CHAPITRE VH
Des Symptômes (i) , ou de la symptomatologie (:>).
Tout changement perceptible aux sens, survenu dans quelque organe ou dans quelque fonction, et lié à l’existence d’une nia— kulie, est un symptôme.
(i) 2ôv, avec, en même temps; tùtttw, je tombe.
-) Aoyoç, traité ; q'j’i.t.'.wi.v., symptôme.
DES SYMPTOMES
Los symptômes ne doivent être confondus ni avec les phénomènes ni avec les signes.
Tout acte, tout changement qui s’opère dans le corps sain ou malade est un phénomène. Celui-ci appartient à la santé comme à la maladie, au lieu que le symptôme est toujours l’effet de cette dernière. Là où il n’y a pas de maladie, il n’y a pas de symptôme. Galien avait dit avec raison que le symptôme suit la maladie comme l’ombre suit le corps. C’est donc improprement que beaucoup d’auteurs ont employé les mots symptômes précurseurs, symptômes consécutifs : tout ce qui se présente avant que la maladie existe, ou après qu’elle a cessé, est un phénomène , et non un symptôme.
11 importe également de ne pas confondre le symptôme avec le signe. Dans le langage vulgaire, on comprend sous le nom de signe tout ce qui peut conduire à la connaissance d'une chose ignorée. En médecine, on désigne spécialement par ce mot tout ce qui peut faire connaître ce qu'il y a de caché sur l’état passé , présent et futur d’une maladie. Les causes qui en ont précédé le développement, la manière dont elle a débuté et marché, Lin— fluence exercée sur son cours par les moyens thérapeutiques, fournissent des signes aussi bien que les symptômes. Le sjmptôme est simplement une sensation qui ne devient signe que par une opération particulière de l’esprit. L’un appartient par conséquent au jugement, l’autre aux sens. Le symptôme est appréciable pour tout le monde; le médecin seul découvre des signes dans les symptômes. Comme il n’est aucun symptôme qui ne puisse fournir un signe quelconque au médecin , et que les signes d’ailleurs appartiennent également à la santé et à la maladie, on a dit que « tout symptôme est signe, mais que tout signe n’est pas symp- » tome. » Nous verrons plus loin de quelle manière on parvient à convertir les symptômes en signes; nous ne devons parler ici que des premiers.
Les symptômes ou ehaiigemens sensibles que la maladie détermine dans les organes ou dans les fonctions sont extrêmement nombreux. Il importe d’adopter dans leur exposition un ordre
au moyen duquel ceux qui oui ensemble la plus grande analogie soient, autant que possible, placés les uns à côté dos autres. On a proposé plusieurs méthodes qui offrent plus ou moins cet avantage : telle est leur division en symptômes sensibles pour le médecin et en symptômes sensibles pour le malade; telle est celle de Boerhaave, qui les partageait en trois séries, selon qu’ils dépendent d'un trouble dans les fonctions, dans les matières évacuées, ou dans les qualités du corps; telle est encore celle que Bayle , qui fut notre maître et notre ami, avait récemment proposée : il pensait que les symptômes devaient être divisés en vitaux et en physiques : les premiers, qui dépendent seulement d’un dérangement des fonctions sans lésion sensible dans la disposition des organes, disparaissent complètement avec la vie; les autres, au contraire, qui consistent dans un changement appréciable survenu dans les parties elles-mêmes , persistent après la mort, il est facile de reconnaître que cette distinction avait spécialement rapport à l’anatomie pathologique ; elle ne saurait être appliquée à l’exposition méthodique des symptômes. Quant à celle de Boerhaave, elle éloigne les choses qui se rapprochent le plus: les sécrétions, par exemple, sont séparées des matières secrétées, et les qualités du corps des fonctions auxquelles elles appartiennent.
Un autre point également important est d’adopter dans l’exposition générale des sy mptômes un ordre qui puisse être appliqué a\ec avantage a 1 histoire de chaque affection, et même à l’examen de chaque malade en particulier. On sait qu’il est un grand nombre de médecins très-recommandables qui , au lit du malade, interrogent successivement toutes les fonctions dont les organes sont placés a la tète, au cou , à la poitrine, à l’abdomen, aux membres ; cette méthode, qui se prêterait fort difficilement à 1 exposition générale des symptômes, n’offre pas même, dans l’examen de chaque malade en particulier, les avantages qu'on peut obtenir d'une méthode différente. Elle rapproche les choses les plus disparates, elle éloigne celles qui ont ensemble la plus grande analogie. Les troubles de la digestion, par exemple, au
DES SYMPTOMES
lieu d'être étudiés successivement et sans interruption , se trouvent séparés les uns des autres par un si grand nombre de questions intermédiaires, qu'il devient fort difficile de saisir la liaison qui existe entre chacun d'eux. Il en est de même pour la circulation et la locomotion , dont les organes sont disséminés dans toute l1 économie , et pour beaucoup d'autres fonctions.
11 est bien plus naturel de s’occuper successivement de tous les troubles que présente chaque fonction , quelle que soit d ailleurs la région du corps où se trouvent les organes qui concourent à son exercice. Cet ordre, qui convient également lorsqu'on interroge le malade et lorsqu’on veut tracer le tableau de sa maladie, est le seul qui soit applicable à la description particulière de chaque affection et à l’exposition générale des symptômes.
Mais suivant quel ordre doit-on examiner les fonctions ? 11 serait à désirer que l’on put suivre la division la plus généralement adoptée en physiologie, qu’on interrogeât successivement les fonctions assimilatrices , celles de relation et enfin celles de la génération. Toutefois, si cette division, qui est la plus favorable à l’étude de l’homme sain, n’est pas aussi avantageuse à celle de l’homme malade , nous ne pensons pas qu'il soit nécessaire de s’y astreindre entièrement.
Ce qui frappe le médecin en abordant un malade , ce qui lui donne une première idée de l’affection dont il est atteint, c’est la physionomie, l’attitude, les mouvemenset la voix: il est donc naturel de commencer par là l’examen des symptômes; c’est d’ailleurs à ce moment seul qu’on peut apprécier avec justesse les chansemens survenus dans l’habitude extérieure. Si l'on néglige cette première sensation, les yeux s’accoutument par degrés à ce que la physionomie du malade présente d insolite , et presque jamais on n’en juge, après être resté quelque temps auprès de lui , comme on en avait jugé d’abord. Il en est de même des mouvemenset de la voix : aussi est-il préférable de commencer l'examen des malades et l’exposition générale des symptômes par les fonctions de relation, et de passer ensuite successivement aux fonctions assimilatrices, puis à celle de la génération. Voici dans
1)ES SYMPTOMES
quoi ordre nous exposerons les symptômes qui appartiennent à chacune de ces trois grandes séries.
1° Habitude extérieure, Locomotion ,
Voix et parole, Sensations ,
Fondions affectives, Fonctions intellectuelles, Sommeil et veille.
2° Digestion,
Respiration ,
Circulation ,
Chaleur,
Sécrétions.
5« Fonctions génératrices de riiomme,
Fonctions génératrices de la femme.
ARTICLE PREMIER
Des symptômes fournis petv les fonctions de vclcdiou.
Pour bien apprécier les changemens que la maladie apporte dans les diverses fonctions , et spécialement dans celles de relation , il est, sinon indispensable , du moins fort utile, que le médecin connaisse la physionomie, l’attitude, les gestes, la voix des indixnlus dans leut état de santé. Sans ce point fixe de comparaison , il ne peut apprécier que d’une manière approximative les phénomènes qui le frappent.
SECTION PREMIÈRE
Des symptômes fournis par l'habitude extérieure.
Les symptômes que fournit l’habitude extérieure sont de la plus grande importance. Nous les considérerons d’abord dans tout le corps, puis successivement dans chaque partie. i S IPr- L‘ habitude extérieure , considérée en général, comprend l’attitude, le volume du corps, la fermeté des chairs, la couleur de la peau , les éruptions , les plicatures , les tumeurs et les solutions de continuité de toute espèce. On pourrait y joindre la chaleur et l’humidité de la peau, les battemens des artères superficielles, la distension des veines; mais ces divers objets trouveront plus naturellement leur place ailleurs.
-i. Dans 1 état de santé, 1 altitude est libre , aisée pendant la
DES SYMPTOMES
veille; pendant le sommeil , chez le plus grand nombre des sujets, les membres sont demi-déchis , et le corps incliné vers un des côtés , ordinairement vers le droit. Dans I état de maladie , 1 altitude s’éloigne plus ou moins de ces conditions.
Si le malade est levé, on remarque le plus souvent, dans son altitude, une langueur, une mollesse inaccoutumées; dans quelques cas , chez les maniaques , par exemple, plus d assurance et de force. Dans certaines affections, l’attitude peut suffire pour faire reconnaître la maladie : dans la catalepsie , par exemple, par l'immobilité générale; dans la danse de Saint-Guy, par l’irrégularité et la succession continuelle des mouvcmens ; dans i hémiplégie, par la déviation des traits, par le changement survenu dans l’attitude et les mouvcmens des membres; dans l’opisthotonos et l’emprosthotonos , par le renversement convulsif du corps en arrière ou en avant, etc.
Au lit, quelques malades peuvent prendre des attitudes variées et les conserver un certain temps ; d’autres sont obligés de prendre et conserver la même, et ce symptôme n’est pas sans importance. Ainsi quelques-uns restent constamment sur le dos ( décubitus dorsal, coucher en supination ), soit par l’effet de la faiblesse , comme cela a lieu dans les maladies adynamiques , soit à raison de la gène ou de la douleur qu'ils éprouvent dans d’autres positions , comme on le voit dans le rhumatisme général et dans la péritonite aiguë. D’autres sont entraînés à se coucher sur le ventre , du moins pendant quelques instants, par la nature et la violence des douleurs, comme on le voit dans les coliques saturnine, néphrétique, hépatique, et quelquefois aussi par le seul fait du délire. — Quelques malades ne peuvent se tenir couchés que sur un seul et même côté ( décubitus latéral ) , par suite d un épanchement dans une des plèvres, d’une pneumonie qui n’envahit qu'un seul poumon, ou d’une douleur aiguë à droite ou à gauche; dans le cas d’épanchement ou d hépatisation, le malade se tient sur le côté affecté, et sur le côté sain dans le cas de douleur vive. Ces règles souffrent néanmoins de trèsnombreuses exceptions, et nous pouvons même dire que le
DES SYMPTOMES
décubitus dorsal est celui qu’on observe le plus souvent dans les épanobemens pleurétiques ou les pneumonies bornées à un seul côté. Enfin, dans quelques affections de poitrine où la respiration est trés-gènée, et particulièrement dans l’anévrysme du cœur, dans l'hydrotborax double , dans les accès de dyspnée de l’emphjsème pulmonaire, le malade est forcé de rester assis sur son lit; il lui est impossible de se tenir horizontalement ; quelquefois même il est obligé de s’incliner en avant, de s’y créer un appui et de laisser pendre les membres inférieurs. Dans quelques angines des voies aériennes, le malade se tient assis la tète renversée en arrière. Lorsqu’une tumeur, et particulièrement un anévrysme de l’aorte, comprime la trachée-artère, le malade est contraint de prendre une attitude déterminée, souvent bizarre, à laquelle il revient toujours, sans doute parce que, dans cette position, la tumeur presse moins sur la trachée , et le passage de l’air est moins dillicile. — Dans d’autres maladies, au lieu d’être astreint à garder sans cesse la même attitude, le malade est obligé d’en changer à tout moment. Cette agitation ou inquiétude physique ( inquies ) a lieu surtout dans les inflammations de bas-ventre , et au début des fièvres éruptives.
B. Le volume du corps peut augmenter ou diminuer dans beaucoup de maladies.
Une très-légère augmentation dans le volume du corps a lieu dans la chaleur fébrile, dans le second stade des fièvres intermittentes , comme une légère diminution survient pendant le frisson. La pléthore produit un effet analogue , appréciable à la face , aux mains et surtout aux doigts qui ne peuvent être que difficilement fléchis. Une intumescence plus marquée a lieu dans le début des maladies exanthématiques; mais quand l’augmentation de volume est considérable, elle est presque toujours le résultat de l’accumulation de graisse ou de sérosité dans le tissu cellulaire , et quelquefois aussi du passage de l’air entre ses lames.
L accumulation de la graisse et l’augmentation de volume qu elle produit dans le corps ont été rarement observées dans les