‹ Élémens de pathologie générale (volume 3)Chapitre 36 sur 62 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

De la Tei^minaison des Maladies (i]»

ARTICLE PREMIER

Ves dwers Modes de termifiaison ( morborwn

éventas).

Il est quelques affections qui durent autant que la vie, et qui n'entraînent |)oliit la mort des malades. Telles sont certaines paralysies et quelques rhumatismes clironi([ues. Ces aflections n'ont |)as, à pro- ])remcnt parler, de terminaison; mais il n'en est pas de même du plus grand nombre des maladies/ qui se terminent , soit par le retour à la santé, soit par la mort, soit par quelqu'autre maladie.

A. Le retour à la santé ou la guérison fmorbi saîiatio) est marqué par le rétablissement complet de toutes les fonctions. Les phénomènes c]ui raccompagnent sont extrêmement variés, comme les maladies à la suite desquelles on l'observe. Ne pouvant pas ici les exposer tous, nous sommes réduits a les envisager d'une manière générale, en passant des cas les plus simples aux plus composés.

(i) Nous iLMiiiissons dans ce cliapiirCj aux diiferciUes lerminnisons des maladies cl aux principales formes quelles peuvent offrir, quelques coiisidéralions sur les phénomènes et sur le» jours critiques.

582 TERMINAISO:* DES MALADIES*

i"". Parmi les maladies bornées à m:ie partie, les hémorrhagics et les douleurs nerveuses sont celles dont la terminaison est la plus simple : le sang s'arrête par degrés ou tout -a -coup, la douleur cesse de se faire sentir, et la maladie est terminée. Il en est à-peu-prcs de même de plusieurs autres affections qui ne sont caractérisées que par^ un seul symptôme, telles que TictèrG, le vomissement, la nyctalopie : la diminution progressive ou subite de ce symptôme est le seul phénomène que présente le retour à la santé. Dans la guérison des plilegmasies , les phénomènes sont plus variés et plus nombreux. Prenons pour exemple l'inflammation du tissu cellulaire sous-cutané. Tantôt la douleur , le gonflement , la rougeur et la chaleui' se dissipent par degrés, soit l'un après l'autre, soit simultanément, et la partie malade reprend peu à peu le même état qu'elle offrait auparavant : c'est la résolution. Tantôt il y a exhalation de pus dans la partie enflammée; le liquide se fait ordinairement jour au travers des tégumens amincis : c'est la suppuration. Chez d'autres , la tumeur, quelle cjue soit l'époque de son développement, sans excepter celle où elle offre une fluctuation manifeste , disparaît tout -à- coup , et ne laisse d'autres traces de sa présence que la flaccidité et les rides des té^um.ens : c'est la délitescence , terminaison favorable dans les inflammations produites par des causes externes évidentes, dans les brûlures, dans les contusions, par exemple ; mais dangereuse dans celles qui sont dues à des causes internes. La gangrène est quelquefois aussi la terminaison de

TERMINAISO^'S DES MALADIES.

ces maladies , comme on le voit dans les furoncles et dans certaines brûlures : dans le premier cas, il sechap,,e avec le pus une escarrhe arro),die, nn boiirh.Uon , formé entièrement aux dépens du tissu cellulan-e ; dans le second il se détache une portion l)lus ou moms étendue des tégumens; dans l'un et 1 autre cas , la partie gangrenée est séparée des parties v.vantes par le pus qui se forme entre ces dernières et l'escarrhe. La cicatrisation s'opère ensuite arec perte de substance, comme dans les plaies.

^°. Dans les affections générales de l'économie, telles (,ue les frivres continues, les maladies pest.lenfelles, les convulsio.is , le tétanos, etc. le •clour à la santé peut être subit, il peut avoir lieu progressivement ou par plusieurs améliorations successives.

Lorsque le retour à la santé est subit, on voit tout-a-coup survenir, au milieu des symptômes les plus violens, le calme qui annonce la Cm de la maladie -Dans le cas où le retour ù la santé est progressif, les fonctions se rapprocl.ent peu à peu de letat naturel; la physionomie commence à reprendre son expression propre, les évacuations se rétablissent la peau s'humecte, les mouvcmens sont plus faciles, et le malade éprouve un sentiment de bicn-etre qui est ,,lus marqué de jour en jour, à mesure que le rétablissement des fonctions devient

pluscomplet.LorsquelaguérisonalieuparpIusieuis amciiorafons successives et distinctes, on voit le malade éprouver dans l'espace de quelques heures, et souvent a la suite de quelque phénomène qui

B84 TËRMI^^ATSON DES MALÂfiiEâ^

n'avait pas eu lieu précédemment, après une sueui% une évacuation alvine , par exemple , un soulagement qui semble indiquer le commencement de la convalescence; mais les symptômes, après s'être adoucis , persistent au même degré pendant plu-» sieurs jours, jusqu'à ce qu'une nouvelle améliora-' tion ait lieu : ordinairement la seconde amélioration dissipe complètement la maladie ; quelquefois on Fa vu persister encore avec des symptômes plus légers , et ne disparaître qu'après un troisième ou un quatrième elTort.

Les affections générales dont la marche est pc-» riodique , telles que les fièvres intermittentes , et les maladies connues sous le nom dejièi^res lar^>éesj cessent quelquefois tout-à-coup; mais le plus souvent leurs accès deviennent irréguliers et incomplets, et c'est peu à peu que la maladie se dissipe entièrement.

5°. Dans les maladies locales qui déterminent uii trouble général des fonctions, on observe simulta-* uément , à leur déclin , les mêmes phénomènes que dans les maladies locales et dans celles de toute l'é-conomie. D'une part, il survient des changemens particuliers dans l'organe affecté; de l'autre , dans les fonctions dont le trouble était sympathique. Dans l'inflammation du poumon , par exemple, la douleur de côté cesse, la respiration devient plus libre , la toux moins fréquente ; les crachats , qui étaient sanguinolens, sont simplement mtuqueux^ et le côté du thorax qui rendait à la percussiou un son mat, reprend sa sonorité naturelle; en même temps la figure cesse d'être animée y la soif et la fré-*

TERMI>'.USO>i DES MALADIES» 385

Cjuence*du pouls diminuent, la chaleur est modérée, la peau est douce au toucher, souvent humide; l'urine coule en plus grande quantité , l'appétit et les forces reviennent, etc. : tels sont les principaux phénomènes qui accompagnent le retour à la santé dans les maladies aiguës.

Dans les maladies chroniques, cette terminaison est presque toujours progressive : les symptômes, après avoir augmenté pendant un certain temps > diminuent peu à peu , en sorte que le passage de la maladie à la santé , comme celui de la santé à la maladie , est ordinairement insensible : c'est ce ([u'on observe dans les écoulcmens et les catarrhes chroniques, dans les anciens ulcères, dans le scorbut, etc. On voit, à la vérité, dans quelques cas, les maladies chroniques se terminer presque toutà-coup, d'anciennes dartres disparaître, les ilueurs blanches cesser , un ulcère se cicatriser promjjtemcnt ; mais ces guérisons subites des maladies chroniques sont fort rares, et ne laissent jamais sans inquiétude sur les suites qu'elles peuvent avoir.

B. La terminaison par la mort se montre aussi sous plusieurs formes dans les maladies aiauës et chroniques. — Dans les premières , elle a quelque^ fois lieu tout-à-coup , soit avec un alfaiblissement rapide , comme dans les grandes hémorrhagles , soit avant que la faiblesse parvienne au plus haut d<^gré, comme on le voit dans quelques fièvres ataxiques et dans certaines indammations de poitrine; ailleurs, au milieu des convulsions ou dans un état comateux. — D'autres fois la mort survient

peu à peu , j)rccédée d'une altération profonde dans la physionomie , d'une extrême faiblesse dans les mouvemcns et dans la voix; la langue devient sèche ou livide, la déglutition est bruyante ^ gênée, impossible; la respiration fréquente, inégale et râleuse; le pouls petit, faible, intermittent, insensible ; la chaleur s'éteint par degrés des extrémités vers le tronc ; le corps exhale une odeur cadavéreuse , il est couvert partiellement d'une sueur "luante et froide; les excrétions sont involontaires , les sensations éteintes; le malade ne diffère pins d'un cadavre que par les mouvemcns de la respiration, qui ont lieu encore j)ar intervalles^ jusqu'à ce qu'ils cessent complètement avec la vie. Cet état , qu'on désigne sous le nom cY a ironie (i), peut ne durer qu'un petit nombre d'heures , ou se prolonger pendant plusitîurs jours ou même plusieurs septénaires ; sa durée ordinaire est de douze à vingt-quatre heures. — Dans d'autres cas, plusieurs exaspérations successives dans les symptômes précèdent et déterminent la mort. C'est surtout dans les fièvres intermittentes pernicieuses qu'on observe cette exaspération des symptômes dans chacun des accès qui se succèdent.

Dans les maladies chroniques^ la terminaison par la mort n'a presque jamais lieu d'une manière subite ,* quelquefois néanmoins elle a été observée dans les anévrysmes du cœur ou des gros vaisseaux artériels , dans le cancer de l'utérus et dans la phthisie pulmonaire , lorsqu'il survient

(i) À-ywv, eomliat.

TERMINAISON DES MALADIES. ZSj

une hemorrhagîe considérable; dans la pleurésie chronique, lorsque le pus se fait jour dans les divisions des bronches , et qu'il y est versé toutà-coup en assez grande quantité pour produire la sulFocation ; dans le scorbut enfin , par une augmentation subite de la faiblesse. Mais le plus souvent la mort a lieu par ralfaiblissement progressif du sujet , qui tantôt est réduit au dernier degré du marasme, et tantôt augmente de volume par l'accumulation de sérosité dans le tissu celhdaire souscutané. Beaucoup de ces malades conservent leurs facultés intellectuelles et leur apjK'tit jusrju'aux derniers momens : les uns s'éteignent peu à peu sans douleur et sans inquiétude sur leur sort; les autres, au milieu des soufliMnces les plus atroces et du désespoir le ])lus affreux. La plupart offrent , trois ou quatre jours avant de succomber, une altération remarf[uable dans la ])]iysionomie, un collapsus et une pâleur terne qui annoncent au médecin leur (in prochaine.

C. La terminaison juii' luic anfrc maladie a élé désignée par les médecins grecs sous le nom de mctaschematisnios (i) , expression presque barbare pour nous. On a encore ])roposc des dénominations particulières, selon c[ue la maladie se transforme véritablement en une autre, ou qu'elle ne fait que changer de siéce ou de foiine. Dans le premier cas , on a nommé diadoche ( diado-

(i; y]-.-x'7yr,-xx7i.^'^rjç j UaiisforinalioM on c!ian;,'cmcm de forme, (le f^'n.^'J- ^, furmc , el de fST-/, (jui incli<|iic un chaiigpmciil.

xis ) (i) 7 dans le second, métastase (2) (^metas-* tasis ) ; le changement survenu dans le genre ou la forme de la maladie; le mol meta piose ou métastose (5), a été employé dans le premier sens par les uns , dans le second ])ar les autres. Le mot métastase est resté seul dans notre langage , les autres sont tombés en désuétude. On désicijne donc aujourd'hui sous le nom de métastase toute espèce de transformation de malatlie ; on ajoute \é\)\\\ih\.c fâcheuse on favorable selon que l'atlectionqui survient est plus ou moins grave quel'autre.

La métasîase a lieu assez fréquemment dans les maladies aiguës ; elle est plus rare dans les maladies chroniques. Le rhumatisme se termine souvent en se transportant de la partie qu'il occupait sur une autre, et quelquefois sur les organes intérieurs ; les hémorrhagies se remplacent aussi de la même manière : c'est la métastase proprement dite, c'est-à-dire, le simple changement de siège ou de forme , la maladie étant la même ; tandis que si un abcès termine une fièvre , si une éruption succède à une intlammation de poitrine , c'est une maladie tout-à-fait différente qui remplace la première , c'est le dladoxis des anciens.

Quant aux affections chroniques , on les voit , dans quelques cas , cesser à l'époque où une dartre, une fièvre continue ou intermittente viennent à se

(i) hi'x§o-/ri , succession 3 §Ly.oiy^oay.i ^ je succède.

(2) MsTaçac-iç , de ^;77.(^aw , je iraiîsfère.

(3) MôTàrTwc7iç, changement d'e've'nenient ^ deTrrow; j arrive^ etdcaîTà; qui indique un changemenU

TERMIXAISON DES MALADIES.' SScj

développer. Lne même alFcctlon peut passer de l'ëtat chronique à l'état aigu et réciproquement. Mais n'est-ce ])as là un simple changement dans la marche de la maladie plutôt qu'une maladie qui se termine par une autre?

Les maladies dues à des causes internes ou externes peuvent également se terminer par la mort ou la guérison ; mais la terminaison par métastase est, en (|uclque manicre, ])ropre aux maladies produites par des causes internes ; celles qui sont produites par des causes externes, et qui sont «exclusivement du domaine de la chirurgie , semblent ne pouvoir pas se tcriniiur de cett(; iii.inlrie.

Tels sont les trois modes de terminaison que peuvent ollrir les maladies. Il n'y a, sur cetohj('l, aucun dissentiment entre Icsgensde Tart; il en est autrement sur la manière de concevoir et d'expliquer le passage de la maladie à la santé. Ici nous entrons dans le domaine des conjectures , et , dès-lors , nous devons nous attendre à rencontrer les opinions les plus op[)osées.

AKTICLK II.

De la rXoctrine des Crises.

§ ["'■. Le mot crise (i) n'a pas été employé j^ar les médecins dans un sens rigoureusement semblable. Il y a crise, dit Ilippocraie , dans une mala-

(i) Kst vox hœc crisis , jiidicium , 7.770 tov 7otvio37.t, desiiinplii It f)\\) j iidicidli , (juid inter sptun vitai mcUauque tJiorUs anvifjtlëi lutte (Cgri (n'indatU , vcluti ici coihtn /w./u:- : lucli

Z^O TERMI>'AISON DES MALADIES.

die lorsqu'elle augmente ou diminue considérablement , lorsqu'elle dégénère en une autre , ou lorsqu'elle cesse entièrement (i). Quelques autevu^ n'ont employé le mot cme que dans un sens favorable ; plusieurs ne l'ont appliqué qu'aux cliangemens en bien ou en mal qui surviennent pendant l'état ou seconde période de la maladie; d'autres n'en ont fait usage que pour exprimer un changement raj)ide et favorable qui est joint à quelque évacuation nouvelle, ou à tout autre puénomène remarquable; d'autres enfin ont donné ce nom aux ])liénomèncs qui accompagnent le cliangement , et non pas au changement lui-même. C'est dans l'une ou l'autre de ces deux dernières acceptions que la ])lnpart des médecins emploient aujourd'hui le mot crise , qui se trouve ainsi fort éloigné du sens i\vxIIippocrate lui avait donné.

On adlstingué plusieurs espèces de crises ; on en a admis de salutaires et de mortelles , de régulières et d'irrégulièrcs, de complètes et d'incomplètes. Les crises salutaires sont celles qui conduisent le malade à la guérison : lorsqu'elles sont promptes et précédées d'un accroissement dans l'intensité des symptômes, elles portent le nom de crises proprement dites. On les nomme Ijsis (2), solutio , lorsqu'elles sont lentes et qu'elles ne sont pas annoncées par une exaspération préalable. Les crises régulières sont celles

plnnti y vlriini crimint ahsolvendl sint^, an morte damnandi. (Pr^i?/cc^. A II l. Dell aen in Boerhaave. Imt. Path. , loin, h? pag. 287.)

(i) Liù. de Affection. Linden. u, pag. i65.

(2) A-Jori;, solulion^ de X-Jw^ je de'lie.

TîtTtfTlXAISON DES MALADIES. ^91

qui sont annoncées par des signes pre'curseiU's ^ qui arrivent aux jours prévus , et sont accompagnées de j)iicnomènes critiques ; les crises sont irregulières lorsqu'elles n'olIVent j^as ces conditions. Les crises (oinplètes sont celles qui jugent entièrement la maladie, soit par la guérison , soit par la mort; les crises iiuompli'ics laissent le malade dansun état douteux.

Ce n'est ])oint, à juoprement parler, sur rexistencc des ciises, mais hien sur celle des phénomènes criti(pi(;s , ([u'out roulé les discussions des médecins. Il m en est aucun (jul n'adiiutte dans les m.'iliidies (l'es cliangemens soil ( 11 hien, soit en in;jl, et la transformation tl'unc malaili(; en une autre; : or, comme on \ a nu, c'est lu ce i\\\HipiuK'i'aie ajjpelait crise ou jugement. !\I;ns il en est .nilicmcnt sous le ra|)pni L d» n |>lHii(uu«in'S (jui accom- ]).ign('nt les crises ; on csl joui d'être d'accord relativement à Irur iVéfpience et à leur iniluencc iir la terminaison de la maladir.

iielativement à leur fré([uence , les uns piéten- «lent que les pliénomènes critiques sont très-rares; les autres, (jii ils on} lieu picscpu; constamment lorsque l'art ou une constitution dc'tcriorc'e n'y mettent pas d'obstacle. Les aufoi ités et les raisonnemens ont été entassés de j)art et d'autre j^our j «-soudie une question que les faits seuls pouvaient décidei'. Au$si les nombreux ('crits qui ont été public'S sur cette matière, loin de l'éclaircir, n'ont-ils lait qu'éloignerdu but qu'on se proposait d'atteindre.

I.n attendant ([u'on ait réuni , dans cette intenlioM , une grande masse de faits , on peut trou\ei- • lans les c'ents rjes iiH'rleeins obseivatcnri» (jiirhjues

Sg^ TERMOAISO?( DES iMALADIES.

matériaux utiles. Sur quarante-deux observations de maladies aiguës, conslgne'es dans les ouvrages ai Hippocraie y il s'en trouve dix-sept dans lesquelles il a observé des phénomènes critiques ; et sur quarante-huit fièvres graves, Forestus a vu dixneuf fois survenir au déclin quelques phénomènes remarquables. Nous pensons qu'on peut, jusqu'à ce qu'on ait obtenu des résultats plus concluans , admettre, d'une manière approximative, que dans le tiers ou la moitié des cas environ, on observe, au déclin des maladies , des évacuations ou quelqu'autre phénomène qui n'existait pas auparavant; toutefois nous parlons seulement ici des maladies aiguës produites par des causes internes , car ces phénomènes sont beaucoup plus rares dans les maladies chroniques et dans les affections chirurgicales.

Cette première question n'est pas aussi difhcile à résoudre que la seconde : en effet , il sufllt d^observer avec impartialité un grand nombre de malades pour connaître la fréquence des phénomènes critiques, tandis que l'influence de ces phénomènes sur les changemens qui ont lieu dans le temps où ils paraissent, est et sera toujours enveloppée de la plus grande obscurité.

La plupart des anciens médecins avaient pensé que les phénomènes critiques étaient la cause du rétablissement des fonctions (i) ; que la matière morbifique , convenablement élaborée, était trans-

(i) Les phénomènes critiques peuvent aussi correspondre à une exaspération des symptômes , ou même à la mort des

TER:.:i>'ilSOî? DES MALADIES ; ÙC):)

mise ail dehors avec l'ui lue, la sueur, les matières fécales, etc., et que la maladie cessait ainsi par l'élimination de l'agent qui l'avait produite et entretenue. Cette opinion a été combattue , dans les temj)s modernes , par des hommes d'un très-grand mérite , qui n'ont considéré les phénomènes qui surviennent alors que comme l'elîet du rétablissement des fonctions précédemment troublées ou suspendues. iNous allons indicjuer les principales raisons sur lesquelles ces deux conjectures ont été appuyées.

Ceux (pii ont vu dans les phénomènes et surtout dans les évacua'iions critiques, la cause du rétablissement de lasaiiU', préscnt(>iif , à raj)pui de leur oj)inion, des îiri^umens assez nombreux : i". Vcpoque a larpu'lle se montrent ces phénomènes prouve, selon eux, rprils sont réellement la cause du retour i\ la santé, pulsf[ue souvent ils précèdent l'amélioration , et qu'ils sont même, dans beaucoup de cas, annoncés par des signes |)articuliers, pcndiuit que la maladie est oncni-e dans toute sa violence. 2'*. Le soulagement cpii succr('e àces phénomènes critiques , la rc'apparition de la maladie par leur suppression iiitcm|)estive , militent fortement en faveur de celte opinion. 5". (^cs j)hénomènes ne peuvent être considérés comme l'eliet du rétablissement des fonctions, s'il est reconnu qu'ils dillèrent beaucoup des j)hénomènes qui ont lieu dans la santé : or, 1rs matières évacuées au déclin des

malades; mais , en gcncral , on ncniiiloic ce mol (jiie dans un *ens favorable.

maladies ne sont jamais semblables à ce qu'elles sont chez riiomme sain : l'urine est sédimenteuse; les sueurs abondantes, générales, exhalent une odeur particulière; les excrèmens sont abondans, pultaces, etc. 4''- Peut- on considérer comme le simple elTet du rétal)lissement des fonctions les liémorrhagies , les abcès, les pustules, les aphthes qui surviennent au déclin des maladies aiguës? assurément il y a là autre chose que la cessation des phénomènes morbides. 5'\ Si ces diverses preuves rassemblées ne suffisaient pas encore , on ne pourrait nier que 1 érujHion des règles dans la fièvre qui précède leur première apprtrition, que la sécrétion du lait dans celle qui suit Faccouchemcnt, ne soient incontestablement la cause qui fait cesser le trouble des fonctions. 6". Si , dans quelques cas, la marche de la i.ature est obscure, ont ajouté les partisans de cette doctrine, ce n'est pas là qu'il faut l'étudier : c'est, au contralie, dans les circonstances où le voile qui la couvre est moins épais qu'on peut interpréter ses opérations.

Ceux qui ont considéré les phénomènes qui surviennent au déclin des maladies comme l'efTet et non comme la cause du retour à la santé , peuvent établir leur opinion sur des argumens presque aussi plausibles : i'\ les phénomènes qu'on nomme critiques n'ont lieu que dans une seule classe de maladies , celle des maladies aiguës : encore arrive-t-il le plus souvent qu'ils manquent, comme le prouvent les relevés même dVIippocrate et de ForesiuSy cités par les partisans des crises : or. si ces phénomènes étaient nécessaires à la terminaison de la

TEBMIN.VISON DES MALADIES. • CiijS

maladie, ii auraient- ils pas lieu constamment? 2". Ces j^henomènes qu'on nomme critiques ne surviennent pas toujours avant l'amélioration ou en même temps qu'elle; souvent ils la suivent, et dès - lors ils ne peuvent être considérés que comme eii'et et non comme cause du changement survenu. Ouaiit aux signes précurseurs ^ui les annoncent , outre qu ils sont Tort rares, ils ne prouvent point que ces j)iiénomènes soient réellement criticjucs; le délire, ([ul n'est (ju'un symj)tomc de la maladie, ii'a-t-il j)as aussi ses signes préiurseurs ? 5°. Le méuie j)hénomène que 1 on consulèrc comme nuisible ou favorable dans un (as , est regardé comme indillérent dans un aulrc, ou (lu/, le même individu à des é|)0(pies diverses : les sueurs, par exenq)le, ({ui ont lieu pendiuit tout le cours de la maladie, sont considérées connue fâcheuses pendant l'accroissement , comme indilïércntes pendant l'état, comme utiles au déclin; n'est-il pas plus naturel d'admettre qu'elles ne sont, dans toutes les ])ériodes , qu'un des svmptomes de la maladie , et non un pliénomène distinct des autres et capable d'en modifier la marche? 4". la plupart des évacuations critiques diffèrent peu des é\acuations naturelles : si quelques-unes s'en éloignent davantage, c'est sans doute à la maladie antérieure qu'il faut attribuer cette diflérence, et au trouble encore existant des fonctions , <\\\\ ne reprennent |)as toutà-coup, mais peu î\ j>cu , leur j)arfnte jégularité. 5'*. Quant aux maladies cpii se montrent au moment ou d'autres cessent; comme les hémorrha^ies insolites, les exanlhèmcs, etc., il peut se faire, ou bien

BgB • TERMINAISON DES MALADIES.

que l'apparition des unes et la cessation des autres ne fassent que coïncider , ou bien que le premier de ces phénomènes soit la cause du second. Dans cette dernière supposition , il serait démontré qu'une maladie pourrait en suspendre une autre ; mais cela prouverait-il que la sueur , l'urine sédimenteu^e , etc., produisent un elVet semblable? 6°. Si l'apparition des évacuations critiques est suivie de soulagement, si leur suppression produit l'exaspération ou le retour des symptômes , cela ne prouve pas qu'elles soient la cause de ce changement. La suppression des évacuations naturelles provoque chez l'homme sain le développement de toute espèce de maladie ; faut-il s'étonner que la même cause pi'oduise un elfetanalogue chez l'homme affaibli , et rappelle une aifection qui vient de se terminer?

En examinant ainsi avec impartialité toutes les circonstances favorables à ces deux opinions opposées, on voit combien il est difficile, quand on ne se décide pas légèrement, d'adopter l'une et de rejeter l'autre. Les partisans des phénomènes critiques citeront toujours, à l'appui de leur doctrine, la sécrétion du lait, l'apparition des premières m.enstrues, qui, selon toute probabilité, sont réellement les causes qui font cesser la fièvre qui les précède ; mais si l'on considère ensuite la série de raisonnemens et de faits sur lesquels est appuyée l'opinion contraire, il sera bien difficile de la rejeter entièrement.

L'insuffisante de chacune de ces théories conduira peut-être à les concilier , bien qu'elles soient op-

TERMirîAISON DES MALADIES. ^97

posées Tune à l'autre. Si Ton examine combien la nature est variée dans ses moyens , et combien il est rare qu'elle s'astreigne à une marche parfaitement uniforme , on sera conduit à penser que les mêmes phénomènes peuvent être tantôt reifet et tantôt la cause du rétablissement des fonctions. Il n'est même pas impossible que ces phénomènes qui surviennent au déchu dos maladies n'aient encore avec ceux qui les précèdent et les suivent d'autres raj)ports qui nous échappent. Nous ne devons pas nous hâter de tirer .des conclusions générales de (|U(dqucs faits isolés, et moins encore d'assigner des bornes à la puissance de la nature.

Nous nous résumons :

Les crises n'étant autre chose que des changemens remarquables , soit en Jjien , soit en mal , qui surviennent ])cndant le cours des maladies, leur existence ne j)eut être révoquc'e en doute.

H en est autrement des |)hénomènes critiques dont la fréquence n'est pas encore bien connue, et dont l'iniluence sur la terminaison de la maladie est et sera toujours envelop|)ée d'une grande obscurité.

Dans un petit nombre de cas, ces phénomènes sont évidemment la cause q.ii fait cesser la maladie : l'analogie porte à croire qu'il en est de même dans plusieurs autres où leur iniluence est moins certaine.

Il est vraisemblable aussi que, dans beaucoup de maladies aiguës, les phénomènes dont il s'agit ne sont que l'eifet et non la cause du changement qui s'opère dans la maladie.

En conséquence nous nommerons critiques tous

ogS TKIlMiNAISON DES W.VLADIKS.

les phénomènes cjai ont lieu en même temps qu'il survient un changement notable clans l'intensité de la maladie , sans tenir compte des rajij^orts , presque toujours incertains, qu'ils peuvent avoir avec ce changement lui-même.

§ II. Apres avoir indiqué ce qu'on entend par phénomènes critiques, nous allons faire l'énumération succincte de ces phénomènes, exposer les signes qui les précèdent et les accompagnent , et les circonstances favorables à leur |)roduction.

A, Les phénomènes criticfues peuvent avoir leur siège dans diverses jiartits. Les membranes muqueuses sont celles où on les observe le plus souvent ; la peau occupe le second rang , et les glandes le troisième ; viennent ensuite le tissu cellulaire et les membranes séreuses : quelques-uns de ces phénomènes se montrent aussi dans le système nerveux.

I . Les membranes muqueuses ofï'rent des exhalations et des éruptions critiques.

Les exhalations critiques qui ont lieu sur les membranes muqueuses sont de plusieurs espèces : tantôt l'exhalation naturelle est augmentée , tantôt il se fait une exhalation accidentelle de sang ou do iluide aqueux. L'exhalation de mucus dans les fosses nasales , le pharynx et les bronches , est fréquente au déclin des maladies ; on a vu vers le même temps des selles muqueuses et quelquefois des vomissemens glaireux ; il n'est pas rare que l'urine dépose alors un sédiment semblable. — Les liémorrhagies muqueuses se montrent souvent au déclin des maladies j le saignement de nez; le cra-

TERMI>'AISO?* DES MALADIES. , SqQ

chement et le vomissement de sang, recoiilement licinorrlioùlal , riicmaturie et rhëmorrhaiiçie utérine ont été plusieurs fois observés à cette époque. Quant à l'exhalation d'un lluide aqueux par les membranes muqueuses, c'est un phénomène rare; on a vu quelquefois un vomissement aqueux juger rhydropisie.

On n'a observé qu'une espèce d'éruption critique sur les membranes muqueuses : c'est l'éruption d'.iphlhes (jui survient (juehpiefois au déclin des maladies aiguës , ])articulièrement chez les enfans.

s>. I.a jKMu oirr(^ également des exhalations et • des éruptions critifjucs. Au dtcTin de beaucoup de malatlics ai^U(•s , il sur\i(iit une sueur iiénérale , d'autant plus lemarfpiable (|ue la j)eau reste souvent sèche dans les deux j)remières périodes ; d'autres fois on observe une simple moiteur. — Les éruptions (jui se manifestent à la peau, vers la fin des maladies aiguës ou chroniques, soiit extrêmement nom])reuses. Les j)riii(ipales s^)nt l'érysipèle, la Tuiliaireet les dartres : on a vu (|uei([uefois aussi lepemj)hygus et la gale survenir à la même époque : Storck (i) et Morgagnl (2) en ont rapj)orté des exemples très-remar(piables. On peut joindre à ces phénomènes l'exhalation abondante de pus fournie

(1) Anluis Mcdicus 11 , png. r 12. — « Unicus J}iU œi^cr iii » fjuo hœc nialcrics inlrà scapiilas colli^cbatur , et ficbut ibi » tiimnv r^'ii iiuif^nitudinc nipuL virile, exccssil ; aptTlo tu- » more, nove/n lihrœ sert fl/nù viscidi cfjluxcnnit . m

{">.) De Scdib. et Caiiu, lib. IV ^ art. 7.

par les vésicatoires ; on y a joint encore rictcre critique, qui trouverait mieux sa place ailleurs.

5. Les phénomènes critiques que présentent les organes glanduleux consistent tantôt dans une augmentation de sécrétion , et tantôt dans le gonflement des glandes elles-mêmes. Sjdcnluim a vu Técoulement abondant de la salive juger quelques airections; les selles bilieuses et l'urine abondante avec sédiment, sont des phénomènes très-fréquens au déclin des maladies. La sécrétion du hiit juge, comme nous l'avons vu précédemment , la lièvre des femmes nouvellement accouchées. — Le gonllement des parotides survient assez fré({uemment au déclin des fièvres graves; celui des testicules et des glandes mammaires remplace souvent les oreillons. Le gonflement des glandes conglobées de l'aîne ou de faisselle a été considéré comme critique par plusieurs des médecins qui ont observé et décrit la peste.

4. Le tissu cellulaire peut offrir également une exhalation et un gonflement critiques. — L'œdématie de ce tissu et la cessation des fièvres intermittentes ont quelquefois coïncidé, comme l'a observé Sjdenham (i). Des abcès qui s'y sont formés ont également paru juger quelques mahidies. — Le simple gonflement inflammatoire du tissu cellulaire a été critique dans quelques cas , bien que la suppuration n'ait point eu lieu : ailleurs même on a vu survenir, au déclin des fièvres , une sorte de tuméfaction des extrémités , du visage, ou même

(1) Opçra OTiinia^ loin, i; pag. 6cv

T£RMI>AISO.^ DKS MALADIES. ^OI

de tout le corps , sans signes évldens cV inflammation. — La gangrène du tissu cellulaire et des tegumens a été elle-même rangée , par quelques médecins , parmi les phénomènes critiques.

5. Les ])liénomènes critic[ues qui ont lieu sur les membranes séreuses sont presque toujours fàclieux. Tantôt cV'sl une liydropisie, tantôt un épancliement de sang qui survient au déclin d'une autre maladie. 11 en est de même des cpancliemens de synovie dans les capsules ai lii ulaires.

G. Enlin le système nerveux n'est pas étranger aux phénomènes critiques : une douleur vive dans le trajet d'un niiT, la j)i»r;tlysie ou la convulsion d'une |)artic du corps, la perle d'un sens, de l'ouïe, de la vue ou de l'odorat , |)ar exenqde , et même le dérangement des functions intellectuelles, ont été observés au déclin des maladies (i).

U, Parmi les signes qui j)récèdent et accompagnent les phénomènes critiques^ il en est quelques-uns qui sont communs à tous ; il en est d'autres qui sont propres à chacun d'eux.

Les siffles prccurscius cotniniuis sont une douleur plus ou moins forte, souvent un slmphî pru-

(i) Dans quelques circoiislaiiccs , une emolion irès-vivc a suspendu le Cours d'une maladie rehelle, d'une fièvre intcrmiUenlc ou «l'une afieclion convulsive^ par exemple. Le sommeil a paru également faire cesser des douleurs Irès-vivcs qui persistaient depuis un certain nombre d'Iicures. INI.iis en admettant que le sommeil pilt cire range parmi les phénomènes critiques , il est au moins bien certain que les émotions vives cianl élrangrres à la maladie , ne peuvent point «*lre consid«rtei connue tels.

/^0 2 TEKMINATSON DES MALADIES.

lit, (le la chaleur ou de la pesanteur dans l'organe (|ui doit être le siège des phénomènes critiques; on peut, y joindre une augmentation marquée dans les symptômes généraux de la maladie, et notamment dans la force et la fré(|uence du pouls. Les sig?ics communs qui accompai^ucnt ces phénomènes sont un hicn-être plus ou moins marqué et une diminution sensible dans la ]^lnpart des symptômes.

Les phénomènes critiques n*ont pas tous des signes particuliers qui les annoncent et les accompagnent : ceux f[ui en ollVent le plus souvent sont les évacuations alvines, les hémorrhagies , l'urine et les sueurs : les autres en présentent rarement.

Les signes qui ])i'éccdcnt les évacuations alvines sont les borborygmes , les colif[ues , le gonflement du ventre, les éructations, les vents ou llatuosités, la tension des lombes , les douleurs des cuisses et desfi;enoux, et quelques iixégularités dans le pouls» Les matières sont excrétées sans douleurs,* elles sont copieuses, homogènes, jaunes ou brunâtres, pultacées , quelquefois muc[ueuses.

L'épistaxis critique est ordinairement amioncée pav la rougeur et le gonflement de la face et des yeux ; quelquefois le gonflement et la rougeur sont bornés à une des ailes du nez , celle qui correspond à la narine d'oii le sang s'écoulera. Une douleur gravative au front , à la racine du nez ou à la nuque , le battement des artères temporales , le tnitement d'oreilles, la surdité, les visions de bluettes , les pleurs involontaires, et, chez quelques malades, un peu de délire ou d'assoupissement, précèdent encore le saignement de nez.. La vitesse

ei la dureté du j^ouls , la fréquence de la respiration , ont quL'l(|uerois aussi annoncé ce phénomène : pour qu'il soit critique, il faut que le sang coule en certaine abondance.

L'hémoptysie est précédée de chaleur dans la poitrine, et de £;cne dans la respiration.

Les signes (jui précédcnl l liématéincse sont l'anxiété épigastricpic , les raj^ports et tous les phénomènes avant-coureurs du vomissement. L'hématéraèse et le crachement de sang, ainsi ([lu; l'hématurie , jugent j)rcsque toujours les maladies d'une manière funeste.

\^' llux hémorrhoïdal est annoncé par la douleur cIlUi pesanteur au sacrum, le ténesme et ([uehjuefrîlç la dysuric. 1/hémorrhngie utérine a les mêmes signes avant-coureurs, aii\(|iu Is se joignent (juel- ([uefois une auguicntalion (ni une diminution dans le volume des mamelles, des colicfues hypogastriques, et pour chaque femme < ii particulier, les phénomènes qui j)récèdent communément chez elle l'apparition des menstrues, et (jui ne sont pas les mêmes chez toutes.

Le (lux critique de l'urine est précédé de pesanteur dans les hypoc liondi ( s , de tension gravative à rhvj)ogastre, de chatouillement dans les organes uriiiaires, et de diminution dans l'exhalation cutanée ; l'urine est ensuite excrétée fréquemment ; elle est copieuse , ordinairement foncée, et d('[)Ose lin sédiment cohérent , homogène, blanchâtre ou

rose.

lia sueur est souvent précédée de légers frissons, de diminution dans l'excrétion de l'urine et de

4^4 TEr»ML\AISO>' DES MALADIES.

matières fëcalcs , et quelquefois de rougeur à la face; l'élévation des liypochondres et un léger prurit à la peau ont encore été signalés comme annonçant ce phénomène. Nous n'avons pas énuinéré parmi ces divers signes les altérations du pouls propre à chaque espèce de crise, parce que l'expérience n'a pas confirmé les ingénieuses assertions de Solano et de ses sectateurs. La doctrine des pouls critiques a été aussi promptement abandonnée que facilement accueillie j)ar les médecins (i).

(i) BordciL , le [«lus celchrc historien des pouls critiques , dislingiiail le pouls en pouls à'irritation ou non-critique ., qui est serre, vif, dur , sec et presse; el en pouls critique y qui est saillant, plein, fort; fre'quent, souvent inégal. On rencontre celui-ci dans la troisième période des maladies, l'autre dans la première. Le pouls critique est distingué en supérieur et eu inférieur : le premier annonce que la crise aura lieu par quelqu^ine des parties situées au-dessus du diaphragme; le second qu'elle s^opérera par quelqu'un des organes placés au-dessous de cette cloison.

« Le pouls supérieur est remarquable par une réduplication précipitée dans les pulsations des artères : celte réduplicalion , qiii le constitue essentiellement, ne paraît être que le fond d'une seule pulsation ,* elle est sujette à laisser de temps en temps des intervalles; ces intervalles sont plus ou moins longs, plus ou moins fréquens , selon la nature ou le degré de la maladie. La dilatation, qui devrait se faire en un seul temps, se fait en deux temps , et par deux efforts sensibles succédant à une contraction naturelle de l'artère.

» Le pouls inférieur est irrégulier, c'est-à-dire, que les pulsations sont inégales entr'elles , et ont des intervalles inégaux ; ces intervalles spnt quelquefois si considérables , qu'ils forment de véritables inlermillences, selon l'espèce de pouls

TEl\Mi:^ÀÎ50N DES MALADIES. 4^5

Les aulies phénomènes critiques n'ont pas, pour la plupart , de sii^nes particuliers qui les annon-

infcrictir, et selon que ceUe espèce se U'ouve plus ou moins de'c'are'e. On trouve aussi souvent une sorte de saulillenient de rarlère ] ce saulilleincnt sert beaucoup à caractériser le pouls inférieur. »

Les pouls supérieur et inférieur peuvent élrc simples , composés ou compliqués : ils sont simples quand ils indiquent une crise qui va s'opérer par un seul organe j composes , quand ils font connaître que TelTort critique portera à la fois sur iiiu-iicurs : compliqués f iors(|u'i]>i sont joints {»ar intervalles au pouls d'irritation , pendant lequel IVllort crinl^ue parait interrompu.

Voici les caractères des dilïérens pouls simples :

Pouls supÉniELT.s. T. Pectoral. « Il est mou, plein , dilaté; ses pulsations sont égales ; on distingue dans cliaciinc une espèce d'oiululalion , c'est-à-dire, que la dilatation de larlcre se lait en deux fois , mais avec une aisance , ime mollesse et une douce force d'oscillation (pii ne j>ermettenl pas de conlondie celte espèce de pouls avec les autres.

2°. P. f^uUural. ce 11 est fort ^ avec un redouMemenl d'Ain chaque battement ^ il est moins mou , moins ])lcin , souvent plus fréquent que le pouls pectoral ; il [Kn-.tîl être intermédiaire entre le pouls pcc'oral et le nas;d.

3°. P. nasal. « Il est redoublé ainsi (jue le j)ouls guttural , m:iis il est plus plein , plus dur; il a beaucoup plus de force et de célérité, n

Pouls iNFÉniEurs. i*. « Le pouls stomacal^ qui annonce le vomissement, est le moins développé de tous les pouls crilitjues : il est moins inégal (|ue toutes les autres espèces de pouU infe-rieurs; rarlère .semble se roidir et frénjir sous le doigt ; elle est souvent assez saillante : 1rs pulsations sont fréquentes et avec des intervalles assez étiaux.

2". Le pouls intestinal « est j)lus développé que celui du vomissement; ses pulsations sont assez fortes ,connne arrondies, et surtout inégales, tant dans leur force que dans leurs intervalle*, c« qui c*l trci-aiié à distinguer, puis'pTil ;irri\e

4o6 TERM1>A]50>( DES MAT,ADIES.

cent ; dans les cas seulement où un abcès critique doit jnger la maladie, on observe quelquefois que

presque toujours qu'après deux ou trois pulsations assez égales et assez élevées, il en parait ileux i)u trois (jiii sont moins développées, plus promptes, plus rapprochées et comme subinlranics^ delà résulte une sorte de saulillemenl ou d'explosion de Partère, plusou moins régulier : aux irrégulnrilés de ce pouls se joignent souvent des intermittences lrès-rrmnrqual)les. Il n'est jamais aussi plein, aussi développé que le j>()uls supérieur : il n'a point nécessairement d'ordre mar(jué dans ses intermittences; c'est, au contraire, })ar son désordre (pi'd se rend reconnaissahle. iv

?i°. Le pouls (le la matrice u €<>{ ordinairement plus élevé, plus développé que dans l'étal nîiturel : ses pulsations sont inégales } il } a des rebondissemens moins constans , à la vérité, moins fréijuens ou moins marqués que dans le pouls nasal, mais cependant assez sensibles.

4°. Le pouls du foie « est le plus concentré après le pouls stomacal 3 il n'a ni dureté ni roideur ; il est inégal, et celle inégalité consiste en ce que deux ou trois pulsations inégales succèdent à deux ou trois pulsations parfaitement égales, et qui send)lenl souvent naturelles.

5". he. pouls des hcmorrhoïdes « est inégal comme les autres pouls inférieurs; mais c'est d'une inégalité qui lui est particulière. Les pulsations se ressemblent peu entre elles par la force et encore moins pour les intervalles. Ces pulsations, lorsqu'elles sont moins inégales, paraissent presque toujours tenir de l'étal d'irritation : il y en a néanmoins de temps en temps quelques- unes de plus dilatées , et où le resserrement est moins sensible : ces pulsations, plus dilatées , sont bienlôt suivies de pulsations où il y a du rebondissement. A trois ou quatre pulsations un peu concentrées, vives, roides , presque égales , succèdent deux ou trois pulsations un peu dilatées , comme arrondies et moins égales ; les trois ou quatre pulsations suivantes se font avec des rebondissemens j mais ces diverses ptdsations ont ceci de commun, c'est qu^on y trouve une sorte

TERMI>Al5o:« DES MALADIES. 4o7

l'urine reste claire , ({u'il y a des fiissons passagers et (les sueurs partielles au (Uiclm de la maladie (i).

<le ircinbiement assez conslaiU, plus ilc irecjuence cl de fond de resserrement que dans les autres espèces de pouls inférieurs: on sent, pour ainsi dire, une sorlo de profondeur du pouls, et celle profondeur , jointe nu treuïMolement des pulsations , semble être le caractère le ]>liis disiineîif entre le |>«iiil-> dos règles et celui des IwMuorrhoïdes.

6°. Le pouh Jcs urines « est inégal ;i\ec une sorte tle re;;ularilé : il a plusieurs pulsations moindre^ les unes que les auucs , cl qui vont en «liminuant jusqu'à se perdre, pour ainsi dire, sous le doigt : c'est dans ce même ordre qu'elles reviennent de temps en lemps : les pidsaiions qui se font dans ces intervalles sonl plus dr'veloppccs ^ assez égales et un peu saulillaules.

Pouls de la sueur critique. « Lorsque le pouls est plein , souple , développe, fort , c|u'à ces modilicalions se joinl une incgalilé dans laijuelle qucKpjes pulsations s'élèvent nu-iics^us des pulsations ordinaire», Nonl en auginenlanl jusqu à la dernière, q«ii se fait distinguer par une ililatalion , et en même le-mps une souplesse plus prononcée que dans les autres pulsations, il faut lotijours allendie iine ^ueur critique. »

(i) Hippocrale assure que quand Turine reste iransparenle cl crue pendant l()r){»-(emps, el que les auires signes sonl favorubies, on doit j>'ulicnilie à la formallo^l il'un abccs {.{aw^ Io parties situées au-dessous du diaphragme. (/V<«/zo^ ^ n' 7«S , /t>t'V.) LVjbservation de Pitliion , rap[>oiléc par Hippocrale dans le lroi>ième livre tles Epidémies, n'est pas la seule qui confirme celle asserlif)n , toute extraordinaire qu'elle puisso paraître. Tissoten a rapporté une autre dans sa description delà fièvre bilieuse de Lausane, el nous avons vu nous-mémc un fait semblable chez un nial.ide de l'Iiùpilalde la Charité. Il était atleinl d'une péripneumonie au déclin de laquelle l'urine resta constamment iranspareriie, lorspie d('j:'t t<jijs les svmj)tùines a%aienl presque complèiement dispar(i. Il paraissait entrer en convalescence , lorsqu'il survint , le dix-septième jour , une douleur Mve dank U jauditt gaucln*. Le «lix-ncuvièmc . la douleur

4o8 TERMINAISON DES MALADIES*

Tantôt on n'observe qu'un seul phénomène critique y une hemorrhagle copieuse , une sueiu^ abondante, par exemple; tantôt on en rencontre plusieurs simultanément ; clans quelques cas même tous les couloirs semblent s'ouvrir à la fois : la peau se couvre de sueur, l'urine coule abondamment , le ventre se relâche , le mucus des fosses nasales et des voies aériennes est exhalé en plus grande quantité, etc. D'autres fois , divers phénomènes critiques ont lieu, mais successivement^ comme on a eu de fréquentes occasions de l'observer.

C. Les phénomènes critiques ne sont pas e'galement fréquens dans toutes les circonstances. Ils sont plus tranchés et plus communs dans la jeunesse et fenfuice, chez les individus d'une forte constitution, dans les climats tempérés ;, dans les lieux élevés , dans la saison du printemps ; ils sont plus obscurs et plus rares dans les maladies des vieillards, des gens faibles, dans les régions humides et sous Tinlluence d'un traitement perturbateur. BaglivL a encore observé qu'ils ont lieu moins souvent chez les habitans des villes que chez ceux des campagnes ; et d'autres ont remarqué cju'ils étaient plus fréquens parmi les gens aisés que dans la classe indigente.

ëlail piilsalive , et il s'y élait joint un gonflcnienl et une dureté remarqnal)les. Les jours suivans , la douleur et le gonflement augmentèrent et s'e'lendirent à la cuisse; mais vers le vingt-cinquième jour, l'urine, qui élait resiée jusqu'alors Iransparenle , devint trouble et jumenteuse; et l'inflammalion , qui semblait devoir amener la suppuration , se termina prompieraent par résolution.

11 est aussi , pour quelques plienomèncs critiques en particulier, des circonstances qui ftworisent leur production. Les liemorrhagics sont plus fréquentes dans le printemps et les étés secs , dans les pays fertiles, chez les individus d'un tempérament san-uln et sujets dans l'ctat de santé à des hémorriia-ies habituelles; on les observe particulièrement depuis quinze ans jusqu'à trente-cmq. Les exhalations de mucus ont lieu spécialement chez les individus lymphatiques , dans les saisons humides, comme l'automne et Thiver , dans les lieux bas et marécai^eux. Le ilux de ventre critique a paru ]dus fréquent chez les adultes .l'un lemperament l>irirux , dans l'automne; rurine , dans l'hiver cl le printemps, ( liez les individus lym-

phati([U('s.

Chaque contrée paraît aussi imprimer aux maladies une tendance parlleulière à telle ou telle espèce de phénomène crltlcpu'. M. (-oraj , dans ses notes savantes sur le traité de Talr, des eaux et des lieux, assure qu'en Italie et dans les pays chauds, les sueurs sont i)lus fréquentes; qu'en llolhuide et en An-leterre les dépôts sont assez communs; (|ue dans l'ouest de la France, l'éruption miliaire jn^c plus souvent les maladies , tandis (ju'ii Paris les phénomènes critiques sont plus varies.

On a pensé que certains pluMiomènes critiques appartenaient ])lus spécialement aux maladies de telle ou telle cavité. ?J. foisin , dans une thèse soutenue à la Faculté de ÎNÏédecine de Paris , affirme que les adections thoraclques se junent le pbis souvent par des phénomènes critiques f|ni se

^10 TERMIiN'ÀISON DES MALADIES.

montrent à la peau, tandis que les maladies de la tête se terminent spécialement par des évacuations alvines. Cette assertion fondée sur un certain nombre d'observations et sur la sympathie qui existe entre les poumons et la peau, entre la tête et le ventre, mérite et appelle l'attention des médecins observateurs , en attendant que l'expérience l'ait confirmée ou détruite.

D, Les phénomènes critiques ont une durée variable 'y la plupart ne persistent que douze ou vingtquatre heures^ les sueurs et lurine critiques se prolongent ordinairement dans la convalescence , et leur suppression intempestive provoque souvent le retour de la maladie. Les hémorrhagies ne durent quelquefois pas au-delà de quelques minutes, tandisque certaines éruptions qui se raiontrent au déclin des.maladics n'ont pas encore cessé , dans quelques cas, au bout de plusieurs mois.

ARTICLE III. Dociriîie des Jours cridques.

Les crises , c'est-à-dire les changemens en bien ou en mal qui surviennent dans le cours des maladies, ont-elles lieu exclusivement ou spécialement à certains jours, ou se montrent-elles indistinctement à tous? Y a-t-il ou n'y a-t-il pas de jours critiques ?

Ce point de doctrine a été long-temps, dans les écoles, un sujet de controverse. Ses partisans et leurs antagonistes ont été entraînés , comme cela arrive presque toujours , par la chaleur de Li discvis-

sion , au-delà du point qu'ils voulaient défendre ou attaquer. Les premiers ont été ainsi conduits à prétendre que les maladies ne pouvaient être jugées qu'à certains jours , tandis que les autres soutenaient qu'aucune espèce de maladie ne se terminait à un jour plutôt qu'à tout autre.

A oici quelle était la doctrine à^ Hippocraie , relativement aux jours tvitiques :

Il regardait les derniers jours de chaque semaine ou septénaire comme les plus favorables aux cliangemens qui surviennent dans les maladies. Ces jours étaient le 7% le 14% le 20% le 27% le 54^ et le 40'' : il les nommait yo^^^i• critiques. Dans cette manière de compter les jours, le troisième septénaire commençait le dernier jour du second, c'est-à-dire le i/y jour; le sixième septénaire commençait le dernier jour du cinquième, c'est-à-dire le 54''; en sorte que trois septénaires ne formaient que vingt jours, six n'en formaient que quarante. Ilipftocraie comptait vingt et un jours médicaux dans vingt jours solaires. Chesneau , dans son Traité des lièvres, a proposé un jour médical de vingt-trois heures; mais il ne serait pas tout-à-fait le même que celui A\IJ i ppocratc , qui est un peu plus court. Jlîppocraic j)laçait au second rang les jours qui tiennent le milieu des septénaires, tels que le /-{ , le II*", le 17°; il les nommait indicateurs , parce que, selon lui, les changemens sont j)hitôt indiqués que produits aux jours dont il est question ; ils sont indiqués , soit par quelque phénomène nouveau , soit par une diminution ou une augmentalion dans l'intensité de la maladie.

Les autres jours étaient distingués en joui*s intercalaires , auxquels les crises arrivent moins fréquemment et sont moins complètes qu'aux jours critiques et indicateurs^ et en jours vides ou non décrétoires, auxquels les crises n'ont presque jamais lieu. Voici l'énumération des jours qui appartiennent à chacune de ces quatre séries :

Jours critiques, 7"", 14 , 20^, ^T y ^4^ > 4^^^ 60% etc.

Jours indicateurs^ 4% ^^% ^7% ^4^^ ^^c.

Jours intercalaires, 5^, 5^, 6^, 9^, etc.

Jours non décrétoires, 2% 8®, 10% 12®, i3% I5^

Ce serait avoir une idée fausse de la doctrine à^ Hippocrate sur les jours critiques que de la considérer comme exclusive. Ce grand médecin eut la sagesse de ne rien présenter à ce sujet comme constant ; il fît lui-même observer que la marche des maladies était modifiée selon les saisons et les épidémies. Les observations qu'il a consignées dans ses ouvrages ne sont pas toujours conformes à ses axiomes généraux sur les jours critiques, et cela seul prouverait qu'il y mettait des exceptions. Il pensait d'ailleurs que les crises pouvaient avancer ou retarder d'un jour , avoir lieu, par exemple , le sixième , et même le huitième, qui est noii-aécrétoire y au lieu du septième.

Galien et ses sectateurs furent loin d'imiter la sage circonspection du père de la médecine c ils défigurèrent sa doctrine, en soutenant que certains jours étaient constamment heureux , d'autres toujours funestes; en sorte qu'aucune maladie ne pouvait se terminer défavorablement le septième jour,

TERMINAISON DES MALADIES. /^l5

m heureusement le sixième, Galien appelle à ce sujet, en témoignage, les dieux immortels, qui connaissent, dit il, la vérité de ses paroles !

Autant il est aisé de détruire les assertions exclusives de Galien y autant il serait difficile de com- Lattre la doctrine sage et réservée di Hippocrate, S'il est un certain nombre d'affections qui peuvent se terminer indifféremment à toute époque , il en est beaucoup d'autres qui cessent régulièrement dans un temps déterminé, qui ont, comme on Fa dit, une sorte de maturité comparable à celle des végétaux : la variole et le typhus en particulier sont dans ce cas. Sur les quarante-huit fièvres graves dont Forestus a donné l'observation , trente ont été jugées aux jours critiques , huit aux jours indicateurs , dix seulement aux jours vides ou intercalaires. En rassemblant toutes les observations qui se trouvent disséminées dans les écrits à'Hippocrate , Dehaen a constaté que sur cent soixantecinq maladies aiguës, il s'est présenté cent seize crises complètes ou incom^plètes aux jours critiques ou indicateurs, et soixante -dix -sept seulement aux autres jours. Les crises favorables ont plus fréquemment eu lieu aux jours critiques ou indicateurs, les crises funestes aux jours intercalaires ou vides (i).

Cette influence des jours critiques n'est pas marquée seulement dans les m.aladies internes ; il paraîtrait , d'après les observations de Testa y qu'elle

(i) Dehaen , Prœlect. in Boerhaave. Inst. Paih. ^ tpm. u^ pa^, 276»

4l4 l'ERMINAiSON DES MALADIES.

s'étend jusqu'à un certain point aux affections chirurgicales. Suivant cet auteur, c'est ordinairement le quatrième , le septième , le onzième , le quatorzièm.e ou le vingtième jour qu'il s'opère dans les plaies de grands changemens, que la rupture des abcès a lieu , c]ue surviennent les évacuations favorables , les accidens , les convulsions en particulier, etc.

Les antagonistes de la doctrine des jours critiques ont prétendu que ce n'était pas fobservation qui avait conduit Hippocrate à la fonder ; que ce médecin avait été entraîné par sa prévention en faveur du système des nom.bres de Pjtliagore. Celse en particulier adresse indirectement ce reproche à Hippocrate , lorsqu'il accuse les anciens médecins d'avoir rapporté à la puissance des nombres les périodes des maladies et les jours critiques. Quand on réfléchit à la circonspection avec laquelle Hip-^ pocrate s'est exprimé sur l'influence des jours critiques, il est difficile de concilier, avec cette prévention dont on parle, tin langage aussi réservé. Si l'on compare ensuite la doctrine des nombres de Pjthagore et celle des jours critiques à' Hippocrate , on se convaincra davantage encore cjue ce dernier est loin d'être aveuglé psirle pjtka go ri sme. La lecture attentive des écrits à^ Hippocrate ne permet pas de croire qu'il ait attaché aux nombres en général , et aux nombres impairs en particulier , autant d'importance qu'on l'a dit généralement. La doctrine des jours critiques, telle qu'elle est présentée dans ses véritables ouvrages^ est si différente de ce qu'elle est dans les livres qu'on lui a faussement attribués, qu'elle concourt, avec toutes les

TERMINAISON DES MALADIES. ^lÔ

autres preuves^ ù démontrer combien est fondée la distinction qu'on en a faite.

Nous n'irons pas toutefois jusqu'à prétendre que les recherches à^ Hippocrate sur les jours critiques soient entièrem.ent étrangères au système de Pj^ thagore; mais autre chose est que ce système ait fait supposer à Hippocrate des jours critiques, autre chose est -que ce médecin ait été conduit par ce système à îes observer : or , s'il est démontré que la doctrine des nombres et celle des jours critiques , bien qu'ayant quelque analogie , diffèrent cependant sous beaucoup de rapports ; si , comme il serait facile de le prouver , elles se trouvent, à plusieurs égards , dans une opposition complète , on ne peut point admettre que la doctrine des jours critiques ne soit que l'application du sysième de Pfthagore à la marche des maladies , et l'on est obligé de conclure que c'est sur l'observation i\\x Hippocrate s'est appuyé pour fonder une doctrine dont le système des nombres a pu lui suggérer l'idée.

Quelques médecins, plus respectueux pour la doctrine A' Hippocrate que ceux qui l'avaient accusé de pythagorisme , ont prétendu que sa doctrine des crises n'était applicable qu'au climat de la Grèce , et que ce serait à tort qu'on retendrait aux maladies du nôtre. Mais cette objection tombe d'elle-même, si l'on considère, I^ qu! Hippocrate n'a pas seulement pratiqué en Grèce, qu'il a aussi exercé chez les Scythes ; 2°. que nous reconnaissons, dans les maladies qu'il a décrites^ celles qui se développent chaque jour sous nos yeux^, et que

4l6 TERMIJ^AISON DES MALADIES.

iîos observations journalières , loin d'infirmer la plupart des préceptes qu'il nous a transmis, ne font qu'en mieux établir la vérité.

La plupart des discussions qui ont eu lieu sur les jours critiques auraient été évitées peut-être si l'on se fût mieux entendu sur le point de la discussion, si chacun eût clairement exprimé jusqu'à quel point il voulait attaquer ou défendre cette opinion. Il n'est presque aucun de ses partisans qui ne fut convenu volontiers que les maladies ne se jugeaient pas , dans tous les cas sans exception y aux jours critiques ou indicateurs, et vraisemblablement aussi leurs antagonistes , du moins pour la plupart, auraient admis qu'il est certains jours oii les cliangemens qui surviennent dans les maladies sont un peu plus fréquens ; dès - lors la discussion n'eût plus roulé que sur la fréquence relative, et ce point , encore obscur aujourd'hui, aurait sans doute été éclairci.

Nous ferons remarquer, avant de terminer cet article, que la doctrine des phénomènes et celle des jours critiques sont presqu entièrement indépendantes , et que l'une d'elles pourrait être fausse sans que l'autre le fût.

coisvalescence;

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