CHAPITRE XVI
Du Diagnostic*
Le diagnostic (i) est cette partie de la pathologie qui a pour objet la distinction des maladies. Distinguer une maladie, c'est la reconnaître toute les fois qu'elle existe, quelle que soit son obsciuitë : c'est constater aussi ([u elle n'existe pas toutes les fois crue d'autres maladies se présentent avec des symptômes (]ui ressemblent aux siens.
r( La science du diagnostic, » disait Zo7^/>^ dans son Mémoire sur les tumeurs fongueuses de la dure-mère, « tient le premier rang entre toutes les » |)arties de l'art, et en est la plus utile et la plus y) dilîiclle. Le discernement du caractère propre de )) chaque genre de maladie et de ses dllFérentes es- » pèces est la source des iiulications curatives. Sans >j ini diagnostic exact et précis , la théorie est tou- » jours en défaut^ et la pratique souvent infidèle. » Le diagnostic peut être envisagé^le deux manières dilTérentes, selon qu'on le considère, ou successivement dans chaque maladie, ou abstraction faite des cas particuliers, comme une des branches de la pathologie générale. C'est seulement sous ce dernier polntdevuequenousdevonsen tralterici; leresteap-
(1) Aiz'/v'jTt;, discernement : 'îi/. ; enirc ; '/'vo^^/o) ^ je conn:^i». •
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partient à la descrlpllon spéciale de chaque maladie* Le diagnostic, considéré ainsi d'une manière <^énérale, offre plusieurs points importans : les principaux sont, 1°. les signes sur lesquels on doit le fonder; 2^. les conditions nécessaires, soit de la part du médecin , soit de la part du malade , pour rétablir; 5°. la manière dont il convient d'examiner ou d'interroger les malades, pour parvenir à la connaissance des affections dont ils sont atteints ; . 4°. les obstacles qui rendent le diagnostic diflicile ou incertain.
§ I. On comprend sous le nom de signes dia-gnostiqiies toutes les circonstances propres à éclairer sur le genre et l'espèce d'une maladie : les principaux sont les symptômes passés ou présens, les causes qui ont préparé ou déterminé le développement de la maladie , la manière dont elle a débuté^ l'effet des moyens mis en usage. Parmi les signes diagnostiques, tous n'ont pas une Importance égale; les uns , qu'on a nommés caractéristiques ^ softt ceux cnil, seuls ou réunis en petit nombre, suffisent pour faire connaître la maladie : tels sont^ par exemple, la tension, la douleur du ventre, les vomissemens, etc. , dans l'inflam.mation du péritoine. Ces signes ont encore été appelés ^rais ^ essentiels^ siiffisans, univoques, parce qu'ils ne laissent pas de doute sur l'existence de la maladie. Parmi ces si^^nes, il en est quelques-uns qu'on a nommés pathognomoniques (i) parce que la maladie n'exista
(i) ndcôo;, maladie, ^vwfjiovtxoç , qui fait connaître; 7ivw(7xw^ je connais.
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jamais sans eux, et quils ne se présentent jamais sans qne la maladie existe. Ces si^^nes vraiment patliognomoniqnes n'existent que dans un certain nombre d'affections : tels sont la mobilité des fraamens osseux dans les fractures , les vomissemens et les déjections de bile dans le clioléra-morbus. Les signes caractéristiques diffèrent des signes pathognomoniqucs, en ce que la maladie peut exister sans ceux-là et jamais sans ceux-ci. Aussi toutes les maladies ont-elles des signes caractéristî(jues, tandis qu'il n'en est qu'un petit nombre qui ait des signes pathognomoniqucs : quelques auteurs même ont nié l'existence de ces derniers. D'autres siennes qu'on a nommés communs , ('quivoques , insnffisans , sont ceux qui se rencontrent dans beaucoup de maladies et qui n'appartiennents])écialement à aucune : telles sont la fré([uence du ])ouls, l'élévation del • chaleur, la soif. Ces signes ne sont pas indifférens pour le diagnostic; mais ilsoffient bien moins d'importance que les précédens. Il est enfin quehjues signes qu'où a nommés accidejitcls et qui n'ont que très-peu de valeur.
Les signes fournis au médeciy par ses propres sens ont pour lui une toute autre valeur que ceux qu'il ne connaît qne par le rapport du malade et des assistans. C'est principalement à l'aide des l^remiers qu'il doit chercher à établir son jugement ; les autres le conduiraient souvent à l'erreur s'il leur accordait une entière confiance.
Enfin il est, dans les maladies, des signes /?05^/^//i et nrgnfifo , c'est-à-dire que l'absence de certains phénomènes peut, avec les phénomènes observés.
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concourir à fixer le jugement du mëJeciii. Toatefois les signes négatifs sont cFune bien moindre valeur <[ue les signes positifs : ainsi la douleur de côté et les crachats sanguinolens, les vomissemens et une tumeur à lëpigastre sont des signes presque certains de la pneumonie et du cancer de l'estomac; l'absence de ces signes ne prouve pas que le poumon ne soit point enilamme , que l'estomac ue soit pas squirrheux.
§ li. Il est plusieurs conditions nécessaires au médecin pour bien dingnostiquer. La première est la connaissance approfondie de la pathologie. Celui qui ne connaît pas les signes de toutes les mahulies n'est pas en état de porter un jugement échairé sur une seule d'entre elles. Une autre condition non moins importante que la connaissance théorique des maladies, est l'habitude de voir les malades et de rapprocher les phénomènes observés pendant la vie des lésions qu'on rencontre après la mort. Le médecin qui n'a pas fait pendant long-temps l'application de ses connaissances au lit des malades, qui n'a pas assisté à f ouverture d'un grand nombre de cadavres, est certainement inhabile à bien établir un jugement sur les maladies qu'il observe. En supposant que son diagnostic fût juste dans quelques cas, il serait faux dans le plus grand nombre^ et dans tous il ne serait établi qu'avec lenteur et incertitude. L'habileté dans le diagnostic, qui constitue , avecl'hablleté à saisir les indications, ce qu'on appelle le tact médical, ne peut être acquise qu'avec le temps ; elle suppose la réunion de toutes les qualités nécessaires a l'observateur ; des sens fidèles ,
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qui constamment transmettent avec netteté toutes les nuances des phénomènes qui sont de leur ressort, un esprit droit et pénétrant, qui sache rapprocher à propos, com{)arer avec discernement, déduire des faits les inductions et les conséquences qui en émanent, et qui, alliant dans de justes ])roportions la hardiesse et la prudence, ose obéir quelquefois à une sorte d'inspiration qui ne hi trompe guère. Ces qualités jnécieuses sont rarenn iit réunies chez un même homme, et le nombre dts médecins remarquables par une grande habileté dans le diagnostic est toujoius tiès-rcstreint.
Il est aussi , avons-nous dit , do la j)art du malade plusieurs rnnditi<. lis, smon indispensables au diapnoslic , du niom^ ties-proj)res à le rendre j)bis iacdc et |)Ius sur. La j)remière est un degré d'intelligence suHisant |,)our romprcndre les questions faites par le médecin el y répondre avec clarté. On sait combien il est dillicilc à celui-ci de fixer son jugement lorsque les facultés intellectuelles du mahule sont naturellenn^it obtuses ou accidentelienniil troublées, lorsque son âge ne lui ))ermet j)as encore de s'e:s|nimer, ou lorsqu'il parle une langue que le médeein ne conqjrend pas. Une autre condition importante, est que le malade ne cherche pas à tromper, soit en cachant quelques circonstances de sa maladie, soit en accusant de« symptômes fjiril n'éj)rouve point. Il est une espèce de malades qui: ne manquent j>as d'une certaine intelligence et qui n'ont pas l'intention de tromper le médecin, mais dont l'examen est pourtant fort Uifiicilc j)ar la manière dont ils exposent ce qu^ils
sentent et répondent aux questloiis qu'on leur fait. Au lieu de dire simplement ce qu'ils éprouvent et de répondre directement à ce qu'on leur demande, ils donnent leur opinion sur la nature intime de leur maladie : l'un est tourmenté par les glaires, la bile, le sang , ou par une acrimonie; l'autre a les nerfs irrités, tendus ou relâchés, etc. On conçoit facilement que quand un malade aurait, pendant une ou plusieurs heures , exposé ce qu'il éprouve, en mettant toujours en scène la h\\e et les glairfs , les acrimonies et les nerfs , le médecin ne serait pas plus avancé qu'avant de l'avoir entendu. On pourrait croire qu'en avertissant les malades de ne point employer ce langage, et de dire simplement ce qu'ils sentent, on les ramènerait à une manière de parler plus intelligible ; mais on se tromperait beaucoup : la plupart ne changent aucunement leur lingage. Le médecin a besoin de toute sa patience pour les écouter, et souvent il est réduit à juger uniquement d*après ce qu'il voit et en faisant abstraction de tout ce qu'il a entendu.
Telles sont les principales conditions nécessaires, pour le diagnostic , de la part du médecin et du malade. Voyons maintenant de quelle manière il convient d'examiner et d'interroger l'individu dont on veut connaître la maladie.
§111. Le médecin qui voit un malade pour la première fois commence par jeter sur lui un coupci' œil rapide. S'il est debout , son attitude et sa démarche sont les premières choses qui frappent l'observateur ; s'il est au lit et si rien ne s'y oppose ;, ïl convient de le découvrir entièrement pour mieux
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apprécier sa force, son embonpoint, sa stature et les divers phénomènes que peut offrir Fliabitude extérieure. Ce premier coup-d'œil suffit presque toujours pour reconnaître si la maladie est récente ou ancienne , et dans quelques cas même, pour juger qu'une affection aiguë est survenue dans le cours d'une affection chronique. Si, par exemple, on visite un malade au mUieu du jour et qu'on observe la rougeur de la face , l'élévation de la chaleur , la fréquence du pouls, l'accablement, qui appartiennent aux maladies aiguës, en même temps que la maigreur propre aux maladies chroniques, il est au moins très-vraisemblable que cette complication existe.
L'examen successif des diverses régions du corps peut fournir des signes fort importans, non-seulement dans les maladies externes, mais aussi dans les affections internes. Dans les maladies externes, la seule inspection de l'endroit affecté suffit pour fixer le diagnostic. Dans quelques affections générales, comme le scorbut , la syphilis, etc. , les ecchymoses, les pustules , les taches, les exostoses font connaître, au premier coup-d'œil, le genre de la maladie. Les cicatrices méritent aussi une attention sj)éciale , surtout quand elles occupent la partie supérieure du cou et les récions