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CHAPITRE XX

De la Nature ou de l'Essence des maladies.

Après avoir examiné successivement chacun des principaux sujets qui sont du domaine do la pathologie générale, en nous renfermant autant que possible dans les limites de la partie posit,ve de celle science, nous nous trouvons dans la nécessité sinon de nous engager dans sa partie hypothétique , et d’en parcourir toute 1 étendue , du moins d’y porter nos regards , pour constater 1 impuissance où nous sommes de nous guider dans ce labyrinthe, et de parvenir par cette voie a un but utile, à la connaissance de la vérité. Nous chercherons d’abord à bien établir ce qu’on entend par nature , essence ou cause prochaine des maladies ; puis , nous verrons jusqu a quel point les moyens que nous avons à notre disposition peuvent nous éclairer dans ce genre d’étude.

Ce serait avoir une idée inexacte de la maladie , que de croire qu’elle consiste essentiellement et uniquement dans les symptômes qui la signalent ou même dans la lésion anatomique que nous constatons à l’ouverture des cadavres. Dans telle névralgie où le scalpel ne montre aucune lésion appréciable, il y a eu nécessairement dans le nerf affecté une modification quelconque dont la douleur a été l’effet. Dans le développement d’une phlegmasie ou d’une dégénérescence organique, comme le tubercule et le cancer, un changement intime s’est préalablement opéré dans les parties

(1) Sydenham , Opéra, tom. 1, p. 77.

malades, et ce changement intime a amené les altérations secondaires, qui caractérisent l’inflammation dans un cas , le cancer ou le tubercule dans l’autre. Ces dernières lésions tombent sous nos sens, et nous les distinguons à des caractères évidents; mais le phénomène primitif qui les précède et qui les produit nous échappe, parce qu’il se passe dans les parties les plus fines de l’organisation, et que la structure, et à plus forte raison l’action intime de ces parties, non-seulement chez l’homme, mais dans tous les êtres vivons , à quelque règne qu’ils appartiennent, est inaccessible à nos moyens d’investigation.

Je reconnais que des anatomistes habiles, par des travaux dignes assurément de toute espèce d’éloges, parviennent chaque jour à étendre sur ce point nos connaissances ; que par des injections plus fines, par des dissections plus délicates, ils peuvent suivre, dans la trame môme de nos organes , les vaisseaux et les nerfs plus loin que ne l’avaient fait les anatomistes qui les ont précédés ; ils reculent le point où l'œil s’était jusqu’alors arrêté. Mais, sans parler des doutes légitimes qu’on peut et qu’on doit avoir sur l’exactitude de ces travaux d’anatomie microscopique , sujets continuels de dissenti mens et de dénégations parmi ceux qui s’y livrent , il faut reconnaître que la dilliculté n’est que reculée, qu’elle n’en existe pas moins tout entière, et que, dùt-on montrer à tous, par des injections non contestables, les anastomoses des dernières ramifications artérielles , avec les vaisseaux secréteurs et excréteurs des reins, du pancréas cl du foie, on resterait dans la môme ignorance sur la structure et sur l’action de ces vaisseaux dans le mécanisme impénétrable de la formation de l’urine, de la bile et du suc pancréatique. Si donc il nous est impossible, même dans les conditions normales, de parvenir à distinguer la texture intime des parties, nous devons à plus forte raison reconnaître l’impossibilité d apprécier chez l’homme malade les modifications intimes qui se passent dans des parties tellement déliées , que leur action régulière est un mystère pour nous , et que leur organisation nous échappe encore , lorsque la mort nous permet de les soumettre à tous nos

moyens cl investigation. L’histoire de la médecine ne fournit que trop de preuves à 1 appui de l’opinion que nous venons d’émettre.

Cette ignorance absolue des modifications intimes de l’organisme , dans la production de la maladie , s’étend également à chacune de ses périodes successives , dès que nous essayons de sortir du domaine des phénomènes secondaires pour nous élever à la recherche des faits primitifs. Ainsi, nous connaissons les conditions dans lesquelles se montrent les fièvres intermittentes, mais nous ne pouvons saisir le mécanisme de leur production et du retour de leur accès ; nous constatons dans une maladie aiguë des périodes successives d’augment, d’état et de déclin , nous apprécions les changcmens successifs qu’offrent dans chacune de ces périodes les symptômes de la maladie, mais la puissance qui préside à ces changcmens se soustrait à tous nos efforts pour la découvrir. Bien plus, lorsqu à l’aide d’un moyen aussi énergique que le quinquina nous avons le pouvoir de suspendre, au jour et à 1 heure, en quelque sorte, où nous le jugeons convenable, le cours de la maladie, nous sommes obligés de reconnaître que nous ignorons, à la lois et complètement, la nature intime du mal que nous avons combattu et 1 action intime du remède qui en a triomphé. En un mot , la santé et la maladie , la vie et la mort , qui sont pour l espiit de 1 homme , dans leurs phénomènes sensibles , des sujets si féconds de méditation et d’étude, sont dans leurs causes premières ou leur nature même des mystères incompréhensibles devant lesquels il doit s’arrêter.

Les médecins de tous les temps ont néanmoins fait de grands efforts pour parvenir à connaître la nature intime des maladies : quelques-uns ont suivi, dans ces tentatives épineuses, une marche en apparence assez méthodique, en procédant du connu a 1 inconnu. Ils pensaient qu’en considérant avec attention les causes qui préparent la maladie, les phénomènes qui la signalent, les circonstances qui modifient sa marche, l’altération organique qui l’accompagne, ils pourraient parvenir à connaître le mode d’action intermédiaire aux effets et aux causes, et à saisir la modification intime qui précède et amène la modification secon-

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