrement purulentes lorsqu'un abcès , contigu au conduit intestinal , s'y

— ■ ■ Il I L I II I ir

(1) Koàta; ventre.

(2) AêisvTêpta; deÀëtoS; lisse 3 el de svtsqov ; inlesliii»

DES S\MPTÔMES. sSS

ouvre un passage et y verse le fluide qu'il renferme.

Les matières excrétées par l'anus peuvent être sous formes gazeuse, liquide ou solide. — La fétidité des gaz augmente dans l'embarras intestinal et les fièvres putrides ; leur quantité devient plus considérable chez les lijqDOcliondriaques, qui se trouvent soulagés par leur sortie : cette excrétion est quelquefois suspendue dans la constipation opiniâtre; elle est douloureuse dans l'inflammation des tumeurs hémorrhoïdales , dans la dysenterie, etc.

— Les matières excrétées sont , dans quelques maladies, plus dures que dans Tétat de santé, dans le cancer stomacal , par exemple , et surtout dans la colique des plombiers : dans ce dernier cas , elles forment de petits globules noirs et très-consistans, semblables aux excrémens des brebis : on dit alors, par ce motif, que les matières sont o^illées (i).

— Lorsqu'elles sont liquides , leur consistance peut varier depuis celle de l'eau jusqu'à celle de la bouillie: dans ce dernier cas, on dit qu'elles sont pultacées (2).

La quantité des matières excrétées présente de grandes différences, soit dans chaque excrétion en j^articulier, soit relativement au nombre de fois que l'excrétion a lieu dans un temps donné. Au début de la dysenterie, le mucus exprimé est en quantité si petite, que le linge qui le reçoit en est à peine tâché. Dans certains dévoiemens quisuccèdent

(i) Ovis y brebis.

(2) Pals y piiltis yhouWWe.

à une constipation opiniâtre , dans le rétrécissement squirrheux des intestins, par exemple, une seule excrétion fournit quelquefois plusieurs livres de matières. Lorsque les excrétions sont très-frëquentes, comme dans la dysenterie observée par Zinimennann , où quelques malades allaient jusqu'à deux cents fois à la selle en douze heures , la quantité de matière excrétée devait être considérable, en supposant même qu'elle fût chaque fois très-petite.

Les matières sont quelquefois pellucides et incolores , ordinairement troubles et colorées, le plus souvent jaunes, brunâtres ou verdâtres, quelquefois blanches, noires ou rouges. — La^étidité propre aux excrémens augmente souvent beaucoup dans l'état de maladie; on connaît l'odeur cadavéreuse qui leur est pro])re dans les fièvres adynamiques, et celle qui accompagne les ulcérations chroniques des intestins. — Enfin les matières fécales peuvent contenir des corps étrangers, formés à l'intérieur ou venus du dehors. On a vu plusieurs fois, dans les matières excrétées, des lambeaux membraneux qui paraissaient être le résultat de la phlogose de la tunique muqueuse; on y a même reconnu des portions d'intestins qui s'étaient séparées du reste de ce conduit ; on y a trouvé des tumeurs , des calculs biliaires ou stercoraux , des a ers de différentes espèces, etc. Quant aux corps étrangers venus du dehors^ ils offrent la plus grande variété : quelquefois ce sont des substances qui ne sont pas propres à nourrir; d'autres fois ce sont des matières alimentaires qui n'ont pas subi convenablement

Faction des organes digestifs. On a vu des graines

enveloppées de leur épidémie (i), des pois secs,

par exemple > être rendus encore intactes au bout de plusieurs mois.

Les changemens qui surviennent, chez l'homme malade , dans la nature , la consistance , la quantité et la couleur des matières excrétées, ne dépendent pas seulement de la maladie; ils peuvent être aussi l'effet des remèdes. Tout le monde connaît l'influence des purgatifs sur la fréquence des excrétions alvmes et la consistance des matières excrétées. La rhubarbe leur donne une couleur jaune et quelquefois une teinte ronge scm])lable à celle de l'eau dans laquelle on a fait dissoudre quelques gouttes de sang. Il importe beaucoup de ne pas confondre relfet des remèdes avec les phénomènes de. la maladie.

Page 1