IC
DES SYMPTOMES
maladies . Elles pourraient avoir lieu dans certaines affections locales qui obligent à garder le repos, sans assujettir a aucun régime. Cette accumulation seule, sans autre trouble dans les autres fonctions, doit être elle-même considérée , quand elle est portée à un degré considérable, comme une maladie, qu on a dt signée sous le nom de poly sarcie adipeuse.
L’augmentation dans le volume du corps est presque toujouis, chez l'homme malade , le résultat d’une infiltration de sérosité
dans le tissu cellulaire ou lamineux. Cette infiltration porte le nom d 'anasarque (l) ou de leucophlecjmasie (2) quand elle est générale, et ù' œdème (3) lorsqu’elle est partielle. On la reconnaît à la pâleur, à la demi-transparence de la peau et à la dépression qu’on y détermine en y appuyant le doigt. Quelquefois cette dépression n’est pas sensible à la vue ; mais en passant légèrement et à plusieurs reprises la pulpe du doigt sur le lieu où la pression a été exercée , on distingue , par le toucher, un léger enfoncement qui indique cette infiltration. On constate mieux encore le gonflement œdémateux lorsque la disposition de la peau permet de la pincer entre les doigts; on parvient souvent, de cette manière, à distinguer, à la partie interne des cuisses, X œdématié à peine commençante chez les malades qui gardent le lit ; chez ceux qui se lèvent , l’œdème est d’abord appréciable au pourtour des malléoles, le soir particulièrement.
L’épanchement d’air dans le tissu cellulaire porte le nom dVmplnjsème (4). Il a lieu dans les plaies pénétrantes delà poitrine, et dans les maladies où la continuité des voies aériennes est intéressée : il est dû, dans ces deux cas, au passage de l’air dans les lames du tissu cellulaire. Celui qui survient dans les affections gangreneuses paraît dépendre de la décomposition rapide des parties pri- Aées de vie. L insuflation d’air dans le tissu cellulaire produit un emphysème artificiel. Doit-on admettre, avec quelques auteurs, un
(1) Ava, dans; o-opC, chair,.
(2) Acvxôt, blanc; inflammation.
(3) ottfnfu*, enflure.
(4) lifjf gm) y je souille dedans.
DES SYMPTOMES
emphysème spontané , du à une exhalation de gaz dans le tissu cellulaire? Sans prétendre assigner des bornes au possible, nous pensons que celte exhalation ne saurait être admise, dans l'état actuel de la science, comme chose démontrée. L’emphysème, quelle que soit son origine, est du reste, dans les maladies gangréneuses , facile à reconnaître à la crépitation légère que la compression produit sur les parties tuméfiées , à la mollesse et à l’élasticité des tégumens distendus, qui cèdent avec facilité sous le doigt et n’en conservent pas l'impression, et à l’augmentation de sonoréité.
La diminution de volume du corps est un phénomène trèsfréquent dans les maladies. Elle peut, en quelques jours, en quelques heures môme , être portée à un degré considérable, à la suite, par exemple, d’un ou deux accès de fièvre pernicieuse, après des évacuations alvincs excessives, comme Morgagni l’observa sur lui-même, dans la diarrhée séreuse dont il fut atteint, comme nous 1 avons vu fréquemment dans le choléra asiatique; mais le plus souvent, elle a lieu avec lenteur, et constitue l’«miiyrissement, symptôme qui peut exister à des degrés très-différens, depuis la simple maigreur jusqu’au marasme (1). Dans la plupart des maladies aiguës , le corps diminue peu de volume, a moins qu’elles ne se prolongent ou ne soient accompagnées d évacuations abondantes , ou ne soient combattues par des évacuations artificielles, saignées, purgatifs , etc. Ces cas exceptés, ce n’est souvent qu à 1 époque de la convalescence que cette diminution est bien sensible dans les maladies aiguës. C’est particulièrement dans les maladies chroniques que la maigreur parvient à un degré considérable , et dans ce cas elle indique toujours un grand danger.
C. Dans l’àge de l’accroissement, on observe quelquefois, dans le cours des maladies aiguës et chroniques , un accroissement en longueui incomparablement plus rapide que celui qui a lieu dans 1 état de santé. Celle espèce d’élongation subite a généralement quelque chose de suspect.
(1) Mxpzlvw, je dessèche.
118 DES SYMPTOMES
D. La fermeté des chairs réclame une très-grande attention chez les malades. Huxham, et plusieurs autres praticiens célébrés , ont attaché â ce symptôme toute 1 importance qu il mérite, relativement à l’appréciation des lorccs dans les maladies aiguës. Elle est conservée ou même augmentée dans la plupart des maladies inflammatoires ; elle diminue sensiblement dans les maladies de langueur ; la flaccidité des chairs est remarquable dans les
maladies vraiment adynamiques.
E. La couleur de la peau peut offrir de grandes variétés , a laison du climat, du sexe, de l’âge, des occupations habituelles, etc.; néanmoins , il est un teint 'propre à la santé qui n échappe pas aux personnes mémo étrangères à 1 art. Il est quelques affections légères qui n’influent pas sur la couleur de la peau; mais dans presque toutes les maladies graves, cette membrane offre un changement remarquable dans la coloration qui lui est naturelle.
La peau est pâle, blême ou blafarde dans le frisson des fièvres intermittentes; cette pâleur est souvent jointe à une demi-transparence dans les scrofules , dans la chlorose, l’anémie et dans quelques espèces d’hydropisie. Elle est sale et comme incrustée d’une matière terreuse dans les maladies adynamiques , en particulier dans la dernière période de beaucoup de dysenteries graves et épidémiques, et souvent aussi dans la phthisie pulmonaire. — Elle est livide, avec des nuances variées et pendant le frisson chez les individus replets, dans le scorbut, dans les maladies du cœur, et quelques inflammations chroniques du conduit intestinal. Dans la plupart de ces affections, la lividité est plus prononcée dans certaines parties que dans d’autres, aux lèvres, autour des yeux, aux doigts. — La peau est légèrement rosée dans les fièvres inflammatoires et avant le développement des éruptions générales; elle est d’un rouge très-prononcé dans la scarlatine. Elle offre une légère teinte jaunâtre dans quelques maladies bilieuses; elle est d’un jaune terne et mat dans les fièvres intermittentes qui durent depuis un certain temps, d un jaune pa/lle ou terreux dans le cancer, d’un jaune citron ou foncé dans lie-
DES SYMPTOMES
tore. — Elle offrait une teinte bleuâtre (rès-prononcée chez les sujets atteints du choléra asiatique dans sa forme la plus intense. 1) ans quelques affections organiques du cœur, la peau présente également une teinte bleuâtre : on désigne sous le nom de cyanose (1) cette coloration singulière. On l’a attribuée généralement à une conformation vicieuse du cœur, qui permettait au sang de passer, au moins en partie, des cavités droites dans les cavités gauches, sans traverser les poumons. Mais la cyanose est souvent indépendante de toute lésion de ce genre, et dans les cas même où le trou de Bolal persiste, il est évident qu’on ne doit point rapporter la cyanose au mélange des deux sangs, puisque ce phénomène a manqué dans les cas où, le cœur étant uniloculaire, les artères pulmonaire et aorte avaient une origine commune, ï.a cyanose parait dépendre d’une stagnation du sang dans les vaisseaux capillaires, stagnation produite par quelque obstacle apporté dans la circulation du sang au travers des poumons et du cœur : on I observe, à des degrés divers, dans la plupart des affections organiques de ce viscère , et spécialement dans les rétrécissemens de ses orifices, dans certaines formes de l'emphysème pulmonaire, de la bronchite générale ou capillaire, enfin chez quelques rachitiques dont le thorax est considérablement déformé. Dans ces di\ erses maladies, la cyanose est le plus souvent partielle, et elle occupe ordinairement la face, et en particulier les lèvres et les joues, les mains, surtout a la pulpe des doigts et au pourtour des ongles, les organes génitaux (chez l’homme) , toutes parties sur lesquelles elle est p.us prononcée lorsqu elle devient générale (2).
Nous avons vu la peau offrir une teinte verte très-marquée chez un malade anémique qui paraissait avoir une affection du foie. — La peau prend accidentellement, chez quelques individus, sous l'influence de causes encore inconnues, une couleur noirâtre plus ou moins foncée. C’est ainsi que nous avons eu dans nos salles pendant plusieuis mois, a I hôpital de la Charité, un homme naturellement
(1) K bleu.
(2j Dictionnaire de Médecine, t. ix , Cyanose, par F minus; et Louis, Mémoires anat.-patliol. , ou Archives de 1823.
DES SYMPTOMKS»
lime chez lequel la peau (Mail devenue presque aussi noire que celle d'un nègre (l). Plusieurs faits semblables ont été observés et publiés par M. Hostan (2).
Nous rapprocherons de ees faits ceux dans lesquels la coloration noire ou bleue dépend d'une matière colorante qui transsude à travers la peau, comme Billard en a rapporté un exemple fort curieux (3).
Enfin, chacun sait que l'usage intérieur du nitrate d’argent finit par donner à la peau une teinte ardoisée ou bronzée qui est indélébile. On a cru que la lumière avait une grande influence sur sa production ; mais cela ne nous parait pas exact. Nous croyons que la lumière a la propriété d’augmenter l’intensité de la coloration , mais elle ne la produit pas ; car la teinte bronzée occupe les portions de la peau qui sont couvertes par les vètemens comme celles qui sont nues ; elle existe même dans les organes intérieurs.
La peau présente, dans quelques cas, des taches rouges, noires, bleuâtres ou jaunes, qu’on nomme ecchymoses, et qui dépendent de l'extravasation du sang: elles sont produites souvent par des contusions, des pressions, et autres causes extérieures ; quelquefois aussi elles sont dues à une disposition intérieure , comme dans le scorbut et le morbns maculosus.
On voit apparaître, dans le cours des maladies aiguës, sur divers points des tégumens et surtout dans les régions les plus déclives, des taches livides, brunes ou noires qui sont généralement d’un sinistre présage. Ces taches ont été quelquefois confondues sous une dénomination commune avec les ecchymoses ; mais elles sont le plus souvent le résultat de la stagnation et non de l’extravasation du sang, car elles disparaissent momentanément par la pression, il se forme aussi sur les diverses parties de la peau, et particulièrement dans les points sur lesquels le corps s’appuie, comme la région du sacrum et des trochanters, des excoriations et des eschares. L affection typhoïde est de toutes les
(1) Bulletin (le la Faculté, t. iv, p. 114.
(2) Idem.
(5) A relûtes de Médecine, t. xxvi, p. 435.
nrs SYMPTOMES.
inaladios aigues relie dans laquelle ce dernier phénomène se montre le plus souvent , et son apparition , dans les cas obscurs , n'est, pas sans importance pour éclairer le diagnostic.
La peau présente aussi chez l’homme malade des modifications plus ou moins importantes qui sont appréciables par le toucher. Au lieu de rester souple et douce , comme dans l’état de santé, elle devient souvent sèche et même rude, soit dans les premières périodes des maladies aiguës, soit, dans tout le cours des maladies chroniques. Celte rudesse et celte sécheresse deviennent encore plus prononcées dans la convalescence de quelques maladies éruptives, comme la rougeole et la variole. A la suite de la scarlatine, elle est à la fois sèche, lisse, luisante, comme si elle était couverte de baudruche : cet état de la peau, très-remarquable aux mains surtout, permet au médecin, avant même que la desquammation commence, de reconnaître l'existence antérieure d’une scarlatine. Dans le choléra asiatique, la peau de diverses parties du corps, et spécialement du dos de la main et de l'avant-bras, présentait une grande analogie avec le parchemin ; pressée entre deux doigts, elle formait un pli qui se conservait pendant plusieurs minutes avant de s’affaisser ; dans la même affection, la surface palmaire des doigts offrait des inégalités tout-à-fait semblables à celles que présentent les mêmes parties après une immersion prolongée dans l’eau.
F. Les éruptions que présente la peau sont extrêmement variées. On leur a donné les noms d’exanthèmes, de vésicules, de bulles, de pustules, de papules, de squammes , de tubercules, de macules. On nomme exanthèmes des taches plus ou moins rouges, avec ou sans saillie, de grandeur et de formes variables, disparaissant sous la pression du doigt. Les vésicules sont de petits soulèvemens de l'épiderme, formés par la collection d’un liquide séreux et transparent, qui devient quelquefois opaque. Les huiles ou phhjctènes ne diffèrent des vésicules que par leur volume, qui n’est pas moindre que celui d’un pois, tandis que celui des vésicules ne dépasse guère un grain de millet. Les pustu/es sont de petites tumeurs remplies de pus, développées à la
DES SYMPTOMES
surface du corps muqueux enflammé. Les papules sont de petites élévations, pleines, solides, ne renfermant aucun liquide, mais susceptibles de s’ulcérer. Les squammes sont de petites lames d’épiderme, le plus souvent épaissi, sèches, blanchâtres et friables, qui surmontent de petites élévations comme papuleuses. Sous le nom de tubercules , en pathologie cutanée , on désigne de petites tumeurs dures, circonscrites, permanentes, pouvant s’ulcérer à leur sommet ou suppurer isolément. Les macules sont des colorations ou des décolorations permanentes de quelques points de la peau ou de toute l’enveloppe cutanée, sans trouble général de I économie (t).
G. Les plicatures sont le résultat de l’impression ((lie produit sur la peau le contact des vêtemens ou des draps du lit. Elles sont légères, rosées, disparaissent promptement dans 1 état de santé. Dans certaines maladies, elles sont profondes, durables, livides , bleuâtres et quelquefois excoriées. Les ribices ou coups de fouet ( vibices ) peuvent être rapportées aux plicatures , bien que, dans quelques cas, elles ne soient que des variétés de l’urticaire.
H. tin doit encore joindre à ces symptômes, fournis par 1 habitude extérieure, les tumeurs, les excoriations, les gerçures, les plaies, les ulcères, les fistules, qui peuvent se montrer sur toute la surface du corps. Les tumeurs ( tumores ) sont des augmentations partielles dans le volume qui est naturel à une partie quelconque; elles varient à raison de leur forme, de leur couleur, de leur siège, de leur volume, de leur mode d accroissement, de leur consistance et des parties qui les constituent. Quelques-unes disparaissent dans certaines circonstances, et particulièrement par la pression exercée sur elles ; d’autres permettent aux doigts qui les compriment de reconnaître le mouvement ou Va fluctuation d’un liquide qu'elles contiennent ; d’autres, comme certaines tumeurs hémorrhoïdales , sont douées dune sorte d’érectilité. — On nomme excoriation (. excoriatio ) cette lé-
(1) Abrégé pratique, des Maladies de la Peau , cl après les leçons du docteur Biett, par Alpli. Cazenave et Schedel. 3e édit.
T) ES SYMPTOMES
gère altération qu'offre la peau dépouillée de son épiderme et des couches les plus superliciclles du conon: elle a souvent lieu dans les maladies graves, et précède ordinairement la formation des cseharrcs.
On donne le nom Ad gerçures ( fissura ) à des solutions de continuité qui surviennent dans diverses parties, et qui semblent, par leur forme allongée et étroite , être le résultat d’une distension excessive de la peau : elles sont dues le plus souvent au virus syphilitique ou aux dartres; elles occupent quelquefois le dos de la main , et plus fréquemment les points où la peau se continue avec les membranes muqueuses, comme les narines, les lèvres, le mamelon et l’orifice du rectum. Les ulcères (xilcera ) sont des solutions de continuité entretenues par un vice interne ou local. Ils offrent des variétés nombreuses, à raison de l’élévation de leurs bords, de la couleur de la surface ulcérée, et des phénomènes généraux qui les accompagnent. Quant aux fistules ( fistula '), elles consistent en des canaux accidentels qui transmettent au dehors, tantôt les matières contenues dans les conduits naturels, et tantôt le produit d'une exhalation morbide.
§11. — La tête, examinée dans son ensemble, fournit quelques symptômes assez remarquables, sous le rapport de son attitude et de son volume.
Elle est inclinée latéralement dans les convulsions ou la paralysie des muscles cervicaux d’un seul côté , dans le torticolis , dans la luxation des vertèbres, dans certains engorgemens des arlanvies cervicales; elle est fortement fléchie en arrière dans le croup et dans quelques maladies accompagnées de dyspnée; en avant, par l'effet d’une conformation vicieuse des vertèbres.
La partie de la tète qui correspond au crâne fournit quelques symptômes importons. Son volume est augmenté dans tous les points chez les cnlans atteints d’hydrocéphale congénital. Le cuir chevelu, quand il est atteint d'érjsipèle, présente un gonflement œdémateux , avec sensibilité sous la pression du doigt. Ces deux phénomènes sont d’autant plus importons à connaître que la rougeur, qui est le signe principal des érysipèles déve-
DES SYMPTOMES
loppés sur les autres parties, manque presque totalement dans celui-ci.
Chez la plupart des idiots on observe que le front est. bas, étroit et fuyant en arriére; ou bien l’occipital tout-à-fait aplati se dirige presque verticalement vers le sommet de la tète. Chez d’autres, les deux côtés du crâne ne sont pas symétriques, 1 un d’eux présentant le plus souvent vers les régions pariétales une dépression plus ou moins considérable. Le crâne offre encore des tumeurs développées dans les os qui le forment , dans les tégumens qui le recouvrent, ou dans les parties qu’il renferme. Ses tégumens sont le siège spécial de quelques éruptions , telles que les croûtes laiteuses et la teigne.
Les symptômes fournis par la face sont extrêmement nombreux : les plus importons et les pius difficiles â exposer sont ceux (pie présente la physionomie. Chez l’homme bien portant, elle offre dans son ensemble, comme l’a dit le professeur Chaussier , un caractère de vigueur et d’alacrité, et son expression est en harmonie avec les objets environnons. Chez l’homme malade, la physionomie présente une multitude de nuances qu’il serait impossible de décrire : elle est triste, abattue, inquiète , effrayée , indifférente ou attentive, quelquefois riante, ailleurs menaçante ou égarée, sans qu’aucune circonstance explique ces modifications des traits qui rentrent tout-à-fait alors dans la classe des phénomènes morbides.
La symétrie naturelle aux deux côtés de la face cesse d'exister dans les cas d’hémiplégie complète ou de paralysie des nerfs de la septième paire. Du côté paralysé la physionomie devient en quelque sorte muette, tandis que de l’autre elle conserve son expression ; la bouche est manifestement déviée , et la commissure est a la fois abaissée et rapprochée de la ligne médiane; ia joue est pendante, les paupières ont perdu la faculté de couvrir complètement le globe oculaire ; le sourcil est plus bas, et le front n’offre plus ses rides naturelles. Toutes ces différences deviennent plus prononcées encore quand les muscles du côté sain se contractent avec force, et particulièrement dans l’action de rire. Si la paraly-
DES SYMPTOMES. 125
sic est ancienne, l(' nez lui-mèmo finit par parlicipor à la déviation d('S traits.
Parmi les altérations nombreuses que l’état de maladie peut apporter dans \c faciès des individus, il en est quelques-unes qui ont été désignées par des dénominations particulières : telles sont la stupeur (/ttcve.v slupida), la lace vultueusc, grippée, hippocratique. Il est aussi d’observation que les maladies du cerveau , de la poitrine et du ventre impriment à la face des modifications spéciales qui permettent quelquefois au médecin de déterminer, à l'inspection des traits , le siège de la maladie.
La slupeur est marquée par le défaut d 'expression des traits en général et des yeux en particulier : le malade parait étranger à ce qui l’entoure, sans avoir l’air de réfléchir intérieurement à quelque chose ; il semble être dans un état d’ivresse. Celle espèce de physionomie est propre à la maladie typhoïde.
La face xidlueuse est caractérisée par la turgescence et la rubéfaction de celte partie, la saillie des yeux, l’injection des conjonctives, la distension des paupières, des lèvres, l’expansion de tous les traits. On l’observe particulièrement dans l’hypertrophie du cœur et dans quelques congestions sanguines vers la tête.
La face grippée, qui appartient aux phlegmasies aiguës du péritoine , offre des caractères tout opposés : la figure est rapetissèe, le teint pâle ou livide, les muscles sont contractés , les traits tirés en haut ou ramenés vers la ligne médiane. L’exposition à un froid rigoureux produit chez l’homme sain quelque chose d’analogue.
La face Idppdcratique a été ainsi appelée parce qu’llippocrate a parfaitement bien tracé les traits qui la signalent. On l’observe quelques jours avant la mort chez des sujets qui succombent à des maladies chroniques ou à des affections aiguës qui se sont prolongées au-delà de quelques semaines. Le nez aigu, les veux enfoncés les tempes creuses, les oreilles froides et retirées , la peau du front dure, tendue et sèche, la couleur plombée du visage, les lèvres pend; nies et relâchées, forment les principaux traits de la face hippocratique et annoncent une mort inévitable, quand des causes manifestes, telles que des veilles excessives, un dévoiement opinià-
Ire, une abstinence prolongée n’y ont pas accidentellement donné lieu.
Les maladies qui ont leur siège dans la tête sont loin, sans doute, d’imprimer à la physionomie un caractère uniforme -, il en est de même des maladies de la poitrine et du ventre. Toutefois il est plusieurs affections des organes contenus dans ces cavités dans lesquelles l’aspect de la physionomie est caractéristique. L’apparence du sommeil, les convulsions des muscles de la face, la paralysie latérale, l’expression de la fureur ou de la joie, indiquent une lésion primitive ou secondaire du cerveau; la turgescence du visage et du cou , jointe au sifflement de l’air dans le lary nx ou aux efforts convulsifs pour avaler ou pour cracher , dénotent clairement une angine. Les maladies du cœur produisent une altération spéciale de la face, et la phthisie pulmonaire a aussi une expression moins caractérisque, sans doute, mais encore assez bien dessinée. La face grippée appartient, comme il a été dit, à la péritonite, et la plupart des maladies organiques de l'abdomen impriment sur les traits du malade un cachet qui les décèle.
M. Jadelot a cru remarquer chez les enfans une correspondance constante entre les maladies de la tète, de la poitrine et du ventre, et certaines altérations de la physionomie différentes de celles dont il vient d’être question. Yoici ce qu’on lit, à cet égard, dans un ouvrage publié sous les yeux mêmes de ce médecin (1) : Trois traits principaux se remarquent sur la figure des enfans : le premier part du grand angle de l’œil et va se perdre un peu audessous de la saillie formée par l’os de la pomnjette : on peut le nommer oculo-zygomattqiœ. Le second commence à la partie supérieure de l’aile du nez, et embrasse dans un demi-cercle plus ou moins complet la ligne externe de la commissure des lèvres . c’est, le trait nasal, sur lequel en vient tomber quelquefois un autre qui part du milieu de la joue et qu’on a nommé gênai ; le dernier commence à l’angle des lèvres et se perd sur le bas du visage : c’est le trait labial.
(1) Maladies des Enfans , A'Undcrwood, publiées par 31. do Salles , avec des notes de M. Jadelot.
DES SYMPTOMES
Le premier est l'indicateur des affections du cerveau et des nerfs; le second et son accessoire signalent celles des viscères abdominaux; le troisième appartient aux maladies du cœur et des organes respiratoires (l).
La face fournit encore beaucoup d'autres symptômes relatifs aux changemcns survenus dans ses mouvemens, son volume, sa couleur, et aux éruptions (pii s’y manifestent.
La face offre des mouvemens convulsifs dans le tétanos commençant, une immobilité permanente dans quelques maladies nerveuses, des tremblemens passagers dans les lièvres typhoïdes; dans quelques cas de compression cérébrale, la paralysie est bornée aux muscles de celte région.
Le volume de la face augmente ou diminue rarement sans que le même changement s’opère dans le reste du corps : toutefois la turgescence partielle de cette région a ordinairement lieu dans le début des fièvres éruptives, et quelquefois dans l’imminence des hémorrhagies du nez et du cerveau. Il est aussi à remarquer que dans les cas où l’augmentation et la diminution de volume portent sur tout le corps, elles sont ordinairement sensibles à la face à une époque où elles ne le sont pas encore dans les autres parties.
La coloration de la face présente , dans l’état de maladie , les mêmes changemcns que celle des autres parties; elle offre en outre des modifications (pii ne s’étendent pas au reste de la surface cutanée. La rougeur de la face, par exemple, est un symptôme très-fréquent; elle peut l’occuper tout entière, ou être bornée à quelques-unes de ses parties. La face est d’un rouge vif dans les paroxysmes des maladies aiguës , elle est d un rouge foncé et livide dans les accès d’hystérie ou d’épilepsie , et cette circonstance concourt à rendre fort difficile la distinction de ces deux maladies : toutefois la face des hystériques est beaucoup moins hi-
(d) ôous nous abstenons de tout jugement sur la valeur de ces signes , d abord parce que nos observations à cel égard ne sont pas assez nombreuses pour fixer notre opinion, et ensuite parce que le résultat de ces observations ne serait pas conforme à l’opinion de 31. J adulai.
P ES SYMPTOMES
deusc que celle des épileptiques; et ce signe, comme l'a fait observer M. Landré- Beauvais , est peut-être celui (jui a le plus de valeur pour faire discerner ces deux affections. — La face peut être auss: le siège d'une rougeur passagère, vulgairement connue sous le nom de feux au visage : on remarque particulièrement ce symptôme chez les femmes qui sont ou mal réglées ou parvenues à l'âge criiiquc. — La rougeur occupe les pommettes dans les redoublemcns fébriles de la plupart des maladies chroniques. — Quelquefois elle est bornée à une seule joue, et ce phénomène avait été considéré autrefois comme lié à une affection aiguë ou chronique du poumon correspondant; mais elle dépend alors presque toujours de la situation que le malade garde dans son lit : la joue qui repose sur l’oreiller est plus rouge que celle du côté opposé. — La rougeur vive et circonscrite des pommettes, jointe à la pâleur des autres parties , est un symptôme fréquent dans les affections tuberculeuses. — La couleur jaune , qui caractérise l’ictère, est ordinairement sensible à la face, et spécialement sur les sélérotiques , avant de l’ètre ailleurs; elle y est encore apparente lorsqu’elle a complètement cessé de l'être sur le reste du corps. Dans quelques affections bilieuses, la teinte jaunâtre est bornée aux commissures des lèvres et aux ailes du nez.
11 est peu $ éruptions qui soient propres à la face : cependant le front est souvent , dans la jeunesse , le siège de boutons qui ne se passent que vers la vingt-cinquième année; les lèvres offrent fréquemment chez les adultes une éruption d'herpès , tantôt au déclin des fièvres éphémères , et tantôt à la fin des pldegmasies aiguës pou intenses.
Chacune des parties de la face fournit aussi un grand nombre de symptômes : nous allons les énumérer le plus succinctement
Les yeux, dans l’état de santé, sont médiocrement saillans et humectés, vifs, brillans ; ils se meuvent avec facilité et se dirigent l’un et l’autre vers le même objet ; le blanc do l’œil est lisse, sans stries , sans teinte étrangère ; la pupille sc dilate et se rétrécit d’une manière prompte et égale dans les deux yeux; les pan-
uns SYMPTOMES.
pières miucos , très-mobiles, également écartées pendant la veille, recouvrent entièrement l'oeil pendant le sommeil; les sourcils sont un peu relevés. Dans l’état de maladie , le globe de l’œil et les parties qui le protègent présentent des changemens remarquables.
L'expression des yeux est le plus souvent la même que celle du reste de la face : ils peuvent être doux, supplians, menaçons , hagards, effrayés; quelquefois néanmoins, dans le désordre qui accompagne les fièvres malignes et les phlegmasies cérébrales, leur expression contraste avec le reste de la physionomie.
Les changemens qu’on observe dans les mouvemens du globe oculaire sont presque toujours liés à une lésion primitive ou secondaire de l’encéphale. Les yeux sont fixes dans la catalepsie , dans l’extase des mélancoliques; ils sont agités de convulsions dans l’hydrocéphale des enfans ; le strabisme ou la divergence des axes optiques, quand il survient accidentellement, est également presque toujours l’effet d’une maladie du cerveau.
II est un autre phénomène fort remarquable qui se rapproche du strabisme ordinaire, et qui en diffère à quelques égards : c’est le mouvement isolé d’un des yeux, l’autre restant dans une immobilité complète; j’ai vu ce phénomène sc reproduire plusieurs fois et très-manifestement chez un enfant hémiplégique , âgé de dix à douze ans, à la suite de convulsions épileptiformes qui se rattachaient elles-mêmes très-probablement à une lésion organique du cerveau. Ce symptôme , joint à un état presque comateux, avait inspiré des inquiétudes très-prochaines, qui ne se sont pas réalisées.
Le volume du globe de l’œil paraît augmenté (œil proéminent) dans certaines fièvres inflammatoires, et surtout dans le cas où un obstacle quelconque s’oppose au cours du sang veineux dans les vaisseaux du cou, dans les angines graves, par exemple, et dans l’asphyxie par strangulation; le volume de l’œil parait diminué, au contraire, lorsque le tissu cellulaire graisseux du fond de 1 orbite devient moins abondant. L’ouverture inégale des paupières fait aussi quelquefois paraître un des yeux plus volumineux que l’autre; mais, dans tous ces cas, leur volume réel reste îi
DES SYMPTOMES
peu près li‘ même. 51 augmente véritablement dans I iuflainmal ion interne de l'uni (il d ms l'hydrophtalmie ; il diminue dans I atrophie qui succède à différentes maladies de cet organe, aux plaies el à certaines opérations. Il peut devenir très-saillant sans pourtant èhe plus volumineux, lorsqu'une tumeur développée dans le fond de l’orbite ou dans le crâne le projette au-dchors (exophthalmie). Une inflammation du tissu cellulaire de l’orbite produit le même effet. Sa couleur participe ordinairement à celle du reste de la face; mais ces altérations de couleur sont presque toujours bornées à la sclérotique ou à la conjonctive qui la recouvre : enlin, il n’est pas rare de voir dans les affections aiguës ou chroniques la cornée devenir terne peu de temps avant la mort.
La corner présente quelquefois des taches de diverses formes, des phlyctèncs, des ulcérations, des collections purulentes, etc., dans les maladies qui lui sont propres. Elle peut faire en avant um' saillie considérable dont l’effet est d’augmenter la réfraction des rayons lumineux, ce qui produit le vice de la \uc nommé myopie ; d’autres fois la cornée est moins saillante que dans l'étal normal, elle est même aplatie : cette disposition détermine une diminution dans la force réfringente de l'œil et constitue la presbytie.
Les mouvemens de la pupille peuvent être troublés de diverses manières. Quelquefois cette ouverture offre une dilatation considérable, quoiqu’elle soit exposée à une vive lumière; ou bien elle ne se rétrécit que fort peu cl avec beaucoup de lenteur, comme on le voit dans les affections comateuses ; ailleurs elle est rétrécie, connue on l’observe dans l’ophthalmie interne et dans l’inflammation des méninges; elle est presque toujours immobile dans l’amaurose, ('l quelquefois elle présente dans les deux yeux u ni' largeur inégale, soit parce qu ils ne sont pas doues de la môme force, soit à raison d’une compression exercée sur un des côtés du cerveau; sa forme devient quelquefois irrégulière dans les maladies de l’iris, dette irrégularité a lieu aussi dans quelques maladies vermineuses , d’après l’observation de M. Jadclot.
Le cristallin ainsi que sa capsule deviennent opaques dans la
DES SYMPTOMES
cataracte; l'humeur aqueuse et l’humeur vitrée offrent aussi des altérations de couleur dans l’hypopyon et le glaucome.
M. le professeur Sanson a signalé récemment un phénoméne propre a éclairer le diagnostic de plusieurs maladies de l’organe de la vue. Si l'on présente une lumière au-devant d'un mil dont les milieux sont parfaitement transparens et dont la pupille est dilatée, soit par l’effet d’une amaurose , soit par l’action de la belladone, ou voit très -distinctement et constamment trois images de la flamme. I)e ces trois images deux sont droites et une est renversée : elles sont situées en arrière les unes des autres. La plus antérieure, qui est la plus apparente, est droite; la plus profonde, qui est la plus pâle, est droite aussi; et la troisième, située entre les deux autres, est renversée. Cette dernière est la plus petite des trois , elle est plus pâle que l’antéîieuic, mais plus Ane que la postérieure. Ces trois images manquent complètement lorsque la cornée est opaque. Si l’opacité occupe la face antérieure de la capsule, les deux images les plus profondes manqueront; si elle est bornée â sa face postérieure, l’image renversée sera la seule qui manquera. L’existence des trois images est un signe certain que le cristallin et sa capsule sont tout-à-fait transparens. Ce nouveau moyen d’exploration de l’œil permettra donc de distinguer sûrement dans quelques cas obscurs l’amaurose et la cataracte noire, le glaucome et la cataracte ordinaire (1).
Les parties comprises par Haller sous la dénomination de tutamma oculi présentent, chez l’homme malade, de nombreuses altérations.
Les paupières offrent quelquefois , dans la manie et l’idiotisme, des mouvemens rapides et répétés, un clignotement (/lippus) perpétuel; d’autres fois elles ne se meuvent qu’avec une lenteur
(1) V Expérience, n» 1 , 1837, t. i, p. 1. MM. Bardinot et Pigné, cleves de M. Sanson, ont prouvé, par une série d’expériences faites avec soin en présence du professeur, que l’image antérieure est produite par la cornee, la moyenne est réfléchie par le segment postérieur de la capsule, et la postérieure par son segment antérieur.
135 DES SYMPTOMES
extrême cl à des intervalles très-éloignés , comme cela a lieu dans les fièvres adynamiques. Elles sont pesantes dans la céphalalgie , suivant l'expression de quelques malades", elles sont constamment rapprochées dans les affections comateuses : dans certaines ophthalmies ce rapprochement est accompagné d’une forte contraction des muscles -, elles sont, chez quelques malades, entr’ouvertes pendant le sommeil ; chez d’autres, pendant la veille, elles sont inégalement écartées à droite et à gauche , comme on le voit dans 1 hémicrânie , l’hémiplégie et dans quelques affections aiguës du cerveau. Dans la paralysie faciale produite par une lésion quelconque du nerf de la septième paire, les paupières ne peuvent plus se rapprocher parce que le muscle orbiculaire a perdu en partie sa contractilité. — Le volume des paupières augmente avec celui des parties voisines dans l’érysipèle de la face et dans l’œdème -, le gonflement y est en général plus considérable, à raison sans doute de la laxité du tissu cellulaire qui entre dans leur structure : on les a vues dans quelques cas devenir brusquement le siège d’un emphysème a la suite d une contusion de la racine du nez ou après des efforts violons pour se moucher. Dans l’un et dans l’autre cas , l’emphysème était consécutif à la rupture des parties osseuses qui forment la voûte du nez. La coloration des paupières est ordinairement analogue à celle de la face. Leurs bords libres sont rougeâtres et tuméfiés dans l’ophthalmic chronique; ils sont renversés en dedans ou en dehors dans quelques maladies dont elles sont le siège. Leurs bords adhérons, et surtout celui delà paupière inférieure, sont souvent marqués par une ligne bleuâtre : on dit alors que les veux sont cernés. Ce phénomène a lieu chez beaucoup de femmes pendant la menstruation. Dans les deux sexes, les veilles, les latigues, l’abus du coït et les évacuations excessives, peuvent le produire.
La conjonctive devient plus humide et ordinairement plus rouge fiuns les fièvres éruptives, dans le typhus et surtout dans l’ophthalmie. Elle se gonfle à des degrés divers dans l'inflammation et forme souvent une sorte de bourrelet tout autour de la cornee (chernosis). Son humidité naturelle paraît quelquefois diminuée : on dit alors que les yeux sont secs. Dans quelques cas, le mucus
qu’elle exhale forme des stries blanchâtres sur le globe de l’œil : dans les affections graves , le malade n’en a pas la conscience et ne cherche pas à s'en débarrasser.
La caroncule lacrymale fournit peu de symptômes importans : elle est d’un rouge vif dans les maladies inflammatoires, et devient pâle dans les maladies chroniques. Quelques auteurs ont considéré la pâleur de ce polit organe comme un symptôme qui accompagne constamment l'hydropisic; mais cette assertion est inexacte. Il se développe quelquefois â sa surface des poils dont le contact irrite l'œil et produit des ophthalmies rebelles.
Les cils sont quelquefois chargés de poussière, et plus souvent de chassie, dans les affections de l'œil et dans les maladies aiguës graves. Leur déviation produit aussi des inflammations opiniâtres, et leur chute est souvent le résultat de l’ulcération du bord libre des paupières. Leur longueur considérable a été signalée par quelques médecins comme un des attributs de la constitution tuberculeuse.
Le sac lacrymal devient gonflé, rouge, et s’ulcère par l’effet d’un obstacle qui s’oppose au passage des larmes dans le canal nasal. La même cause donne souvent lieu à l’écoulement des larmes sur la joue. Ce dernier symptôme, qu’on nomme èpiphora , peut aussi être produit par l'obstruction des points et des conduits lacrymaux, ou bien encore par la paralysie des paupières ou le renversement en dehors de la paupière inférieure.
Les sourcils sont relevés dans le délire furieux des fébricitans et des maniaques , déprimés dans la mélancolie et la céphalalgie intense. Ils s’élèvent et s’abaissent alternativement pendant l'inspiration et I expiration , dans quelques maladies accompagnées d'une gène considérable de la respiration. Quelquefois ces mouvemens alternatifs ont lieu seulement dans un des sourcils, tandis que I autre reste immobile. Dans la paralysie du nerf facial le sourcil du cote malade est abaissé et ne peut plus se rapprocher de celui du côlé opposé.
L q front, dans J état de santé, est ordinairement uni et serein. 11 devient ridé dans les maladies douloureuses et convulsives ; il
DES SYMPTOMES
offre quelquefois des boutons el dos exostoses dans les affections syphilitiques invétérées.
Les tempes, pleines et unies dans l’état naturel, deviennent concaves vers la fin des maladies aiguës ou chroniques. On a observé que leurs artères superficielles offraient des battemens plus manifestes dans les maladies où l’impulsion du sang vers la tète est augmentée.
Les joues, formes el arrondies chez l’homme sain, plus colorées aux pommettes qu’aillcurs, peuvent être, chez I homme malade, agitées de mouvemens convulsifs ou frappées de paralysie; dans ce dernier cas, elles sont flasques, et se laissent distendre par les alimens dans la mastication , par l’air si le malade essaie desoufller une lumière. L’une des joues ou toutes deux augmentent de volume dans les fluxions dentaires et dans quelques affections des sinus maxillaires. Elles sont quelquefois parsemées de plaques ou de pustules rouges et persistantes, désignées sous le nom de couperose (r/ut/a rosa), que quelques médecins ont considérées comme liées à une affection particulière du foie.
Le nez, qui concourt peu à l’expression de la face, ne fournit qu’un très-petit nombre de symptômes. On a quelquefois observé qu'il était dévié à droite ou à gauche avant les convulsions, et rouge avant l’épistaxis. Î1 est gonflé et luisant au début d un érysipèle qui ne s’étend pas encore au reste de la face. Il s’ellile par degrés vers la fin des maladies aiguës et chroniques. Son extrémité devient livide et gangreneuse dans quelques fièvres adynamiques ou par suite d’un froid excessif.
Les narines méritent aussi quelque attention : leur dilatation est rapide et convulsive, au moment de I inspiration , dans les affections où la gène de la respiration est considérable ; mais quand la faiblesse el la maigreur sont portées au plus haut degré, elles sont au contraire resserrées, comme on l’observe dans la face hippocratique. Dans la paralvsie du nerf faeial la narine du même côté est immobile ; non-seulement elle ne se dilate plus dans les mouvemens d’inspiration , mais souvent même elle s'affaisse. Les narines sont quelquefois remplies par un mucus noirâtre dans le
DES SYMPTOMES
cours dos fi è \ ros graves; elles présentent une éruption evoùteuse au déclin de quelques maladies légères, d des gerçures hahiluellcs ou fréquentes chez les enfans scrofuleux. Les fumeurs développées dans les fosses nasales peuvent être aperçues dans l’intérieur des narines; dans quelques cas elles font saillie au-dehors de ces ouvertures.
Les lèvres, chez l'homme sain, sont libres et souples dans leurs mouvemens ; dans le repos, elles sont rapprochées, fermes, soutenues par h action de leurs muscles; leurs bords sont lisses, arrondis, et d’une couleur rosée. Dans la maladie, elles offrent des altérations fort importantes relatives à leur position, à leurs mouvemens, à leur volume, à leur couleur, à leur état de sécheresse ou d’humidité, et aux éruptions dont elles sont le siège.
Elles sont pendantes dans les fièvres adynainiqucs et dans l’agonie de diverses affections; très-éloignées l'une de l’autre dans la luxation de la mâchoire inférieure en avant ; serrées et contractées dans les grandes douleurs, tremblantes dans quelques maladies nerveuses; elles sont tout-à-coup poussées en avant et brusquement écartées à chaque expiration dans quelques affections cérébrales : on dit alors que le malade fume la pipe. Les lèvres sont entraînées à droite ou à gauche lorsqu’un des côtés de la face est affecté de paralysie ou de convulsion ; dans ce dernier cas, on donne au symptôme dont il s'agit le nom de spasme cynique ( spasmas cynicus ) (1); quand les deux commissures sont entraînées en sens contraire, c’est le rire sardonique (risus sardonius ) (2).
On a dit que la lèvre supérieure était fort grosse chez les scrofuleux, mais cela souffre de très-nombreuses exceptions. Le gonflement des deux lèvres précède et accompagne les éruptions qui s’\ développent au déclin de quelques affections aigues.
Leur couleur est rouge et vermeille dans les maladies inflam-
(1) Kvwv, v.'rjoç, chien .
(2 On prétend qu'on a donné ce nom au rire coiivuLif, parce qu'il est quelquefois produit par l’usage d’une plante qui croit en Sardaigne, ab herbu Sardonia.
DES SYMPTOMES
matoires, pâle dans la chlorose et lhydropisie, bleuâtre dans le frisson des lièvres intermittentes cl dans les lésions organiques «lu cœur.
Les lèvres sont sèches, ordinairement lisses, quelquefois fendillées, dans les lièvres graves; clics peuvent offrir alors un enduit sec et noirâtre, comme celui qui couvre les dents et la langue. Toutefois, celle sécheresse et ces enduits de la muqueuse buccale peuvent exister dans les maladies les plus légères, et même dans l’état de santé, chez les personnes qui dorment la bouche ouverte. La nécessité de dormir la bouche ouverte se rattache à une disposition anatomique qui, je crois, n'a pas été signalée; elle consiste dans une conformation vicieuse de la voûte palatine qui , trop élevée vers les fosses nasales et trop rétrécie entre les arcades dentaires, produit comme résultat inévitable 1 étroitesse des fosses nasales et le raccourcissement , ou pour mieux dire 1 entrainement en haut de la lèvre supérieure. Tous les sujets chez lesquels la lèvre supérieure ne couvre pas les dents, mais s arrête à leur sortie des alvéoles, donnent nécessairement la bouche ouverte.
Le menton participe aux cbangemens qui surviennent à la face ; il en est peu qui lui soient particuliers : seulement il est éloigné de l’axe du corps dans la luxation d'un des côtés de la mâchoire; il est souvent déformé dans la fracture de cet os. 11 est aussi , dans quelques cas, le siège d'une éruption dartreusc qu'on a désignée sous le nom de mentagra. 11 présente dans 1 agonie, au moment des dernières inspirations, un abaissement convulsif qui précède immédiatement la mort.
Les régions parotidiennes offrent , dans quelques affections, un gonflement remarquable , qui peut avoir son siège dans les glandes elles-mêmes ou dans le tissu cellulaire qui les recouvre. Ce gonflement, (pii se montre dans le typhus et dans plusieurs autres maladies aiguës, soit dans leur commencement , soit vers leur terminaison, appelle toute l’attention du médecin. On le désigne communément sous h' nom de parotides, il peut être borné a un côté, ou s’étendre aux deux â la fois ou successivement; être à peine sensible, ou trèsuonsidérable, etc.
DES SYMPTOMES
Les oreilles sont livides et froides dans le frisson des fièvres intermittentes; elles sont rouges et brûlantes dans le paroxysme de presque toutes les maladies fébriles, et surtout de celles qui sont accompagnées de congestion sanguine vers la tète. Le conduit auditit externe peut être le siège de divers écoulcmcns : il en sort du mucus, du pus, du sang, et dans certains cas des fragmens osseux. Dans quelques affections, l’air qui pénétre dans la cavité du tympan par la trompe d Lustachi peut sortir avec assez de force pour agiter une lumière placée dans la direction du conduit auditit, ou pour produire une espèce de gargouillement en se mêlant au pusqu il entraîne. Ce conduit peut être rétréci ou oblitère par des végétations ou des polypes, par le gonflement de sa membrane interne, par 1 accumulation et la dessiccation de la matière qu elle secrète, par la pression qu'exercent sur elle un abcès formé dans son épaisseur , une tumeur développée dans son voisinage. La saillie de 1 apophyse mastoïde peut être augmentée par suite d’une maladie de l'os; d’autres fois on observe une atrophie de cette éminence, consécutive le plus souvent à la carie.
La chute des cheveux, indiquée par Hippocrate comme un symptôme de la phthisie, accompagne rarement cette affection. Elle a heu plus fréquemment dans les affections syphilitiques, et s étend quelquefois alors à la barbe et à tout le reste du système pileux; au bout d un certain temps , les cheveux et les poils repoussent au moins en partie. Dans le cas où ils ne se reproduisent pas, on désigne ce phénomène par le nom d 'alopécie (î), svmptôme fort rare, et dont les causes ne sont pas bien connues. Il n est pas rare de les voir tomber pendant la convalescence du typhus et des fièvres éruptives. Les cheveux blanchissent quelquelois ou peu de jours à la suite d’une grande secousse morale. Ils prennent une couleur verte chez les ouvriers qui travaillent le cuivre, rouge chez ceux qui préparent le minium.
Dans la teigne , les cheveux tombent et sont remplacés par des touffes lanugineuses éparses sur le cuir chevelu. Dans la plique
(1) A'/ô-y,?, renard. On dit que cet animal est sujet, clans sa vieillesse, à la chute des poils.
13S DES SYMPTOMES
polonaise , l'entrelacement inextricable des cheveux, leui frvhcnjr, est le principal symptôme de cette singulière maladie.
Le cou augmente de volume dans quelques angines, dans le goitre ; il diminue avec les autres parties dans l'amaigrissement généra! , et sa longueur parait alors plus considérable. La distension des veines superficielles du cou, des jugulaires externes , le reflux ondulatoire du sang dans ces vaisseaux, depuis la clavicule, où il est très-apparent, jusqu’au voisinage de la mâchoire, où il cesse de l èlre, ont été signalés comme n existant que dans l’anévrysme des cavités droites du cœur; mais des observations plus exactes ont montré que ce reflux a lieu presque indifféremment dans les maladies des cavités droites ou des cavités gauches, et spécialement dans les rétrécissemens des orifices. Les pulsations des artères carotides sont fréquentes dans l’anévrysme actif du ventricule gauche; elles précèdent quelquefois le délire dans les maladies aiguës. Le gonflement des glandes lymphatiques est aussi un des symptômes les plus importons que présente la légion cervicale. Il accompagne et précède quelquefois les éruptions aiguës ou chroniques de la lace et du cuir chevelu. Le gonflement subit de ces ganglions survenant avec un appareil fébrile annonce d'une manière presque certaine 1 apparition prochaine d’un érysipèle de la face. Celui qui se montre lentement est souvent la conséquence d’une altération survenue dans une des dents les plus voisines.
La poitrine , qui doit offrir chez l’homme sain une grandeur proportionnée â sa stature et à sa force, est étroite et plate dans la phthisie pulmonaire, bombée dans 1 emphysème pulmonaite. Elle offre dans le raehitis des vices de conformation varies et nombreux que nous ne devons qu'indiquer ici parce qu ils appartiennent â l’histoire du rachitisme plutôt qu a la pathologie générale. Les tégumens qui la recouvrent dev iennent très-minces dans les maladies chroniques ; dans la dernière période de la phlhisie, ils forment entre les côtes, dans la totalité ou dans une pat lie de son étendue, des eufoncemens profonds. Dans lempyème, au contraire, on observe quelquefois une saillie plus prononcée dans
DES SYMPTOMES
les espaces intercostaux qu’aux endroits qui correspondent aux côtes : cette disposition particulière n’est appréciable qu’aillant ipie les tégumens ont peu d’épaisseur. 11 est un certain nombre de cas dans lesquels un des côtés de la poitrine est plus volumineux que l’autre : cette disposition morbide peut dépendre de deux causes opposées , de l’agrandissement d’un des côtés, ou du rétrécissement de l’autre; en sorte que tantôt c’est dans le côté le plus large, et tantôt dans le côté le plus étroit que le mal a son siège. L’agrandissement est le résultat de la dilatation des vésicules pulmonaires ou d’une accumulation de liquide et quelquefois de gaz dans la cavité de la plèvre. Le rétrécissement est toujours consécutif à un épanchement, et par conséquent à l’agrandissement du même côté de la poitrine : le poumon qui a été comprimé pendant un certain temps ne reprend plus ou ne reprend que très-lentement ses dimensions, et les parois de la poitrine, en se rapprochant de ce viscère, perdent nécessairement une partie de leur ampleur. Une portion plus circonscrite du thorax peut offrir une ampliation ou un rétrécissement partiel: l’ampliation se montre par une convexité ou voussure plus ou moins marquée ; on l’a observée quelquefois, mais le plus souvent d’une manière obscure, dans des épanchemens pleurétiques bornés à la base d'un des côtés de la poitrine, et plus manifestement dans quelques anévrysmes artériels qui font saillie sous le sternum ou les côtes , dans quelques péricardites avec accumulation de liquide, dans l'hypertrophie du cœur, et dans quelques emphysèmes pulmonaires. Riais, alin d’éviter toute erreur, il faut se rappeler que, d’après les recherches de M. le docteur Woillez (1), le côté droit de la poitrine est normalement plus étendu que le côté gauche, et que l’avantage qui existe en faveur du premier varie d’un demi-centimètre à trois; que, chez les gauchers, on observe une saillie antérieure gauche qui paraît dépendre dans la plupart des cas de l'augmentation d’épaisseur des parties molles ; qu’il y a aussi des personnes
L Recherches sur l'insp. et la mensur. de la poitrine. In-S°, Paris, dsas.
DLS SÏMPTOMES,
qui, par suite d’une disposition naturelle, ont un des côtés de la poitrine saillant sur une de ses faces et déprimé sur la face opposée. Une disposition inverse se remarque alors de 1 autre côté du thorax. Quant au rétrécissement partiel , on l’observe spécialement sous les clavicules , dans certaines formes de la phthisie tuberculeuse, et plus rarement vers la hase du thorax, après la résorption d'épanchemens pleurétiques bornés a cette région.
Les mamelles présentent aussi quelques symptômes dont il sera question ailleurs.
Les épaules sont ordinairement élevées et saillantes chez les phthisiques; l’une d’elles devient plus basse que 1 autre dans la courbure latérale du tronc signalée par Laenncc chez les sujets atteints ou convalescens d’un épanchement pleurétique considérable et prolongé. La saillie d une des vertèbres dorsales est le symptôme le plus important du mal de Pott. Dans 1 hydrorachis, l'œil distingue sur la région vertébrale une tumeur molle , fluctuante, quelquefois pellucide, et le toucher fait connaître 1 absence d’une ou de plusieurs apophyses épineuses. L excavation de la partie inférieure du sternum , chez quelques ouvriers , est le résultat, non d’une maladie, mais de la pression exercée habituellement par les instrumens dont ils font usage. Celte difformité est très-fréquente chez les cordonniers.
L’exploration de la poitrine par la percussion et 1 auscultation fournit encore beaucoup d’autres phénomènes très-importans qui seront exposés dans les articles consacrés aux symptômes tournis par la respiration et la circulation, et dans le chapitre du diagnostic.
\: abdomen, dans l'état de santé, a un volume variable, selon les individus, et une résonnance médiocre ; il est terme sans dureté et souple sans mollesse.
La peau du ventre est généralement lisse et plus ou moins blanche. Chez les femmes qui ont eu un et surtout chez celles qui ont eu plusieurs enfans , on observe le plus souvent a 1 hypogastre et vers les flancs des rides et des plis blanchâtres ou bleuâtres aux-
PES SYMPTOMES
quels on donne le nom de vergehtrrs et qu’on a présentés comme des indices certains d’accouclicmens antérieurs ; mais il faut se rappeler que ces vcrgeturcs manquent chez quelques femmes qui ont eu des enfans, et qu'on les rencontre quelquefois chez des individus des deux sexes dont le ventre a été antérieurement distendu par une accumulation considérable de sérosité ou même de graisse. — C’est surtout sur la peau du ventre qu’on observe les taches rosées lenticulaires de la lièvre typhoïde et du typhus. — Les veines sous-cutanées présentent, dans quelques cas d’ascite, un volume plus considérable, et parfois un véritable réseau variqueux dont il sera question ailleurs ( [nrcula/ion veineuse ). Il existe chez beaucoup de femmes enceintes, sur la ligne médiane, depuis l'ombilic jusqu’au pubis , une coloration brunâtre due à une sécrétion plus abondante du pigmentum. La ligne blanche présente quelquefois, surtout dans la moitié sus-ombilicale, un éraillement fort étroit , difficile à reconnaître , dans lequel une trèspetite portion d’épiploon peut s’engager. Cette affection a souvent donné lieu à des vomissemens opiniâtres et à un dépérissement considérable qui eut fait croire à l'existence d'un cancer stomacal , et qu'un bandage a parfaitement guéri. Il est donc de la plus grande importance, chez les sujets qui vomissent, d’explorer avec un soin particulier tout le trajet de la ligne blanche, aussi bien que les autres points du ventre où des hernies peuvent se former. Enfin, à la suite des accoucbernens , on voit parfois la ligne blanche amincie et éraillée permettre aux intestins de former à l'extérieur des tumeurs considérables, et même on a vu dans des grossesses subséquentes la matrice se renverser au-devant du pubis, et former dans ce point une énorme saillie.
Le volume du ventre peut augmenter ou diminuer dans l’état de maladie; son augmentation peut être partielle ou générale. Dans ce dernier cas, elle est presque toujours duc aux gaz accumulés dans le conduit digestif, à un liquide épanché dans le péritoine, ou à une exhalation exagérée de graisse dans les parois et dans la cavité abdominales. Une accumulation médiocre de gaz dans les intestins augmente le volume et la résonnance du ventre :
142 DES SYMPTOMES
on nomme météorisme ( meieorismus)(\ ) cet état de 1 abdomen. Si l'accumulation de gaz est plus considérable et que le ventre en soit distendu, c’est le ballonnement ou la iympamte(/ympaniles) (2) ; ces deux mots expriment à peu près la même chose : seulement le dernier est plus généralement consacré aux maladies chroniques, l’autre aux maladies aigues et particulièrement aux fièvres graves (3).
Le ventre est fréquemment le siège d un gonflement partiel. Les hypochondres sont tuméfiés dans les maladies du foie et de la rate; on observe tous les jours le gonflement de la région épigastrique dans l'hystérie; la vessie , distendue par 1 urine , forme à l’hy pogastro une tumeur ovoïde qui s'élève quelquefois jusqu’au nombril; les intestins, l'estomac, l’utérus, les ovaires, les glandes mésentériques forment aussi, dans diverses régions du ventre, des tumeurs plus ou moins distinctes au toucher et quelquefois à la vue : il en est de même des kystes qui se développent dans cette cavité , etc. Ces diverses tumeurs sont quelquefois très-apparentes ; d’autres fois, elles ne se montrent que par une rénitence obscure et profonde.
La diminution dans le volume du ventre peut également être générale ou partielle.
Le ventre diminue de volume dans beaucoup de maladies chroniques par 1’elïet de l’amaigrissement général. Il diminue promptement, mais d’une manière bien moins marquée, dans quelques affections aiguës, dans les violentes coliques, et en particulier dans celle qui est produite par le plomb. Dans les fièvres advnamiques, dans l’inflammation du péritoine, le ventre s’affaisse souvent peu de temps avant la mort : on observe même quelquefois un affaissement semblable chez les sujets qui meurent hydropiques. Le ventre diminue et augmente alternativement de volume dans quelques affections, et particulièrement dans 1 hystérie
(1) MSTSWplffptÔç, lie pSTîWpOÇ, élevé.
(2) Tigîravov, tambour.
(5) Franck, t. vu, p. î>o.
DES SYMPTOMES
et dans le squirrhe des gros intestins. Le signe le plus important de celte dernière affection estime alternative de constipation prolongée avec intumescence progressive du ventre, et de selles abondantes cl mal élaborées, suivies immédiatement d’affaissement des parois abdominales. Dans l’hystérie, au contraire, Fin— tumescence du ventre survient rapidement par suite de l’exhalation gazeuse, et, le plus souvent, elle disparaît avec la même rapidité sans qu’on observe aucune évacuation. La diminution partielle du ventre est plus rare que le gonflement circonscrit : elle est relative plutôt qu'absolue, et succède ordinairement à ce dernier : telle est celle qu'on observe à l’épigastre dans quelques affections nerveuses, à l'hypogastre après l’excrétion de l’urine long-temps retenue, dans les hypochondres lorsqu’un engorgement du foie et de la rate se termine favorablement, etc. Toutefois, une diminution partielle a réellement lieu dans quelques cas assez rares: telle est la dépression de l’épigastre et du liane gauche dans les cas où 1 estomac ou la rate abandonnent ces régions et se rapprochent de l’hypogastre: Morgaxjni en a cité plusieurs exemples. Dans ces derniers temps, 31. Rayer a aussi constaté que le déplacement d’un rein pouvait également donner lieu à ces phénomènes. Dans un cas où les deux reins paraissaient placés transversalement sur le rachis, la région lombaire était déprimée et aplatie comme les deux côtés d’une selle (l). Pour bien apprécier cette disposition, il convient de placer les malades à quatre pattes.
La fermeté du ventre est généralement en rapport avec son volume j 1 une et 1 autre augmentent et diminuent simultanément. Néanmoins, le ventre est quelquefois fort dur, quoique son volume soit diminué, comme dans la colique métallique. Une résistance insolite de tout le ventre est quelquefois le seul symptôme local qui puisse faire reconnaître une péritonite chronique. Le ventre est mou dans certains cas <1 hydropisie, quand la quantité de sérosité a diminué par l'absorption ou par une ponction.
(l) Rayer, Mal ad. des lie ins , obs. xxxm , t. i, p. 407.
T>rS SYMPTOMES.
La forme du ventre varie à raison de la maladie qui en augmente le volume : dans l'ascite , le ventre est dilaté, surtout d’avant en arrière, et quelquefois l’ombilic, soulevé par la sérosité qui le distend , forme une petite tumeur pellucido sur-ajoutée à la vaste tumeur que représente l’abdomen. Dans le gonflement œdémateux des parois du ventre, au contraire, le plus grand diamètre est transversal, et les flancs acquièrent une largeur extraordinaire. Dans l’un et l'autre cas, le ventre tombe, selon l’expression vulgaire, du côté où le malade reste incliné; il conserve d’ailleurs une forme assez régulière. Il en est autrement dans le cas où l’augmentation de volume est produite par la présence d’une tumeur enkystée, ou par l’affection organique d’un des viscères : dans ces derniers cas, à moins qu il n’y ait simultanément ascite, le ventre offre dans sa forme une irrégular/lé remarquable , au moins dans la première période de la maladie.
Le ventre présente encore dans plusieurs points, et notamment il l’ombilic, il l’anneau inguinal, à l’arcade crurale, au niveau des trous obturateurs , des tumeurs qui se montrent et disparaissent , ou tout au moins augmentent et diminuent dans des circonstances déterminées , et qui sont formées par quelqu une des parties naturellement contenues dans l'abdomen cl actuellement engagées dans l'une des ouvertures indiquées. Ces tumeurs, qu on nomme hernies , se montrent quelquefois aussi au thorax et a la tète; mais elles sont aussi rares sur ces deux parties quelles sont communes à l’abdomen. Les régions inguinales sont encore le siège de plusieurs phénomènes très-importans , tels que les bubons dans la syphilis et dans la peste. C’est là aussi qu’apparaissent le plus ordinairement les abcès formés dans les régions iliaques et au-devant de la colonne vertébrale.
Les organes clr la génération fournissent quelques phénomènes importées : les maladies vénériennes y ont presque toujours leurs symptômes primitifs; des écoulemens, des ulcères, des végétations s’y manifestent fréquemment , ainsi qu au pourtour de l’anus, qui est aussi le siège spécial des tumeurs hémorrhoïdales.
DIïS SYMPTOMES. j j ry
Le volume de la verge est plus considérable que dans l’état ordinaire chez les enfans calculcux, chez ceux qui s’adonnent à la masturbation, chez les adultes qui se livrent immodérément aux plaisirs de l’amour. Elle est, chez la plupart des malades, dans un état permanent de flaccidité ; elle disparait sous les tégumens dans quelques affections du scrotum et de la tunique vaginale. Dans d’autres maladies, telles que la blennorrhagie eUe satjriasis , elle est, au contraire , souvent ou continuellement en érection. Les testicules sont ramenés fortement contre l’anneau dans la néphrite calculeuse , dans la névralgie ilio-scrotale et dans les coliques violentes; dans quelques cas, cette rétraction des testicules est accompagnée d’une douleur locale très-vive. Vépuhydune et le cordon spermatique sont le siège ordinaire de cette inflammation connue sous le nom de chaudepisse tombée dans les bourses, et qu’on a long-temps considérée comme occupant le testicule même, qui n est que rarement et secondairement affecté I a tunique vaginale, distendue par le liquide qu’elle exhale est le siège ordinaire de l’hydrocèle, qui occupe aussi quelquefois le coi don spermatique. Le scrotum est considérablement tuméfié dans I anasarque, dans les hernies inguinales volumineuses, dans les abcès urineux , etc.
Les grandes lèvres, chez la femme, présentent souvent un gonflement énorme dans Lhydropisie ; on les a vues aussi être le siège une inflammation très-vive qui peut succéder à celle des parotides et alterner avec elle, comme l’inflammation des testicules chez I homme. La vulve est, en outre, le siège d’ulcérations et de végétations d'origine syphilitique. Il n’est pas très-rare d’y rencontrer des tumeurs lypomateuses ou stéatomateuses Les grandes lèvres peuvent quelquefois, ainsi que le clitoris être frappées d'une véritable hypertrophie ; on y rencontre les divers vices de conformation qui caractérisent l’hermaphrodisme femelle et diverses tumeurs dont le point de départ est dans le vagin ou utérus Enfin, pendant la grossesse, on y remarque quelquefois un développement variqueux de veines qui souvent n’est que le prélude d’une maladie beaucoup plus grave, le tromlms ou (u-
UES SYMPTOMES
meur sanguine, affection qui se montre spécialement pendant le travail de la parturilion.
Les membres fournissent un assez grand nombre de phénomènes à la symptomatologie.
Ils sont immobiles et souples dans la paralysie ; leur immobilité est accompagnée de raideur dans le ramollissement du cerveau , dans diverses maladies organiques de ce viscère , dans les affections rhumatismales , dans les crampes et les convulsions toniques : leurs mouvemens sont désordonnés dans quelques névroses , telles que la chorée et l’hystérie.
Leur volume augmente et diminue dans les mêmes maladies qui déterminent l’augmentation et la diminution du reste du corps.
Un des membres devient quelquefois œdémateux et engourdi, lorsqu’une tumeur comprime les vaisseaux et les nerfs qui s’y distribuent. Une tumeur placée dans le flanc produit ces changemens dans la cuisse correspondante : le bras les otfre souvent dans l’anévrysme de la crosse de l’aorte. Ces phénomènes dépendent principalement de la gène qu’éprouve la circulation veineuse ; on observe fréquemment alors un développement variqueux des veines superficielles.
Les membres offrent souvent un gonflement partiel qui répond soit aux articulations , soit aux intervalles qui les séparent : le premier a lieu dans le rhumatisme articulaire, dans l'hydarthrose, les tumeurs blanches , etc. ; le second , qui est beaucoup plus rare , a été quelquefois observé dans le scorbut , où les muscles sont le siège d’une exhalation de sang entre leurs libres; des phlegmons , des abcès , des anévrysmes ont aussi produit ce gonllemcnt partiel , comme ils peuvent le produire ailleurs.
Les membres diminuent de volume dans la paralysie; cette diminution porte spécialement sur les membres impotens, sur les deux cuisses dans la paraplégie , sur le bras et la cuisse d’un côté flans l’hémiplégie. Lorsque la paralysie a lieu chez les enfans , l’accroissement en longueur est quelquefois lui-mème retardé, et le membre paralysé est , au bout de quelques années, plus court
DES SYMPTOMES. j J 7
que 1 autre de plusieurs pouecs , en môme temps que son volume est beaucoup moindre. Cette atrophie s’observe souvent à la suite des luxations spontanées.
Les extrémités des membres présentent aussi , sous le rapport du volume, quelques cbangemens remarquables. Sans parler des maladies dont elles sont le siège spécial , comme la goutte ou la caîie, les mains sont tuméfiées dans la scarlatine et dans la variole; on remarque aussi, dans la pléthore, que l’intumescence générale est beaucoup plus prononcée aux mains qu’aux autres parties : le gonflement des doigts est quelquefois tel , que ces organes ne peuvent plus être fléchis. Béclard ayant observé, chez plusieurs enfans atteints d’anévrysmes du cœur, une largeur de la dernière phalange qui donnait au doigt la forme d’une petite massue , avait rattaché cette disposition des doigts aux lésions du cœur, et en avait fait un signe de ces maladies. Dans ces derniers temps , celte forme des doigts a été considérée comme se rencontiant spécialement dans le cas de tubercules pulmonaires. Ce phénomène ne nous parait pas avoir, sous le rapport séméiotique, le degré d’importance qu’on lui a attaché.
Le volume des pieds augmente aussi dans quelques affections , et particulièrement dans l’anasarque commençante.
Les altérations de couleur que présente la peau sont , dans quelques affections, plus prononcées aux extrémités que sur le reste des membres et sur le tronc : telles sont, la coloration livide qui a lieu dans le frisson, les marbrures qu’on observe dans quelques fièvres adynamiques, la teinte bleuâtre qui survient dans le choléra asiatique, dans les maladies du cœur, et toutes les fois qu'il existe une gêne considérable dans la circulation pulmonaire ou cardiaque. Nous avons vu les tégumens des pieds présenter une couleur gris-ardoise, et des sillons profonds et réguliers, axec gonflement et dureté de leur tissu, chez une femme affectée d éléphantiasis.
Les ongles méritent peu d’attention sous le rapport de la symptomatologie; ils sont pâles ou livides dans le froid qui marque le premier stade d’une fièvre intermittente ; ils offrent une teinte jau-
DES SYMPTOMES
nôtre dans l’ictère. Hippocrate avait observé fju ils se recourbaient chez les phthisiques: ce phénomène, quelle que soit la cause de celle différence, se montre rarement chez nous d une manière bien prononcée.
Tels sont les principaux symptômes fournis par l’habitude extérieure; il en est plusieurs autres dont nous n avons pas parlé , parce qu’ils se trouveront plus naturellement placés dans 1 exposition des symptômes fournis par chaque fonction en particulier.
SECTION II
Des Symptômes fournis parles organes de la locomotion.
Les organes de la locomotion sont, d'une part , les os et leurs annexes, et de l'autre les muscles. Les os, qui servent de base et de soutien à toutes les autres parties et en déterminent la stabilité et la rectitude , sont les organes passifs des mouvemens ; les muscles en sont les organes actifs.
^ Ier, — Les symptômes fournis par les os dépendent le plus souvent d’affections bornées à ces organes. On voit néanmoins la syphilis y produire des tumeurs, le scorbut déterminer le décollement des cartilages et de leurs apophyses, lorsque celles-ci ne sont pas encore complètement soudées au corps de 1 os, 1 affection tuberculeuse s’y montrer par le gonflement et la carie.
La difformité des parties et la gène des mouvemens sont les deux principaux symptômes des maladies du système osseux. La difformité accompagne presque toutes les fractures et les luxations; elle est manifeste dans 1 ostéo-sarcome, et surtout dans l’ostéo-malacie ou ramollissement des os. Dans ce dernier cas, les membres ne sont pas seulement inhabiles à la station et à toute espèce de mouvement régulier , mais encore ils reçoivent toutes les courbures qu’on leur donne. La gène , ou 1 impossibilité du mouvement, accompagne de même presque toutes les affections de ces organes; tantôt le mouvement volontaire est seul suspendu , et le membre peut recevoir le mouvement qu'on lui communique , comme on le voit dans les fractures ; d’autres lois toute espèce de
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mouvement spontané ou communiqué est également impossible, comme cela a lieu dans l’ankylosé et dans quelques luxations.
lTn autre phénomène non moins remarquable est la crépitation ( crcpitalio ). On a nommé ainsi le bruit particulier que produit le frottement des fragmens d'un os rompu dans sa continuité, ou séparé des apophjses ou des cartilages auxquels il est naturellement uni.
Les os mis à nu par l’effet d’une plaie ou d’un abcès peuvent offrir, à l’œil même, des altérations dans leur couleur et dans leur structure; ils deviennent quelquefois d’un blanc terne, ou prennent une teinte noire; ailleurs leur tissu se ramollit, fournit une sanie plus ou moins abondante, et s’affaisse sous la pression d’un stylet mousse qu’on y enfonce avec facilité {carie).
La destruction lente d’un os dans une portion plus ou moins grande de son étendue donne aussi lieu â des symptômes plus ou moins remarquables. Cette destruction survient quelquefois sans cause connue, dans le mal vertébral , par exemple , où elle produit la courbure anguleuse du rachis. L’usure du sternum ou îles côtes par une tumeur anévrysmale permet au sac de faire saillie au travers des parois thoraciques. Les parois du crâne elles-mêmes sont quelquefois risées parties tumeurs fongueuses, et l’on distingue par le toucher , en les déprimant un peu , le cercle osseux qui les entoure. Dans ce dernier cas , lorsque la destruction du tissu osseux n est pas tout-a-fait achevée, la lame très-mince qui reste encore fait entendre, lorsqu’on la comprime, un bruit comparable a celui du 'parchemin desséché.
S H- — Les muscles offrent dans leurs fonctions des cliangemens beaucoup plus nombreux. Leur action peut être augmentée, diminuée , abolie ou pervertie de diverses manières.
V augmentation de la force musculaire n’a été observée que dans un petit nombre d’affections nerveuses, et en particulier chez les maniaques : souvent on les a vus rompre des liens très-forts et se dégager des mains de plusieurs individus.
La force des contractions est diminuée dans la plupart des maladies ; la démarche est vacillante , la station est pénible ou impos-
DES SYMPTOMES
siblc, les mouvemens faibles et incertains; la lassitude leur succède promptement, et souvent même les précède : beaucoup de malades sont obligés de rester en repos ; quelques-uns ne peuvent quitter le lit. Parmi ces derniers, il en est qui ne sauraient se mettre sur leur séant, prendre eux-mêmes leur boisson, se retourner, [ni mouvoir leurs bras : dans les cas extrêmes, la main du malade, abandonnée à elle-même après avoir été élevée , retombe comme un corps inerte qui obéit aux lois de la pesanteur. Cette diminution dans la force des muscles a lieu, mais avec quelque différence, dans la paralysie incomplète; elle peut, dans ce dernier cas , être bornée à quelques parties , comme I affection dont elle est le symptôme. 11 est un genre particulier d’altération de la contractilité musculaire qui n’a pas reçu de dénomination spéciale, mais qui n’est [tas moins important à signaler; c'est celui qu’on observe presque constamment dans la maladie typhoïde , à des degrés divers, qui a lieu souvent dès le début de cette affection , et qui devient alors un des signes les plus propres à fixer le diagnostic. Cette altération delà contractilité musculaire consiste en une sorte de titubation ou tremblement , d incertitude dans la démarche et les mouvemens, qu’on a comparée, avec raison, à celle que détermine l’ivresse.
L 'abolition complète de la contractilité musculaire et du mouvement constitue la paralysie (paralysés) (1) ; dénomination qui s’applique 5 la privation du sentiment comme à celle du mouvement, et à la perte simultanée de ces deux facultés. Aussi, dans le langage médical doit-on dire , pour éviter toute équivoque, paralysie du mouvement, ymralysie du sentiment, ou de 1 un et de l’autre. La paralysie est générale dans les affections comateuses, dans la syncope, l’asphyxie, etc. On la désigne plus communément alors sous le nom de résolution des membres. Si elle occupe seulement un côté du corps, c’est Y hémiplégie ( hemiplegia ) (2) ; sa moitié inférieure, c’est la paraplégie ou paraplexie (paraplegia ,
(1) llapàWiç, de TrapaWw, je délie, je relâche.
(2) r,pu7r).7)fji«} de y.p.tcv;, moitié, et Tr^crco), je happe.
DES SYMPTOMES
paraplexià) (l); le bras d’un côté et la jambe de l’autre, c’est la paralysie croisée, qui est fort rare. Elle est quelquefois bornéo aux deux poignets ou à un seul , comme on le voit dans la colique métallique, et plus rarement dans le typhus. Souvent la paralysie ne porte que sur les muscles destinés à un seul ordre do mouvement ; c est ce qu’on observe surtout dans les paralysies saturnines, où les muscles extenseurs étant principalement afieo tés, les poignets et les mains sont portés dans une flexion constante et forcée. La paralysie peut même, à ce qu’il parait, n occuper qu’un seul faisceau musculeux : c’est du moins ce qu on a soupçonné dans cette espèce de paralysie de la langue où cet organe perd seulement la faculté d’articuler quelques lettres, et conserve en apparence ses mouvemens de totalité. Dans Y abaissement permanent ou chute de la paupière supérieure ( coïïapsas palpebræ), le muscle releveur est seul frappé de paralysie.
La perversion de la contractilité musculaire peut offrir de nombreuses variétés :
1° Le tremblement ( iremor ) consiste dans une agitation faible et involontaire, attribuée par la plupart des physiologistes à la contraction et au relâchement alternatifs des muscles, ou à la contraction alternative des muscles opposés. Ce symptôme, qui peut être général ou partiel, a lieu dans le frisson des fièvres intermittentes et dans quelques névroses ; il est souvent déterminé par l’action du mercure et du plomb sur l’économie, quelquefois par l’usage du café et des liqueurs alcooliques; il a fieu fréquemment chez les vieillards par le seul effet du progrès de l’âge.
2° La raideur ( rujiditas ) doit être considérée comme une perversion de la contractilité musculaire. La force réelle des muscles est toujours diminuée , et cependant ils offrent plus de î ésistance au mouvement qu on cherche à leur communiquer, comme on le reconnaît en prenant le bras du malade pour le tirer bois du lit. Cette raideur existe aussi pour le malade lui-même; il ne peut mouvoir ses membres que lentement et avec effort. La
fl) Wv.rj7.TÙpi[y. , de 7rA/,<7<7w, je frappe; Trapa, nocenler.
DES SYMI'TOMES.
raideur, comme la paralysie, peut s’étendre à tous les muscles, ou être bornée à un côté du corps, à une moitié de la face, à quelques muscles; elle est le plus souvent liée à une maladie du cerveau, et spécialement au ramollissement de ce viscère.
3° La crampe ( c ram pu s ) est une contraction courte, mais permanente, d'un ou plusieurs muscles, accompagnée de dureté dans leur tissu , d’engourdissement et d’impossibilité d’exécuter aucun mouvement de la partie qui en est affectée. La crampe se fait particulièrement sentir dans les muscles du mollet. Beaucoup de personnes y sont sujettes dans l’état de santé : elle est fréquente chez les femmes dans les derniers mois de la grossesse ; elle accompagne quelquefois l'hystérie et la colique des peintres. Elle a presque constamment lieu dans les diverses espèces de choléra.
4° Le soubresaut ( subsultus tendinum ) est une secousse, un tressaillement transmis aux tendons par la contraction involontaire et instantanée des libres musculaires. Ce symptôme est plus manifeste à l’extrémité carpiennc de l’avant-bras que partout ailleurs. On le reconnaît en examinant le pouls du malade. 11 est commun dans les maladies aiguës, de forme ataxique.
La carphologie ou carpokxjie ( carphologia ) ( 1 ), carpologia (2) consiste en une agitation automatique et continuelle des mains et des doigts, qui tantôt semblent chercher des llocons dans l'air, et tantôt roulent ou palpent de diverses manières et sans but les draps et les couvertures du lit. Ce symptôme, qui accompagne fréquemment les maladies aiguës les plus graves, se présente quelquefois sous une forme un peu différente : le malade cherche continuellement à enlever le duvet des draps ou des couvertures : c’est le crocidisme (crocidismus) (3), que beaucoup d’auteurs confondent avec la carpbologie.
G" Les convulsions ( convulsiones ) (-4) consistent en des con-
(1) Kipyri, flocon; \éyta, je ramasse.
(2) Kxfrtïè; , carpe, partie de la main, je ramasse avec la main.
(3) Kpoy.LÜiC'ji. Ce mot, qui, en style figuré, veut dire être au petit soin, faire sa cour, signifie ôter le duvet.
(4) De convellere, secouer.
DLS SYMPTOMES.
tractions involontaires des muscles. On les distingue en cloniques et en toniques (1).
A. Les convulsions cloniques (spasmi clonici ) (2) consistent en des contractions violentes et involontaires, qui alternent avec le relâchement des muscles contractés, ou plutôt avec la contraction des autres muscles. Ces convulsions produisent des effets très-variés chez les femmes attaquées d'hystérie. Les unes jettent leurs membres à droite et a gauche, se frappent elles-mêmes sans en avoir la conscience, fléchissent et étendent rapidement leurs avantbras et leurs doigts. Chez d'autres, le corps s’élève et s’abaisse alternativement pendant presque toute la durée de l’attaque, sui tout quanti leurs bras sont fixés par des liens. Nous avons vu, a 1 hospice de la Salpêtrière, dans une des salles de M. Landrè- Beauvais , une jeune fille hystérique qui , dans chacune de ses attaques, après avoir éprouvé les mouvemens convulsifs ordinaiies, se relevait tout-à-coup sans avoir pris connaissance, puis, tenant les bras étendus, tournait avec rapidité sur elle-même, jusqu à ce qu’elle tombât de nouveau : le calme ne tardait point à renaître. Une autre jeune tille, que nous avons vue à l’Hôtel- Dieu, roulait horizontalement sur elle-même pendant ses attaques, et parcourait ainsi toute la longueur de la salle. Ces conv ulsions cloniques ne sont pas toujours générales ; elles sont quelquefois partielles dans diverses maladies nerveuses et même dans I hystérie et l’épilepsie. Le docteur Whyti a observé un exemple fort singulier de spasmes partiels chez une jeune tille âgée de huit ans. Les muscles masseters et temporaux se contractaient et se relâchaient alternativement et à des intervalles
(1) Quelques auteurs ont voulu établir une distinction entre la convulsion et le spasme. Ils ont réservé le nom de convulsion à celles qu’on nomme cloniques, et le nom de spasme aux convulsions toniques. Mais, comme 1 observe Castelli, les mots spasmes et convulsions ont toujours été employés comme synonymes, et, ainsi que nous l’avons dit ailleurs, on ne doit pas changer l’acception que l’usage a consacrée pour chaque mot.
(■2) de c-7.w, je contracte; z).ôvoç, tumulte.
DES SYMPTOMES
inégaux, «le manière à imiter les pulsations «lu cœur, a\ec cette différence, que les contractions de ces muscles avaient lieu plus de cent quarante fois par minute, tandis que les mouvemens du cœur n'allaient pas au-delà de quatre-vingt-dix dans le même temps. Une vive frayeur lit cesser ces contractions, dont la cause était inconnue , et qui avaient résisté aux moyens de traitement jusqu’alors employés. On peut encore rapprocher des convulsions cloniques ces secousses qui surviennent involontairement dans les membres en repos , cl que Gaubius a décrites sous les noms de palpitations des membres.
B. Dans \c% convulsions toniques ( spasmi ionici ) (1), la contraction des muscles est permanente , en sorte que la partie affectée est dans un état d’immobilité absolue, «pi aucun effort intérieur ou extérieur ne peut vaincre. On distingue par le nom de tétanique (2) la contraction égale et permanente de tous les muscles. Si la contraction des muscles antérieurs est plus forte, et qu’elle produise la flexion de la tète sur la poitrine et la courbure du tronc en avant , on donne à ce phénomène le nom d’<??njv'osthotonos (3); si le corps, au contraire, est fortement renversé en arrière , et que la partie postérieure de la tète se rapproche de la gouttière vertébrale, c’est 1 ' opisthotonos (4). Enfin, dans le cas où les muscles d’un côté se contractent plus fortement que ceux de l’autre, et où le tronc est incliné latéralement , c’est le pleuroslholonos ( 5). Quelquefois, dans les convulsions toniques, le corps est incliné à la lois en arrière et de coté , comme nous avons eu occasion «le 1 observer chez un jeune homme dont
l’observation est consignée dans le Journal de Médecine (6).
La convulsion permanente ou tonique n est pas toujours générale, elle est quchpicfois bornée à une partie, aux muscles éléva-
(1) Tôvo:, tension.
(2) T STavow, je tends.
(3) Èf/jrpoo-ûcv, en devant; tovo;, tension.
(4) OkkjQ îv, en arrière; tovoç, tension.
(5) !1),e upùffOsv, «le côté ; tovo;, tension.
(6) Tome xxix, année 1811.
DES SYMPTOMES
tours de la mâchoire, par exemple , el aux diductcurs des lèvres. Elle porte dans ce cas le nom de Le spasme cynique et
le rire sardonique, dont il a été question précédemment, appartiennent aussi aux convulsions toniques.
C. Les libres musculaires qui entrent dans la composition do 1 estomac , des intestins , du cœur , de la vessie urinaire , peuventelles être le siège de convulsions analogues à celles qu’on observe dans les muscles soumis à la volonté? parmi un grand nombre do faits propres a éclairer celte question, l’émission de l’urine et des matières fécales, du sperme môme, dans les attaques d’épilepsie, les vomissemens dans 1 hystérie, 1 impossibilité d’avaler dans quelques variétés du tétanos , sont autant de phénomènes qui portent a croire que le trouble de la contractilité peut occuper à la fois les muscles qui sont sous l’empire de la volonté et ceux qui n } sont pas soumis. Lot état convulsit une fois admis , le rappor-
tera-t-on aux convulsions toniques ou cloniques? Cette dernière question qui n’oflre, au reste, que très-peu d’intérêt , nous parait tout-à- fait insoluble.
7° îl est une autre perversion ou anomalie (2) de la contractilité musculaire qu on observe dans la ca/alepsie ( catalepsis ) (3): le malade conserve pendant toute 1 attaque la même position qu’il avait au moment où il en a été saisi , ou prend celle qu’on lui
communique, quelqu'incommode d’ailleurs quelle puisse être. II n’y a pas de raideur , comme on peut s’en convaincre par la facilite avec laquelle les membres reçoivent le mouvement qu’on leur communique j mais le besoin de relâchement qu’éprouvent promptement, dans l’état de santé , les muscles en contraction, ne se fuit pas sentir dans la catalepsie. C est presque toujours chez les femmes hystériques que se montre ce symptôme. Nous l’avons vu reparaître régulièrement de deux en deux jours chez line femme aliénée. Il est une variété de la catalepsie que nous
( ) Tpuru.rjç, sifflement.
(2) A privatif, régulier,
(d) Ka-y.Àyr/tjÿ.vo), je saisis.
DES SYMPTOMES
avons eu occasion d’observer une fois , dans laquelle le malade conserve la môme situation qu’il avait au moment de 1 invasion, mais ne peut pas garder celle qu’on lui communique : les membres cèdent à une puissance extérieure qui leur imprime une situation nouvelle ; mais aussitôt que la puissance cesse d’agir, ils reprennent leur première position.
8° La perversion de la contractilité musculaire, qu’on observe dans la danse de Saint-Gu\j ( chorœa Sancli- J l ’ifhi ) , est fort remarquable. Si le malade veut être en repos, il éprouve des secousses subites dans les membres affectés; s’il veut porter la main vers quelque objet , il se manifeste en lui deux sortes de mouvemens presque opposés: l’un volontaire, qui tend à l’approcher du but; l’autre involontaire et irrésistible, qui l’en éloigne; en sorte que ce n’est jamais que par une série de lignes obliques et divergentes qu’il parvient à l’atteindre. Ces deux ordres de mouvemens existent aussi dans les membres inférieurs , et rendent la marche irrégulière et sautillante ; delà le nom de danse ou chorée qu’on a donné à cette maladie.
9° Jl est encore une autre anomalie de la contractilité musculaire qui n’est pas moins remarquable : les mouvemens ne peuvent avoir lieu d’une manière régulière qu’autant qu'ils sont exécutés très-rapidement ; iis deviennent imparfaits quand on veut les faire avec lenteur. C’est ce qu’on a observé chez quelques individus qui ne pouvaient point marcher, mais qui pouvaient encore courir ; c’est ce qu’on voit aussi, comme l’a remarqué Gcinbius , chez beaucoup de personnes qui bégaient quand elles parlent lentement, et chez qui ce défaut disparaît quand elles parlent vite.
10° Nous plaçons enfin, à la suite de ces lésions du mouvement , la contracture, qui consiste dans la rigidité permanente et chronique des muscles fléchisseurs : ces organes, dont la longueur et l’épaisseur diminuent en même temps qu'ils deviennent plus durs, forment alors au-dessous des tégumens soulevés des cordes inflexibles qui s’opposent à l exlension des membres. Ce phénomène reconnaît ordinairement pour cause une lésion de quelque point du système nerveux.
DES SYMPTOMES
■i * ty
Tels sont les principaux symptômes fournis par les organes actifs et passifs de la locomotion. Ils concourent à compléter ce que nous avons dit sur l'habitude extérieure.
SECTION III
Des Symptômes fournis par la voix et la parole.
Dans l’état de santé, la voix est sonore, étendue ; elle se prête, par ses inflexions, aux sentimens divers que l’homme éprouve et qu il \eul exprimer. La parole, ou la voix articulée, est communément libre et distincte.
§ Ier. — Dans la maladie, la voix devient rarement plus forte; ce symptôme n’a guère lieu que dans le délire. Elle est plus faible dans un très-grand nombre d'affections et dans celles des organes vocaux et respiratoires en particulier. Elle peut être entièrement abolie, ce qui constitue Y aphonie (aphonia) (1). Ce symptôme ne doit pas être confondu avec la mussitation ( mussitatio ), dans laquelle la langue et les lèvres se meuvent comme dans l’acte de la parole, sans qu’il y ait production des sons : on a observé l’aphonie et la mussitation dans quelques maladies aiguës ; elles sont assez fréquentes dans les névroses, surtout dans l’hystérie. L’aphonie existe fréquemment dans la dernière période du croup; elle peut aussi dépendre d’une maladie du cerveau, de la moelle ou des nerfs récurrens. Quand elle persiste à l’état chronique, elle dépend généralement de quelque ulcération qui a détruit les cordes vocales, ulcérations qui sont presque toujours de nature syphilitique ou tuberculeuse; et, dans ce dernier cas, elles coexistent avec une phthisie pulmonaire, comme cela résulte surtout des recherches de M. Louis. L’aphonie qui remonte à plusieurs mois et même à plusieurs semaines doit toujours faire soupçonner une phthisie pulmonaire : elle est, dans quelques circonstances, le premier signe qui la révèle.
La voix ollie des changcmens dans son ton comme dans sa force •
(1) A privatif, cp wf voix.
DES SYMPTOMES
elle est claire dans quelques fièvres malignes, avant ou pendant le délire; aiguë dans certaines angines, sifflante dans le tétanos, rauque ou enrouée dans l’hydrophohie et dans la phthisie pulmonaire ou laryngée, nasonnée dans diverses affections de la membrane pituitaire, discordante dans quelques maladies du larynx, comme dans un cas observé par Portai , chez une femme dont la voix devenait alternativement et brusquement aiguë et rauque pendant qu’elle parlait. Dans quelques variétés de la mélancolie, la voix, comme l’attitude des malades, imite celle de certains animaux , du chien et du loup, par exemple; ces variétés de la mélancolie ont reçu, par ce motif, les noms particuliers de cynantliropie (l) et de lycantliropie (2). Enfin il est d’observation que la surdité entraîne un changement dans la voix qui , n’étant plus réglée par l’ouïe, finit par offrir quelque chose de faux dans son timbre et dans ses inflexions.
§ II. — La parole présente un certain nombre d’altérations qui peuvent accompagner celles de la voix , ou se manifester seules.
1° Dans quelques fièvres graves, les mots ne sont prononcés qu’en hésitant et à voix tremblante : c'est Y hésitation ( vox tremida).
2° Le bégaiement ( balbuties ) est un vice de la parole qui s’oppose à la libre articulation de certaines lettres ou syllabes qui, après un effort pour les prononcer, sont répétées avec vitesse; le bégaiement survient dans quelques affections du cerveau et dans les fièvres graves. 11 est, comme on sait, naturel chez quelques personnes, et lié sans doute à un vice d’organisation.
3° La parole est lente dans beaucoup de maladies : elle est brusque et prompte dans d’autres; ailleurs elle a lieu avec une grande volubilité. Scnac a plusieurs fois observé ce symptôme au début des accès de fièvre intermittente.
4° Portai a donné des soins à une femme qui commençait à
J 1 j Kùwv, y.'Jvoç, chien; av9p«7r o;, homme.
(2) Avxo:, loup; «vOpwTvoç, homme.
DES SYMPTOMES
parler avec peine, mais qui ne pouvait plus se taire une fois qu’elle avait articulé les premiers mots : elle était entraînée malgré elle à exprimer par des paroles toutes les pensées qui se présentaient à son esprit; en sorte que, même étant à l'église, elle ne pouvait pas toujours réprimer ce singulier besoin. C’est la même femme qui présentait la discordance des sons dont nous venons de parler. Un fait tout semblable existe encore aujourd’hui à Paris.
5° La perte do la parole peut exister sans celle de la voix, comme on l'observe dans le mutisme, qui consiste seulement dans l’impossibilité de produire des sons articulés. La perte de la voix, au contraire, entraîne toujours celle de la parole. Cette dernière a été observée avant l’apoplexie et dans le cours des maladies nerveuses. Elle est quelquefois aussi le résultat de l’empoisonnement. Sauvages rapporte qu’aux environs de Montpellier, des voleurs faisaient boire à ceux qu’ils se proposaient de dévaliser du vin dans lequel ils avaient fait infuser des semences de pomme épineuse; ce narcotique, au rapport de ce médecin, produisait un mutisme passager, qui donnait aux voleurs tout le temps nécessaire pour s’évader.
Le mode particulier d’exploration de la poitrine auquel Laennec a donné le nom d 'auscultation (1), appliqué à la voix, a fait découvrir à ce médecin quelques autres phénomènes d’autant plus intéressans, qu’ils ajoutent beaucoup à la perfection du diagnostic de plusieurs affections très-fréquentes et très-graves. Ces symptômes seront exposés plus loin avec ceux qui appartiennent à la respiration : il nous a paru préférable de réunir dans un même article tous les phénomènes fournis par l’auscultation des voies respiratoires.
SECTION IV
Des Troubles de la sensibilité et des sensations , considères comme symptômes.
La faculté de sentir est, dans l’état naturel , départie, avec des modilications variées, à un grand nombre de nos organes; il est
(i) De ausculiare, écouter.