CHAPITRE XL
De la Convalescence.
-La convalescence ( coiwalescentia ) est un état intermédiaire à la maladie qui n'existe plus et à la santé qui n'existe pas encore : elle commence lorsque les symptômes qui caractérisent la maladie ont disparu, et finit à l'époque oii l'exercice libre et régulier des fonctions qui constitue la santé est pleinement rétabli.
On a distingué deux espèces de convalescence , Tune vraie , l'autre fausse. Cette distinction ne peut pas être conservée : si la maladie persiste après une rémission marquée, l'individu est encore malade; si la maladie a cessé , il est convalescent : la convalescence peut être incertaine , mais elle ne saurait être fausse.
Les phénomènes qui accompagnent la convalescence n'offrent rien de particulier dans les affections purement locales et dans les indispositions légères. Il en est autrement dans les maladies aiguës ou chroniques qui ont , pendant leur cours , dérangé toutes les fonctions.
Dans la convalescence d^s maladies chroniques de ce genre , les fonctions dlgestives et locomotrices se rétablissent communément avec lenteur, l'embonpoint ne revient qu'au bout d'un temps plus long encore; et quelquefois même, surtout
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dans la vieillesse, il ne revient jamais au degré où il était avant la maladie.
Les phénomènes qui accompagnent la convalescence des maladies aiguës sont bien plus nombreux et bien plus remarquables. Un des premiers effets de la cessation de la maladie est un amaigrissement subit de tout le corps, et en particulier de la face, tjui devient plus pale. Cet amaigrissement et cette pâleur paraissent dépendre surtout de la diminution des symptômes fébriles, et principalement de la chaleur qui , même dans le corps vivant , détermine une augmentation dans le volume des parties, une véritable raréfaction. Le re'tablissement des sécrétions dans la troisième période doit aussi être une des causes de ce phénomène. Le sentiment de la faiblesse est alors très-prononcé ; la démarche du convalescent est chancelante , et ses premiers pas exigent de très-grands efforts , surtout lorsqu'il veut descendre : la rapidité avec laqu'jlle les forces musculaires se réparent est le signe le plus certain de la convalescence. La voix reste quelque temps faible et ne reprend son ton naturel que quand la santé est pleinement rétablie. Les organes des sens ont souvent perdu de leur activité , la vue est quelquefois trouble et confuse, et l'ouïe peut offrir des anomalies diverses. On observe communément une extrême susceptibilité morale : les convalescens sont ^>resque tous disposés aux passions gaies, a i'espéi^auce , h la joie ; mais ils sont en même temps impatiens et irascibles. Les fonctions intellectuelles ne reprennent ordinairement toute leur énergie que par degrés et h mesure que la santé se rétablit :
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chez quelques-uns , la mémoire , l'imagination, le jugement, sont dans un état réel de faiblesse qui ne se dissipe que lentement; chez le plus grand nombre, ces fonctions s'exercent avec toute leur intégrité ; mais le nioindre traA^ail , le plus léger effort cause de la fatigue , produit des maux de tète ^ quelquefois même des lipothymies et divers autres accidens.
Les fonctions digcstives reprennent plus ou moins promptement leur exercice régulier ; la langue reste un peu chargée , Tappétit revient peu à peu ou tout-à-couj) ; souvent le vin parait amer et le pain sans saveur; la soif diminue ou cesse; la digestion stomacale ne se rétablit pas ordinairement aussi vite que Tappétif;, et c'est là ce qui rend les indigestions si fréquentes : néanmoins quelques personnes mangent et digèrent facilement, dès le premier jour de la convalescence après une maladie grave ^ une quantité dalimens considérable. Nous avons vu deux convalescens du tyjjhus manger sans accident et en un seul repas, le jour même où la fiCA^re venait de cesser , plus d'une demi-livre d alimens solides. Le ventre est ordinairement paresseux dan» la convalescence, et les matières alvines sont sèches et grisâtres; quelquefois, au confira ire , il y a du dévoiement. La respiration est libre dans le repos, elle est un peu courte dans la marche. Le pouls reste quelquefois fréquent ])endant plusieurs jours ; mais quand tous les autres signes sont bons , la fréquence du jjouls n'a rien d'inquiétant ; elle ne doit pas empc.:hcr le médecin d'accorder aux convalescens les alimens qu'ils demandent. Chez un
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certain nombre le pouls devient , par l'effet sans doute du repos et de la diète prolongée auxcfuels la maladie les a condamnés, plus lent qu'il ne l'est dans l'état sain : il n'offre qu'environ cinquante pulsations. La plupart des convalescens éprou.vent , par les causes les plus légères , par la marche, ou par l'effet d'une sensation ou d'une émotion vive , des palpitations qui n'ont rien de grave; chez presque tous aussi , les veines des membres inférieurs se gonflent facilement par la station , et l'on observe le soir un peu d'oedème autour des malléoles. Leur chaleur est communément diminuée; ils sont sensibles au froid extérieur et se tiennent volontiers auprès du feu, même dans les saisons chaudes,* beaucoup d'entre eux éprouvent, pendant la nuit, une légère moiteur ; chez d'autres , l'urine coule en très-grande abondance ; la constipation pourrait faire présum.er que , chez le plus grand nombre, la sécrétion de la bile est peu abondante.
Un des phénomènes les plus remarquables de la convalescence est l'excitation des organes générateurs , les désirs ardens ^ les songes lascifs , les pollutions nocturnes. Plusieurs auteurs rapportent que des vieillards qui n'avaient pas eu d'éjaculation depuis plusieurs années, en ont eu dans la convalescence. Le rétablissement des m.enstrues, chez les femmes, n'a souvent lieu que plusieurs mois après la cessation de la maladie.
Nous joindrons à ces phénomènes la desquamation de l'épiderme et la chute des cheveux qui ont lieU; chez beaucoup d^ malades , à une époque
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très-avancée de la convalescence. Les cîieveux qui repoussent n'ont pas ordinau^ement la même nuance ni la même forme que les autres , et cette circonstance donne à la chevelure de ceux qui ont éprouvé une maladie grave un aspect particulier.
La durée de la convalescence est souvent incertaine, parce que l'époque où elle commence et celle où elle finit ne sont pas bien marquées. On ne peut presque jamais la déterminer d'une manière rigoureuse ; on ne connaît alors que sa durée approximative.
Beaucoup de circonstances peuvent rendre la convalescence plus longue ou plus courte. L'âge et la constitution de l'individu , le genre et la durée de l'affection, l'habitation, la saison et le régime, sont celles qui influent le plus puissara^ment sur l'espace de temps qui s'écoule entre la fin de la maladie et le rétablissement parfait de la santé. Plus on approche de 1 enfance , plus la convalescence est courte; elle devient progressivement plus longue dans l'âge mûr et chez les vieillards ; elle l'est moins chez les individus forts et bien constitués que chez les personnes faibles et habituellement souffrantes ; elle est communément courte à la suite des affections nerveuses , de la fièvre inflammatoire et des phlegmasies dont la terminaison a été franche; elle est longue à la suite des maladies qui ont été accompagnées d'une grande prostration , ou qui ont leur siège dans le conduit alimentaire, comme la gastrite et l'entérite. La durée de la maladie influe nécessairement aussi sur celle de la convalescence : il est évident qu'à la suite d'une maladie de quel-