‹ Élémens de pathologie générale (volume 3)Chapitre 50 sur 62 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Des diverses Altérations que présentent les organes après la mort.

J jEs altérations nombreuses que la maladie apporte dans lastructure de nos organes ont particulièrement attire l'attention des médecins modernes qui en ont fait, en quelque sorte, une science distincte à laquelle ils ont donné le nom à^ anatomie pathologique , mais qu'il est plus naturel de considérer comme une simple branchede la pathologie. L'histoire des maladies est nécessairement incomplète quand on en sépare l'altération des organes C[ui correspond à chacune d'elles, et l'étude de ces altérations n'offre prèsqu'aucun intérêt quand on veut l'isoler de l'histoire des maladies. ,

On a droit de s'étonner, avec Sénac (i), que, pendant long-temps , les médecins n'aient pas montré plus de zèle pour acquérir les lumières que leur offrait l'examen des cadavres ; mais ce qu'il y a de plus étonnant encore, c'est que, dans les temps même oii l'anatomie de l'homme sain a été cultivée avec le plus de succès , on se soit à peine occupé des

(i) De réconcilia Febv. Naturâ y pag. 194 : « Mlnun estsane' » eos qui de morbis scripsenint , non majori siiuUo invesli- 3) gcisse fjuid morte ipsâ cdoceaniur, »

OUVERTURE DES CADAVRES. i^Og

lésions cfue la maladie détermine dans les divers organes. Fallopèy Vésale oX Eustachi ^ qui firent faire de si grands pas à l'anatomie ; G. Harvej , qui découvrit la circulation du sang, précédèrent d'environ un siècle les premiers médecins qui se livrèrent à l'étude de l'anatomie pathologique. L'ex^'^mple donné par Thomas BarthoUn et Théophile .Bonet n'a d'abord eu qu'un petit nombre d'imitateurs , tels que Morgagïii y Lieutaud , le professeur JPortaly et ce n'est que vers la fin du dernier siècle que cette branche de la pathologie a été généralement étudiée. Depuis cette époque , il n'est aucun me decin instruit qui ne saisisse toutes les occasions de constater, après la mort, l'espèce de lésion qui a produit ou accompagné les phénomènes qu'il a olîservés pendant la vie du malade ; et depuis ce temp s aussi plusieurs ouvrages ou mémoires important» ont été publiés sur cette matière par des médecins' distingués , et entr'autres, par MM. Bajle ^ Bail-lie y Laennec y etc.

Les avantages attachés à l'étude de l'anatomie pathologique sont si généralement appréciés aujourd'hui , qu'il serait superflu de les énumérer. Quand on envisage la multitude d'erreurs que l'ouverture des corps a fait rectifier , les connaissances positives qu'elle a fournies sur le siège d'un grand nombre de maladies , l'importance dont elle sera toujours pour confirmer le diagnostic , on ne peut disconvenir que cette étude n'ait puissamment concouru et ne doive encore concourir aux progrès de l'art.

Celui qui veut rechercher et apprécier les lésion^

5oO OBVERTmiB DES CADAVRES.

produites par la maladie dans les organes, doit avant toiït connaître avec exactitude leur conformation «t leur structure dans Tëtat de santë. L'ë« tude de Tanatomie proprement dite doit donc précéder celle de l'anatomie pathologique (i).

Il faut aussi que celui qui se livre à ces recherches procède à l'ouverture des cadavres avec un ordre convenable; afin de ne rien négliger d'essentiel , et plus encore pour éviter que l'examen des parties d'abord découvertes ne nuise à celui des organes qui seront mis ensuite à nu,

ïl est enfin , sinon indispensable, du moins trèsutile de connaître préalablement par des descriptions bien faites, ou plutôt, pour les avoir déjà observées , les divers genres d'altérations propres aux différens organes, et les noms par lesquels on les désigne.

(i) Il serait à désirer que les variétés de forme, de couleur, de consistance, que les organes peuvent offrir dans l'état de santé, fussent décrites avec plus d'exactitude qu'elles ne Tont été jusqu'ici , afin qu'mi put distinguer avec plus de précision ce qui appartient à la maladie de ce qui n'est qu'une variété de l'état »aiu.

OXfVERTURE DES GÂDÀTrvES. 5oi

ARTICLE PREMIER

De la Manière d'oui^rir les cadastres.

On emploie à-peu- près comme s3^nonymes les Tïiols oiwerture et autopsie {i) du cadavre, pour désigner , soit l'acte par lequel on met à découvert tous les organes afin d'en examiner la disposition , soit le rapport dans lequel on expose le résultat de ces recherches.

§ P^ L'examen du cadavre doit toujours commencer par l'habitude extérieure : l'embonpoint ou la maigreur doivent être indiqués avec exactitude ; mais sans prétendre mettre une précision mathéraiatique dans une chose qui n'en est pas susceptible. Le gonflement général ou partiel , produit par l'épanchement d'air ou de sérosité,, doit être soigneusement constaté. Il est quelquefois nécessaire^ surtout dans les cas qui doivent être portés à la connaissance des tribunaux^ d'observer avec la plus grande attention l'attitude du cadavre , le rapport où il se trouve avec tous les objets qfR l'entourent, l'état des vêtemens , etc. Les circonstances. les plus minutieuses en apparence peuvent apporter dans la discussion des faits des lumières utiles. On ne doit pas non plus négliger l'expression de la physionomie, qui est quelquefois celle de l'effroi, du désespoir , etc. Les plaies, les con=«

(i) Auro-^ta , l'açùon de voir soi-méiive ou de voir la ci^osa m4ine; de «yroç^ ips& , el de oTTTopat, je vois»

502 OUVERTURE DES CIPAVRES.

tiîsioiis, les eccliymoses , les excoriations, l'impression d'un lien sur quelque partie, les éruptions, les tumeurs, les ulcérations, la gangrène des tégumens , sont autant de circonstances dont on doit toujours tenir compte.

§ II. Après avoir examiné avec l'attention convenable l'extérieur du cadaVre , ou procède à l'inspection des parties intérieures (i).

A, La plupart des médecins commencent par ouvrir la cavité dans laquelle ils soupçonnent quelque lésion. Cette méthode offrirait rarement des inconvéniens si , après avoir rencontré la lésion qu'on soupçonne , on poursuivait les recherches pour s'assurer qu'il n'en existe pas d'autres ; mais comme, au contraire, on néglige souvent ensuite l'exam-cn des autres cavités, il serait peut-être avantageux qu'on s'accoutumât à ouvrir d'abord les cavités où l'on ne soupçonne aucune lésion.

Toutes choses égales d'ailleurs , on doit ouvrir l'abdomen avant la poitrine , et celle-ci avant la tête. En voici les motifs : en commençant par ouvrirje ventre , si quelque liquide est contenu dans cette cavité , il s'en écoule librement ; on apprécie sa quantité et ses qualités diverses; si Tin liquide est contenu dans la poitrine , il y reste en totalité , et l'abaissement plus ou moins

(i) Les inslrumeiis nécessaires pour l'ouverture des cadavres sont les mêmes que Ton emploie pour les dissections^ savoir : des scalpels, des ciseaux à pointe mousse, plusieurs stylets j une scie, une hachette, un marteau; un tube de verre est quelquefois utile pour reconnaître par rinsufllaliofâ le trajet de certains conduits fistuleux.

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considëraLle du diaphragme, quil refoule vers le ventre , peut être distinctement reconnu. Lors- f qu'au contraire on commence par ouvrir le thorax, il arrive presque toujours, à moins qu'on ne mette dans cette opération un soin très-grand , qu'on perce le diaphragme et qu'on établit une communication entre les cavités des plèvres et celle du péritoine : dès -lors, si quelque liquide remplit l'une de ces cavités, il passe en partie dans l'autre; s'il y en a dans les deux , il se mêle , et dans l'un et l'autre cas il en résulte des erreurs ou tout au moins de l'incertitude dans les recherches que l'on fait. Lorsqu'on a ouvert l'abdomen, il est plus naturel d'étendre l'incision à la poitrine que d'ouvrir la tête pour revenir ensuite au thorax , d'autant plus qu'après avoir ouvert le crâne , il est quelquefois nécessaire de retourner le cadavre pour examiner la moelle épinière.

Voici de quelle manière on procède à l'ouverture des trois grandes cavités. Pour mettre à nu les viscères abdominaux, on fait d'abord une incision demi-circulaire , qui commence à l'un des hypochondres , descend jusqu'au pubis , en avoisinant le plus possible l'épine antérieure et supérieure de l'os des iles, remonte de même vers l'hypochondre opposé , et forme un vaste lambeau c|ui comprend toute la paroi antérieure de l'abdomen. Lorsque ce lambeau est renversé sur le thorax , on continue les deux incisions dans les tégumens de la poitrine jusqu'à la clavicule. L'incision doit être dirigée vers l'articulation de cet os avec le sternum , lorsqu'on se sert pour ouvrir le thorax d'uu scal-

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pel avec lequel on coupe les cartilages des côtes | elle peut être dirigée beaucoup plus en dehors lorsqu'on divise les côtes elles-mêmes au moyen de la §cie. Cet instrument est le seul qu'on puisse employer dans quelques cas où les cartilages des côtes sont complètement ossifiés. Lorsqu'on a scié les côtes et la clavicule , après avoir incisé les tégumens qui les couvrent , ou lorsqu'on a divisé les cartilages et désarticulé le sternum ^ on soulève ce dernier os, on le sépare du médiastin à l'aide du scalpel , et l'on achève de le renverser vers la tête; après quoi on le détache entièrement avec le lambeau des parois abdominales, en coupant les tégumens du cou auxquels il adhère. Il est souvent nécessaire de luxer ou de rompre les côtes à leur extrémité postérieure, après avoir incisé les parties molles qui les unissent. — Pour ouvrir le crâne , on commence par fendre circulairement les tégumiens de la tête , en passant à six lignes audessus des sourcils , et en dirigeant l'incision vers la bosse occipitale supérieure , ou un peu au-dessus. Cette incision doit comprendre toute l'épaisseur des tégumens, qu'on écarte ensuite avec soin du ti-ajet de la scie avec laquelle on divise les pa? rois osseuses. Dans tous les cas oii l'on suppose quelque lésion au crâne, on doit toujours em-^ ployer la scie pour l'ouvrir; dans les autres, on peut sans inconvénient employer le marteau tranchant ou la hachette; cet instrument imprime , il est vrai , des secousses plus fortes au cerveau , mais il ne déchire ni la dure-mère ni la substance ce-? rébrale, comme le fait presque toujours la scie ^

OUVERTURE DES CADAYRES." 5o5

qui exige encore un temps plus considérabie. Lors-^ qu'on a achevé de diviser avec la scie ^ ou de rom^ pre circulairement avec la hachette , la voûte du crâne y on passe un instrument de fer , le marteau , par exemple , dans la partie la plus antérieure de la division ; on fait en sorte de l'agrandir par des mouvemens obliques et par quelques tractions ; on y introduit ensuite les doigts, et, à l'aide d'une forte secousse, on détache entièrement la voûte, et l'on découvre la dure-m.ère.

B, Dans l'examen successif des parties ainsi piises à découvert, on porte d'abord son atten-' tion sur la conformation extérieure des viscères, sur leur couleur, leur forme, leur volume, leur consistance , leurs rapports ^ les adhérences accidentelles qui les unissent, les fluides qui sont accumulés dans les cavités ; on leur imprime dans ce but des mouvemens variés pour découvrir ceux qui sont situés profondément ; on les renverse pour examiner leurs diverses faces,* on incise les membranes qui les enveloppent, etc.

Après avoir observé avec une attention suffisante la conformation extérieure des viscères , on passe à l'exploration des lésions intérieures qu'ils peuvent offrir. La méthode n'est pas la miême pour les organes creux et pour les autres. Les premiers , et particulièrement les organes digestifs et respiratoires , doivent être incisés, autant que possible, dans toute leur étendue ; on examine les fluides qu'ils contiennent , on les recueille même , si quelque circonstance l'exige. Les organes pleins y tels que le foie, la rate, le cerveau, les reins,

5c6 OUVERTURE DES CADIYRES.

doivent être divises par tranches minces , par copeaux (assulatim) ^ selon l'expression de 3Iorgagni ; on doit encore suivre les conduits c[ui existent dans ces viscères, examiner les membranes qui les tapissent, les fluides qui y sont contenus. Une dissection très-dëlicate est souvent nécessaire pour bien apprécier ces diverses lésions : on ne doit négliger aucun moyen de les bien connaître ; car une ouverture de cadavre mal faite est plus nuisible qu'utile. C'est surtout dans les lésions des nerfs, dans les tumeurs anévrysmales , dans les altérations considérables de structure de certains viscères, dans les inflammations chroniques des membranes séreuses avec adhérence de tous les viscères entr'eux, qu'un examen m.inutieux est souvent indispensable.

11 est aussi quelquefois utile d'injecter avec une matière colorée et coagulable, les vaisseaux et les conduits de quelques organes , lorsqu'on veut connaître avec exactitude leurs rapports nouveaux , leur diam^ètre , etc.

C, Telle est la manière de constater la disposition de chaque viscère : voici l'ordre suivant lequel il convient d'en faire l'inspection.

On commence par les organes de la circulation : le cœur et les gros vaisseaux qui en partent ou qui s'y rendent doivent être exam^inés les premiers; le cœur peut être incisé en long ou transversalement : en suivant cette dernière méthode^ on juge plus exactement de l'épaisseur relative de ses parois. Dans Tune et dans l'autre, on passe le doigt indicateur dans ses divers orifices ^ pour connaître s'iîs sont

OUTEUTUBE DES CADAVRES. Boj

libres. S'ils ne le sont pas , on les met à nu par une incision , afin que l'œil puisse distinguer le rétrécissement et la cause qui le produit. On doit toujours examiner et ouvrir les gros vaisseaux sanguins , artériels et veineux qui sont contenus dans la poitrine, et cjuelquefois étendre cet examen aux vaisseaux des autres parties.

On passe ensuite aux organes respiratoires; on presse les poumons entre les doigts pour connaître s'ils sont crépitans et élastiques , comme dans l'état sain : on les coupe en divers sens pour connaître exactement leur structure (i) ; quand il s^ trouve des foyers purulens , on examine s'ils ont quelque communication avec la cavité de la plèvre ou avec celle des bronches. L'insufflation d'air dans la trachée, à l'aide d'un tube, est un des moyens les plus faciles et les plus sûrs de constater cette

(i) Les poumons présenlenl à rouverture des corps un phénomène qui a été remarqué fort anciennement, mais qu'on a long-temps mal inlerprëlé. Nous voulons parler de l'accumulation de liquide dans leur partie la plus déclive, qui est plus noire et plus lourde que les autres. On a pensé que cet engorgement avait lieu immédiatement après la mort , et qu'en conséquence on pouvait juger, d'après l'inspection d^un cadavre, dans quelle position il avait été placé à ce moment. M. Bayle seyant conçu quelque soupçon sur Fépoque où survient cet engorgement des poumons, entreprit un certain nombre d^expériences propres à décider la question. Il recommanda que tous les individus qui succomberaient sur le dos dans les salles de médecine fussent à l'instant même placés sur le ventre, et qu'on eût soin, en les transportant dans la salle de dépôt et en les y plaçant, de les laisser constamment dana eelte position jusqu'au moment de l'ouverture du corps. îi Ht

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communication. On peut dans quelques cas aussi la reconnaître par la simple inspection des parties ou par l'introduction , dans les ramifications bronchiques , d'une sonde cannelée et d'un bistouri ou d'une des branches de ciseaux mousses. Pour examiner la membrane des bronches et de la trachée, on incise ces conduits dans toute leur longueur. Pour bien voir le larynx , il faut séparer la base de la langue de l'os ra^axillaire inférieur , au moyen d'une incision semi-elliptique qui doit suivre la face concave de cet os et se prolonger à droite et à gauche sur les côtés du cou; on incise ensuite horizontalement le voile du palais et la paroi postérieure du pharynx ; puis on tire en devant la langue et le larynx, et l'on coupe transversalement la trachée et l'œsophage à la partie inférieure du cou ; le lambeau ainsi détaché ,

noter en même temps la situation dans laquelle chaque malade était resté pendant les derniers momens de son existence. Voici les résultats qu'il obtint : l'engorgement du poumon se présenta toujours dans la partie qui avait été la plus déclive avant la mort ^ c'est-à-dire, à la partie postérieure chez le plus grand nombre des malades ; à la partie latérale chez quelques-uns qui étaient morts sur le côté, à la base chez ceux qui avaient élé constamment assis dans les dernières heures de leur vie : la position qu'on avait donnée aux cadavres n'avait déterminé aucun engorgement à la partie antérieure du poumon. Ces expériences n'intéressent pas seulement la médecine légale ; elles sont encore d'une haute importance pour la physiologie , parce qu'elles concourent à démontrer l'influence des lois physiques chez l'homme malade, influence qui devient d'autant plus marquée que la puissance vitale ^'affai-^ blit davantage.

OUVERTURE DES CADAVRES. Bog

on ouvre d'abord le pharynx et le commencement de l'œsophage ; on fend ensuite le larynx , après avoir examiné les bords de son ouverture supérieure et de la glotte, et on Fécarte pour voir la membrane muqueuse et ses cartilages.

Avant d'ouvrir ce dernier , on a dû constater l'état du pharynx ; on peut , si cela paraît utile , mettre à4iu l'œsophage dans tout son trajet , après avoir examiné les organes de la respiration et de la circulation. On ouvre ensuite avec des ciseaux à pointe mousse, etpréférâblement avec l'entérotôme de M. J. Cloquety l'estomac et les intestins, soit dans tout leur trajet , soit au moins dans diverses parties, et spécialement dans les endroits où il y a changement de couleur et de diam^ètre ; puis on examine le foie, la vésicule, les conduits biliaires ^ le pancréas et la rate.

On passe ensuite aux organes urinaires , et l'on constate successivement l'état des reins , des bas-* sinets , des uretères et de la vessie , et l'on termine par les organes de la reproduction l'examen des viscères abdominaux.

Le cerveau et ses annexes méritent une grande attention. On ne doit jamais inciser la dure-mère avant d'avoir terminé l'inspection des cavités thoraciques et abdominales : elle soutient le cerveau et prévient le déchirement qu'il pourrait éprouver; il est préférable encore de ne fendre le crâne qu'après avoir terminé l'examen de la poitrine et du ventre. On divise la dure-mère avec des ciseaux ou avec un scalpel , à droite et à gauche de la grande fauX; qu'on coupe elle-^même près de

5rO OUVERTIlPxF, DES CADAVRES.

l'endroit où elle s'attache à l'apophyse crista galli , et qu'on renverse en arrière pendant que la duremère , devenue libre y est abais sèe en dehors de T hémisphère correspondant. On doit examiner , avant d'aller plus loin, si les circonvolutions cérébrales offrent à droite et à gauche une égale saillie; lorsqu'elles sont plus aplaties d'un côté, on remarque ordinairement C[ue le cerveau y est plus ilasque , et quelquefois on peut distinguer dans cet endroit une fluctuation profonde. En général il vaut mieux examiner le cerveau en pace que de l'enlever ; cette règle est d'ailleurs applicable à tous les autres viscères. On le coupe par tranches minces , surtout en approchant des ventricules latéraux, où l'on pénètre avec précaution , quand on est parvenu au niveau du corps calleux, en plongeant verticalement la pointe du scalpel dans la substance cérébrale , à trois ou cjuatre lignes environ de la ligne médiane, et un peu plus près de l'extrémité antérieure du cerveau que de la postérieure. On ouvre ces ventricules dans toute leur étendue; on renverse la voûte à trois piliers après l'avoir divisée dans sa partie moyenne , et l'on met à nu le troisième ventricule. On continue ensuite à couper par tranches le reste du cerveau jusqu'à la protubérance annulaire. On sépare alors la tente du cervelet du bord du rocher auquel elle adhère ; on porte profondément la pointe d'un scalpel à la partie antérieure du canal rachidien , et l'on divise la moelle épinière en même temps qu'on soulève le cervelet. Ce viscère, retiré du crâne après la section de la jqioelle , doit être x^enversé pour examiner le qua-

OUTEF.TURE DES CADAYRES. 5ll

trième A^entricule; après quoi on le coupe par tranches pour s'assurer qu'il est sain , ou reconnaître les altérations dont il est le siège.

La moelle ëpinière ne peut être mise à nu qu'après tous les autres organes. La position dans laquelle on doit placer le cadavre et les moyens qu'il faut employer pour la mettre à découvert exigent qu'on n'ait plus rien à ménager. On se sert ordinairement de la gouge et du marteau , avec lesquels on coupe, à droite et à gauche et dans toute la longueur du rachis , les lames vertébrales qui forment la paroi postérieure du canal rachidieii, La longueur et la difficulté de cette préparation anatomique sont les causes de la négligence que l'on met généralement à examiner la moelle épinière. Il serait à désirer cependant qu'on le fît avec soin dans un certain nombre d'affections; il est très-probable qu'on parviendrait de cette manière k découvrir le siège jusqu'ici indéterminé de plusieurs maladies. Au reste , lorsqu'on emploie pour rompre les vertèbres , au lieu de la gouge , une sorte de couteau convexe sur son tranchant , et dont la lame est assez forte pour supporter le choc du marteau , on parvient à découvrir la moelle ëpinière en peu de temps , surtout lorsqu'on a déjà plusieurs fois fait cette préparation.

Il est un certain nombre de maladies dans lesquelles on doit aussi examiner les membres : par exemple, dans les cas de plaie, de fracture, d'abcès, de carie, de rhumatisme , de luxation, etc. Cet examen ne présente en général aucune difficulté*

6lâ OUVERTURE DES CADAVRES ^

Telle est îa manière dont il convient d'ouvrir leê cadavres (i) : elle pourra et devra être modifiée à raison de certaines circonstances qu'il serait su° perflu d' énumërer.

ARTIC1.E IL

Des principales Lésions que présentent les organes

après la mort.

Nous allons maintenant exposer d'une manière succincte les principales lésions que présentent les organes après la mort. Nous les rapporterons à quatre séries, savoir: i". lésions de structure | :2°* de conformation ^ 5°. de rapports ; 4°* altération des fluides ; 5°. nous ferons une cinquième série entièrement distincte des autres , dans laquelle nous placerons les corps étrangers y ina-

(i) On a pu être étonné de nous voir conseiller d'ouvrir en premier lieu l'abdomen, et d'examiner cependant les viscères du thorax avant ceux du ventre. Nous avons dit ailleurs pour quel motif il fallait ouvrir d'abord l'abdomen 3 voici pourquoi il est ne'cessaire de commencer l'inspection des viscères par ceux de la poitrine : 1°. on ne peut bien juger du volume et de la distension du cœur que quand les gros vaisseaux qui en naissent et qui s'j rendent sont inlacls; si l'on commençait par les viscères abdominaux , et qu'on divisât le foie et la veiné porté; le cœur serait en partie vidé avant qu'on eût constaté l'état qu'il présente : c'est par la même raison qu'on ne passe aux poumons qu'après avoir vu le cœur. 2°. L'œsophage ^ qui fait partie de l'appareil digestif ^ ne pouvant être examiné qu'après les organes de la circulation et de la respiration , derrière lesquels il est situé . c'est un motif de plus pour suivre Tordre que nous avons indique.

OUVERTURE DES GADAtRES. 5l3

himës ou vivans, qu'on rencontra daiis nos or-

ganes.

§ I". Parmi les lésions de structure, nous plaçons les inflammations, les ulcères, les fistules, la gangrène, le tubercule, le cancer, la niëlanosé, le ramollissement > l'endurcissement et les transformations organiques.

^. 1a' inflammation ne se montre pas après la mort avec des caractères constans dans les tissus qui en ont été le siège, et il est peut-être plus difTicile encore d'en indiquer les signes en anatomie pathologique qu'en pathologie. Toutes les fois qu'un organe quelconque est plus volumineux et plus rouge que dans l'état de santé, nous reconnaissons qu'il est enflammé ; la présence du pus réuni en fo^er , ou disséminé dans un organe, et de concrétions albumineuses, granulées, membraneuses, tubulées ^ est de même un signe certain d'une inflammation existante ou passée. Mais dans beaucoup de cas l'inflammation est bien moins évidente : ainsi l'épancliement d'un liquide un peu louche, la présence de quelques plaques blanchâtres, des adhérences contre nature ou la seule sécheresse d'une surface exhalante, font soupçonner plutôt que reconnaître l'inflammation des meu^branes séreuses. Celle des micmbranes m.uqueuses ne consiste souvent que dans leur rubéfaction sans gonflement sensible : or, comme cette rubéfaction paraît exister quelquefois sans inflammation (i), il en résulte qu'il est fort difficile

(i) (>liez les individus qui meurent avec un ane'vrysme du cœur ; la meiivbrane muqueuse du conduit digestif est ordiiiairemcni d'un rouge noirâtre. Or ; il est peu^ probable que

£î4 OUVERTURE DES CADAVRES.

de reconnaître à T ouverture des corps la vëritaLIe phlogose de ces membranes. Autant l'inflammation est facile à reconnaître dans quelques organes , tels que les poumons, à la fermeté et à la lourdeur de leur tissu (i), autant elle est difficile à distinguer dans quelques autres , dans le parenchyme du foie, par exemple. L'aspect de cire jaune que présente quelquefois ce viscère, et qui est communément

l'anévrysme du cœur soit constamment accompagné cl'inflam- 'ination de la membrane muqueuse de l'eslomac : cette rougeur livide se retrouve d'ailleurs sur les joues, les lèvres, les Hiains ; sans que personne ait vu dans la coloration de ces organes une inflammation.

(î) L'inflammation du poumon se présente , en anatomie pathologique, sous cinq états diftérens : i**. engouement de Bayle ou premier degré de M. Laennec. Le poumon est plus pesant, plus ferme que dans l'état naturel, et d'une couleur rouge ou violette 3 il crépite encore, mais moins que dans l'état sain. Si on l'incise^ il paraît gorgé d'une sérosilé sanguinolente, écumeuse et trouble 5 2*". hépatisation rouge ^ carnijica^ lion: le poumon est dur , compacte, grenu, rouge , plus lourd que l'eau , et ne laisse pas échapper d''air quand on le comprime , ni de pus quand on le déchire 5 3°. hépatisation grise : le poumon est également lourd , non crépitant 3 mais il se déchire plus facilement et laisse écouler un liquide purulent , gris ou rougeâtre^ 4°* ^^^^ quelques cas, le poumon offre lous les caractères de l'hépatisation rouge , excepté la dureté : dans cet état , il est lourd, entièrement privé d'air et mollasse , comme le tis^ de la rate ; 5®. enfin, le tissu pulmonaire est susceptible d'un endurcissement grisâtre sans exhalation de pus dans son parertchyme : dans cet état , qui paraît dépendre d'une inflammation chronique, le tissu pulmonaire n'est pas brillant et demi-transparent , comme dans le cancer j il ne laisse pas échapper de liquide puriforme lors* qu'on le déchire , gomme dans l'hépatisation.

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joint à raugmentation de volume, est-il l'effet de riijflamraation ? Sans être démontrée, la chose parait an moins très-probable. Quant à l'aspect uniformément rougeâtre qu'offre dans quelques cas le tissu du foie chez les adultes, il est peu vraisemblable qu'il indique une inflammation ; la plupart des individus chez qui on le rencontre après la mort n'ont offert pendant leur vie aucun signe de maladie de ce viscère , et chez beaucoup d'entre eux la vésicule est remplie de bile qui a les qualités ordinaires. On connaît à peine les changemens produits par l'inflammation dans le tissu musculaire et nerveux , dans les vaisseaux sanguins et lymphatiques ; ou croit généralement que les tendons n'en sont pas susceptibles. Le développement de bourgeons charnus sur une portion d'os mise à nu marque l'inflammation de cet organe. »

B. On découvre souvent à l'ouverture des cadavres des ulcères dont on n'avait pas reconnu la présence pendant la vie : nous avons dit ailleurs en quoi ils consistent (page i49)-

C. Il en est de même des fistules, dont on peut, à l'ouverture des corps, examiner tout le trajet ( page i49 ). ^

D. La gangrène , qui consiste dans la mort d'une partie quelconque de l'économie, se présente ordinairement dans le cadavre avec des signes manifestes, quoique assez difficiles a déterminer. On a souvent confondu, a l'ouverture des corps, la gangrène avec la couleur noire : aussi e$:t-il souvent question dans les auteurs de la gangrène de la plèvre, du péritoine, du foie, maladies extrême-

5l6 OUVERTURE DES CADÂTRES,

ment rares. La couleur noire peut exister sans la gangrène; la gangrène peut avoir lieu sans donner cette teinte aux, parties qu elle attaque : on sait que les escarrhes des membranes m.uqueuses sont souvent grises, blanchâtres; que celles qui sont produites par quelques acides sont jaunes ; Quesnay dit avoir vu dans un cas les parties gangrenées offrir une transparence remarquable. La couleur noire ne saurait donc être considérée comme le signe de la gangrène. Ses principaux caractères sont : i°. la désorganisation complète de la partie, dans laquelle on ne distingue plus les tissus élémentaires; 2°. sa mollesse et sa flaccidité ; 5° l'odeur fétide et particulière qui s'en exhale; 4°» l^ sanie ichoreuse qui s'en écoule ; 5°. Fopacité du tissu gangrené le distingue du cancer, et la cohérence de ses parties le distinguerait du tubercule , si l'aspect était insuffisant. Dans une variété de la gangrène qu'on nomme sèche , la partie offre une couleur noire, une fermeté quelquefois ligneuse et toujours la désorganisation complète du tissu. Quelques chi* rurgiens modernes , et le professeur Richerand en particulier, ont considéré la nécrose comme la gan-grène des os , et la carie comme l'ulcération de ces organes.

E. Les tubercules sont formés par une substance blanche, jaune ou grisâtre , toujours opaque et friable, quel que soit son degré de consistance : ils se ramollissent ordinairement peu à peu, se convertissent en un liquide pur iforme qui remplit l'espace qu'ils occupaient; quelquefois une matière plus solide ; qui a faspect d'une membrane, est déposée

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sur les parois de ce foyer; tantôt la matière tuberculeuse semble être développée aux dépens des organes, et ceux-ci avoir éprouvé une véritable dégéne'rescence ; tantôt elle paraît avoir été en quelque sorte déposée dans les intervalles de leurs fibres. On est forcé d'admettre cette dernière opinion lorsque la matière tuberculeuse est contenue dans un kyste. ,

F, Les granulations sont de petits corps globu-leux analogues au cartilage', transparens, luisans , quelquefois marquetés de lignes ou de points noirs. Quelques granulations offrent à leur centre un petit point blanc, opaque^ semblable à la matière tuberculeuse. Cette circonstance a conduit M. Laemiec à ne voir dans les granulations que des tubercules commencans.

G, Le cancer se présente, en anatomie pathologique , sous des formes diverses : tantôt c'est une transformation du tissu de nos organes soit en une substance dure, d'un blanc grisâtre ou î:Jeuàtre^ luisante, demi-transparente, ayant quelque ressemblance avec la couenne ( squirrhe); soit en une matière peu résistante, presque homogène, opa-* c[ue, bLmche ou rougeâtre , lobulée, traversée en tous sens par des vaisseaux sanguins et ressemblant au parenchyme du cerveau ( ejicéphaloide ); tantôt c'est une érosion primitive ( ulcère cancéreux ). Ces lésions variées offrent pour caractères communs un accroissement indéfini, une reproduction presque constante après leur ablation ou leur destruction , une incurabilité assurée quand on les abandonne à elles-mêmes ; toutes sont accompagnées de

5l8 OUTERTUÈE DES CADAVrxES.

douleurs lancinantes, entraînent le dépérissement, et donnent à la peau de tout le corps , mais plus particulièrement à celle du visage, une couleur spécifique , jaune-plombé ( teint cancéreux ).

H. La mélanose est une altération de certains tissus c[ui se convertissent en une matière noire, dure et homogène. Cette altération est fréquente dans le poumon : on Ta rarement observée ailleurs ; elle est souvent mêlée avec le cancer et le tubercule : il n'est pas certain que les parties qui en sont affectées soient susceptibles de se ramollir.

/. Le ramollissement est une altération propre à quelc[ues organes : on Fa souvent observé dans le cerveau et dans la rate; mais le plus remarquable est celui des os , cpi deviennent flexibles. Quant à l'induration , elle paraît presque toujours être le résultat de l'inflammation aiguë ou chronique, selon qu'elle est rouge ou grise; on l'observe dans le pouii^on, la rate, le tissu cellulaire, etc.

Les autres altérations de structure dont nous allons parler ont toutes cela de commun, qu'elles présentent l'aspect de quelques-uns des tissus de Técoaioraie dans l'état sain.

J, La dégénérescence graisseuse a été observée <Ians divers organes , tels que le coeur, les muscles , les mamelles , le pancréas , le rein ; elle est trèsfréquente dans le foie; on la reconnaît à l'aspect blanchâtre de ce viscère, à quelque chose d'onctueux qu'il offre au toucher, et aux stries graisseuses^ dont est couverte la lame du scalpel qui Ta divisé.

OUVERTURE DES CABAYRES. SlQ

K. La dëgéiiérescence fibreuse se présente surtout clans quelques kystes, dans diverses tumeurs ; et spécialement dans celle de Tovaire.

Z. L'ossification est une altération fréquente riiez les vieillards, et qui a été observée aiissi quelquefois avant 1 âge mûr. On l'a rencontrée dans le cœur, dans les artères, les muscles, les membranes séreuses, les kystes, etc. : celle des li« gamens et des cartilages est aussi assez fréquente. On confond souvent les pétrifications avec l'ossification proprement dite. Movgaghi avait indiqué la disposition lamelleuse et fibreuse du tissu osseux comme le moyen le plus propre à faire distinguer ces deux lésions. L'analyse chimique fournirait un moyen d'une application ])lus générale et peut-être aussi sûre. La dégénérescence cartilagineuse n'esle plus souvent que le premier degré de la transfort mat ion osseuse.

M. On a quelquefois aussi observé la transformation cutanée ou muqueuse dans les trajets fistuleux. C'est par le moyen de cette transformation cutanée dans les parties intérieures qu'on a expliqué le développement de poils dans quelques viscères, dans des kystes, etc.

N. Quant à la transfoi*mation contée^ elle n'a jamais été aperçue ailleurs que dans le tissu de la peau.

§ II. Les altérations dans la conformation des parties comprennent les cliangemens de forme, de volume et de couleur.

A, On peut raj)porter aux altérations de forme : i"". les solutions de continuité des parties molles et

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